"ARRÊTONS L'HYPOCRISIE" : PEUT-ON FÊTER LA MORT DE JEAN-MARIE LE PEN ? / LE GRAND DÉBAT !

Le Média
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13 Vues de vidéo·11 janv. 2025
Jean-Marie Le Pen est décédée hier soir à l'âge de 96 ans.
La personne est morte, mais pas ses idées.
Il avait fondé l'EFN, devenu aujourd'hui l'ERN.
Sa fille Marine Le Pen en est la présidente à l'Assemblée nationale.
Il y a quelques années, quand Jean-Marie était encore à la tête de ce parti d'extrême droite,
personne ne pensait qu'ils arriveraient à l'Élysée.
Mais ça c'était avant, désormais l'ERN est aux portes du pouvoir.
On va en parler avec nos invités.
Tout d'abord, Wissal Bougalem, vous êtes responsable adjointe des Jeunes Républicains de l'Essonne.
Merci d'être avec nous ce soir.
Merci à vous de m'avoir invité.
Paul Hellec, vous êtes chroniqueur. Merci.
Et Mathieu Slama, essayiste. Bonsoir.
Bonsoir.
Alors, Wissal Bougalem, première question.
Votre réaction suite au décès de Jean-Marie Le Pen ?
Écoutez, j'ai vu un petit peu les réactions.
Les réactions diverses.
On a tout d'abord les responsables du Rassemblement National qui ont réagi excessivement en lui rendant hommage.
Un hommage non pas qu'à l'homme, mais aussi un hommage à l'homme politique.
Et donc ça interroge aussi, puisque le Rassemblement National avait entamé toute une phase de dédiabolisation
et voulait absolument se séparer des idées du Front National, de cette réputation, de cette image.
Et on voit que, d'une certaine manière, les racines sont là et on ne peut pas tellement les oublier.
Donc ça interroge et je pense que ça posera problème pour eux.
Ils auront aussi des comptes à rendre quant à cet hommage excessif.
Et puis, par contre, j'ai aussi vu les réactions d'autres.
Par exemple, Place de la République.
Aussi, cette fête qu'il y a eu, que je trouve un petit peu indécente.
On va en parler, justement, tout à l'heure.
Alors, premier tour de table, Alec, une réaction après le décès de Jean-Marie Le Pen ?
Écoutez, la mort est un phénomène qui arrive dans la vie.
C'est sa fin et ça arrive à tout le monde.
La question, c'est que Jean-Marie Le Pen était, du point de vue politique, à ce moment-là, déjà en retrait, entre guillemets.
Il était au stade d'une vieillesse où il s'était fait connaître, encore une fois, par des frasques peu intéressantes.
La question, effectivement, c'est plus ce que sa mort commentée par la classe politique dit.
Et là, effectivement, festival de coming out d'une partie des acteurs de la droite qui viennent saluer sa mémoire avec différents mots.
Il y a deux choses.
D'abord, un certain nombre de médias ont essayé, par un concours d'euphémisme, de trouver des mots pour ne pas dire qui il était,
à savoir un tortionnaire, antisémite, raciste qui a fait carrière sur le racisme.
Et à part le journal l'Humanité, je trouve que les titres ont été souvent un peu compliqués pour rester polis,
quand on parle d'hommes controversés, polémiques, etc.
Et on retrouve la même chose, c'est ce que je voulais dire par deuxième volet, dans la classe politique,
quand vous avez des hommes comme M. Retailleau, M. Éric Ciotti ou toutes sortes de responsables de droite
qui, en gros, ont essayé de rendre hommage en, je ne sais pas, séparant le raciste de l'homme, son oeuvre de sa vie.
Voilà, à mon avis, mal aise parce que ça en dit long sur la période.
Et je pense qu'à l'époque de sa contestation pour ses propos et ce qu'il disait,
les unes qu'on a vues hier et les réponses des personnels politiques sur la mort de Jean-Marie Le Pen
n'auraient pas pu être possibles il y a 20 ans, 30 ans.
Monsieur, j'ai besoin d'interroger là-dessus sur la réaction, justement, d'Emmanuel Macron.
Il y a des bails rouges, je n'en ai même pas parlé.
Ah oui, je vais en parler. On va tout d'abord parler de celle d'Emmanuel Macron.
Un communiqué très, très court, en trois lignes.
Figure historique de l'extrême droite, il a joué un rôle dans la vie politique de notre pays
pendant près de 70 ans, un rôle qui relève désormais du jugement de l'histoire.
Qu'est-ce que ça veut dire, finalement, ces trois petites phrases ?
Oui, c'est un communiqué qui est très, très discret, très, comment dire, presque neutre
par rapport à ce qu'a été Jean-Marie Le Pen. Je vais y revenir.
Mais très en deçà, moi, j'aurais aimé qu'Emmanuel Macron prenne la parole
pour rappeler qui a été cet homme et ce qu'il a représenté,
le fait qu'il a représenté le pire de la politique française
et de l'extrême droite française aussi. Mais pareil, je vais y revenir.
Donc déjà, ce communiqué, c'était, je trouve, très en deçà de qui a été Jean-Marie Le Pen.
Et je pense, participe aussi à une certaine dédiabolisation du personnage.
Mais alors, surtout, parlons du tweet de François Bayrou,
qui, je ne sais pas si vous aviez prévu de le citer.
Ah bah si !
Je vous laisse alors peut-être le citer.
Alors, je vais le lire.
Au-delà des polémiques qui étaient son arme préférée
et des affrontements nécessaires sur le fond,
Jean-Marie Le Pen aura été une figure de la vie politique française.
On savait, en le combattant, quel combattant il était.
Ouisselle Bougalem, qu'est-ce que ça vous inspire ?
Écoutez, ça ne m'inspire pas grand-chose, les tweets de François Bayrou.
En revanche, Jean-Marie Le Pen, en effet, était une figure importante en politique française.
Non pas importante parce qu'il aurait fait des choses, enfin, de bonnes choses,
mais plutôt par sa toxicité, par la violence de ses discours,
et même une violence parfois physique.
On rappelle les élections législatives, je ne sais plus en quelle année, peut-être 1977.
Il s'en prend même physiquement à une candidate socialiste.
Je rappelle, quand il parlait des chambres à gaz,
il parlait de points de détail de l'histoire de France.
Mais je rappelle quand même que c'est Jean-Marie Le Pen,
s'il a eu une telle importance, ce n'est pas par hasard.
C'est ce que je rappelle très souvent, même avec le Rassemblement national aujourd'hui.
Quand on a autant d'électeurs du Rassemblement national, ce n'est jamais par hasard.
C'est aussi le résultat d'abandon politique.
Je pense que c'est ce que je rappelle souvent dans votre plateau,
c'est que les partis traditionnels, y compris le mien, ont leur part de responsabilité, certainement.
Oui, monsieur Selma ?
Ça me permet de réagir et aussi d'évoquer le tweet de François Bayrou.
Déjà, le tweet de François Bayrou est une honte, un scandale,
mais je n'ai même pas les mots pour décrire l'indignité de ce tweet,
qui est en fait un hommage.
Quand il dit qu'on savait quel combattant il était,
et au-delà des polémiques, alors qu'on parle quand même d'une personne multicondamnée,
notamment pour contestation de crimes contre l'humanité,
une personne condamnée pour antisémitisme,
qui a été tortionnaire en Algérie.
Ça a été documenté par de nombreux articles.
Un combattant, c'est un joli mot, normalement.
Oui, voilà.
En plus, je passe à côté du côté viriliste, débile du tweet.
Mais ce que je veux dire, c'est qu'il y a quasiment un hommage
à une personnalité qui a représenté une extrême droite radicale,
antisémite, raciste, évidemment,
etc.
Et ce qui est très intéressant, c'est que je pense que jamais
François Bayrou n'aurait fait ce tweet il y a une dizaine d'années.
Jamais des politiciens de droite ou du centre modéré,
on va dire en tout cas, n'auraient réagi de la manière dont ils ont réagi.
Je pense aussi à beaucoup de gens de droite qui ont réagi
de manière extrêmement faible pour ne pas dire autre chose.
Et ce qui me fait juste en venir à un point qui est central
par rapport à ce que vous avez dit,
au contraire, je pense que ceux à qui on a assisté...
Alors vous savez, Robert Badinter parlait de la lepénisation des esprits.
Il employait ce terme assez tôt, dans les années 90.
Et Badinter, notamment, évoquait deux choses.
Là, j'évoque notamment une interview qu'il avait faite en 2011.
Il évoquait la question de la laïcité, la manière dont la question
de la laïcité, notamment à droite, il s'était élu MP à l'époque,
avait été un peu instrumentalisé contre les musulmans,
contre une communauté.
Et qu'il voyait ça, il était effrayé, Badinter,
de cette instrumentalisation de la laïcité.
On en est aujourd'hui, déjà, premier point.
Et puis, il voyait aussi la manière dont le populisme pénal,
la question sécuritaire, avec des atteintes aux libertés
qui s'étaient un peu banalisées, également, étaient maintenant,
comment dire, normalisés au sein de la droite.
Il mentionnait évidemment Nicolas Sarkozy.
Mais aujourd'hui, on pourrait mentionner ce qu'a fait Emmanuel Macron
et ce que veut faire aujourd'hui un Bruno Retailleau, par exemple.
Et aujourd'hui, je finis sur ce point-là qui me paraît très important.
Au fond, l'héritage de Jean-Marie Le Pen,
c'est quand même cette lepénisation,
qui est un exercice de dédiabolisation, de normalisation
des idées venues de l'extrême droite.
Et quand aujourd'hui, on voit qu'à l'Assemblée nationale,
par exemple, a été votée une loi de migration
qui reprend en compte l'une des idées fortes du RN
et de Jean-Marie Le Pen, la préférence nationale,
quand on voit la manière dont on parle de l'immigration aujourd'hui,
dont les modérés parlent de l'immigration aujourd'hui,
dont la manière dont, par exemple, un Bruno Retailleau,
donc lui qui, lui, n'est pas modéré,
mais veut carrément stopper l'immigration,
dit que l'immigration n'est pas une chance pour la France,
on voit sur les sujets sécuritaires,
la manière dont les thématiques de Jean-Marie Le Pen,
reprises ensuite par Marie Le Pen,
se sont imposées dans le débat public,
c'est ça le vrai sujet.
C'est qu'en fait, la mort de Jean-Marie Le Pen
marque aussi un moment où ces idées
ont quasiment gagné dans l'espace public,
où les modérés ont repris à leur compte
les idées de l'extrême droite.
Et c'est ça, au fond, que je veux retenir de tout ça.
Et c'est pas du tout un abandon de...
Je pense au contraire, que c'est les modérés,
les partis républicains, on va dire,
qui ont abandonné les principes républicains
pour aller de plus en plus vers l'extrême droitisation.
Et c'est un des bilans, quand même,
d'Emmanuel Macron,
mais aussi de la droite dite républicaine.
Bricelle Bougallem, vous vouliez réagir ?
Oui, parce que le monsieur a évoqué Nicolas Sarkozy.
Je vous rappelle quand même, en 2007,
c'est Nicolas Sarkozy, limite,
qui fait chuter l'ERN.
C'est aussi Jacques Chirac...
Et lui-même, d'ailleurs, l'a dit.
Mais en reprenant ces thèmes, c'est pas juste des thèmes
du Front National, monsieur, ce sont des thèmes
qui touchent les Français, pardonnez-moi de vous le dire.
Mais juste une petite parenthèse,
je vous rappelle qu'en 1986,
c'est aussi François Mitterrand qui fait
une petite passe décisive au Front National,
qui leur permet d'avoir
une trentaine de députés à l'Assemblée nationale.
C'est pas la droite. Tout ça
pour contrecarrer la droite républicaine.
Donc je veux bien écouter vos leçons,
mais ça va deux minutes, monsieur.
La gauche a une grosse part de responsabilité
dans la crédibilisation
du RN, dans la phase de dédiabolisation
du RN. En vérité, la phase de dédiabolisation,
elle apparaît dès que le RN arrive
avec des députés,
entre dans les institutions. C'est là où
véritablement Jean-Marie Le Pen
est écoutée, et surtout à un
espace électoral. Donc je veux bien entendre
que la droite a une part de responsabilité,
mais croyez-moi que la gauche
en a une plus grosse.
On reviendra sur ce débat intéressant
dans quelques instants, parce que je suis sûre
que, Paul-Éric, vous avez hâte de réagir
au tweet de monsieur Bayrou.
Effectivement, en fait, quand il parle de combattants,
on se demande de quels combattants il parle.
Est-ce qu'il parle des combattants de l'OAS,
l'organisation de l'armée secrète, qui est une organisation
d'extrême droite, qui est sans doute l'une des plus meurtrières
en termes d'organisation terroriste sur le territoire
français, et dont le RN,
enfin le Front National de l'époque,
comptait nombre de membres, parmi les amis
de Jean-Marie Le Pen. Est-ce qu'il parle des combattants
de la Waffen-SS, dont Jean-Marie Le Pen, je rappelle,
était éditeur d'un certain nombre de champs
dans sa maison d'édition.
Il n'y avait absolument
aucun vocabulaire mélioratif à utiliser
dans la communiquée sur Jean-Marie Le Pen, et c'est pour ça
que je m'en tiens à ce que dit l'Humanité
hier comme journal, et qui dit
intorsionnaire, antisémite, raciste
et mort. Et il y a
plus, à mon avis,
à rappeler ce que les
autres ont qualifié de frasque, de polémique,
c'est-à-dire à rappeler à quel point
il était un poison pour la vie politique
française, et ça me ramène au débat qui venait juste
d'arriver là. Effectivement, le problème
c'est que les diagnostics
qu'il a voulu poser ont été, au fur
et à mesure, repris à leur compte
par des gens de la droite dite républicaine
et du Part socialiste. Je rappelle que
c'est Laurent Fabius qui dit, Jean-Marie Le Pen
pose les bonnes questions, même s'il a les mauvaises réponses.
Ce qui veut dire, j'accorde un point de vue
un point
à son diagnostic, et ensuite
la droite, effectivement, Sarkozy
en est un des exemples les plus
remarquables, mais tous, au fur et à mesure
ont non seulement voulu reprendre ces diagnostics
mais également ces propositions, au point qu'on a
bien vu que la droite, depuis
le début du premier quinquennat
Macron, est coincée entre
la version macroniste de la droite et la version
de l'extrême droite, et qu'entre les deux, ils sont
sommés de choisir. Certains sont partis,
Éric Ciotti est parti avec arme et bagage
directement dans un espèce de SAS
qu'il a appelé l'UDR, mais enfin qui est un SAS
pour le Rational National, et les autres
courent après le Rational National, et que
cette reprise du diagnostic
du Rational National, qui rend
l'immigration responsable de tous les maux
de ce pays, en continuant
d'adopter un discours par contre
pro-patronal, parce que c'est
le principe de sa ligne de conduite politique
dès les présentations de Jean-Marie Le Pen
à l'élection présidentielle, qui se présente comme
le nouveau Reagan français, etc.
C'est ça qui produit la
situation dans laquelle on est, avec une société
d'une violence
incroyable envers
un centre de communauté, avec
une discursivité qui a été employée
où les mots n'ont plus aucun sens, mais tous
sont liés les uns aux autres pour
criminaliser les populations. Alors une fois c'est le mot d'immigré,
une fois c'est le mot de musulman, une fois c'est le mot de terroriste
et tous ils leur ont donné une sorte d'équivalent
sémantique, et ça c'est le bilan
de Jean-Marie Le Pen, qui a effectivement
fait la passe, pour reprendre l'expression, à
l'ensemble de la droite, qui a elle-même
contaminé jusqu'à une partie de ce qu'on appelle le centre
gauche, même si je ne suis pas exactement sûr
que le Part socialiste est aujourd'hui un parti de gauche.
Jean-Marie Le Pen est un symptôme de tout ça.
C'est un symptôme, d'ailleurs comme
l'extrême droite de manière générale est un symptôme.
C'est un entrepreneur, c'est plus
qu'un symptôme, c'est quelqu'un qui a activement
participé à organiser ça.
Quand on traite mal des problématiques,
et j'ai encore eu l'occasion de le dire dans votre plateau,
quand on traite mal des problématiques,
quand des français se sentent délaissés, et bien oui,
l'extrême droite monte,
et je suis désolée encore une fois,
mais la gauche a beaucoup plus de
responsabilités dans la montée de l'extrême droite
que la droite. Je veux bien vous entendre
sur Bruno Retailleau et compagnie,
mais pardonnez-moi, quand en 1986
Mitterrand passe
à la proportionnelle, c'est aussi
une tactique politicienne absolument
basse, tout ça pour contrecarrer la droite républicaine.
Mais à ce moment-là,
à ce moment-là, je suis désolée, on fait quand même
entrer de mémoire 35 députés
du Front National. C'est à ce moment-là
que les choses commencent.
Mais comment on est passé au FN de
1972 à des années 90
où on écoutait un peu ce qu'il disait,
au RN de 2025 où carrément
on leur tend la main ?
C'est ça le vrai sujet, parce qu'il faut quand même
rappeler une chose, c'est que
il y avait 8 députés
d'extrême droite il y a encore 20 ans,
et aujourd'hui, et même pas
d'ailleurs, même pas. Et avec
le mandat d'Emmanuel Macron, on est passé de 8 députés
à plus d'une centaine de députés,
et aujourd'hui avec un groupe qui est parmi
les premiers à la scène nationale.
Donc il faut comprendre comment ça s'est passé, ça.
Le processus
de montée de l'extrême-droite dans le pays
a été un processus général,
un processus global
qui s'est en fait accompagné
d'une extrême-droitisation des esprits,
des discours, et notamment des discours
des personnes qui étaient d'une droite
républicaine, qui a abandonné
à mon sens
les principes républicains.
Je vous donne un exemple.
Et je trouve, encore une fois, c'est très
important d'en parler au moment de la mort de Jean-Marie Le Pen,
parce que c'est vraiment sa victoire
finalement posthume
qui s'accomplit aujourd'hui.
Au moment des
derniers débats autour de Mayotte,
il y a eu une dévastation
de Lille,
et la réaction notamment
du gouvernement et de Bruno Retailleau,
qui représente les Républicains,
a été notamment de dire qu'il fallait
en finir avec le droit du sol
à Mayotte. La suppression
du droit du sol est une idée historique
du Rassemblement national, et je dirais même de l'extrême-droite
française,
qui est l'idée que la nationalité
française doit s'acquérir par le sang.
C'est l'idée par exemple...
Je parle des idées de l'extrême-droite
et comment ça s'est fait. Cette idée-là,
elle nous vient aussi de Charles Maurras,
l'Action française, dont Jean-Marie Le Pen
était un admirateur. Donc,
tout ça, si aujourd'hui la droite
en est à défendre ces idées-là,
ça n'est pas pour rien. Jacques Chirac,
quand il
fait son dernier discours
d'adieu à la politique,
dit ne composer jamais avec l'extrémisme, le racisme,
etc. Et Jacques Chirac,
quelqu'un à qui on peut faire beaucoup de reproches,
dans sa politique, mais enfin,
c'est quelqu'un qui n'a pas
touché à certains
de ses principes. Aujourd'hui, la droite
touche à ses principes. Je pourrais parler aussi de la question
de la préférence nationale, je pourrais parler
de plein de choses, de l'obsession,
de la fin du barrage républicain,
de l'obsession de l'islam,
etc.
Là encore, Bruno Retailleau,
encore lui, désolé d'en parler, mais disait
qu'il fallait interdire le voile
pour les accompagnatrices
à des sorties scolaires.
Qui est, pareil, une idée
qui est défendue de longue date par Marine Le Pen.
Donc, ce qui s'est passé, pourquoi
on est passé d'un
front national
qui est complètement
au marge et qui, quand il fait
17% et accède au deuxième tour,
il y a la France entière dans la rue
à un rassemblement national aujourd'hui
aux portes du pouvoir, c'est parce que les idées
du rassemblement national, les idées extrémistes
ont contaminé la société française,
ont contaminé la droite française
dont vous êtes une représentante. Et moi, je serais
très heureux de vous entendre dire,
par exemple, que vous le regrettez, parce qu'il y a des gens à droite
qui le regrettent. Donc, peut-être que vous, vous regrettez
cette contamination des idées
d'extrême droite à droite, mais il faut l'entendre aussi.
J'ai été l'une des premières à refuser l'alliance avec le rassemblement national.
Sachez-le.
Sur le droit du sol, moi, je vais vous dire, je reste ouverte
au débat, parce que, encore une fois,
vous posez le sujet, mais on ne dit
pas qu'il faut abroger
le droit du sol de manière générale.
Il y a une question qui se pose
à Mayotte de manière légitime.
Est-ce que vous l'entendez ?
Est-ce que vous l'entendez ? Moi, je vous dis non.
C'est tout.
Si je peux terminer, il y a une question
même qui se pose de manière générale
concernant l'immigration, même au-delà
de la question du droit du sol, auquel vous êtes certainement...
Si je peux terminer.
Vous êtes gentils, je sais.
C'est difficile d'en placer une, ici.
Mais, encore une fois, je dis, il y a
un débat sur l'immigration. Si vous dites qu'il n'y a
pas de débat sur l'immigration, pardonnez-moi,
monsieur, c'est que vous êtes dans le déni. Tous les
sondages qui montrent, justement, que les
Français placent aussi dans les priorités,
c'est peut-être pas leur première priorité,
il y a aussi le pouvoir d'achat, il y a la sécurité, etc.
Mais c'est ce qu'il dit, justement. Il les regrette qu'on parle trop
d'immigration, il ne dit pas qu'on ne parle pas d'immigration.
En fait, si on parle trop d'immigration,
c'est peut-être parce que les Français ne se sentent
pas écoutés concernant ce sujet.
Par exemple, pourquoi on ne fait pas un référendum sur
l'immigration ? Parce que, déjà, ce n'est pas
dans l'article 11... Je ne pense pas
que ce soit...
Déjà, il faudrait regarder si l'immigration
est un sujet qui tombe dans l'article de la Constitution
et je ne pense pas, parce que c'est
l'organisation des
institutions de l'État,
la ratification d'un traité, la grande politique économique,
la question environnementale.
En fait, véritablement pas, c'est un
micro-sujet. La France a largement les moyens
d'accueillir énormément de monde, et beaucoup plus
que ce qu'elle ne fait actuellement, dans des conditions bien plus
dignes. Donc, non, c'est un
hochet
qu'agite l'extrême droite.
Et justement, la question était
comment on passe du Rassemble national
et des phrases qui ont choqué
quand même, à l'époque, heureusement,
sur les déclarations antisémites de Jean-Marie Le Pen
et, j'en passe, et racistes
à le Rassemble national d'aujourd'hui. Et il y a une
conversion qui s'est faite. C'est-à-dire que Jean-Marie Le Pen,
encore une fois, de son aventure
autour d'une constitution entre, d'une part,
l'héritage de la droite collaborationniste antisémite
et, d'autre part, de la droite
de l'Algérie française,
pro-Algérie française, il était proche de tout,
les proches du Gérard Massu et autres.
Il va s'opérer une conversion,
et il est l'homme aussi de cette conversion, où, en fait,
on ramène la guerre
d'Algérie avec soi sur le
territoire de l'Hexagone,
et on va essayer de la continuer. C'est-à-dire qu'on va
convertir la figure de l'ennemi historique
de l'extrême droite, qui était le
juif, caricaturé
dans les années 30 dans toute la presse antisémite
et qui va, incituellement,
par la participation de la France,
être mise à mort. Je rappelle
les dizaines de milliers de juifs que la France
a fait déporter. Et on va
convertir la figure de l'ennemi avec la figure
de l'étranger musulman.
Selon les périodes, vous avez plus une insistance sur l'immigration,
plus une insistance sur le musulman.
Et cette conversion-là...
On change d'ennemi, on change la figure de l'ennemi,
parce que désigner un ennemi, dans la vision
très schmittienne de la politique, car Schmitt,
qui a été, par ailleurs, le théoricien-juriste
du Troisième Reich,
la politique, c'est séparer l'ennemi de l'ami.
Et c'est de faire le tri pour un projet de
régénération du corps national,
qui est la base du principe de l'extrême droite
et des projets fascistes. Or,
comment on passe de ce rassemble national ?
Effectivement, on va d'abord changer
la figure de l'ennemi, et ensuite, on va
faire en sorte que l'immigration devienne un sujet
qui va expliquer les difficultés
économiques d'un certain nombre de Français,
pour ne pas parler de la gestion pénurique
des ressources, au bénéfice d'une grande
partie du patronat français.
C'est ça, le truc, c'est que les richesses s'accumulent dans un pôle
de la société, et pour ne pas toucher aux politiques
qui mettent en valeur leurs intérêts,
les intérêts privés, on va mettre en scène
et mettre en dialogue l'immigration
comme un sujet, comme un problème, source d'insécurité,
source de transformation culturelle,
source de tous les maux de la Terre. Et ça,
vraiment, ce pivot, c'est ça, le pivot
du rassemble national, et de la droite qui prend
ses idées par la suite. Est-ce que, sans Le Pen,
l'immigration aurait aujourd'hui la même place
dans le débat politique ? Non, on ne s'en dit pas, alors,
il n'est pas le seul responsable, parce qu'il y a aussi des idéologues
comme Éric Zemmour,
plein de...
bien d'autres,
qui ont, en effet, construit
l'immigration comme un problème.
Quand vous dites que l'immigration est
un gros problème pour les Français, etc.,
c'est un sujet...
Déjà, vous regardez les songers de préoccupation,
c'est très loin derrière la question
du pouvoir d'achat, la question
de l'inflation, la question
des services publics, de la santé, etc.
Donc, déjà, il faut relativiser
l'importance que les Français
accordent à ce sujet. Mais, encore une fois,
n'oublions pas, Pierre Bourdieu nous l'avait dit
il y a longtemps, les discours
ont un impact sur le réel. Les discours ont
un impact sur l'opinion publique. L'opinion publique, aussi,
c'est quelque chose qui se crée. Et qu'est-ce qui s'est passé, donc,
depuis Jean-Marie Le Pen ? Après,
évidemment,
des discours qui se sont banalisés, c'est de construire
l'immigration comme un problème. L'immigration
est un problème pour la France, un problème économique.
Ils veulent... L'immigration crée
de l'insécurité
économique pour les Français qui
voient leur job être
volée, premièrement. Premier rhétorique
de Jean-Marie Le Pen
qui est repris. Le thème
de l'assistanat des étrangers que Jean-Marie
Le Pen a énormément poussé,
énormément poussé dans ses discours, dans ses interviews, etc.,
qui, aujourd'hui, est hégémonique
dans les discours de droite
et d'extrême droite. Et puis, enfin,
qui, je pense aussi, est un sujet que Jean-Marie
Le Pen a beaucoup poussé et qui, aujourd'hui, est poussé par la droite
aussi, c'est le lien entre insécurité et
immigration, qui est faux, également.
Tout ça est faux, évidemment, parce que les
experts nous montrent que l'immigration, si on est
sur un fondement purement économique,
voilà, moi, j'aime pas
cet argument-là, mais
c'est une bonne chose pour la France. Ça apporte
beaucoup de bénéfices
pour la France. Et puis, d'autre part, les immigrés sont des êtres
humains et doivent être traités en tant que tels. Et ça, c'est,
je pense, la chose la plus
importante qu'il faut dire, et je pense que là-dessus, on sera d'accord.
Donc, ce que je veux dire par là, c'est qu'on a construit
un problème avec l'immigration
et c'est comme ça, aussi, que
l'extrême droite a monté progressivement.
Et, en fait, la vraie victoire de Jean-Marie Le Pen,
c'est pas tellement de lui-même
avoir imposé ses discours ou même
d'avoir permis à sa fille...
C'est d'avoir rendu
leur discours
mainstream. C'est d'avoir fait
porter leur discours par d'autres gens.
D'avoir libéré la parole raciste.
D'avoir libéré la parole et d'avoir fait en sorte que des gens
plus ou moins modérés, je dis bien modérés
à des guillemots, perçus comme modérés,
se mettent à tenir un discours qui est
similaire. Avoir des gens à l'Assemblée nationale
qui sont des macronistes ou des gens
de droite républicaine qui votent
une loi inadmissible, une loi
immigration, qui est une loi directement inspirée
de l'extrême droite ou qui, sur des sujets
sécuritaires, n'arrêtent pas d'empiéter son
liberté. C'est ça la vraie victoire de Jean-Marie
Le Pen et de Marine Le Pen. C'est pas d'avoir
tenu des discours et d'avoir
imposé leur propre discours, c'est de l'avoir fait tenir par
d'autres personnes.
Vos deux discours
m'étonnent dans le sens
où, en fait, quand les
Français écoutent des discours pareils,
j'ai presque envie de dire, je comprends
pourquoi ils votent RN. Parce que,
en vérité, on ne leur donne pas le choix.
Vous voyez, quand vous dites que l'immigration,
il n'y a aucun problème, je suis désolée de vous
le dire, il faut une immigration saine,
il faut une immigration choisie. Est-ce que ça, vous êtes
capables de le dire ?
Vous dites des propos
choquants. Saine, ça veut dire quoi ?
C'est-à-dire une immigration choisie,
une immigration que l'on contrôle, une immigration
de travail. J'ai eu
déjà l'occasion de le dire sur votre émission.
Vous savez, moi, je ne suis pas inobsédée de l'immigration.
Je n'en parle pas tous les quatre matins. Je ne dis pas
qu'il ne faut pas d'immigration.
Quand on parle de réfugiés, ils ne peuvent pas choisir.
Je ne dis pas immigration zéro.
Mais je pense que, en fait, quand vous expliquez
aux Français qu'il n'y a zéro
problème avec l'immigration, que ce n'est pas
un sujet même pour vous, pardonnez-moi,
il ne faut pas s'étonner d'avoir 11 millions d'électeurs
du RN. Il ne faut pas non plus s'étonner qu'il y ait
un Front National qui a eu
un espace électoral
au fil des années.
Oui, mais entre votre discours et celui
entre guillemets qui est un discours classique
pour la droite, il faut réguler l'immigration.
Très bien. Ce n'est pas ma position, ce n'est pas la position
de Paul, mais d'accord.
Mais Bruno Rattaio,
qui est un représentant de la droite
aujourd'hui, ne dit pas ça.
Il dit que l'immigration est un problème en soi.
Il dit que l'immigration n'est pas une bonne chose.
Il dit que l'immigration n'est pas une chance pour la France.
Il dit que l'immigration apporte de l'insécurité à la France.
Il dit qu'il y a un problème
avec l'islam en France, etc.
Je n'ai jamais entendu dire qu'il y avait un problème
avec l'islam en France.
La semaine dernière, regardez son interview
aux parisiens ou aux gilets jaunes.
D'autre part, Bruno Rattaio, ça c'est encore autre chose,
mais il dit qu'il y a eu des bienfaits
de la colonisation, etc.
Je viens en tant que responsable
de la zone des jeunes élèves.
Je salue son action en termes de sécurité.
Il n'y a aucun souci.
Le sujet, ce n'est pas vous.
On ne fait pas votre procès.
Encore une fois,
le sujet qu'on traite aujourd'hui, c'est la manière
dont la droite française a dérivé
de plus en plus
sur tous les marqueurs de l'extrême droite.
Pardonnez-moi, mais avant, on faisait bien la différence
entre la droite et l'extrême droite.
Aujourd'hui, quand on entend un monsieur Rattaio,
on a du mal à comprendre
l'extrême droite.
L'élection 2002, quand on disait
qu'on devait faire barrage à un barrage républicain,
Jacques Chirac faisait un score
de dictateur africain. Je suis d'accord avec vous,
ça avait encore un sens. Mais est-ce que ça a un sens
quand on a des responsables politiques qui nous disent
que l'immigration, ce n'est pas un sujet,
que l'insécurité, c'est un fantasme,
que c'est une obsession ? Evidemment qu'on se tourne vers le pire.
Ce que j'ai envie d'expliquer, au fond,
c'est que l'extrême droite, c'est un symptôme.
Et que ce symptôme, il faut y répondre.
Ce que vous dites, c'est que pour y répondre,
c'est reprendre leurs idées.
Non, on ne reprend pas
les idées d'extrême droite.
Vous votez les mêmes propositions.
Il vous a donné un exemple, il vous a parlé de la loi immigration.
Que votre parti, c'est pas M. Rattaio,
c'est votre parti, a voté main dans la main.
On reprend des sujets
qui concernent le quotidien des Français.
Vous prenez pas les sujets, vous prenez leur diagnostic
et leur proposition. Pas du tout.
C'est l'immigration, l'exemple qu'il vous a donné.
C'est un exemple concret. Votre parti,
à l'Assemblée nationale, qui existe encore
malgré le score, vraiment,
crépusculaire de votre organisation politique,
a fait quoi ? Ils ont pris des élus
et ils ont voté, main dans la main, avec les macronistes
et le Rassemble national, une proposition
qui met en avant la préférence nationale.
Et qu'il a fallu que le Conseil constitutionnel
rappelle qu'un certain nombre de mesures n'étaient pas
constitutionnelles tellement elles étaient retortes
pour le droit individuel de ces gens qui
viennent, encore une fois, souvent en exil ici,
pas par choix.
Combien d'exemples il va falloir vous donner
pour montrer qu'il ne s'agit pas de dire
qu'il y a un symptôme de la crise et qu'il y a des gens qui votent à l'extrême droite.
Vous vous dites qu'ils votent à l'extrême droite.
Pour pas qu'ils votent à l'extrême droite, il faut reprendre les propositions
de l'extrême droite et les faire à notre sauce,
et les faire sur le même terrain. C'est ce que fait la droite
depuis 30 ans. Nicolas Sarkozy, vous avez raison.
C'est le seul qui a réussi à faire
temporairement baisser le score
du Rassemble national. Il l'a fait chuter.
Et qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Il l'a récupéré
une partie de ses électeurs en parlant comme le Rassemble national.
Ça, c'est sa campagne de 2007.
Et qu'est-ce qu'il s'est passé ensuite ?
Les gens ont directement voté pour le Rassemble national,
ont arrêté de voter pour votre organisation politique,
d'où le score misérable que vous avez fait.
Et ce qu'il se passe, c'est que vous essayez de récupérer ses électeurs
en parlant comme le Rassemble national.
Et donc vous êtes un espèce de cercle de vastes communicants
dans lesquels vous avez compris
que pour réussir, il fallait parler comme eux
et reprendre leurs propositions.
Je n'ai jamais entendu la droite dire
que le droit du sol, c'est un acquis français républicain.
Aujourd'hui, toute la droite dit
qu'il faut remettre en cause le droit du sol.
À mon avis, il y a des vrais français, il y a des français de papier,
il y a des français qui ne sont pas vraiment des français.
Ça, c'est le discours que tiennent vos responsables politiques.
Ah non, je n'ai jamais entendu un LR dire
qu'il y a des français de papier.
Ah ok, d'accord.
Citez-moi un responsable politique
et en tout cas, je condamnerai aussitôt.
On va essayer de recentrer le débat.
Oui, c'est la mort de Jean-Marie Le Pen dont on parle.
Non, mais c'est sa mort et les conséquences
que son décès a eues aujourd'hui.
Le Pen a fondé l'EFN sur un thème principal,
le rejet de l'immigration, la préférence nationale,
la France aux Français.
Finalement, le RN aujourd'hui, ce sont les mêmes idées
que l'EFN, seulement Marine Le Pen,
Jordan Bardella les formulent différemment.
Oui, c'est les mêmes idées.
C'est un peu édulcoré.
Il y a en effet
un discours
qui est toujours aussi
anti-immigration,
qui repose sur les mêmes fondements.
L'immigration est une menace pour la France.
Le nationalisme, évidemment.
C'est un parti nationaliste
affirmé.
Un soutien aussi à des régimes
dictatoriaux comme la Russie
de Vladimir Poutine.
Évidemment, un discours sécuritaire extrêmement dur.
Liberticide.
Et globalement, une vision très autoritaire
de la société, de la politique, etc.
Tout ça
n'a absolument pas changé.
Ce qui m'a
intrigué pour évoquer
justement ce décès
et la manière dont
les réactions se sont faites,
c'est que, par exemple, Jordan Bardella
a fait un hommage
à Jean-Marie Le Pen sur Twitter
sans aucun bémol.
Ça veut dire quand même que
le RN se dit qu'ils n'ont même pas besoin
de rappeler
les mêmes idées.
Alors qu'il y a quelques années,
c'est pris en vidéo, en train de coller
une affiche de Jean-Marie Le Pen.
Ce qui est très intéressant, c'est qu'au RN,
il y a une sorte d'héritage assumé
à son décès.
Je rappelle que Jordan Bardella,
l'année dernière, je crois,
avait dit sur le plateau de BFM
qu'il ne pensait pas que
Jean-Marie Le Pen était antisémite.
Après, il s'était repris.
On voit bien qu'en fait,
le RN n'a pas du tout changé.
D'ailleurs,
c'est la dynastie Le Pen
qui est toujours au pouvoir du RN.
C'est très intéressant de voir ça.
Maintenant, ce qui a changé,
je le redis, c'est que la société s'est extrême-droitisée.
Par exemple,
j'entendais Daniel Cohn-Bendit
sur LCI il y a quelques jours.
Daniel Cohn-Bendit,
c'est mai 68, c'était quand même
la gauche internationaliste.
On pense qu'on veut du personnage.
Mais enfin, c'était pas quelqu'un
dont on pouvait imaginer qu'il puisse
avoir quelque acquaintance que ce soit
avec des idées d'extrême-droite.
Daniel Cohn-Bendit, à propos de Mayotte,
a quand même dit qu'il y avait
un grand remplacement à Mayotte.
Pour moi, je trouve que c'est très intéressant
parce que c'est là, encore une fois,
le cœur de la victoire culturelle de l'extrême-droite
et du RN. C'est, encore une fois,
de faire dire des mots,
comme grand remplacement,
je reprends la préférence nationale,
la remise en contrôle des seules,
en politique, par des gens modérés.
C'est ça.
Je veux juste un moment fact-checking.
Tu t'es moi, irresponsable de droite,
Valérie Pécresse, premier meeting
en tant que candidate des Républicains,
premier meeting en tant que candidate des Républicaines,
13 février 2022,
parle de français de papier,
pour pouvoir faire quoi ? Encore une fois,
faire exactement ce que Mathieu est en train de dire.
Vous pouvez vérifier.
C'était plutôt grand remplacement
et le lendemain sur RTL, ça en a été expliqué.
Vous pouvez regarder dans le Huffington Post
un article, OZNID, Valérie Pécresse,
mis sur les clins d'oeil à l'extrême-droite pour ce français,
du 13 février 2022.
On va essayer de regarder ça.
Le lendemain, ça en a été expliqué.
Bruno Retailleau l'a également dit.
C'est exactement ce que vient de dire Mathieu.
C'est qu'ils utilisent les mêmes mots
et que par ces signaux, on a encore une fois
cette question de draguer
un électorat qu'on a perdu ou qu'on n'arrive pas
à conquérir et qui n'est pas du tout
dans une contre-proposition sur
ce qu'il faut faire. Bien sûr qu'on peut parler.
Moi, je n'ai pas de problème pour parler de l'immigration.
Mais je vais vous dire autre chose.
Il faut accueillir des gens. Il faut des structures
qui permettent de faire en sorte d'accueillir les gens dans autre chose
que des endroits vétustes et dans des niveaux
d'hygiène ignobles. Vous pouvez regarder
tous les députés qui sont allés regarder
ces lieux de privation-liberté
que sont les centres de rétention administrative
qui sont en fait des prisons pour étrangers
et vous avez des punaises de lit, des rats,
des situations d'insalubrité totale.
Et c'est comme ça que la France
traite l'immigration lorsqu'elle ne les traque pas
ou qu'elle ne traque pas les parents
des gosses qui sont inscrits dans les écoles.
Et après, vous avez besoin de faire appel à des réseaux de solidarité
comme RESF pour pouvoir
faire en sorte qu'ils ne soient pas expulsés.
Alors qu'on va traquer, encore une fois, des familles
au pied des écoles. C'est ça la façon
dont la droite a décidé de traiter la question de l'immigration
dans ce pays. Et oui, il pourrait y avoir
une autre façon d'en parler.
Mais la droite ne fait pas ça et je suis désolé.
C'est ça, encore une fois, le lepénisme
et la situation.
Et j'en suis bien heureux, je peux vous le dire.
Madame Bougallem,
justement, vous êtes responsable adjointe
des jeunes républicains de l'ESSA, donc en tant que
partisane des républicains,
j'aimerais vous entendre sur ça.
Est-ce que vous estimez que
le RN de Jean-Marie Le Pen,
que le FN de Jean-Marie Le Pen et que le RN
aujourd'hui de Marie Le Pen et de Jordan Bardella
sont finalement différents ou sont
exactement la même chose ?
En toute objectivité, il y a eu
un changement. Il y a eu une phase
de dédiabolisation. Petit à petit,
tout le monde peut le reconnaître. En revanche,
depuis hier, quand on voit les réactions
qu'a suscité
la mort de Jean-Marie Le Pen,
eh bien, on peut se poser des questions
si finalement,
Marine Le Pen est
véritablement en rupture avec son
père, en tout cas sur ses idées,
sur la politique qu'il a menée.
Ça interroge parce que même les responsables politiques,
vous aviez dit aussi sur
les plateaux télévisés lorsqu'ils disaient
Jordan Bardella,
notamment lorsqu'on l'avait interrogé
sur le fait, est-ce que Jean-Marie Le Pen était
antisémite ? Il avait répondu
non, je ne crois pas. Et en effet, moi, ça m'avait
vraiment choqué parce qu'il
a été condamné pour ça à de nombreuses reprises.
Il avait tenu des propos
extrêmement choquants qui ne laissaient aucun
doute sur son antisémitisme. Et en effet,
c'est peut-être ce qui
me fera dire certainement que
le RN et le FN ne sont pas
aussi différents que ça finalement.
J'avais juste une question. Comment
on peut expliquer aujourd'hui
que le RN a survécu à toutes les
autres formations concurrentes ? Je pense à celle de
Bruno Maigret ou encore plus actuellement
celle d'Eric Zemmour. Oui, c'est une bonne question.
Je pense que la stratégie que Marine
Le Pen a impulsée, notamment
sous l'influence à l'époque
de Florent Philippot,
qui a été au fond
de deux ordres,
de se débarrasser un peu des polémiques,
de la stratégie
de polémique
qui était celle
notamment de son père.
Et puis ensuite, une deuxième chose qui,
je pense, doit tous nous interroger,
parce que je pense qu'elle est très intéressante, notamment aujourd'hui,
c'est de républicaniser son discours.
Jean-Marie Le Pen, lui,
était quand même, encore une fois,
je le dis, un admirateur de l'action française.
Et puis, plus
globalement, c'était un anti-républicain
viscéral en réalité, Jean-Marie Le Pen.
Héritier aussi de Robert Poujade,
qui était lui-même anti-républicain et antisémite.
On ne va pas refaire l'histoire
par rapport à tout ça.
Marine Le Pen a compris
qu'il fallait qu'elle arrondisse un peu les angles
et qu'elle républicanise son discours.
Et donc, dans son discours,
elle a commencé à parler, par exemple, de laïcité,
de sujets comme ça, toujours
en visant notamment les musulmans
et l'islam
comme danger par rapport à la laïcité
française, etc. Et ça, ça a été une stratégie
qu'a utilisée Marine Le Pen pour se républicaniser
et pour dire, regardez, vous voyez,
nous, en fait, on est des républicains.
Et d'ailleurs, voir aujourd'hui les gens du RN
rendre hommage à Charlie Hebdo,
puisque c'est quand même le contexte actuel,
alors qu'il y a une dizaine d'années,
les mêmes fustigeaient d'ailleurs
Charlie Hebdo, il faut dire, et l'esprit libertaire de Charlie Hebdo.
Il y a quelque chose d'assez dégueulasse là-dedans
et d'assez révoltant, mais passons.
Le RN a donc
utilisé cette corde qui a été d'utiliser un peu
les référents républicains,
des mots républicains, mais pour
abonder dans leur sens nationaliste,
excluant, islamophobe
et sécuritaire.
Et ça, c'est quelque chose
qui ne touche pas seulement le RN.
Je parlais de Robert Monnenter,
quand Robert Monnenter dit que la droite, de manière générale,
a tendance à utiliser la laïcité
pour taper sur les musulmans,
il faut écouter ce discours,
il faut écouter ce message-là, parce qu'en réalité,
on voit bien que c'est quelque chose qui est
de plus en plus fait, et d'utiliser en fait
le référent de la République, pour en fait
aller à l'encontre totale des principes
de la République, qui sont des valeurs d'ouverture,
de tolérance,
etc., et pour aller vers un discours beaucoup plus
nationaliste, excluant, anti-immigration,
anti-étranger, etc.
Et cette stratégie de Marine Le Pen
a, je pense,
marqué des points, parce qu'au fond,
elle rencontrait également
une
extrémisation
du débat politique, des gens comme
Éric Zemmour, qui ont commencé à installer dans le débat
public des notions de grand emplacement,
une réhabilitation
d'origine de Vichy, etc.,
et qui, en fait, ont fait passer
Marine Le Pen pour
presque quelqu'un de modéré à côté de lui.
Donc, il y a un peu l'ensemble
de ces éléments-là qui font que finalement,
la dédiabolisation,
qui est une stratégie de normalisation,
voilà, j'en ai fini,
a plus ou moins réussi.
Mais c'est aussi parce que les modérés, encore une fois,
ont failli
face à cette stratégie.
J'ajouterais juste un argument,
c'est qu'en vérité, par rapport aux autres formations concurrentes
qui se sont données à l'extrême-droite,
le Rassemblement National,
en sus de l'héritage familial, va
toucher des catégories populaires
beaucoup plus largement. Par exemple, Éric Zemmour, c'est vraiment le vote
de la bourgeoisie radicalisée. En fait, c'est les anciens
électeurs LR. Zemmour, il fait son
meilleur score à Cannes, à Nice,
d'où je viens, malheureusement.
Et le Rassemblement National
a réussi à conquérir, à partir
des années 90, au-delà
de ce milieu, on va dire, pougéadiste,
petit artisan, petit commerçant, petit propriétaire.
Et il va consolider
des points de force
dans un électorat populaire que personne
n'arrive à contester. La droite, parce qu'elle
est trop néolibérale
et antipopulaire dans
son expression économique,
et pareil pour ses autres chapelles.
En tout cas, c'est une vie de dilemme, et c'est vraiment ça qui se joue
si on regarde les sociologies électorales
des différents blocs qui font les parties
d'extrême droite. On parlait en début d'émission
des rassemblements pour célébrer le décès
de Jean-Marie Le Pen, et des rassemblements
qui n'étaient pas du tout du goût
de tout le monde, et notamment, bien évidemment
de l'extrême droite. On va écouter tout de suite
Louis Allieu. J'imagine
que ces scènes que Bruno Retailleau
qualifie de honteuses vous ont choquées
aussi hier soir, surpris également
peut-être ? Non. Pas surpris ?
Venant de la gauche extrême, vous savez,
plus rien ne me surprend. Et je crois
que les événements en Israël du 7 octobre
ont prouvé par la suite
qu'ils étaient capables de tout.
Reste que, sur cet épisode-là,
elle a repris la phrase de Jean-Marie Le Pen,
le tweet de Jean-Marie Le Pen sur la mort
de Jacques Chirac. Et je pense
qu'effectivement, on peut avoir
combattu
quelqu'un toute sa vie, ne pas
supporter même
les idées de Jean-Marie Le Pen, et puis
avoir dû
s'incliner devant la mort de quelqu'un,
et quoi qu'on en dise, il aura
traversé la vie politique française depuis
la quatrième république jusqu'à aujourd'hui,
et on connaît
l'ensemble de son histoire, et
c'est un parcours politique, on aime,
on n'aime pas, mais c'est comme ça. Il fait partie du
patrimoine historique et politique de la France.
Alors, pour rester clairs, c'était
indécent de se réjouir de la mort de
Jean-Marie Le Pen. Ouissal Bouguelheim,
vous êtes plus ou moins d'accord, en tout cas, avec Louis Elio.
En tout cas, je suis
d'accord pour dire que, dans la mort,
même l'ennemi a le droit au respect.
Ne pas rendre hommage,
oui, il ne faut pas rendre hommage
à un homme politique qui a été ouvertement
raciste, homophobe,
antisémite, qui a eu un certain
nombre de propos extrêmement choquants pour lesquels
il a été, d'ailleurs, condamné.
En revanche, je ne suis pas sûre que ce soit
très décent de fêter la mort
d'un homme, quel qu'il soit, d'ailleurs.
C'est également les dix ans de l'attentat
contre Charlie Hebdo, l'occasion pour le
gouvernement de rappeler que la liberté d'expression
est un droit fondamental.
J'en viens à ce parallèle, Paul-Élec.
Peut-on dire que les rassemblements pour célébrer
la mort de Jean-Marie Le Pen relèvent
de la liberté d'expression, finalement ?
Moi, je pourrais parler pendant des heures
de cette question, mais ce qui est vrai, c'est que, d'un côté,
la morale bourgeoise, hier, nous disait
qu'il faut célébrer l'indécence,
l'impolitesse
de ce que Charlie faisait,
et je peux le comprendre, encore une fois,
de soutenir des dessinateurs qui,
parfois, ont choqué, etc.
Et on a surtout, là, utilisé
cette commémoration pour pouvoir régler des comptes
politiques, ce qui est vraiment le scandale
de ces commémorations, hier.
Mais, le lendemain, un phénomène
ne plaît pas des gens célèbres
qui font ce qu'ils veulent, d'ailleurs.
La mort d'un homme, et là,
cette fois-ci, c'est insupportable.
Il ne faut pas avoir ce côté
qui blesse,
le mot m'échappe,
ce que je veux dire,
l'espèce d'insolence
dans son expression,
et ça, ça a vraiment
pour moi la preuve que, du coup, tout ça
derrière, c'est des faux débats,
et c'est des faux débats d'inquisition
dans le débat public médiatique, et que c'est pas très intéressant.
Peu importe s'il y a des gens, moi,
je comprends très bien, et encore, vous me direz,
c'est peut-être des jeunes qui sont allés faire la fête,
il y a des gens qui ont sans doute été
touchés dans leur chair, en fait,
par le combat politique de cet homme,
et je comprends très bien qu'ils s'en réjouissent, et en fait,
on s'en fout, je veux dire, la question
fondamentale, encore une fois,
c'est l'irrévérence, voilà, c'était le terme.
L'irrévérence, soit on dit l'irrévérence
est de droit, et par contre,
les gens qui font preuve d'irrévérence
sont capables d'être punis par la loi
lorsqu'ils s'échappent de la loi, c'est le cas pour
toutes les caricatures, je rappelle que tout à l'heure, je parlais
des caricatures des années 30, antisémites,
on va pas nous dire que c'est la liberté d'expression,
non, donc toute caricature n'est pas bonne à prendre.
Le principe de liberté d'expression ne doit pas
être confondu avec
ses expressions et son utilisation par tout le monde,
ça c'est Jacques Rancière qui le dit dans un très beau texte que je vous invite
à lire, et donc c'est pour moi ça, la question, c'est qu'il y a
une espèce d'hypocrisie dans l'air, où d'un côté
on nous dit, moralement, il est bon
de faire preuve d'irrévérence,
mais dans un certain sens, à savoir
pour justifier l'islamophobie française,
c'est ça qui se passe depuis 10 ans, avec des gens
qui utilisent le cadavre des dessinateurs
cruellement assassinés par des terroristes comme une rente politique,
le printemps républicain et j'en passe,
et de l'autre côté, on nous dit pas d'irrévérence quand il s'agit
de fêter la mort d'un
tortionnaire antisémite
qui a créé un parti avec des nazis.
Vous considérez le printemps républicain comme étant
islamophobe, c'est ça ?
Oui, clairement, je pense
que c'est même le véhicule de l'islamophobie à gauche.
Alors même que son co-président était Aminel Katmi
qui est musulman. Et alors ?
Mais sur quoi
vous vous appuyez pour dire qu'ils sont
islamophobes ? Par le fait qu'ils sont le véhicule
au sein de la gauche et de la bourgeoisie d'une
autorisation à stigmatiser
les musulmans, les
croyants, tout ce qui s'approche de près ou de
loin en exprimant que finalement, si
on ne peut pas se moquer
de gens qui croient ou qui ont certaines valeurs,
c'est qu'on est
un attardé, quelqu'un qui est
retardé, qui n'a pas la culture,
la belle civilisation française. Et ce discours de civilisation,
ça a été vraiment le véhicule d'une
politique qui permet ensuite de dire dans le débat
des horreurs du type, il faut empêcher
les femmes voilées d'aller à l'université, ou
les musulmans sont un problème en France, l'islam n'est pas
compatible avec la république, et tout le discours dont on
parlait tout à l'heure, qui est le discours de l'extrême droite, que
vos partis continuent de mettre en musique
aujourd'hui. Donc oui, je pense que le parti
Le Printemps Républicain est islamophobe
et surtout qu'il a été le véhicule de cette autorisation
à être islamophobe. D'ailleurs, le terme
même d'islamophobe est encore
contesté avec certains qui nous disent que, non, mais
on a le droit, c'est normal, c'est un mot
qui est utilisé pour critiquer la religion. Non, non.
Le mot, il est utilisé par les personnes qui sont
concernées pour désigner le racisme envers
des musulmans, et de la même manière qu'on pourrait dire antisémite
est mal choisi. Non, antisémite, c'est le mot pour dire
le racisme qui touche spécifiquement
les personnes juives, et personne ne vient contester
le sens de ce mot parce qu'il est utilisé
pour désigner ce qu'on sait exactement et de façon
précise. Mais pour les musulmans, en France, c'est pas grave.
On peut débattre des mots, on peut débattre de la
façon dont on utilise
le vocabulaire pour parler d'eux, et je
pense que c'est un scandale. Donc oui, tout ça
pour dire sur la question qui a été donnée, qui est
l'irrévérence, c'est utile,
c'est une liberté, mais pas n'importe laquelle,
pas dans n'importe quel contexte, et ça,
il y a la loi qui doit
punir ce qui n'est pas une idée et ce qui est un délit,
le racisme, etc. Et le problème,
c'est que quand le racisme s'exprime au sommet de l'État,
lorsqu'il y a une islamophobie d'État, et bien
qui est juge pour savoir qu'est-ce qui est du racisme ou pas ?
Il y a une islamophobie d'État, carrément ? Oui, oui, je pense,
oui, madame. Quand on fait la rentrée scolaire
sur les abaya, oui, c'est une politique d'État.
On vient pas avec une abaya à l'école, vous êtes
quand même au courant.
Depuis que
il y a une circulaire qui a été faite par un ministre.
Moi, je suis pour le port de l'uniforme à l'école.
Oui, d'accord, mais vous êtes à deux doigts
du fascisme. Ah oui, à deux doigts du fascisme ?
Mais oui, depuis le début de cette émission, on l'a
bien vu, il faut reprendre le discours.
Il n'est pas pour l'abaya à l'école, il trouve ça
très bizarre de parler de ça à la rentrée scolaire.
Non, mais je dis que quand un
politique met en place
des circulaires qui visent spécifiquement des
violements, alors que l'abaya n'est pas en plus un revêtement
religieux, oui, il y a une politique qui est menée
par l'État et c'est en ce sens qu'on peut dire
islamophobie d'État. Il fallait juste interroger les enseignants,
les profs qui étaient les premiers concernés et ça les a
choqués. De faire la politique du vêtement ?
Mais oui, mais madame est un taliban, elle veut maintenant
qu'on regarde qui s'habille comment
et pourquoi. Deux doigts du fascisme, taliban.
Vous remarquez qu'ils ont un certain nombre de points
communs. Mais donc du coup,
oui, je continue de le dire, islamophobie
d'État et si je n'étais pas à l'interview, je pourrais finir
en disant, oui, à partir où il y a des politiques
spécifiques et que le printemps républicain
et tous ceux qui ont utilisé, encore une fois,
l'assassinat mais absolument
ignoble de ces dessinateurs comme une grande politique
pour installer ce discours ont une responsabilité
et moi ça me déçoit. Ça fait dix ans
qu'ils se sont passés et dix ans que la France
n'a rien compris, qu'elle a joué dans le
vraiment dans le jeu de ces terroristes. Elle a
multiplié les lois
pour empêcher les libertés publiques
et civiles. Elle a
multiplié les signaux de racisme envers les musulmans.
Elle a fracturé la société et à la fin
on s'en sort pas et l'extrême droite va
récolter les fruits de cette politique
qui a été menée par la droite et le part socialiste.
Voilà.
Je suis assez surprise
par la véhémence de monsieur puisqu'on
propose le port de l'uniforme, c'est
maintenant être à deux doigts du fascisme. C'est assez
étrange je trouve mais bon.
Vous regardez historiquement peut-être l'uniforme
L'uniforme ça permet une forme
d'égalité des chances. Ça répond pas à toute
l'égalité des chances et on sera d'accord pour
dire ça mais c'est...
C'est quand même assez caricatural
Une chemise brune comme uniforme
quel est le modèle ?
Vous savez on peut en discuter mais
Je pense que c'est pas le sujet. C'est pas tellement le sujet
C'est pas le sujet du débat même si ça peut être intéressant
C'est fou parce que justement ça montre
aussi, c'est ce que je vous disais, quand il y a
une montée, une explosion du Rassemblement
national et de l'extrême droite, quand vous
avez des réactions,
des surréactions même, des réactions
excessives à chaque fois qu'on propose
quelque chose notamment sur le port de l'uniforme
qui n'est absolument pas choquant
Faut pas s'étonner
Mais qui n'est pas choquant pour vous en fait, vous n'avez pas de juge par qui
Moi je pense que c'est choquant, moi je pense que derrière
tous vos discours sur l'ordre et l'autorité
sont choquants
Mais pourquoi ? Parce que c'est un gros mot l'ordre et l'autorité maintenant ?
Oui madame, lorsque la vision de l'ordre c'est celle que vous portez
c'est un gros mot
L'ordre vous ne mettra pas d'accord
Mais ça je l'avais bien compris, monsieur
l'ordre c'est un gros mot pour lui, l'autorité
pareil
Un dernier mot rapidement
par rapport à
sans aller devant
fasciste ou quoi que ce soit, non mais en revanche
c'est intéressant que vous citiez
l'école à l'école parce que
l'uniforme à l'école parce que typiquement ça reflète
une vision très autoritaire de l'éducation
à mon sens en tout cas une vision
très autoritaire, uniformisant
c'est le cas de le dire, à rebours quand même
à rebours quand même de
tous les progrès qu'on a réalisés ces dernières
décennies sur la vision de l'éducation
à l'image des légalités des choses
Mais moi ce qui m'intéresse là dedans c'est pas tellement
que l'on puisse être pour ou contre etc
c'est que cette vision autoritaire non seulement de l'école
mais de manière générale de la société
on voit bien la manière dont les libertés
publiques s'affaiblissent en France
c'est quand même pas rien ce qui se passe
je veux dire aujourd'hui par exemple manifester
en tout cas ces dernières années manifester était quelque chose
presque devenu un peu difficile
voilà donc avec des images
particulièrement choquantes
de violences lors de manifestations etc
Il y a un énorme retour en arrière
Est-ce que vous considérez qu'en Angleterre
il y a une vision autoritaire ?
Oui je pense que l'Angleterre
alors elle l'Angleterre est touchée de plein fouet
par cette révolution conservatrice
et ce mouvement réactionnaire
et l'uniforme est très traditionnel si je puis dire
qui touche la société
et en France l'uniforme n'a jamais existé
c'était la blouse mais c'était pas l'uniforme
enfin je veux dire on est en 2024 aujourd'hui
qu'on se pose ce genre de questions c'est quand même extrêmement révélateur
et on revient, j'en reviens au débat
qu'on avait c'est à dire la montée de l'extrême droite
la montée des idées xénophobes
des idées sécuritaires, des idées autoritaires
on voit bien que ça prend tout le pays
on voit bien qu'aujourd'hui on se pose des questions
qu'on se posait pas il y a 30 ans
je veux dire la question de l'uniforme à l'école
on se la posait pas il y a 30 ans
et plein d'autres questions
l'extrême droite
donc on voit bien ce qui se passe aujourd'hui
c'est à dire cette espèce de
mouvement autoritaire réactionnaire
qui prend toute la société
et pour revenir à votre question
parce que finalement j'essaye de faire des liens
le fait même qu'il y ait des réactions aussi outrées
à ces rassemblements
dans plusieurs villes de France
parce que ça n'a pas été qu'à République
qu'il y ait eu ces rassemblements de joie
voilà qu'il y avait d'ailleurs
j'ai vu des vidéos, il y avait un côté presque parodique
on voyait des gens un peu déguisés
qui sabraient le champagne etc
il y avait un côté justement
très esprit Charlie
là dedans et qu'on trouve
ça bien ou pas bien, à la limite moi ce qui m'intéresse
c'est qu'il y ait eu autant de gens qui étaient choqués
par ça, qu'il y ait eu des politiques
des membres du gouvernement
qui se sont émus
de ça, moi je suis convaincue qu'il y a 15
20 ans il n'y aurait pas eu autant d'émotions
par rapport à ça, on aurait trouvé ça soit drôle
c'est quand même gênant, on parle de la mort
oui mais on parle de
encore une fois c'est pas la mort de quelqu'un
c'est ce qu'a représenté quelqu'un, le danger
le danger mortel
qu'a représenté Jean-Marie Le Pen
du point de vue de ses idées, le mal qu'il a fait
son passé algérien
ce qu'a représenté Jean-Marie Le Pen
c'est pas étrange de s'offusquer de ce qu'il a pu dire
et puis d'un autre côté
trouver ça indécent
c'est vrai que l'équilibre est assez
je trouve ça tout à fait normal
oui mais le fait qu'il y ait autant de gens
choqués par ces rassemblements
montre à quel point
encore une fois
Jean-Marie Le Pen serait presque vue comme respectable
aujourd'hui alors qu'on parle encore une fois
d'une figure antisémite
et qui est extrêmement dangereuse
sans faire de comparaison
ou quoi que ce soit
par exemple quand Ben Laden
était mort
il y avait eu
des célébrations
aux Etats-Unis
pour fêter ça
personne ne s'était ému de ça parce qu'encore une fois
on fêtait la mort d'un symbole
parce que Jean-Marie Le Pen c'est un symbole
c'est le symbole de ce que la politique française
a produit de pire
c'est quand même le symbole
de ce que la politique française a produit de pire
dans des effets très concrets
encore une fois on oublie que l'extrême droite ça a été l'origine de Vichy
et l'origine de Vichy c'est
les lois anti-juives
c'est la déportation
d'ailleurs c'est aussi
un mouvement réactionnaire de fond
anti-lumière contre la déclaration des droits
de l'homme etc etc
donc c'est ça dont on parle quand on parle de Jean-Marie Le Pen
et c'est de ça qu'on parle
quand on parle de l'extrême droite aujourd'hui
et ne jamais sous-estimer le danger
de l'extrême droite en France
ça va être la fin de cette émission
merci en tout cas Mathieu Slama
vous êtes essayiste, merci d'avoir répondu à nos questions
merci Paul Hellec
vous êtes chroniqueur très régulier chez nous
et merci à vous
Wissal Bougalem vous êtes responsable
adjointe des jeunes républicains de l'Essonne
merci d'avoir répondu à nos questions ce soir
et merci à vous d'avoir regardé
toujours debout
n'hésitez pas à nous dire ce que vous en pensez
en commentaire si vous nous regardez par Youtube
et via email et si vous nous regardez à la télé
en ce début d'année
nous tenons à vous adresser
nos meilleurs voeux qu'est cette année
soit pleine de luttes victorieuses
et de médias indépendants surtout
nous voulions également vous dire un immense merci
un merci à vous
nos 5000 donateurs qui avaient fait de notre campagne
de fin d'année un véritable succès
grâce à votre générosité
nous avons récolté 270 000 euros
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votre média
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contrôlé par les milliardaires
merci en tout cas à vous de nous avoir
regardé et à très vite
