Au tournant du 20e siècle, ils furent des milliers à traverser l’Atlantique fuyant l’Europe, une existence misérable, persécutée ou incertaine pour les larges avenues de New York, les lucratifs tripots de Brooklyn ou les feux d’Hollywood.
Ils ont, comme 12 millions d’émigrants, débarqué sur Ellis Island: avant-poste des services américains de l’immigration dans la Baie de New York et dernière étape avant de fouler le sol américain. Durant ces heures décisives, où le destin des émigrants ne leur appartient pas, où les inspecteurs des services de l’immigration déterminent qui peut entrer sur le territoire américain et qui doit être refoulé, s’invente le melting pot américain, alimenté par les soubresauts du Vieux Continent. En tirant les fils de quelques destinées exemplaires, qui font échos aux voix demeurées anonymes et depuis longtemps oubliées des autres immigrants, tramées de l’histoire du lieu même, nous ferons dialoguer les drames européens de la première moitié du 20ème siècle, avec une Amérique ambivalente, accueillant par vagues successives une immigration qui va renouveler et incarner le « rêve américain ».
00:00 Ellis Island, le purgatoire New-York 05:00 Montée du crime organisé pendant la Prohibition 27:52 Les États-Unis entrent en guerre 34:27 Mise en place du Conseil des Réfugiés de Guerre 41:50 Derniers jours de Lucky Luciano et William O'Doyer 49:27 Fermeture d'Ellis Island et ses conséquences
Depuis son ouverture dix ans plus tôt,
1907 est l'année qui voit entrer le plus
grand nombre d'immigrants à Eilish Island,
le centre d'immigration situé dans la baiede New York,
au pied de la Statue de la Liberté.
Passer l'inconfort de la traversée transatlantique,
le barrage des inspections médicales et la peur d'une expulsion,
les immigrants qui ont fui la famine en Irlande,
la misère sicilienne
ou les persécutions d'Europe orientale
s'installent dans le Lower East Side,
un quartier de New York à dominante juive.
Dans une Amérique conservatrice
qui réserve aux nouveaux arrivants
des emplois au plus bas de l'échelle sociale,
l'intégration est difficile.
Le Sicilien Salvator et Lucania,
passés à l'âge de 10 ans sous les fourches
Codin d'Elysée Island,
tombe peu à peu dans la délinquance,
pendant que l'immigré irlandais William Oudweier
fait carrière dans la police
et que le fourreur juif polonais Samuel Goldwin,
se lance dans la production cinématographique.
Hollywood célèbre dans ses films les immigrants d'Elysée Island.
Ils sont notamment incarnés à l'écran
par la comédienne polonaise d'origine tzigane Paula Negri.
Quand s'achève la Première Guerre mondiale,
une vague de xénophobie submerge les États-Unis
et les portes du paradis américains
sont sur le point de se refermer.
11 novembre 1918.
Les États-Unis sont les grands vainqueurs de la guerre.
Devenus les créanciers de leurs alliés européens,
ils s'imposent comme la plus grande puissance économique du monde.
L'europe,
en revanche,
exsangue,
jette sur les mers des cohortes de nouveaux migrants.
Ceux-là viennent de l'Est de l'Europe.
Certains fuient le chaos de la révolution
d'Octobre en Russie,
d'autres la grande famine en Ukraine.
Mais ce sont surtout des Juifs qui tentent d'échapper à la pauvreté et au pogrom.
En Russie,
en Ukraine ou en Pologne,
les massacres de civils juifs font près d'un million de victimes.
Les populations juives avaient trois manières de traiter le problème.
Il y avait ceux qui devaient absolument se convertir,
ceux qui devaient absolument
partir et ceux que l'on devait absolument tuer.
C'était ce qui se disait dans les milieux
un peu raffinés de l'Empire russe dans les années 1900.
On est migre de la Russie à l'intérieur de l'Empire russe,
puis d'autres régions comme la Pologne,
l'Abbaye-s-Arabie,
autant de régions où les Juifs sont
chassés pour chasser persécutés, massacrés, violés
et qui conduisent donc inévitablement à des départs,
et à des départs nombreux,
puisque là, on a quand même les chiffres de l'arrivée, et qu'on évolue environ
à 600 000, mais je suis sans doute en du chiffre, le nombre de gens,
de Juifs, qui sont obligés de partir aux États-Unis dans ces années-là.
Gertraud Yéline,
une immigrée juive de Russie,
a fui les massacrés d'un écre de masse en 1921.
La traversée, pour pénible qu'elle soit,
n'est rien comparé à son rêve d'Amérique.
Avant, c'était les pogroms et la faim.
Nous n'avions pas de vie.
Je ne me souviens pas avoir été une enfant.
De ceux qui ont des jouets et des loisirs, comme les enfants de ce pays.
L'espoir d'être en Amérique était si magnifique, si merveilleux
qu'il a coloré de joie tout l'inconfort éprouvé pendant la traversée en bateau.
L'euphorie des nouveaux arrivants est de courte durée.
Les théories raciales venues d'Europe ont gagné les États-Unis.
Plus que jamais,
les immigrants sont perçus comme des indésirables.
L'amérique leur ferme ses portes.
The US was Les États-Unis ont eu peur
des étrangers et les Américains ont dit: Nous n'en voulons plus chez nous.
Des lois restrictives ont été votées.
Obligation d'avoir un passeport, un visa,
ce qui n'avait jamais existé comme règle de base.
Une loi des quotas a été introduite pour stopper l'immigration de masse.
Le Ku Klux Klan a repris de l'importance lui aussi.
C'est la résurrection de son pouvoir.
Son but était de stopper l'immigration catholique.
C'était un mouvement protestant
et anticatholique pendant la Première Guerre mondiale et après.
Ils ont pris de l'importance et avaient
beaucoup d'influence au Congrès et dans les discussions publiques.
Il y avait d'autres groupes qui étaient anti-immigrants.
Beaucoup de groupes, chrétiens et protestants, étaient très sceptiques.
Même les usines se sont mis à refuser les travailleurs bon marché.
La migration intérieure des Afro-américains,
celle des enfants d'esclaves qui quittent les États du Sud pour s'installer
dans les villes de la côte Est,
renforce la xénophobie ambiante.
On appelle ce mouvement la Grande Migration.
Les Afro-américains quittent
la ségrégation et le racisme du Sud pour de meilleures opportunités dans le Nord.
Ils viennent travailler dans les usines.
Ils y ont relativement plus de liberté que dans le Sud.
Beaucoup sont partis de leur ferme
pour aller d'abord à Atlanta,
à la Nouvelle-Orléans ou dans d'autres villes du Sud,
avant de monter vers le Nord.
Harlem est devenu un quartier afro-américain dans dans les années 20.
Naissance d'une nation,
le film de D.W. Griffith
rend bien compte des discriminations dont sont encore victimes les Afro-américains.
Américains, incarnés à l'écran par des acteurs blancs, grimés en noir.
Le film, l'un des plus gros succès du cinéma américain,
fait l'apologie du Ku Klux Klan.
Le film de D.W. Griffith,
c'est le tout premier film moderne,
mais il est aussi basé sur un livre profondément raciste.
C'est un film raciste qui parle des Afro-américains dans le sud du pays
et qui a été très populaire aux États-Unis.
Le président Wilson,
qui se l'est fait projeter à la Maison Blanche,
a dit qu'il l'avait beaucoup apprécié.
Le film montrait bien les tensions avec les Afro-américains à l'époque.
Le pays était encore très touché par la ségrégation.
Des ouvrages ouvertement racistes
obtiennent de franc succès au sortir de la guerre.
Le déclin de la Grande Race de Madison Grant,
publié de manière confidentielle en 1916,
devient un best-seller au milieu des années 20.
Le déclin de la Grande Race de Madison Grant est un cousin de Meinkopf.
Il vient des mêmes idées polluées de l'histoire intellectuelle anglo-allemande.
Houston Stuart Chamberlaine, entre autres,
pensait que les Anglo-saxons étaient la race supérieure.
Ils ne ferment pas une race et les Anglo-saxons n'existent pas.
Ils n'ont d'ailleurs jamais existé.
C'est un mot qui a été inventé au XIXᵉ siècle.
C'était du pur racisme absolument idiot,
totalement compatible avec les écrits du docteur Joseph Goebbels,
avec l'antisémitisme français ou celui de n'importe quel autre pays.
Un cousin des protocoles des sages de Sion.
On pourrait poursuivre la liste encore longtemps.
Le livre de Madison Grant,
Le déclin de la Grande Race,
j'ai été obligé de le lire.
C'est un ramassis d'ordures.
Mais il a eu une grande influence.
Il a contribué à créer le climat intellectuel ayant permis le vote
de la loi sur l'immigration de 1924,
et dont l'objectif était de changer
la couleur de peau des immigrants qui venaient aux États-Unis.
Les États-Unis souhaitent limiter le nombre de Juifs,
de Catholiques et d'autres catégories d'indésirables.
Mais la Constitution interdit de cibler
un groupe en fonction de sa religion ou de son origine.
Donc, comment limiter le nombre d'immigrés qu'on ne veut pas ?
L'astuce de la législation va être la suivante:
en 1921, il y a une première loi des quotas qui va déterminer qu'on ne peut
entrer aux États-Unis que 3% d'un groupe,
selon le recensement de 1910.
C'est-à-dire s'il y a 100 personnes de ce groupe en 1910,
trois personnes peuvent entrer encore,
ce qui est très peu, mais déjà ça.
On considère que la restriction n'est pas suffisamment forte.
Et donc, trois ans plus tard,
on va baisser le pourcentage à 2%,
et on va surtout reculer la date de base à 1890.
Et en 1890, il y avait très peu de ceux qui sont les immigrés les plus stigmatisés
de l'époque, c'est-à-dire juifs, italiens, polonais, grecs, etc.
Donc, c'est une astuce qui permet de le faire sans dire dans la législation
qu'il y a tel ou tel groupe qu'on n'aime pas.
On inspectait entre 5 et 10 000 personnes
par jour sur Ellis Island avant la Première Guerre mondiale.
Dans les années 20, on était plus qu'à 200 par jour.
Ils pouvaient garder plus de gens en détention et approfondir leurs enquêtes.
Ils pouvaient aussi envoyer
les inspecteurs faire des descentes à Chinatown, dans Little Finland,
Little Hungary, dans les différentes communautés d'immigrants.
Ils s'en sont aussi pris aux immigrants
qui s'étaient installés aux États-Unis et qui n'avaient pas réussi leur vie.
Les hommes et les femmes qui se
retrouvaient dans les foyers,
les femmes qui avaient des enfants illégitimes,
pouvaient être arrêtées et expulsées pour immoralité.
Et les Ceux qui avaient commis un crime aussi.
Les déportations ont augmenté dans les années 20 et Ellis Island a été
désigné comme Centre National pour les Expulsions.
Il l'est resté jusque dans les années 50.
Signe du raidissement de l'opinion américaine,
les ligues d'ordre moral accusent
les immigrés italiens de propager l'alcoolisme.
À force de pression sur l'appareil politique,
elles imposent la prohibition.
À partir du 16 janvier 1920,
il sera interdit de fabriquer,
de vendre et de transporter de l'alcool
sur le territoire américain.
Pour certains, le trafic d'alcool est une opportunité à saisir.
Salvatore Lucania, l'immigré de Sissi,
l'entrée à Ellis Island en 1907,
se fait maintenant appeler Charlie Luciano.
Âgé de 23 ans, il se lance dans le commerce clandestin de spiritieux.
À l'ombre de ses aînés,
les parrains du crime organisé que sont Dutch House et comme à Sérieu.
Luciano construit pas à pas un vaste
réseau de contrebandes qui inonde la côte est.
Avec ses associés,
le calabrais Frank Costello,
mais surtout Meyer Lansky,
L'Immigré biélorusse passait comme lui par Ellis Island.
Luciano révolutionne les pratiques du milieu en appliquant à la vente
d'alcool prohibé les principes de base du capitalisme.
Lansky et Luciano sont de purs produits du modèle économique américain.
Un jour, Lansky m'a montré un livre,
Making Profit, de Frank William un Taucik de Harvard.
Charlie m'a dit: Il y a quelque chose pour nous là-dedans.
Ce qu'il raconte peut s'appliquer à nous.
Si on a en grande quantité ce que les gens veulent et ne peuvent pas obtenir,
alors on peut répondre à la demande et empocher le fric.
On doit faire ça avec le whisky.
S'en procurer plein, du pur,
tomber du camion et le vendre cher
à un tas de personnes qui ne sont pas assez intelligentes pour ne pas le boire.
C'est cette règle qui régit le crime organisé,
tout comme elle organise le monde légal.
Ce genre d'organisation criminelle,
telle que celle de Luciano et Lansky,
apparaît pour la première fois sous
la prohibition qui a commencé en 1919 et interdisait toutes les formes d'alcool,
non seulement les alcools forts,
mais aussi la bière et le vin.
Et croyez-le ou non, le jus de raisin.
Car le jus de raisin, même de l'alcool.
Le régime non fermenté,
une fois embouteillé,
finit par présenter un léger degré d'alcool.
À partir de là, ils se sont lancés dans des activités qui avaient toujours existé.
La prostitution et lentement,
mais sûrement, la drogue.
Beaucoup de l'argent gagné était alors réinvesti dans des affaires légales.
On avait un plus grand business que celui d'Henri Ford.
On contrôlait les champs, les usines,
les ateliers de manufacture.
On avait un fantastique business de transport.
Nos chauffeurs étaient bons et tiraient bien.
On avait des comptables et des prêteurs
sur gages sur lesquels Lansky veillait comme un faucon.
On avait des exportateurs,
des importateurs et des avocats.
L'immigré Irlandais William O'Doyer,
qui a fait ses armes dans la police de New York,
est devenu juriste en 1923.
Il brille maintenant un poste
de magistrat à Brooklyn.
O'doyer voit la police dépassée par la criminalité que génère la prohibition.
La police n'était tout simplement pas
préparée à imposer l'application d'une loi si contestée par le public.
L'argent de l'alcool de contrebande paraissait plus propre que celui de la prostitution,
parce qu'il venait de personnes
qui avaient plus l'air de businessman que de proxénètes et de receleurs.
Associé à Capone, son partenaire à Chicago, Luciano a pris du galon.
Son pouvoir grandissant inquiète ses rivaux.
C'est la guerre des gangs.
Enlevé et torturé une nuit octobre 1929,
Luciano est découvert à moitié mort
sur une plage de Staten Island par un policier en faction.
Le gangster survit miraculeusement.
La seule séquelle visible sera cet œil droit qu'il gardera à moitié fermé.
Il a eu de la chance, beaucoup de chance.
À partir de là, on l'appellera Lucky Luciano.
La légende est en marche.
Pendant ce temps,
les déportations de clandestins s'accentuent sous le mandat
de Benjamin Day, qui dirige Ellis Island entre 1926 et 1931.
Les personnes, sous le coup d'une expulsion,
sont emmenées de toutes les régions du pays
à Ellis Island.
Elles sont détenues ici
jusqu'à ce que des dispositions soient prises
pour les renvoyer dans leurs pays d'origine.
Les activités du centre d’immigration sont
dominées par le Bureau des enquêtes spéciales,
chargé de décider si les immigrants interpellés
seront oui ou non déportés vers l'Europe.
Les immigrants qui étaient retenus par les inspecteurs du Grand Hall étaient
gardés dans une salle d'attente ou un dortoir.
Et le lendemain,
ils avaient droit à une audience.
Ils étaient convoqués devant le bureau des enquêtes spéciales.
Il y avait huit bureaux différents qui examinaient tous les jours les cas
des personnes détenues en les convoquant et en les interrogeant.
Les inspecteurs se réunissaient et l'un d'entre eux disait,
par exemple: Voilà le cas d'un immigrant autrichien qui est détenu chez nous.
Il a enfreint telle ou telle loi.
Ou: Il est entré dans le pays grâce à un faux contrat de travail.
Les inspecteurs devaient prouver qu'il
avait commis une infraction,
découvrir s'il était vraiment
un travailleur illégal en lui posant des questions.
Mais beaucoup d'immigrants ignoraient leurs droits.
Ils ne savaient pas qu'ils avaient le droit de faire appel.
La crise de 1929 entraîne une inversion des flux migratoires.
Le crack de Wall Street,
qui a mis le quart de la population active au chômage,
jette les Américains sur les routes.
Ils vont chercher du travail à l'autre
bout du pays, alors que les immigrants repartent vers l'Europe.
Ceux qui quittent les États-Unis sont
désormais plus nombreux que ceux qui y entrent Les effets de la crise,
conjugués à la politique du président Hoover, qui renforce l'application
des conditions d'entrée sur le territoire,
font d'Ellis Island une île déserte.
En dépit de la crise économique,
certains poursuivent coûte que coûte leur ascension sociale.
C'est le cas de l'ancien Foureur,
Sam Goldwin, l'immigré juif polonais devenu producteur à Hollywood.
Alors que les studios font faillite ou sont obligés de fusionner,
Goldwin se maintient à flot grâce à ses investissements en Europe.
C'est également le cas de Lucky Luciano,
qui a largement profité de la prohibition
C'est maintenant une figure incontournable de la mafia américaine.
Après avoir éliminé les deux principaux parrain new-yorkais,
il a reçu en 1931 le titre de Capo di tutti Capi.
Luciano est à la tête d'un empire du crime organisé.
Ses anciens rivaux lui font le baisement.
Le mafieux mène grand train.
Il réside dans les suites louées à l'année du Waldorf Astoria ou du Barbisan Palace.
On le croise au premier des films hollywoodiens,
une starlette à chaque bras.
Il se croit intouchable.
Un point de vue que ne partage pas William O'Douaillard.
Lui a gravi les échelons au sein
du système judiciaire new-yorkais et il a juré de faire tomber Lucky Luciano.
Si O'Douaillard parvient à mettre Luciano sous les verrous,
cela ne sera pas pour son rôle dans le trafic clandestin d'alcool,
car la prohibition vit ses dernières heures.
L'abolition est au programme de Franklin Roosevelt,
le candidat démocrate à la législature suprême.
L'idée maîtresse que défend le gouverneur
de New York à la convention de son parti,
c'est le New Deal,
engagé de grands travaux d'infrastructures pour donner du travail aux chômeurs.
Deux mois plus tard, le 8 novembre 1932,
Roosevelt est élu président des États-Unis.
Le New Deal,
c'était des mesures destinées à réduire les effets de la Grande Dépression.
Elles devaient aider ceux qui étaient dans le besoin,
réformer le système économique.
Elles étaient faites pour sortir le pays de la Dépression,
mais aussi pour aider ceux qui en souffraient.
Le WPA était un programme de grands travaux publics.
Cela permettait non seulement de faire
travailler les gens et de les payer,
mais aussi de construire les grands
édifices publics dont un pays avait besoin.
Beaucoup de ceux qui travaillaient
pour le WPA étaient des immigrants ou leurs enfants.
Le New Deal aidait beaucoup de ces gens.
Le WPA s'est servi de leurs compétences pour construire tous ces édifices.
Vu le ralentissement des activités du Centre d'Immigration,
le gouvernement américain hésite à engager les travaux du WPA sur Ellis Island.
Roosevelt voulait fermer Ellis Island,
qui était le poste le plus cher de tout le pays.
Il y a eu de nombreux débats là-dessus.
Il fallait soit fermer Ellis Island,
soit améliorer ses infrastructures et donc investir plus d'argent.
Il a finalement été décidé de ne pas fermer le site, mais de l'améliorer.
Un nouveau bâtiment a été construit,
un nouvel embarcadère pour les ferries, deux châteaux d'eau.
L'île a encore été agrandie.
Une aire de jeu a été créée.
Un artiste a peint une fresque qui est d'ailleurs très belle.
Le New Deal et Roosevelt marquent le début
d'une période de domination du Parti démocrate aux États-Unis.
Une grande partie de l'électorat démocrate est composée des immigrants et de leurs enfants,
des différents groupes ethniques présents dans les villes,
les Irlandais, les Juifs et d'autres
qui sont attirés par le Parti démocrate et les mesures du New Deal.
La politique est un tremplin pour beaucoup d'immigrants.
Le Tamani Hall,
le siège du Parti démocrate à New York,
permettent aux plus déterminés d'y faire carrière.
Pour beaucoup de groupes ethniques comme les Irlandais,
la politique est un moyen de faire marcher l'ascenseur social.
On voit des politiciens irlandais,
des politiciens allemands.
La guardia arrive dans les années 30.
Le premier maire italien de New York,
qui est aussi en partie juif,
c'est un républicain.
Il est opposé au Tamani Hall et au Parti démocrate.
William O'Doyer illustre aussi cette ascension par la politique.
L'immigré irlandais est l'un des adjoints aux procureurs les plus en vue de New York
et une figure de premier plan du Tamani Hall.
Son ambition: devenir maire de New York,
et pourquoi pas, président des États-Unis.
L'atout de sa popularité: la lutte contre le crime organisé.
Aux côtés de Thomas Dewey,
le procureur du South District,
il livre un combat acharné contre la pègre.
Sa principale cible: le syndicat du crime dirigé par Lucky Luciano.
Or, le Parti démocrate est irrigué par l'argent de la mafia.
Il y a toujours eu une connexion dans les zones urbaines entre les partis politiques,
le Tamani Hall et les saloons, les salles de jeux, etc.
Il y avait toujours un lien entre la politique et des gens un peu crapuleux.
Les villes comme New York étaient très corrompues.
D'ailleurs, les politiciens recevaient de l'argent
pour créer des emplois et ils échangeaient des emplois contre des votes.
C'est une tradition qui remonte jusqu'au XIXᵉ siècle.
Plus tard, Pour le discréditer,
Luciano prétendra avoir corrompu Odoyer.
Dans ses mémoires, Luciano écrit: On avait filé à Oddio un gros paquet de fric.
Et pourquoi ?
Que fait-il pour nous ?
Costello me dit: Oddio est pire que Dewey quand il croit en ses ambitions.
Il est en train de rêver à Washington.
Le fils de pute a des étoiles dans les yeux quand il en parle.
On ne peut pratiquement plus l'atteindre.
Duhit multiplie les arrestations.
Des hommes de main de Luciano finissent par tomber dans ses filets.
Certains se mettent à table.
Le 1ᵉʳ avril 1936,
Luciano et ses principaux lieutenants sont arrêtés pour proxénétisme.
Les prostituées défilent à la barre.
Luciano sourit.
Proxénétisme ?
Une pécadille au regard de ses crimes.
Il a tort.
Lucky Luciano est condamné à une peine de 30 à 50 ans d'emprisonnement.
Cela ne l'empêchera pas de continuer
à diriger le syndicat du crime depuis
sa cellule de la prison de Denamora.
Audoyer est plus populaire que jamais.
Si le mérite, on revient principalement à Thomas Dewey, le procureur de New York.
Il est pour tous celui qui a mis Luciano sous les verrous.
William Audoyer peut sereinement envisager sa candidature à la mairie de New York.
Mais son heure n'est pas encore venue.
Car le 7 décembre 1941,
l'aviation japonaise bombarde la base américaine de Pearl Harbor.
Les États-Unis,
qui ne se sont pas engagés les deux
premières années du conflit mondial,
se retrouvent précipités dans la guerre.
Ils rejoignent la Grande-Bretagne,
la France libre et l'URSS,
en lutte contre les forces de l'axe menées par l'Allemagne nazie.
Le bombardement de Pearl Harbor a eu
d'énormes répercussions en quelques heures sur Ellis Island.
Roosevelt a agi très vite.
Il a signé un ordre autorisant
l'arrestation de tous les Allemands,
Italiens et Japonais qui n'avaient pas été
naturalisés et qui vivaient dans le pays en tant qu'ennemis de la nation.
Beaucoup d'entre eux vivaient ici depuis des années.
Une fois encore, Ellis Island est réquisitionné pour soutenir la guerre.
L'île devient un centre d'internement
pour les ressortissants des pays de l'Axe,
aussi bien civils que militaires.
Tout a commencé quand la German-American Bound,
le parti nazi-américain,
a été dissou par le FBI vers 38-39.
C'était un parti très actif,
basé dans le New Jersey.
Son leader, Fritz Kuhn,
a été amené sur Ellis Island.
Six ou sept mille ennemis de la nation,
sans doute plus,
se sont retrouvés à Ellis Island.
Le FBI, qui procède aux arrestations,
ne fait pas d'entretail.
Être Japonais, Italien ou Allemand,
c'est courir le risque d'être privé de liberté du jour au lendemain.
Au point qu'à Ellis Island,
certains Juifs allemands se retrouvent
dans les mêmes cellules que leurs compatriotes nazis.
Les Juifs se sont retrouvés dans cette étrange situation.
Beaucoup étaient là parce qu'ils étaient
restés en contact par correspondance avec les gens au pays.
Ils étaient membres de clubs,
ils étaient membres d'associations allemandes.
Ils avaient donné de l'argent à des organisations une donation.
Un don de 5 dollars en 1937, par exemple.
Et quelqu'un avait vu leur nom sur une liste de donateurs.
Les gens étaient arrêtés pour activités suspicieuses,
mais ça ne voulait pas dire qu'ils étaient effectivement pro-Hitler.
Les conditions de détention sont plutôt bonnes.
Les Allemands en particulier jouissent de certains privilèges.
Les Allemands se sont plaints
que des Noirs leur servent la nourriture ou la préparent.
Ils ne voulaient pas non plus manger la nourriture américaine,
ils voulaient de la nourriture allemande.
Les services de l'immigration ont autorisé les Allemands à installer leur propre cuisine.
Ils avaient leur propre cuisine et ils se
faisaient servir exclusivement de la nourriture allemande.
Il y a eu la même chose pour les Italiens et les Japonais, mais à moindre échelle.
Ils n'étaient pas aussi pointilleux que les Allemands.
Pendant que les prisonniers de guerre
s'entassent dans son centre d'internement,
ceux qui ont pu fuir les combats
et les persécutions en Europe continuent d'arriver à Ellis Island.
Parmi eux,
l'ancienne star du muet qui avait fait carrière à Hollywood,
la Polonaise d'origine tzigane, Paula Negri.
Courtisée par les nazis quand elle est rentrée à Berlin,
elle a fui l'Allemagne en 1941.
Le voyage vers New York est plus pénibleque la première fois,
car c'est à Fontecaal,
parmi les déclassés,
qu'elle traverse l'Atlantique.
Nous étions parqués comme du bétail.
Nous devions utiliser des commodités très rudimentaires,
mais nous quittions le purgatoire pour le paradis.
Lorsque nous entrammes dans les eaux américaines,
l'esprit de liberté s'étendit comme une fièvre galopante.
Mais quand elle débarque à Ellis Island
à la fin du mois de juillet 1941,
c'est la douche froide.
Paula Negri est confinée dans une salle d'interrogatoire.
Son vis à expirer.
Elle risque la déportation vers l'Europe.
Le temps est loin où,
au début des années 20,
elle était accueillie en fanfare par une
foule d'admirateurs et de journalistes.
Désormais, c'est une réfugiée parmi d'autres qui tente de convaincre
les agents de l'immigration qu'elle n'est pas une espionne nazie.
Après une semaine d'internement,
elle est à nouveau autorisée à fouler le sol américain.
Tous n'ont pas cette chance,
les Juifs notamment,
qui frappent désespérément aux portes de l'Amérique.
Mais les portes restent closes.
Sans nulle part où aller,
ils seront engloutis dans le génocide.
Il y a aussi de l'antisémitisme aux États-Unis,
qui fait partie d'une xénophobie plus large aussi.
Mais il est vrai que dans les périodes
précédentes de la guerre et pendant la guerre,
il y avait bon nombre
d'Américains qui considéraient que la guerre,
c'était de la faute des Juifs.
Une des grandes controverses sur l'immigration pendant
la Seconde Guerre mondiale était quoi faire des réfugiés Juifs.
Ils avaient du mal à entrer aux États-Unis,
car les quotas pour les immigrants juifs de Russie ou de Pologne étaient très bas.
Le pays a donc refusé les réfugiés juifs qui fuyaient le régime d'Asie en Europe.
Pendant que les Juifs sont assassinés par millions dans les territoires conquis,
Sam Goldwin,
devenu l'un des nababs d'Hollywood,
tente de faire venir sa sœur et son beau-frère rester en Europe.
Il leur fait parvenir une somme d'argent,
2 500 dollars, qu'ils devront récupérer
pour gagner Londres avant d'embarquer pour New York.
Mais surpris par l'avancée nazie,
le couple ne parvient pas à quitter la Pologne.
D'abord confinés dans le ghetto de Varsovie,
ils seront déportés au camp
d'extermination de Treblinka et disparaissent dans la chambre à gaz.
Un nombre important de Le juif est arrivé aux États-Unis,
mais il est clair que beaucoup d'autres auraient pu être sauvés.
La tentative la plus connue est celle
de faire passer une loi au Congrès pour faire venir 10 000 enfants juifs.
Roosevelt a personnellement soutenu le projet de loi.
Il a demandé à sa femme d'en parler autour
d'elle et d'encourager au maximum cette initiative.
Je ne peux pas en parler moi-même,
disait-il, pas maintenant.
Son opposant était Charles Lindberg,
qui était un antisémite notoire.
L'élection est passée,
mais Roosevelt n'a jamais trouvé le temps de parler de cette loi.
Roosevelt n'a pas voulu risquer de dommages politiques.
Il ne voulait pas perdre l'élection.
Il voulait que les Nations Unies
réussissent ce dont ni Churchill ni Staline ne se préoccupaient.
Et c'était pour lui le plus important.
C'est une page pleine de taches
dans le parcours de Roosevelt qui ne pourront pas être effacées.
Mais les hommes d'État ont rarement la conscience tranquille.
Le 22 janvier 1944,
Roosevelt finit par mettre en place
le Refugees of War Board,
le Comité des réfugiés de guerre,
qui doit assurer le sauvetage des Juifs
en collaboration avec les pays neutres.
Beaucoup de Juifs sont arrivés arrivé à Ellis Island grâce à cette loi.
À leur arrivée,
la plupart souffraient de troubles psychologiques,
de détresse émotionnelle.
Ils avaient vécu une terrible épreuve.
Ils arrivaient à New York,
où ils avaient un frère ou un oncle quelque part,
un parrain dans une ferme au Nebraska.
Et donc, des milliers de Juifs
et de chrétiens sont arrivés grâce à cette loi et sont passés par Ellis Island.
Renforcé un an plus tard par le Displaced Person Act,
le Comité des réfugiés de guerre est dirigé par William Audoyer.
Très populaire au sein de la communauté juive pour ses positions sionistes,
Audoyer venait de rentrer d'Europe où il s'était battu contre les nazis.
Le Displaced Person Act de 1945 a fini par aider plus de chrétiens que de Juifs,
surtout les populations slaves qui avaient été déplacées de Pologne, d'Allemagne,
d'Ukraine et d'autres pays occupés par l'Allemagne.
Tout au monde, le triomphe de la France
halle le fin de la guerre en Europe. C'est cinq ans et plus que Hitler marchait en Polyn.
Dix ans de soufferté,
de mort, de sacrifices.
Maintenant, la guerre contre l'Allemagne est gagnée !
Lorsque le Comité des réfugiés de guerre est dissou en 1945.
William O'Doyer est élu maire de New York.
Maire O'Doyer,
bienvenue !
J'ai maintenant l'heureux privilège
de vous remettre les clés
de la ville de New-York
et je vous souhaite bonne chance.
- Merci Monsieur le Maire
- Ce siège est à vous.
Il était devenu un véritable héros en mettant Lucky Luciano en prison en 1938.
Un grand héros national.
Toutes les communautés l'appréciaient.
Juifs, Italiens, tous les New-yorkais.
Il a même fait la couverture de Time magazine.
William O'Doyer,
dont le un mandat à la mairie de New York
cour de 1946 à 1949,
redonne son lustre à la ville.
Il décroche la construction du siège des Nations Unies,
centralise les projets immobiliers,
coordonne l'organisation des transports urbains.
Le budget de la ville dépasse le milliard de dollars.
L'une de ses premières initiatives
sera de réhabiliter le Lower East Side,
le quartier historique des immigrants.
Voici les bidonvilles.
Dans les bidonvilles, la tuberculose
fait deux fois plus de victimes que dans les autres quartiers.
La mortalité infantile est presque deux fois plus élevée
et le taux de mortalité global est un tiers plus élevé que dans le reste de New-York.
Il n'existe qu'une seule réponse:
les bidonvilles doivent disparaître !
C'est alors que son ennemi de toujours,
Lucky Luciano,
est libéré pour service rendu à la nation.
Via son réseau sicilien,
Il aurait fourni des renseignements aux Alliés pendant la guerre.
En contrepartie,
il doit prendre le chemin de l'exil et ne jamais remettre les pieds aux États-Unis.
Il quittera l'Amérique par là où il était entré 40 ans plus tôt: Ellis Island.
Luciano ne croit pas à un exil définitif.
Depuis les bâtiments qu'il avait traversés à l'âge de 10 ans,
rejoints par ses principaux lieutenants,
il met de l'ordre dans ses affaires,
dans l'attente de son retour.
En vrai chef d'état-major,
il remet ses instructions à ses subordonnés,
délègue les responsabilités
et met en chantier ses prochains plans de campagne.
Au matin du 9 février 1946,
alors qu'il vient de lever l'ancre,
Audoyer serait venu lui adresser un dernier salut.
Soudain, nous nous sommes arrêtés parce
qu'une vedette des pompiers longeait notre bateau.
J'ai vu des gars avec des cols en velours monter à bord.
C'était le maire en personne,
William Audoyer,
qui me tenait par l'épaule.
Après ça, on a dépassé la limite des trois miles et il n'y avait plus que l'océan.
J'étais sur le chemin du retour vers l'Italie et je n'aimais pas du tout ça.
On aimerait croire Luciano quand il écrit ces lignes.
Une fin digne d'Hollywood où le héros et son double dans le crime
échange une poignée de mains sur fond de bannière étoilée.
La part de légende du rêve américain.
Mais au doyeur n'a jamais confirmé.
Le syndicat de l'industrie cinématographique
et la Commission sur les activités anti-américaines
sont actuellement en séance à Hollywood.
Le syndicat de l'industrie cinématographique réaffirme
sa constante opposition au communisme,
à ses activités, à ses membres, à ses méthodes
En 1947,
quand le dernier prisonnier de guerre est libéré d'Elysée Island,
un nouveau conflit menace le monde.
Les États-Unis se retrouvent face à face avec l'URSS,
leur allié d'hier.
L'europe est divisée.
C'est la guerre froide.
Le sénateur Mike McCarthy n'est pas encore à la tête de la Commission des enquêtes
du Sénat, mais la chasse aux sorcières,
la traque des communistes, a déjà commencé.
Hollywood est dans la ligne de mire
des commissions sur les activités anti-américaines.
- Etes-vous membre du parti-communiste?
Ou avez-vous jamais été membre du parti communiste?
- Il est tragique que je sois obligé d'apprendre à ce comité
les droits fondamentaux du cittoyen américain.
- Ce n'est pas la question.
La question est : avez-vous été membre du parti communiste?
Mais ce sont les étrangers qui sont
les premiers visés par la liste noire de la présidence Trouman.
Les personnes suspectées d'activités communistes sont internées à Ellis Island.
Ellis Island a été utilisé par les services
de l'immigration et le gouvernement comme un centre de détention pour ceux
qui étaient soupçonnés d'activités communistes ou qui qui s'étaient prononcés
en faveur du communisme ou de toute organisation d'extrême gauche.
Des centaines et des centaines d'hommes
et de femmes, pas toujours des immigrants,
parfois même des touristes
qui descendaient de la première classe du Queen Mary ou qui venaient
de l'aéroport, étaient arrêtés et amenés à Ellis Island pour y être interrogés.
C'est le cas de l'auteur et comédien anti-nazis, Georges Walshkowek.
Voskowek avait travaillé pour un service de propagande américain pendant la guerre.
Il était ensuite rentré à Prague
pour participer à la reconstruction de son pays.
Mais le communisme en Tchécoslovakie ne
lui permet pas de travailler comme il le souhaite.
Voskowek décide de s'enfuir pour s'installer définitivement aux États-Unis.
Il est arrêté quand il pose le pied à l'aéroport de New York.
- George Voskowek.
- Oui
- Nationalité: tchécoslovaque. - Absolument
- Quel est votre métier, Mr.Voskovec ? - Je suis écrivain.
- Qu'est ce que vous écrivez?
- Vous dites être écrivain... - Qu'est ce que vous écrivez?
- J'ai longtemps écrit pour l'UNESCO à Paris.
Maintenant, j'ai un théâtre . Je suis acteur.
- Qu'êtes-vous, Monsieur Voskovec, un acteur ou un écrivain?
- Je suis un acteur et il m'est aussi arrivé d'écrire.
- Je vois
Dans ce téléfilm intitulé I was accused,
Voskowek, qui joue son propre rôle,
dénonce la paranoïa anticommuniste
qui lui valut d'être détenu sur Ellis Island à son retour aux États-Unis.
- Désolé Monsieur Voskovec, vous allez être détenu pendant un certain temps.
- Détenu? pour quelle raison? - C'est à propos de votre entrée sur le territoire...
- On vous expliquera ça là-bas. - Mais, où ça là-bas?
- Ellis Island. Asseyez-vous.
- Ellis Island?
Le gouvernement avait des soupçons sur lui.
Il pensait que c'était peut-être un espion.
Il sera détenu pendant plusieurs mois à Ellis Island, vers 1950,
pendant que le gouvernement enquête sur son cas.
C'était une situation très difficile.
Beaucoup de détenus ne savaient pas pourquoi ils étaient là,
ni quelles étaient les preuves contre eux,
parce que tout cela avait à voir avec la sécurité nationale,
et que les informations étaient gardées secrètes.
Il y a un petit parfum d'Inquisition dans tout ça,
avec ces détenus qui languissent sur Ellis Island,
sans savoir combien de temps ils y seront retenus.
Pour les détenus de la guerre froide
comme Georges Voskowek,
la détention était très ennuyeuse.
Il n'y avait pas beaucoup d'interrogatoires.
C'était surtout de l'attente.
La plupart des opérations étaient gérées depuis Washington,
dans des bureaux où les gens décidaient du sort des détenus.
Les prisonniers lisait probablement beaucoup.
Ils se promenaient sur l'île.
Ils étaient détenus dans de bonnes conditions.
Voskowek ne s'est jamais plaint des conditions.
Il se plaignait du fait que ça restait quand même une prison,
peu importe les conditions.
Après dix mois passés dans les geôles d'Elysse Highland,
l'erreur judiciaire est avérée et Voskovek, libérée.
- Monsieur Voskovec.
Ce Bureau des enquêtes spéciales a pris sa décision.
Vous êtes libre d'entrer aux États-Unis.
- Monsieur Voskovec,
il y a un ferry à 3 heures et un autre à 5 heures,
lequel souhaitez-vous prendre
- Je prendrai celui de 5 heures
Je ne suis pas pressé.
Le Téléfilm I was accused,
diffusé en prime-time sur BBC en 1955,
résonnent comme l'épitaphe d'Ellis Island.
Le Centre d'Immigration a fermé ses portes un an plus tôt.
250 employés s'y occupaient de 230 détenus.
Trop peu pour l'administration Truman.
Au-delà de l'argument budgétaire,
les détentions abusives du macartisme
ont jeté une ombre sur le Centre d'Immigration depuis longtemps en sursis.
Élu président des États-Unis en 1953, Eisenhower décide de fermer le site.
Ces bâtiments seront laissés à l'abandon jusque dans les années 80.
Voskowek, Goldwin, Negri,
Luciano ou Wadwire ont depuis longtemps quitté la scène.
Clouattré dans sa villa napolitaine,
Luciano n'a jamais pu rentrer aux États-Unis.
Il meurt en 1962,
le jour où Hollywood lui faisait parvenir le scénario de son biopic.
Il aura ruminé le mal du pays jusqu'à son dernier souffle.
La fin de carrière d'Odoyer est pathétique.
Accusé d'avoir été corrompu par Luciano,
l'ancien maire de New York est sommé de s'expliquer devant les tribunaux.
Il s'est un deux ans après le gangster
à Mexico, où il s'est réfugié pour échapper aux poursuites.
Paula Negri disparaît dans l'anonymat et l'isolement à l'âge de 92 ans.
George Voskowek,
qui poursuivra une carrière de comédien après avoir obtenu la nationalité américaine,
succombe à une crise cardiaque en 1981.
Laissant derrière lui une filmographie de plus de 70 longs métrages.
Quant à Sam Goldwin,
lui qui avait écrit qu'Ellis Island était la porte du rêve américain,
on apprendra, après son décès survenu en 1974,
qu'il avait travesti sa biographie.
Goldwin n'était pas entré aux États-Unis par Ellis Island,
mais par la frontière Canadienne.
Mieux que personne,
l'illusionniste du cinéma hollywoodien avait compris que le rêve américain
qui était indissociable de la légende d'Eilish Island.
Les immigrants d'Ellis Island ont fait
souche aux États-Unis et leurs les enfants y ont prospéré.
Les damnés d'hier sont devenus les Américains d'aujourd'hui.
Puis, venus des pays de l'hémisphère sud,
d'autres leur ont succédé,
qui ont rencontrer les mêmes difficultés.
Dans les années 80,
Ellis Island a été réhabilitée.
Sa mauvaise réputation,
lieu de de discrimination et de détention,
a peu à peu disparu.
L'île s'est refaite une virginité.
Sous la présidence Reagan,
elle a été transformée en musée.
Un mausolée dédié à l'histoire de l'immigration.
À sa contribution à l'histoire de l'Amérique.
L'administration Reagan en a fait un symbole de l'Amérique,
un bel endroit sans aucune zone d'ombre.
On ne parlait pas des expulsions,
des détentions, des ennemis étrangers,
des communistes, des nazis,
des fascistes, rien du tout.
Il n'y avait pas le moindre mot là-dessus.
Ce n'était plus que la magnifique porte d'entrée des États-Unis.
Les portes du Centre d'Immigration se sont refermées pour toujours,
mais le site demeure comme une invitation au rêve.
La vision nostalgique d'un monde perdu,
celui où l'Amérique rimait avec la liberté et la réussite,
où les drames et la misère se terminaient en happy end
à Ellis Island.