Mayotte, un archipel anéanti : Rémi Carayol et Dominique Voynet - 17/12/2024
L
LCP - Assemblée nationale
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20 déc. 2024
On en vient à Mayotte, dévasté, qui pleure ses morts.
Le bilan n'est pas encore connu mais il pourrait s'établir à plusieurs milliers.
Après le passage du cyclone Chido il y a trois jours,
on va en parler avec deux invités ce soir qui connaissent bien l'archipel.
La députée écologique Dominique Voynet et le journaliste Rémi Carayolle.
Bonsoir à vous deux.
Mais d'abord le point sur l'ampleur des dégâts.
C'est la pire catastrophe naturelle sur le territoire français depuis un siècle.
Si on vous invite, Rémi Carayolle et Dominique Voynet,
c'est pour votre connaissance de l'archipel dévasté.
Rémi Carayolle, vous êtes journaliste, vous avez vécu six ans à Mayotte
et écrit récemment un livre sur son histoire.
Dominique Voynet, vous avez dirigé pendant plus d'un an l'agence régionale de santé de l'île.
Cette île, aujourd'hui ravagée.
Les secours peinent à arriver dans certains secteurs
et une grande partie de l'île est encore privée ce soir d'électricité.
A Mayotte, département le plus pauvre de France,
premier désert médical français,
l'eau et la nourriture commencent à manquer.
Pour éviter les pillages, un couvre-feu entre en vigueur ce soir
entre 22h et 4h du matin.
1600 gendarmes et policiers sont présents sur l'archipel,
rejoints dans les prochains jours par 400 gendarmes supplémentaires.
Même à Mamoudou, on n'a vu personne.
On a vu les policiers.
On va suivre.
C'est rassurant.
Nous sommes traumatisés.
Hier, sur place, le ministre de l'Intérieur démissionnaire
disait craindre un bilan très lourd.
Avec de nombreux bidonvilles rasés,
les morts pourraient se compter par milliers.
Entre 100 000 à 200 000 personnes issues de l'immigration illégale
logées dans ces habitats précaires.
On ne pourra reconstruire Mayotte sans traité.
Avec la plus grande détermination, la question migratoire.
Des propos polémiques pour certains
alors que les secours cherchent toujours les disparus.
Le président de la République compte se rendre sur l'île
et décréter un deuil national.
Bonsoir Dominique Buenet.
Bonsoir.
Merci d'être là.
Vous êtes députée écologiste.
C'est un drame humanitaire et sanitaire immense.
Vous connaissez bien l'archipel
puisque vous aviez piloté l'Agence régionale de santé en 2019
et vous avez géré le passage d'un autre cyclone.
Celui-ci s'appelait Belna.
Vous êtes effrayée ce soir par les retours ?
Effrayée par des propos un peu lapidaires.
Y compris dans les commentaires de votre journaliste.
C'est très difficile d'affirmer
qu'il y a 100 à 150 000 personnes issues de l'immigration clandestine
qui auraient été dans les habitats de bidonvilles
qui se sont effondrés sous le cyclone.
Il y a un rapport de l'INSEE qui dit
qu'il y a au moins 60% d'habitants
qui sont en situation irrégulière.
Ce sont les chiffres de l'INSEE.
Il y a 50% d'habitants.
Il y a à peu près 60% de personnes issues de l'immigration
dont beaucoup ont des papiers.
On va y venir à la question migratoire
et à la question de l'habitat insoluble.
Il y a même des rapports parlementaires
qui prédisaient la catastrophe absolue en cas de cyclone.
J'utilise la sonnette d'alarme à multiples reprises.
Pour bien comprendre, ça n'a rien à voir
avec ce que vous avez connu en 2019.
La réalité du bilan est bien plus importante
que celle qu'on connaît aujourd'hui.
Ça peut se compter quoi ? En milliers ?
En dizaines de milliers ?
En 2019, j'arrivais à peine à Mayotte
et j'avais constaté qu'on n'était pas prêts.
Quand je dis qu'on n'était pas prêts,
on n'avait pas de lipico,
on n'avait pas de rations d'urgence,
on n'avait pas de Géricane pour mettre de l'eau,
on n'avait pas de radio chargée
pour pouvoir communiquer en l'absence d'Internet
ou de téléphone.
Aujourd'hui, ce n'est plus le cas.
On est un peu plus prêts.
Mais la réalité, c'est que si en 2019,
la trajectoire du cyclone s'est éloignée de Mayotte,
ça n'a pas été le cas cette fois-ci.
Au contraire, l'île a été coupée en deux.
Je dirais dans sa partie la plus stratégique,
la plus vitale, de l'aéroport au port de la Barge
qui relie Petite-Terre à Grande-Terre,
en passant par les zones les plus densément
peuplées de Mayotte,
Mamoudzou, Kungou, Kaweni, Cavani.
C'est vraiment dramatique.
Rémi Caraël, c'est un cyclone de cette ampleur.
C'est exactement le scénario du pire.
Beaucoup l'avaient pointé.
On se rend bien compte que même s'il y a eu
des efforts de fait sur certaines habitations,
insalubres qui ont été renforcés,
rien n'a tenu.
C'est aussi un des éléments ce soir.
Vous avez des contacts, j'imagine, dans l'archipel.
Il manque de tout, de toit, de soins.
Il y a la crainte des épidémies,
il y a la crainte des pillages.
Qu'est-ce qu'ils vous disent ?
Quels sont vos retours ?
La première chose dont il manque,
c'est de l'eau et de la nourriture aujourd'hui.
Alors évidemment, de toit aussi,
puisqu'au-delà de tous ces habitats faits de tôle
qui se sont visiblement tous effondrés,
il y a aussi beaucoup de maisons en dur
qui ont perdu leur toit.
Donc effectivement, l'urgence.
Par ailleurs, on est en saison des pluies.
Ça veut dire qu'il va y avoir à nouveau des pluies
dans les prochains jours.
Et donc là, on se retrouve quand même
dans une situation d'urgence absolue.
C'est surtout l'assidération qu'il emporte
dans les premiers jours.
Parce que même si tout le monde savait
qu'un cyclone passant sur Mayotte,
ça serait une catastrophe,
finalement, personne n'y croyait vraiment.
En tout cas, chaque fois qu'il y avait eu
un épisode cyclonique,
Mayotte avait été plus ou moins protégée,
souvent par Madeleine Lascar d'ailleurs.
Donc ça a d'abord été l'assidération.
Mais effectivement, on sent aujourd'hui
poindre une forme d'incompréhension
qui pourrait devenir de la colère,
puisqu'on a l'impression
que les secours n'arrivent pas.
Il y a des quartiers qui restent inaccessibles.
Comment c'est possible ça ?
Comment l'expliquer ?
Vous les montrez, ces quartiers ?
Les routes sont encombrées par des tôles,
du bois, des arbres qui se sont effondrés,
des poteaux de téléphones,
des relais de téléphones portables.
Tout ceci, évidemment, rend les choses très compliquées.
Rémi vient d'insister sur le fait
que c'était la saison des pluies,
c'est une saison très chaude aussi.
Très chaude.
Donc les conditions matérielles sont difficiles.
Beaucoup de routes à Mayotte ne sont pas bitumées,
elles sont en terre,
et donc l'accès est encore plus compliqué.
Et puis il faut juste comprendre
comment sont façonnés ces quartiers,
ces bidonvilles en fait.
C'est des minuscules ruelles
qui ne sont pas ni boudronnées
ni même de la terre battue.
En fait, on est vraiment sur la terre rase
et avec des ruisseaux ou des rivières,
même parfois,
donc c'est forcément très difficile d'alcer.
Aucun véhicule ne peut y aller.
Je reste en véhicule.
Alors justement, ces bidonvilles,
ces habitats précaires,
les gens sont restés.
Les gens sont restés pourquoi ?
Parce que ce qu'on peut lire,
c'est la crainte de l'expulsion.
C'est une des raisons.
L'arrestation, l'expulsion,
car en situation irréculière,
ce sont pour la plupart des étrangers
qui vivent dans ces habitats-là.
Pour la plupart,
mais il y a aussi des Français natifs de Mayotte.
En gros, selon l'INSEE,
65 % des étrangers vivent dans ces habitats-là
et 25 % des Français natifs de Mayotte quand même.
Ce n'est pas négligeable.
Tout à fait.
Donc, effectivement,
beaucoup sont restés dans leurs quartiers
pour plusieurs raisons.
Peut-être que l'information n'est pas toujours bien passée.
Peut-être qu'il y a eu une sous-estimation
de ce que pouvait être ce cyclone,
mais c'est clair qu'il y a une raison majeure
pour les personnes en situation irrégulière.
C'est qu'elles avaient peur de se faire arrêter
et de se faire expulser.
Au risque de mourir.
En fait, oui,
mais quand on est...
En fait, il faut comprendre,
ça fait 20 ans qu'à Mayotte,
les personnes en situation irrégulière
sont littéralement traquées par les autorités
et par la police,
y compris parfois devant les dispensaires
et devant les collèges et les lycées.
Donc, il y a évidemment un manque de confiance absolue
de la part de ces personnes vis-à-vis des autorités,
même s'il y a des appels pour dire
« Attention, là, c'est grave, vous pouvez trouver refuge. »
En fait, les personnes forcément se disent
« Non, mais moi, là, je vais me faire arrêter. »
Au risque de mourir.
Mais en réalité, il faut se rappeler
que le dernier grand cyclone,
c'était il y a 40 ans.
Il y a 40 ans,
plus de la moitié de la population de Mayotte
n'était pas née.
Et que le cyclone qui avait vraiment fait des ravages
remonte à 90 ans.
C'est-à-dire qu'aujourd'hui,
c'est un souvenir qui est oublié.
Je pense qu'il y a d'autres raisons.
Sur l'habitat insalubre et sur les bidonvilles,
il y a eu des efforts de fait
pour essayer de faire partir les gens
dans des habitations plus solides.
Il y a d'autres raisons qui expliquent
que les gens ne soient pas rapprochés
des lieux de secours.
Ceux qui sont efficaces pour aller chercher
les populations les plus vulnérables,
c'est les agents des communes,
c'est les agents de l'ARS,
nos agents de santé communautaire.
Ils sont crédibles.
Les salariés des associations,
les bénévoles des associations,
ont plus de chances de convaincre
que les forces de l'ordre.
Il s'est passé trois alertes cycloniques
en trois ans qui ne se sont pas concrétisées.
Les gens ont dit qu'on aura de la chance
cette fois encore.
Il y a aussi le risque des pillages.
Beaucoup de personnes disent
qu'elles n'ont pas envie d'abandonner
leur maison pour aller la mettre à l'abri
parce qu'elles n'ont pas envie de revenir
et de voir que tout a été pillé.
Je crois que c'est un peu compliqué.
Au fond, il faudra, dans la période qui vient,
se doter d'une culture du risque
qui permette de passer les bons messages.
Mais sur les bidonvilles ?
Sur l'habitat.
Je ne partage pas du tout votre analyse
sur laquelle des efforts auraient été faits.
Les opérations Mambouchou, ça a existé ?
Ce n'est pas une opération
de réhabilitation de l'habitat.
Expliquez-nous alors.
C'est vous qui connaissez l'archipel mieux que moi.
C'est une opération de décasage.
Ce qu'on appelle décasage,
c'est-à-dire qu'on va démolir au bulldozer
l'habitat précaire de ces personnes.
On les prévient un peu à l'avance
pour qu'elles puissent sauver
leurs deux bassines, trois casseroles
et quelques vêtements.
Et puis, en fait,
quand les policiers arrivent,
souvent, les personnes se sont dispersées dans la nature
parce qu'elles ne sont pas en situation
d'accepter un relogement.
Ce n'est pas du tout du relogement pour vous ?
Elles n'ont pas les moyens de payer un loyer.
Il n'y a pas de logements qui ont été construits.
Il y a très peu de constructions neuves
qui ont été construites
pour des personnes qui seraient
en situation de précarité.
L'État vous semble au rendez-vous.
Aujourd'hui, il y a un pont aérien
qui a été mis en place
depuis l'île de la Réunion.
Il y a un pont maritime
qui va être mis en place.
Évidemment, c'est une course contre la montre.
Chaque heure compte
pour les ONG,
pour les forces de l'ordre aussi,
pour les secours.
Alors, moi, j'ai du mal à juger
parce que je ne sais pas trop.
Je n'ai pas l'expérience d'autres catastrophes
de ce genre sur des zones que je connais.
L'État n'était pas au rendez-vous avant,
à mon avis.
C'est-à-dire qu'il n'a pas su anticiper.
D'ailleurs, un rapport parlementaire
l'a annoncé il y a à peine un peu plus de six mois.
L'État n'a pas été au rendez-vous avant.
Ça, c'est sûr.
Est-ce qu'aujourd'hui, il l'est ?
Moi, j'ai du mal à juger.
Mais il y a eu une absence d'anticipation
sur une réalité qui était évidente.
Un jour ou l'autre,
Mayotte serait victime soit d'un séisme,
soit d'un cyclone
ou d'une autre catastrophe naturelle.
D'une évolution volcanique
puisqu'il y a un volcan qui pousse sous Mayotte.
L'État n'était pas présent avant.
L'État est peu présent.
D'abord parce que Mayotte n'était pas
sur le circuit des principaux cyclones.
Donc, on n'avait pas cette culture du risque à Mayotte.
Ensuite, parce que d'une façon générale,
la France est très mal équipée
pour ce qui concerne la gestion des catastrophes majeures.
On a un seul hôpital de campagne
sur toute la France pour 30 lits.
On a quelques équipes capables d'intervenir
en cas de tremblement de terre
ou d'effondrement de bâtiments avec des chiens.
Mais on n'est pas équipés comme d'autres pays le sont
parce qu'ils sont sur des circuits de failles ou autres.
Donc, je crois que dans les années qui viennent,
il faudra quand même réactiver la délégation au risque majeur
qui ne fonctionne plus
et se mettre en situation de mobiliser
beaucoup plus de moyens
pour aider les territoires exposés.
Le fait que Mayotte n'ait pas de ressources rares
ou une situation géopolitique...
En tout cas, on ne les connaît pas
par rapport à Nouvelle-Calédonie par exemple
ou par rapport à la situation pacifique.
Entre Mayotte et les Comores,
vous avez des champs pétroliers.
Ça n'explique pas l'absence d'investissements
plus importants de l'État, cyniquement ?
C'est l'histoire de Mayotte,
de l'archipel des Comores
lorsque c'était une colonie et de la France.
C'est-à-dire que c'est un territoire
qui a été colonisé par la France au XIXe siècle
mais dont la France n'a jamais su que faire.
L'intérêt, au début,
c'était une zone qui les intéressait
pour pouvoir coloniser Madagascar
qui était beaucoup plus intéressante aux yeux des Français.
Mais après, une fois que c'était colonisé,
finalement, on a laissé un peu à l'abandon.
Et même Mayotte,
lorsque la séparation de Mayotte avec les autres îles
a été actée en 1975,
il a fallu attendre plus de 20 ans
pour que la France commence à investir,
à envoyer des fonds pour développer les infrastructures,
notamment.
C'était lié à la situation géopolitique
puisque Mayotte est un territoire
toujours revendiqué par l'Union des Comores
mais c'était lié aussi
par un relatif désintérêt de ce territoire
dont une partie des hauts fonctionnaires
disaient régulièrement
qu'ils ne savaient pas que faire de cette île en réalité.
Et sur la question migratoire,
on y vient, la question qui fâche donc
puisque Bruno Retailleau a estimé
qu'il fallait penser le jour d'après
et on ne pourra pas reconstruire Mayotte
sans traiter la question migratoire,
symbole de la dérive
que les gouvernements ont laissé s'installer
sur cette question,
il faudra légiférer.
Gérald Darmanin avait déjà porté
la réforme du droit du sol à Mayotte.
Ça a été super efficace, vous avez vu.
Combien de personnes sont parties ?
C'est-à-dire qu'en gros,
autour de Mayotte,
pas seulement d'ailleurs aux Comores,
mais à Madagascar par exemple,
les populations vivent
dans des conditions plus misérables encore.
Si vous êtes diabétique,
si vous êtes dialysée,
si vous êtes enceinte
avec une grossesse un peu difficile,
où est-ce que vous allez aller ?
Vous tentez d'aller à Mayotte.
Vous mettez votre vie en péril
pour aller à Mayotte.
Vous avez payé des passeurs
pour franchir le bras de mer
depuis en juin
sur des coissa-coissa
avec des morts chaque année
dans des conditions ignobles.
Mais les Mahorais nous disent
qu'ils veulent arrêter ça
et les élections le montrent dans les urnes.
Un programme de coopération
France Comore a été monté
il y a plusieurs années déjà,
en 2020 à peu près,
qui bénéficie de beaucoup d'argent.
Il n'y a pas une très forte volonté
des Comores de participer,
de jouer le jeu.
Je crois qu'il faudrait
des sommes absolument considérables
pour rattraper un niveau de vie
aux Comores qui permettent
de convaincre les Comoriens.
Surtout, il n'y a pas
une seule famille à Mayotte
qui n'ait pas des liens étroits,
anciens, familiaux,
amoureux avec les Comores.
Le sénateur de Mayotte,
Saïd Omarouali,
maire de Zaoudi,
il est Comorien aussi.
Il a un double passeport
dans sa poche.
Comment ça se passe ?
Quasiment tous les responsables
politiques de Mayotte.
Mansour Kamardine a des liens
étroits et anciens avec les Comores.
J'allais justement rebondir là-dessus.
Quand on parle d'immigration clandestine,
on a toujours l'impression,
comme on a l'impression en Europe,
que ce sont des gens qui arrivent,
qui sont nouveaux.
En réalité, parmi tous les étrangers
comptabilisés parmi la population
de Mayotte,
une grande partie sont nés à Mayotte.
Ils ont été scolarisés à Mayotte.
Certains travaillent à Mayotte.
Mais ils sont considérés comme étrangers,
souvent en situation régulière
pour tout un tas de raisons.
Difficile d'avoir des papiers
pour Comorien,
pour régulariser sa situation.
Des lois qui ont été modifiées
au fil des ans.
Le droit du sol qui a été notamment
raboté en 2018,
qui complique la situation des gens.
Mais ce sont des gens
qui sont de Mayotte,
même s'ils ont des liens
avec les autres îles,
comme y compris les natifs,
ceux que l'on appelle les Mahorais.
C'est-à-dire,
c'est difficile à déterminer
qui est Mahorais
et qui ne l'est pas concrètement.
Mais en fait,
il y a cette réalité.
Et effectivement,
couper Mayotte des Comores,
c'est ce que j'essaye d'expliquer
au fil de mes écrits,
c'est une erreur majeure
à mon sens parce que
un, ce n'est pas humainement viable
de couper des familles,
de disloquer des familles.
Mais deux,
la réalité montre
que ça ne fonctionne pas.
Ça fait des années et des années
qu'on expulse chaque année
entre 23 000 et 25 000 personnes
de Mayotte.
On voit le résultat.
Ça n'aboutit à rien.
Aucun lien, vous,
avec le fait qu'il y a
une très grande pauvreté,
un chômage endémique des jeunes.
Le 101e département
est le plus pauvre de France.
C'est vrai, c'est vrai.
Quand j'étais à l'ARS,
je me suis beaucoup reprochée
de ne pas avoir pu mener
une campagne
de limitation des naissances
qui avait,
dans les années 70-80,
montré son efficacité.
On disait 1, 2, 3, basse.
1, 2, 3, c'est assez.
Mettons au monde des enfants
qu'on peut élever,
auxquels on peut préparer
un avenir.
Et puis, ça s'est relâché.
Aujourd'hui,
on a une natalité à Mayotte
de pratiquement 5 enfants
par femme maoresse.
C'est plutôt 6 ou 7
pour les femmes d'origine comorienne.
Et nous savons
que l'avenir de ces enfants,
de ces jeunes,
sera très difficile
parce qu'il n'y a absolument
aucune économie endogène.
Un petit peu de fruits et légumes.
Et vous pensez
que la métropole donnera,
investira,
alors que les caisses sont vides
pour terminer ?
Je suis favorable, madame,
à ce qu'on attribue des visas
d'une façon commode,
y compris aux Comoriens
qui sont à Mayotte.
Parce que je pense
que 100 000 personnes supplémentaires
en métropole,
ça ne se verra pas.
Il y a de très grosses
communautés comoriennes
en Marseille ou ailleurs.
Et à Mayotte, c'est insupportable
parce qu'il n'y a pas
beaucoup de ressources
et qu'il y a un territoire très restreint.
Merci.
On s'arrête là.
On va évidemment
continuer à discuter
de ce qui se passe
dans l'archipel.
C'est une situation
de catastrophe absolue.
La reconstruction est en marche,
nous disent nos dirigeants.
On y consacrera
notre débat
demain.
Non, ça fait que trois jours.
On est encore en train
de chercher les morts
sous les débris.
Donc la reconstruction
n'est pas en marche.
C'est ce que dit
François Bayreau aujourd'hui.
