Judith Godrèche est auditionnée sur les violences dans le secteur culturel à l'Assemblée - 18/12/24
L
LCP - Assemblée nationale
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19 déc. 2024
Mes chers collègues,
je suis ravie d'accueillir au sein de notre commission d'enquête
Mme Judith Godrech, actrice et réalisatrice.
Bonjour Madame.
C'est à vous que l'on doit, ainsi qu'à Adèle Haenel,
le sursaut MeToo dans le cinéma français.
Nous espérons que ce sursaut,
notamment grâce aux propositions que formulera bientôt
le rapporteur Erwann Malanon,
ne sera pas juste un sursaut,
mais bien une prise de conscience réelle
et sans retour en arrière possible.
Tel est l'objet de notre commission et de notre travail encore.
Votre histoire, que nul ne peut ignorer,
a conduit à une prise de conscience variable
dans le monde du cinéma.
Nous l'avons constaté ici même,
avec les auditions que nous avons faites.
Nous avons fait.
Décidément, j'ai un problème d'accord aujourd'hui.
En apparence, tout a changé.
Formation, chartes, lignes d'appel,
coordinateurs d'intimité et référents.
Et puis, en réalité,
l'omerta semblait toujours être là.
Ainsi, je vous remercie de prendre la parole aujourd'hui,
notamment à la suite des auditions que nous avons faites
ces derniers jours et hier en particulier.
Je rappelle que cette audition est ouverte à la presse
et qu'elle est retransmise en direct
sur le site de l'Assemblée nationale.
Et avant de vous laisser la parole
et d'entamer nos échanges pendant une heure environ,
je vous rappelle que l'article 6
de l'ordonnance du 17 novembre 1958
relative au fonctionnement des assemblées parlementaires
impose aux personnes,
entendues par une commission d'enquête,
de prêter serment,
de dire toute la vérité, rien que la vérité.
Je vous invite donc à ouvrir votre micro,
à lever la main droite et à dire « Je le jure ».
Je le jure.
Merci. Je vous laisse la parole pour un propos lumineux.
Merci.
Ça marche.
Madame la Présidente, Monsieur le rapporteur,
Mesdames et Messieurs les députés,
je n'apprêtais pas être auditionnée aujourd'hui
et je n'ai pas pu suivre les auditions ces derniers jours.
Je sortais hier des rendez-vous créatifs
pour parler d'un projet qui me tient à cœur
quand je découvre une vingtaine de messages sur mon téléphone.
Ils disent tous plus ou moins la même chose.
Serge Toubiana, ancien directeur des cahiers du cinéma,
ancien directeur de la Cinémathèque et d'Uni-France,
est entendu en ce moment par votre commission
et il vient de mentir sous serment,
de dire qu'il ne savait rien
de ma relation avec Benoît Jacob.
Pourtant, Benoît Jacob était l'un de ses meilleurs amis.
Je venais donc parfois dîner avec eux chez Serge Toubiana.
Il savait.
Tout le monde savait, lui mieux qu'icône.
Si la critique de cinéma n'a rien à voir
avec la vie des cinéastes et des actrices,
alors pourquoi les critiques les fréquentent-ils dans la vraie vie ?
Un effet étrange de dédoublement s'opère en moi
depuis un moment,
ou plutôt, disons que je suis capable de formuler un désir,
ce besoin peut-être,
enfin légitime,
que les adultes du passé reconnaissent
ce dont ils ont été les témoins,
passifs et parfois actifs.
Je n'en veux à personne ou presque,
en dehors de mes agresseurs,
ou dans tous les cas,
ma colère laisse place à la possibilité d'un échange,
que ce système dont un jour un homme a fait partie,
dont il était témoin,
puisse, avec cet homme,
reconnaître son inaction
et sa participation active
à l'impunité des abuseurs.
Je suis encore cette adolescente
qui veut malgré tout être reconnue par Serge Toubiana
et tant d'autres.
Et oui, je sais que ma frontalité
joue contre cet espoir.
Dire les choses,
incarner le grain de sable,
a un prix.
Il y a presque un an maintenant
que j'ai libéré ma parole
et dans un élan d'espoir,
celui d'une enfant qui continue
d'espérer qu'un des adultes du passé
lui prenne la main et dise
« Viens, je t'aide à t'échapper,
j'ai envoyé un message
à M. Toubiana en janvier 2024
pour lui dire
« Serge, je m'étonne de ton silence,
il m'a triste.
L'homme du silence est resté silencieux,
mais hier, il vous a parlé.
Mais hier, quand il vous a parlé,
d'abord, il ne voulait pas reconnaître
ce qu'il savait.
Il dit qu'il ferait autrement aujourd'hui,
mais il dit aussi qu'il ne ferait toujours rien.
Pourtant,
abuser d'une mineure,
ce n'est pas une question de vie privée,
ce n'est pas une affaire de morale,
c'est un problème légal.
Si je vous raconte cela,
c'est parce que nous sommes tellement nombreuses,
je pense, à espérer que le grand-oncle de la famille
dise un jour
« Je suis désolée.
J'étais là,
je me suis tue et je me suis désolée. »
Souvent, ce soutien
vient d'une personne anonyme,
comme cette lettre que j'ai reçue
et qui n'a pas été écrite par Serge Toubiana.
« Judith,
je n'ai pas été abusée.
Je t'ai connue sur le tournage d'un été d'orage
de Charlotte Brandstrom en septembre
1988.
Le tournage a lieu
en Corrèze avec Murray Head,
Marie-Christine Barrault, Eva Darlan, Jean-Louis.
J'avais 14 ans, tu en avais 16.
Ma chambre était à côté de la tienne
à l'hôtel.
Je me souviens de tout, de ton regard triste
et de ce malaise qui était le tien,
de ton chien, un cavalier King Charles
qui te suivait partout.
Des carottes que tu mangeais
à la cantine, de ta solitude,
des éclats de rire très rares
et de la distance avec nous, les enfants du tournage.
Parce que plus personne
ne te considérait comme une enfant.
Pourquoi tu ne viens pas manger
avec nous le soir au restaurant ?
Parce que mon fiancé ne veut pas
que je mange avec tout le monde.
De cela aussi, je me souviens.
Et je me souviens enfin de voir Benoît Jacot
te rejoindre les week-ends.
J'avais peur de lui.
Il était grand,
massif, intimidant.
Moi, j'avais 14 ans
et je croyais que la vraie vie,
c'était la tienne.
J'étais une enfant très protégée
par mes parents.
Ils n'étaient pas là, ils travaillaient.
Et ils se souviennent aussi très bien de toi,
si jolie,
si triste et si seule.
Je crois que je savais
que tu allais un jour tout dire.
J'en ai les larmes aux yeux.
Bravo, et compte sur moi
si tu as besoin de reconstituer des bouts de mémoire,
je te serre dans mes bras.
C'est.
Il n'y a pas de demi-folle.
Pour parler comme un directeur de la cinémathèque,
nous nous battons pour le passé, bien sûr,
mais aussi pour le futur.
Se lever et se casser,
c'est un choix.
Une jeune femme qui porte le prénom d'Adèle
a décidé de laisser derrière elle un sourire
qui ne lui appartenait pas.
En revenant en France,
souriante encore,
avec cette légèreté qu'on me connaît,
j'ai découvert qu'Adèle était partie.
Et je me disais,
qu'ont-ils fait à Adèle ?
Depuis un an,
je découvre les règles de cette nouvelle vie,
j'essaie de naviguer tant que je peux sans couler,
je souris moins,
je pleure bien souvent,
et je pense à celle qui est partie en disant
ne vous justifiez pas de votre inaction.
Nous ne pouvons pas laisser
la responsabilité aux jeunes d'aujourd'hui
de changer le monde.
Dire ah mais ça s'améliore,
ça va dans le bon sens,
alors asseyons-nous et regardons
pour justifier notre inaction.
Les autres vont le faire.
Mais les autres, c'est nous.
C'est à nous de faire évoluer cette société
pour nous toutes et tous aussi.
Nous avons notre part, notre rôle à jouer.
Serge Toubiana ne peut pas s'abriter
derrière l'idiot du vieux monde
sans laver les mains en disant que c'est du passé
puisque sa défection a été une forme
de participation active à ce fonctionnement.
Ce système écrase
les résistantes,
certaines restent, d'autres partent
pour reprendre une forme humaine.
Elles disent d'une même voix
regardez l'enfant
que j'étais,
elle évoluait autour de vos quiches aux poireaux,
elle marchait entre les rangs de la cinémathèque,
elle dormait dans le lit
de votre meilleur ami.
Adèle Haenel a résisté comme une actrice
en pleine cérémonie des Césars,
elle a improvisé
et son départ a éclairé d'un coup de projecteur
tous ceux qui restent assis.
Dans cette lumière que vous me donnez aujourd'hui,
je peux vous dire que les forces manquent parfois.
Vous le savez,
la plupart des victimes, des personnes victimes
de VSS ne veulent pas venir vous parler au grand jour.
Je ne vous apprends rien.
Certaines petites filles pensent
ne plus rien avoir à perdre,
elles ont tort.
Il y a toujours quelque chose à perdre.
Et nous avons aujourd'hui à gagner
à ce que la vérité soit dite.
Serge Toubiana avait bien vu
que je refusais d'être prisonnière du plan,
je le cite,
dans les deux sens du terme.
Qu'a-t-il fait pour m'y aider ?
Que dit-il aujourd'hui ?
Que disent ses successeurs à la cinémathèque ?
Je cite un bout
de son édito dans les cahiers du cinéma
qu'il vous a lus hier.
On se souvient qu'elle jouit Juliette,
cette jeune fille de 15 ans, dans la film de Doyon.
Elle y était l'objet privilégié
du regard du metteur en scène, acteur,
Doyon lui-même.
Mais un objet
toujours fuyant,
refusant d'être prisonnière du plan.
Le mot est ici,
employé dans les deux sens du terme,
le plan établi
par le cinéaste.
Merci.
Merci
beaucoup pour votre réponse
et votre témoignage.
En effet,
pour réussir
à faire craquer quelque chose dans ce système
où
l'impunité règne encore
et où les victimes peinent
à prendre la parole
parce qu'elles craignent trop
pour leur avenir,
il nous faut mettre
les personnes qui parlent
face à leurs responsabilités.
Merci d'avoir
mis dans un cadre la parole
qui a eu lieu hier
dans cette commission d'enquête.
Je vais laisser M. le rapporteur
commencer par une question et ensuite
j'en reviendrai.
Merci
Mme la Présidente,
merci M. Dicodre
pour ce moment poignant
qui sera sur moi.
Excusez-moi,
il fallait bien que ça arrive à un moment donné.
Cette commission d'enquête n'est pas tous les jours
facile et je m'en excuse.
Oui,
vous venez
par vos mots
puissants
d'écrire
ce que nous constatons
depuis un moment
dans cette commission d'enquête.
C'est cette machine
à broyer
des jeunes
acteurs, des jeunes
actrices
et qui visiblement
et je crois
que le témoignage de M.
Toubiana hier,
et c'est ce que nous devons peut-être
approfondir,
avait l'air
de rien
avoir envie de savoir.
C'est ce qui est
peut-être le signe d'une autre époque,
certainement,
mais le signe de quelque chose
que nous ne pouvons plus accepter.
Et donc,
vous venez de parler,
je reprends vos termes
d'adolescence volée.
Et c'est ce qu'il faut qu'on arrive à faire,
c'est-à-dire que des adolescences
ne soient plus volées. L'adolescence,
sans doute,
est le moment le plus précieux de la vie,
le moment où se construit
son corps,
son âme
et le reste de sa vie.
Donc,
la question
qu'on a envie de vous poser,
c'est
sur ce témoignage
d'hier, qui visiblement
vous a terriblement mis en colère,
légitimement,
est-ce qu'il est révélateur
d'une autre époque,
ou est-ce que
ce monde, cette omerta,
cette machine à broyer continue ?
Est-ce qu'elle est,
malgré, je crois, les efforts,
et vous l'avez signalé, Madame la Présidente,
les efforts légitimes,
pas les efforts légitimes,
les efforts réels
du CNC,
d'un certain nombre d'institutions,
il y a eu des choses de faites,
mais est-ce que, malgré tout,
tout n'est pas en train de continuer ?
C'est ça que je voulais vous poser comme question
et je m'excuse vraiment pour mon émotion.
Il fallait que,
à un moment donné, ça sorte.
Je voulais peut-être dire un mot, quand même,
de cette émotion, c'est que cette commission d'enquête
pour les témoignages
que nous recevons
dans cette commission d'enquête,
que ce soit de manière publique
ou de manière
moins publique à huis clos,
que ce soit en dehors de la commission
d'enquête, en fait,
il faut savoir que ça éprouve et que ça
dit quelque chose d'une récurrence
et d'une peur. Et moi, je trouve que ce qui nous
fait vraiment,
qui nous fait atteindre nos
limites émotionnelles,
c'est aussi la peur que nous
ressentons à travers les témoignages fébriles.
Et je dois dire que...
Pardon, je le pose ici avant
que vous ne puissiez répondre, Judith, mais
toutes les femmes qui sont venues ici
témoigner, les enfants,
notamment, je pense, au cœur,
tous tremblaient au moment où ils parlaient.
Tous. Toutes.
Toutes tremblaient. Je n'ai pas vu un homme
trembler ici, de ceux qui
tiennent le système. Je vous remercie.
Je vous donne ma parole.
Oui, cette audition,
hier, m'a mise en colère.
D'autant plus que, dans le fond,
une fois que Serge Touliana
a fini,
grâce à vos interventions,
à dire une partie de la vérité,
c'est-à-dire qu'il me connaissait évidemment
dans l'intimité et dans l'intimité
chez lui, notamment
dans un cadre de
couple, on va le dire,
ce couple, comme on dit,
que je formais avec Benoît Jacot et celui qu'il formait
avec Emmanuel Bernheim.
Il fait référence à Serge Danais,
un grand, grand critique
de cinéma, qui écrivait au cahier du cinéma
Serge Danais,
avec qui j'étais présente
au festival de l'Ocarno,
quand j'avais
15 ans.
Je me suis retrouvée au festival
de l'Ocarno
avec Melville Poupot,
Chantal Poupot et Benoît Jacot.
Nous étions à une table et Benoît Jacot
me servait du vin
que je n'avais jamais eu bu d'alcool
et j'ai vomi sur
tout le monde, notamment sur Serge Danais
lors de cette
grande réception de
clôture et je me suis
évanouie.
J'avais 15 ans, c'était
dans un grand festival de cinéma
international, ça n'a posé
de problème à personne.
Personne ne m'en a jamais parlé ensuite
sauf Melville Poupot.
Cette époque-là,
c'était celle
de mes 14 ans, de mes 15 ans,
de mes 16 ans, de mes 18 ans et c'était celle
pendant laquelle
j'ai passé beaucoup de temps avec
Serge Toubiana, Pascal Bonnitzer
et tous les amis de Benoît Jacot
qui étaient devenus
mon seul environnement.
Hier, Serge Toubiana
a d'abord menti en disant
qu'il ne savait rien de cette
relation intime entre une adolescente
et un adulte,
mais il a ensuite menti de nouveau parce que
quand il disait en 90,
c'était pas en 90, en 90
c'est la sortie de ce journal.
C'est peut-être pour ça qu'il a dit
90, c'est la date qui lui est restée.
Je connais Serge Toubiana depuis que j'ai 14 ans.
Je l'ai rencontré,
c'est une des premières personnes que j'ai rencontré
avec Benoît Jacot.
J'étais donc humeur.
En créant ce flou artistique,
on ne sait plus, on ne sait pas avec qui, comment et où,
il cautionne.
Pourtant, personne
ne l'agresse, personne ne l'accuse,
personne
ne tag les
murs de sa maison,
personne ne lui envoie des lettres de menace,
personne ne lui écrit des
emails en disant qu'il va enlever sa fille,
mais il ment
quand même.
Ce parallèle entre
la parole
des personnes qui ont été
victimes ou qui sont victimes encore aujourd'hui
dans un milieu
dans lequel elles veulent continuer
de travailler,
ces personnes-là qui prennent la parole malgré les
risques qui sont
réels, c'est-à-dire celui de ne plus
jamais travailler ou de ne pas voir ses films,
ses projets être
financés, de voir des portes
non pas se fermer mais ne plus jamais
s'ouvrir.
Le parallèle entre le manque de
courage de cet homme à qui on demande juste
de dire, ben oui, j'étais là
mais bon, je ne savais pas quoi faire
et c'est sûr que je me rends
bien compte ou je ne me rendais pas compte de la
souffrance ou j'étais aveuglée
mais juste de dire
la vérité.
Et cette demande-là
dans le fond
cette absence de gestes-là
nous informe
non pas sur le passé
mais sur le présent
et sur la raison pour laquelle d'autres
après moi ne viendront pas parler.
La raison pour laquelle
des hommes
comme vous l'avez dit si souvent lors de
cet entretien, de cette audition,
c'est un homme qui représente tant de choses
c'est un homme qui a été à la fois président
de la Cinémathèque avant Frédéric Bonneau
à la tête d'Unifrance Films
à la tête des cahiers du cinéma
c'est une institution à lui tout seul
cet homme-là vient là
prêt de serment et ment
mais au nom de quoi ?
Il faut séparer
le critique de l'homme
au nom de
quelqu'un qui dit
en tant qu'homme privé je suis au courant de tout
en tant que critique
je ne suis au courant de rien
sur les tournages, sur notre lieu de travail
les gens qui font leur métier
sont là en tant que
personne privée et en tant que personne
qui travaille
et dans le cadre de ce travail-là
eh bien soit
ces personnes à qui il arrive quelque chose n'osent pas
parler parce qu'il faut qu'elles s'adressent à quelqu'un
dont elles pensent que si elles leur parlent
elles ne travailleront plus
ou alors elles s'adressent à quelqu'un qui elle-même
ou lui-même a peur
donc en effet
quelle que soit la motivation, que ce soit la peur
ou le besoin
d'écraser la parole de l'autre
parce que ça vous remet en question à un endroit de votre vie
qui est désagréable
nous en sommes toujours au même stade
et
j'aimerais pouvoir vous dire
j'aimerais pouvoir dire autre chose
mais non nous en sommes toujours au même stade
Vous venez de parler
d'un point qui nous semble être
nodal depuis le début de cette commission d'enquête
c'est la peur
nous avons senti la peur
de victimes
nous avons effectivement
peu senti la peur
de certains acteurs très présents
dans ce milieu
dans ce secteur
la question aujourd'hui c'est
comment on fait changer
de quand la peur
comment les gens qui jusqu'à aujourd'hui
travaillaient
avec cette
manière de faire
je le constate
violente
le huis clos que nous avons fait d'actrices
célèbres
d'actrices qui ont toute une carrière
le bilan de leur carrière
c'est une carrière de violence
parfois sexiste et sexuelle
mais aussi souvent de violences
qui sont des violences qui sont
intolérables dans le cadre du travail
des mises en
péril de leur sécurité
pour avoir un bon plan
des mises en
détresse psychologique
en tension pour avoir la bonne scène
comment on fait
aujourd'hui
en plus de tout ce qui a été fait
de tout ce qui a été tenté
comment on fait pour que la peur change de camp
et qu'aujourd'hui les jeunes femmes
les jeunes hommes
les comédiens, les comédiennes
les maîtrisiens
de cœur
tous ces gens qui aujourd'hui sont sous un joug
puissent témoigner
et dire voilà comment ça se passe
et cette personne est
une personne toxique
comment on fait
je sais que si vous aviez la réponse aussi facilement que ça
ce serait simple
mais essayons ensemble de trouver des solutions
écoutez
vous le savez comme moi
quand on a
quand on
doit travailler pour gagner sa vie
quand on est intermittent du spectacle
on dépend
de
ceux qui prennent
la décision ou pas de vous employer
généralement ces gens là
on n'a pas envie de se les mettre à dos
quand on est
quelqu'un qui a
le statut que j'ai
aujourd'hui ou par exemple
on pourrait imaginer
que
à cause ou grâce
ou à la lumière qui est faite aux projecteurs
qui sont braqués sur moi
je me retrouverais aujourd'hui
par exemple si je voulais
monter un film
face à des bras grands ouverts
parce que dans le fond
en libérant ma parole
et en faisant d'une certaine manière
en amenant mon grain de sable
ou ma pierre à l'édifice
on peut imaginer qu'il y a
un état d'esprit positif
qui ferait que je serais accueillie
à bras ouverts ou en tout cas qui n'y est pas
et en fait
à différents endroits
que je ne citerai pas
et dans différentes circonstances
je me rends compte que c'est mort
c'est même pas la peine d'essayer
alors il serait bien
irresponsable de ma part
de conseiller
ou de pouvoir dire à qui que ce soit
qui serait dans ma position
ou dans la
qui imagine ou pense pouvoir libérer sa parole
ou dire des choses au grand jour
comme je l'ai fait
ou de lui dire
vas-y tu n'as rien à craindre
ce serait
particulièrement égoïste
de ma part parce que dans le fond moi
évidemment que
j'aimerais bien que tout le monde parle
parce que non seulement si tout le monde parlait
il y a des gens qui ont déjà été accusés
d'agression sexuelle mais qui restent
pour l'instant qui ne sont pas
mis en examen et qui le seraient
si d'autres
personnes parlaient que je connais
ce que je veux dire
c'est qu'évidemment que mon instinct serait de dire
à toutes celles et ceux qui n'ont pas parlé
il faut y aller, il faut parler
avec peut-être parfois même cette violence que j'ai
ou ce manque de tact
ou ce manque de regard sur l'autre
ou de délicatesse ou de compassion
vis-à-vis de quelqu'un qui ne peut pas libérer sa parole
ou qui a peur
c'est pas parce que j'ai parlé
que ça va être facile pour quelqu'un d'autre
ou que son temps à elle ou à lui
est le même que le mien
Dieu sait que ça m'a pris du temps
et beaucoup, beaucoup, beaucoup de temps
et maintenant voilà
je me retrouve à
à évoluer
dans ce
ce lieu
de travail et dans ce milieu
en espérant pouvoir
continuer d'y vivre
et c'est là
et à cet endroit peut-être
que je me pose la question
de savoir, ou plutôt que je comprends
tout simplement
pourquoi Adèle est partie
et va revenir
petit message j'espère
moi j'aimerais
j'ai une question très
très basique j'ai envie de dire
c'est que M.Tchoubiana
vous nous l'avez dit
était président de la Cinémathèque
et lui a succédé
Frédéric Bonneau dont on a parlé
ici dans cette commission
en raison du dernier tango à Paris
présenté comme
un film hommage à la carrière de Marlon Bandeau
qui est le théâtre
d'une scène en direct
d'agression sexuelle
montrée à l'écran
et
en fait l'arrêt de la carrière de
Marian Schneider sous nos yeux
d'une certaine manière
quel est le lien entre M.Tchoubiana
et M.Bonneau, c'est à dire comment on se succède
à la Cinémathèque, comment ça se passe
je crois que M.Bonneau
il y a peut-être eu un moment
ils étaient ensemble à la Cinémathèque
je ne pourrais pas vous dire exactement
mais il a succédé à M.Tchoubiana
et je crois qu'il y a eu un moment de voilà
alors
un jour je présentais
il y a pas longtemps un court-métrage qui s'appelle
Moi aussi
un court-métrage
sur les VSS
qui était présenté
au Festival de Cannes
et qui ensuite a fait une petite tournée
en France couplée avec des films de réalisateur
et
j'ai présenté ce film
et quelqu'un
il est venu me voir et il m'a dit
vous savez je crois qu'on a un ennemi
commun
j'ai dit ah bon un ennemi commun
il m'a dit oui Frédéric Bonneau vous aime pas trop
j'ai dit ah bon
d'accord
oui vous avez pas vu sur Facebook
la Cinémathèque Française a fait un post
pour rendre
comment dire récapituler
rendre hommage ou en tout cas
acter l'hommage qu'ils ont rendu
plutôt à Sophie Filière
qui était ma grande amie
qui est décédée
Serge Tchoubiana vous en a parlé hier
une réalisatrice que j'avais rencontrée
quand elle était encore étudiante à la Fémis
et qu'elle vivait avec Pascal Bonnitzer
qui était donc un des meilleurs amis de Benoît Jacot
et donc je passais beaucoup de temps avec Sophie Filière
parce qu'elle était dans une tranche d'âge
qui était plus proche de la mienne
et j'allais souvent chez eux
et donc j'ai joué dans un film
qu'elle a écrit
en pensant à moi qui s'appelle Grande Petite
et j'ai été présentée
donc ce film à la Cinémathèque
je m'étais assurée que M. Bonneau ne serait pas là
en effet je n'ai pas envie de croiser
ce monsieur dont je connais la
promiscuité et la grande amitié
avec Benoît Jacot
et par ailleurs j'étais très gênée
d'un entretien entre lui
et Benoît Jacot
et Vincent Lindon
pour présenter un film qui s'appelle
Le Septième Ciel qui était donc présenté
à la Cinémathèque
lors de cet entretien M. Bonneau fait référence
à une anecdote que lui a racontée
Benoît Jacot
une anecdote qui dit
tu te souviens de cette histoire que tu m'as racontée
tu étais à un dîner et ton ami
psychanalyste s'est mis
pour s'amuser à dire qu'il allait hypnotiser
ton amoureuse
de l'époque et la faire jouir
je sais
pour le
savoir, pour l'avoir
rencontré avec lui
évidemment et comme vous le savez j'imagine
à cause de ce documentaire
réalisé par Gérard Miller
que cet homme dont Benoît Jacot
s'est inspiré pour écrire ce film qui s'appelle
Le Septième Ciel dans lequel
François Berléand met ses mains sous la
jupe de Sandrine Kiberlin
lors d'une séance d'hypnose que cet homme
dont il s'est inspiré c'est Gérard Miller
Il est très
malaisant pour moi de me dire
qu'un jour sur cette scène
de cet endroit, la Cinémathèque
il y a eu un dialogue entre deux hommes
goguenards
pour parler d'un
d'une source d'inspiration
qui serait d'un dîner pendant lequel
un psychanalyste s'est amusé à hypnotiser
une femme pour lui faire des choses
sans son consentement
Quand
ma parole s'est libérée, alors oui
je me suis retrouvée dans un état un peu
comme une sorte d'avalanche
de
bras de marée, de haut, de bas
d'émotions
et forcément de colère
et puis surtout avec un désir
peut-être enfantin
ou en tout cas la colère d'un enfant
c'est sûr de vouloir exposer
les choses mais presque avec
un entêtement un peu
je sais pas
oui un peu comme ça
et
j'ai exposé cet
entretien, je l'ai posté sur Instagram
qui est un peu mon médium
et ma manière de communiquer ou de faire du journalisme
j'en sais rien
tout ça pour dire qu'un jour
quelqu'un m'approche récemment et me dit
si vous avez un ennemi, la personne de Frédéric
Bonneau, regardez ce post
sur Facebook de cet
hommage qui a été rendu à Sophie Filière
et donc il y avait des photos de toutes les
personnes qui sont venues rendre hommage à Sophie
en l'occurrence
Sandrine Kiberlin, plein d'acteurs
avec des noms plus ou moins compliqués à écrire
et puis c'était un post
qui datait de plusieurs jours déjà
et les gens avaient déjà mis des remarques en dessous
parce qu'ils avaient mis
Judith Dogue-Rech
alors c'est sûr
que mon nom, qui est un nom
fabriqué par mes grands-parents
enfin francisés
puisqu'ils essayaient d'échapper
aux nazis pendant la guerre
et avaient changé leur nom de Goldreich
à Godrech parce qu'ils pensaient que ça faisait français
donc je peux croire que c'est un nom un peu étrange
mais de là à l'écrire Dogue-Rech
je sais pas, c'est pas forcément
une faute de frappe
et ce qui était drôle
c'est qu'il y avait des remarques de gens
qui disaient vous pourriez rectifier mais c'était pas fait
j'ai donc écrit à une personne à la cinémathèque
en disant ayez-vous la gentillesse
j'imagine que ce n'est pas un acte manqué
de rectifier, d'écrire mon nom
comme il s'écrit
et
c'est là qu'une fois de plus
je me suis dit dans le fond
plutôt que de se poser des questions
de se dire tiens, il est vrai que
à une époque on rigolait en parlant
d'un film inspiré par Gérard Miller
peut-être qu'aujourd'hui
on peut en parler différemment, peut-être qu'on peut
discuter, parler, ouvrir un débat
mais
la réponse à cet
espoir
ou à cette pensée
qu'il est possible
de parler et d'évoluer
ensemble, quel que soit ce qui nous sépare
quel que soit ce qui nous a séparés
quelles que soient nos alliances, celles du passé ou du présent
et bien c'est un espoir illusoire
parce que chacun reste
dans ses marques
ne fera pas un pas
il n'y a pas une personne
une personne de mon passé
qui ait un statut établi
une place dans la société du cinéma
établie
donc entre guillemets du pouvoir
il n'y a pas une personne
de pouvoir
qui m'a écrit depuis que j'ai parlé
pas une, les seules personnes
qui se sont
de ce passé
qui se sont
qui m'ont tendu la main
sont des personnes qui sont
ont un jour été
assistantes d'une agent
qui dit qu'elle ne me représentait pas
à l'époque
des personnes en fait dans le fond qui sont
comme on dit anonymes ou en tout cas qui n'ont pas de pouvoir
ou qui n'ont
rien à perdre
plus rien à perdre, qui ne sont plus dans ce milieu
mais
ce silence là
dit beaucoup, il dit aussi
peut-être j'ai peur, il dit j'ai pas envie
de perdre ma place, il dit
moi aussi je dois
slalomer entre les
dans ce slalom
géant pour essayer
de ne pas me prendre un poteau
et moi aussi d'être recalé à l'arrière
du
du cortège, donc
j'entends le silence, je le comprends même
mais il est un temps, il arrive
un moment où je comprends aussi
qu'on ne sache plus quoi faire
qu'on trépigne
et qu'on dise
mais non, non, non, pas là, pas maintenant
pas à la commission d'enquête, pas la main levée
pas après avoir dit je jure
et c'est là que oui en effet
la colère des
demi-folles s'exprime
peut-être ce silence
est-il aussi un refus du changement
de ce monde
Madame
Oui peut-être
quand même commencer par un mot pour
vous remercier Judith d'être venue
d'avoir
d'être venue d'ailleurs à la place de M. Bonneau
si j'ai bien suivi les différentes convocations
parce que je crois qu'il s'est
fait porter pâle
apparemment, on lui souhaite un bon rétablissement
parce qu'on a envie de pouvoir l'entendre
sur ses choix
à la tête de la Cinémathèque
c'est important que vous soyez venue aujourd'hui parce que
parfois dans cette commission d'enquête
on a l'impression
un peu d'un dialogue de sourds parce qu'en fait
on a des auditions de personnes victimes
comme le disait madame la précédente
qui tremblent, qui vivent des témoignages durs
on est tous
tous bouleversés
chacun son tour
mais on a ces témoignages
et puis après on rencontre
merci c'est gentil
non mais en fait c'est pour les gentils
il y a un paquet de mouchoirs qui circule
cette commission est très éprouvante
je pense qu'il faut qu'on l'entende aussi
en fait on entend tout ça
on n'est pas
c'est pas le lieu
d'un tribunal, c'est pas le lieu d'une confrontation
mais on entend et après on essaie d'entendre
des personnes qui ont le pouvoir
ou qui ont eu un jour le pouvoir
d'entendre ce qu'ils nous disent et effectivement
il y a un décalage
très très fort et en fait
le fait que vous reveniez
ça permet aussi
ce qu'on a essayé de faire hier soir c'est de dire
monsieur Toubiana, il y a le passé
mais il y a ce qu'on attend encore
aujourd'hui que vous puissiez dire
et c'est là dessus que j'ai envie de vous interroger
j'ai essayé de dire
pour le monde du cinéma
pour tout un tas
de personnes cinéphiles mais aussi surtout
pour les victimes, votre parole
c'est pas la parole qu'on nous expliquait
à l'époque, c'est maintenant
maintenant que vous voyez ça
maintenant que vous êtes déciés
qu'est-ce que vous faites ?
Lui en l'occurrence il signe des tribunes
en soutien à Gérard Depardieu
et Polanski
et je retiens ce que vous avez dit sur si les
artistes et les auteurs
les artistes et les hommes sont à séparer
pourquoi les critiques passent-ils du temps
avec les hommes
et pourquoi est-ce qu'ils les voient en dehors
et bien aussi pourquoi est-ce qu'il signe des tribunes
sans doute pour soutenir des hommes et pour soutenir
des amis en fait
et du coup la question que j'ai envie de vous poser
c'est
puisqu'on a l'impression que
c'est très difficile à défaire tout ce système
si vous, vous étiez à la tête
aujourd'hui de la cinémathèque
cette institution
incroyable
qu'est-ce que
qu'est-ce qu'on voudrait en fait
qu'est-ce qu'on voudrait comme initiative
qui permette de prendre avant le corps la question
et aussi de parler
du lien entre les oeuvres et les violences
auxquelles elles peuvent être liées
de parler de comment est-ce qu'on libère aussi
le cinéma
de la culture du viol
cette question un peu spécifique
en fait là on a rencontré ce qui représente le cinéma
et ça fait peur pour l'avenir du cinéma aussi
mais on a besoin aussi que le cinéma
se libère de la culture du viol
à la fois pour toutes les victimes mais aussi pour la suite
de cet art
et vous, vous êtes aussi une artiste
et qu'est-ce que vous préconiseriez
qu'est-ce qu'on peut répondre
à ceux qui sans doute comme monsieur Bonneau
nous diront mais enfin
c'est la liberté de programmation
ce sont des grands chefs d'oeuvre
oui on peut les projeter
où est le problème
est-ce que c'est possible
je préfère répondre ça
j'ai un cerveau un peu
alors
j'ai
lorsque
quelqu'un m'a écrit pour me dire
que le dernier tango à Paris
était programmé à la cinémathèque
en
en invoquant
ou en tout cas
mon aide
tout simplement en me disant
est-ce que vous étiez au courant
mon
comment dire
mon point de vue sur monsieur Frédéric Bonneau
c'est que c'est de la provocation
à cet endroit là
de son
de la ligne
de son discours en règle générale
à lui et à son programmateur monsieur Roger
pour moi il est clair
que c'est de la provocation
puisque
à chaque endroit
de l'histoire
du cinéma ou quand des personnes
ont été mis en cause
ils se sont toujours
positionnés du côté
de l'auteur
en l'occurrence
accusés de violences sexuelles
et sexistes
toujours
quand
je pensais
beaucoup à vous monsieur Balanant
parce que je sais que vous avez
beaucoup et souvent parlé du droit du travail
et notamment avec
il me semble le groupe Respect
c'est quelque chose qui revient
souvent et
j'ai presque appris
à penser au droit du travail
comme un truc quoi qu'il existe
dans ce milieu là
et là c'est là que
ma pensée est allée
je me suis dit mais alors bon
on imagine on est à l'époque de ce tournage
il y a une actrice de 19 ans
donc mineure à l'époque
qui arrive le matin et on lui n'avait pas dit
on a décidé sans elle
avant qu'elle arrive deux hommes assis par terre
sur la moquette en train de manger du pain beurré
en regardant des baguettes
et du beurre se disent
tiens en fait il n'y a pas que les tartines
qu'on pourrait tartiner
et ils décident de
ils inventent une scène
sans parler à cette jeune actrice
qui arrive et qui donc
vit en direct
cette mise en scène devient
une mise en scène de sa vie
avec son corps qui n'est plus celui du corps
d'une actrice, elle n'est pas en train de faire
son travail, c'est là ce que j'essaie de dire
et je pensais à vous
parce que je pensais à vous parce que je me disais
mais qu'aurait dit Erwann Balanant
à l'époque
si on lui avait dit
il y a aujourd'hui
dans un appartement
de tel arrondissement sur un lieu de tournage
avec une grande star du cinéma américain
et un grand réalisateur italien
une jeune femme
qui comme le dit ce réalisateur
vient d'être découverte
voulait vraiment faire du cinéma
il sous-entend même qu'elle n'était pas très intelligente
qu'elle n'avait pas lu
beaucoup de livres
mais qu'elle avait une intelligence instinctive
tiens tiens tiens
et donc cette jeune femme
se retrouve dans une situation
sur son lieu de travail
doit faire un travail qui ne fait pas partie de son travail
donc pour moi ça s'appelle
ça n'est plus un travail
c'est illégal
cette scène n'est pas dans le scénario
elle n'existe nulle part
elle n'a pas le choix
et pourtant
quand un débat
est lancé
ou que des personnes prennent la parole pour dire
comment pouvez-vous projeter ce film hors contextualisation
sans rien dire
contrairement à New York
en ce moment au forum
il y a également un hommage rendu
à Marlène Brandeau
ce film est également projeté avec une page entière
de contextualisation
d'extraits de l'entretien
de Bernardo Bertolucci
d'extraits de ce que dit Maria Schneider
en plus de ça
ils vous disent qu'il faut que vous fassiez vos mêmes recherches
enfin vraiment
Frédéric Bonneau décide de ne rien faire
de tout ça
et les mots qu'il utilise pour parler de viol
et d'agression sexuelle c'est
sulfureux
pour lui le viol c'est sulfureux
dans le programme
moi ce que je me dis
à ce moment là
ne parlons même pas de l'endroit
d'où nous venons, d'où nous parlons
qui je suis moi, Judith Godrech la demi-folle
qui nous sommes
qui est la journaliste qui a écrit
un livre qui s'appelle
Désirer la violence, qui est Vanessa Schneider
elle est la cousine de Maria Schneider
toutes ces femmes qui prennent la parole
en fait
nous ne devrions même pas
avoir besoin de prendre la parole
il y a une scène illégale
qui fait partie d'un film
la personne à l'époque mineure
n'a pas pu, eu le courage
même pensée à porter plainte
ses ayants droits
et je ne sais pas qui ils sont
ou si elle en a, n'ont pas porté plainte non plus
il est probablement trop tard et c'est prescrit
mais
elle l'a dit
tout le monde l'a dit, le réalisateur l'a dit
l'acteur principal l'a dit
s'est fâché avec Bertolucci ensuite pendant 10 ans
cette scène est illégale
et bien on la retire du film
et on projette le film
pourquoi est-ce que la question ne se pose même pas
il y a un moment
filmé où une personne
contre son gré vit des choses
qu'elle ne veut pas vivre, notamment
du beurre entre les fesses
c'est illégal
ça n'est pas partie du tournage, c'est pas dans le contrat
on l'enlève du film
mais c'est drôle, pourquoi rentrer dans un débat
dans le fond, pour moi
je pense aux droits du travail
c'est illégal
on est au-delà du droit du travail
oui oui bien sûr
ensuite pour continuer
sur ce sujet
il y a un diffuseur
qui a récemment appelé mon agent
spontanément
pour demander
si je souhaitais que
la fille de 15 ans de Jacques Doyon
soit retirée
ne soit plus accessible
à cause des scènes
durant lesquelles Jacques Doyon
qui donc joue le rôle principal
c'est à virer l'acteur principal
pour prendre le rôle
et donc se retrouver
acteur principal de ce film
étant donné
qu'à l'écran
des scènes dans lesquelles
je suis torse nu
durant lesquelles
il me plote, il me roule des pelles
donc un diffuseur a appelé mon agent
disant est-ce que
Judith Baudret, je voudrais qu'on retire
et ma réponse fut non
contrairement à Maria Schneider
qui dans cette interview d'elle
dans Cinéma Cinéma
quand on lui demande si on peut passer un extrait
du dernier tango à Paris
pour
appuyer son propos
qui était qu'elle venait de dire
que c'est un métier qui détruit
un métier extrêmement violent et qu'elle ne le conseillerait
à aucune jeune personne
pour moi il est important
que les gens voient Jacques Doyon
en train de mettre ses mains sur la poitrine
d'une fille de 15 ans
il est important de voir Jacques Doyon
décider en tant que réalisateur
acteur qui va devoir
me rouler des pelles
il est important que ça soit vu
moi j'ai pas envie de le voir
mais c'est ma seule preuve
j'en ai d'autres
mais je suis prescrite
donc je ne pourrai jamais les
comment dire
voilà
mais par contre
je trouve
qu'il est impossible de regarder ce film
sans comprendre
et donc contrairement
alors justement
à Maria Schneider
moi je dirais
oui regardez ce film
voilà comme ça vous saurez
Monsieur Taverne
merci madame
la présidente monsieur le rapporteur
madame Godrej
merci pour votre témoignage
c'est vrai que dans cette commission d'enquête il y a beaucoup d'émotions
de sensibilité
donc systématiquement dans les questions
attention à ne pas les interpréter
d'une certaine façon ou d'une autre
je ne peux pas m'empêcher
de faire un parallèle
en fait avec les violences intrafamiliales
je suis élu
dans une circonscription très populaire du nord
où notamment
le tribunal judiciaire est l'un des trois
les plus sollicités en termes de violences intrafamiliales
il y a
beaucoup de similitudes
j'ai eu dans ma carrière avant d'être élu
puisque j'étais dans les forces
de sécurité intérieure
des situations
bouleversantes, choquantes
des viols envers les enfants
des violences inacceptables
des homicides
ce sont vraiment des situations
très compliquées
on a quand même réussi
à libérer
la parole dans les violences intrafamiliales
avec notamment des pressions judiciaires
mais dans le cinéma on voit que c'est quand même
un cercle très fermé
vous avez parlé tout à l'heure
d'une adolescence volée
pourtant vous êtes une des plus grandes actrices françaises
il y a des paramètres
que nous avons évoqués
dans cette commission, notamment
les coordinates en intimité
on a parlé aussi des clauses d'assurance
et vous je crois que vous êtes positionné pour un référent
sur les tournages avec Miller
vous n'avez pas évoqué
la présence d'un référent
sur le tournage
à votre avis
puisque vous connaissez très bien ce milieu
on voit qu'il y a effectivement une omerta
on pense que les protagonistes
sont intouchables
on ne peut rien leur arriver
mais vous, concernant votre expérience
qu'est-ce qui pourrait être
mis en place pour que justement
il y ait une peur
des conséquences
comme aujourd'hui on peut le voir
dans les violences intrafamiliales
où effectivement dans mon territoire
il y a une prise de conscience
et elles sont en train de diminuer
donc c'est qu'il y a des mécanismes
qui sont efficaces
qu'est-ce que vous pensez
qui serait judicieux de mettre en place
pour briser cette omerta
merci
les violences intrafamiliales ne diminuent pas
je tiens à le préciser
je ne vais pas me lancer
dans une liste de propositions
parce que je pense que
beaucoup de personnes
en ont fait
que ce soit
le 50-50
ou
beaucoup d'autres groupes
le groupe respect
il y a plein de propositions
et évidemment
qu'il faut qu'il y ait un référent
pour les enfants, un coach pour les enfants
une coordinatrice d'intimité, une personne en plus
pour les enfants, toujours à les accompagner
donc tout un système mis en place
comme c'est d'ailleurs déjà le cas en Angleterre
et imposé si vous voulez
faire quelques films que ce soit
ou séries que ce soit avec la BBC
et donc voilà toutes ces choses-là
maintenant
nous sommes dans un système patriarcal
nous sommes au cœur
même de ce système
de la même manière que
certaines réalisatrices
ont écrit
à M. Bonneau pour dire
leur révolte
quant à cette programmation
hors contextualisation
et que ces réalisatrices
je pense à Ariane Labède
n'a même pas reçu de réponse
à son email
c'est-à-dire il y a un tel dédain
il y a une telle misogynie
quand vous ne faites pas partie
du club, d'un certain club
vous n'existez pas
à leurs yeux
votre voix n'a pas
d'importance
et ces patriarches-là
ces hommes-là
je vais parler en anglais, pardon, excusez-moi
c'est aussi eux
qui décident par exemple
si un jour vous aurez
de votre vivant
une rétrospective
sur votre oeuvre à la Cinémathèque
est-ce que vous pensez que
je vous donne cet exemple
est-ce que vous voyez bien comment ça se passe
est-ce que vous pensez que Frédéric Bonneau va faire une rétrospective
de mes films à la Cinémathèque
non, est-ce que vous pensez que
et c'est Ari Cochet
ces gens-là sont tous plus ou moins liés
ont des intérêts communs
des amis communs
de la même manière que Serge Toubiana
dit dans son édito
dans les cahiers du cinéma
de 1990
je le cite, ce qu'il dit sur Jacques Doyon
c'est quand même fou
je ne sais pas s'il s'est rendu compte
en lisant sa hire de ce qu'il disait
en gros ce qu'il disait c'est
je me suis rendu compte à l'époque
quand ce film est sorti, La fille de 15 ans
que le réalisateur
le metteur en scène, acteur
faisait de cette
jeune fille un objet
elle fuyait donc, elle refusait
d'être prisonnière du plan
du cinéaste
de son plan
c'est quand même littéralement ce qui est dit
c'est que Jacques Doyon avait un plan
il a écrit
et il a réussi
si je puis dire
mais quand Serge Toubiana
écrit ça et le lit
je ne sais même pas s'il se rend compte
parce qu'au moment où il lit ça, il aurait pu dire
vous voyez que je me rendais déjà compte à l'époque
qu'il y avait un problème
mais ce qu'il dit aussi
dans son édito
c'est
lui, c'est pas mon pote
Doyon c'est pas mon pote
et c'est vrai, Doyon n'est pas
le pote de Serge Toubiana
donc dans La fille de 15 ans
il arrive à voir, à dire
l'homme
Toubiana écrit
la plume du critique
l'homme passe par la plume du critique
pour dire que le réalisateur avait un plan
mais quand il me reçoit
chez lui avec Benoît Jacot
il ne se pose pas de questions parce que c'est son pote
nous sommes
dans un truc
comme on dit en anglais
je vais me faire détester, de bro
c'est à dire qu'il y a un endroit
où on est dans un système patriarcal avec des mecs
qui se serrent les coudes et que malgré tout
les gens aussi à qui
on va demander des sous pour faire nos films
c'est des mecs
et
qui à un moment donné
pour survivre, pour continuer d'exister
de vivre et de s'exprimer
parce que l'expression artistique c'est aussi la survie
et grâce à ce
qu'on arrive à exprimer justement
vous parlez d'émotion, de sensibilité
si on nous prive de ça
il y a un moment donné où en fait
on se pose tout simplement la question
est-ce que je préfère avaler des couleurs
est-ce que je préfère toquer à la porte
de quelqu'un qui soutient
mes agresseurs
pour lui demander du travail
ou de me soutenir pour mon film
ou de m'engager ou est-ce que je ne préfère
ne plus m'exprimer, ne plus gagner ma vie
ne plus
incarner de personnages à l'écran
ne plus parce que
il est vrai également
que
c'est notre travail
notre passion
merci beaucoup
on a dépassé
15 heures, je vous propose
parce qu'après on auditionne
le CNC, ce qui n'est pas non plus
une petite audition
le CNC subventionne
enfin je ne vais pas dire de bêtise
mais subventionne la cinémathèque
merci beaucoup
