Pour une très large partie du monde politique occidental, Vladimir Poutine est un président «infréquentable», mais pas pour Marine Le Pen. Depuis qu'elle a pris la présidence du FN, celle-ci ne cesse en effet de faire des appels du pied au président de la Fédération de Russie. Son opération de séduction a marché. Depuis près de quatre ans, le FN de Marine Le Pen et la Russie de Vladimir Poutine dansent front contre front. La présidente du FN a été reçue pluisieurs fois officiellement à Moscou, tandis que des émissaires du Kremlin sont envoyés dans les grands rendez-vous politiques du Front national. Par ailleurs, plusieurs millions d'euros sont arrivés directement de Russie dans les poches du FN. Raphaël Tresanini a mené l'enquête sur les raisons de ce rapprochement. ✋ Les enjeux du Monde ? Ils sont ici 👉 https://bit.ly/3nbDE0S Abonnez-vous 🙏
C'était il y a un an, quasiment jour pour jour.
Ce week-end-là, à Lyon, se tient le 15ème congrès du Front National.
Les militants des quatre coins
de la France ont fait le déplacement pour élire les cadres de leur parti.
Pour Marine Le Pen, c'est un plébiscite.
Elle est élue avec 100% des voix.
Dans les tribunes, sa garde rapprochée
et son père encore en odeur de sainteté à l'époque.
Quelques rangs derrière, un invité discret.
Andrei Klimov,
un vieux routard de la diplomatie russe, proche du président Vladimir Poutine.
Et il n'est pas seul.
Un autre poids lourd de la politique russe a aussi fait le déplacement.
Andreï Isaev, vice-président de la Duma, le Parlement russe.
Mesdames et messieurs, chers camarades, vive la France, vive la Russie.
Ce jour-là, il représente la ligne dure de Russie Unie, le parti de Vladimir Poutine.
La venue de cette valeur montante
dans la galaxie du Kremlin scelle, une nouvelle union.
Pourquoi soutenez-vous aujourd'hui le Front National ?
Nous nous intéressons beaucoup aux idées du Front National.
Vladimir Poutine est ouvert au dialogue
avec toutes les forces européennes qui aspirent au dialogue avec la Russie.
Le Front National français occupe
sans aucun doute une place primordiale parmi ces forces européennes.
Le Front National.
Nouvel allié du Kremlin.
Quels sont les dessous de cette alliance ?
Nous avons sollicité tous les cadres du parti.
Monsieur Aliot, monsieur Aliot, monsieur Aliot.
Sans succès.
C'est très difficile de parler de la diplomatie au Front National.
Pour parler de la ligne diplomatique avec
vous, ce serait possible de faire une vraie interview de fond ?
Yes. Pourquoi on peut pas avoir de réponse ?
Pourquoi on peut pas parler de fond ?
Ben, on parle de fond, je sais pas.
Sur les chaînes, qui parlent de fond.
Bon après-midi.
Bon, je crois qu'on est vraiment pas en odeur de sainteté.
Pourquoi ce mutisme ?
Madame Le Pen, on a appelé plusieurs fois le service de presse.
Je parle pas à Canal +, je vous l'ai dit 100 fois.
Pourquoi le FN a-t-il tant besoin de la Russie ?
En français, on appelle ça l'argent, non ?
Que cherche Vladimir Poutine en misant sur la patronne du front.
Ils pensent avoir une mission.
Leur mission, c'est reconstruire l'Europe.
Pas seulement la Russie, toute l'Europe.
Marine Le Pen est-elle manipulée par le Kremlin ?
Comme elle ne sait pas qui est qui, c'est facile de phagocyter.
Ça, c'est vrai.
Enquête sur ce nouvel axe Paris-Moscou.
Enquête sur cette alliance entre le FN
de Marine Le Pen et
la Russie de Vladimir Poutine.
C'est l'histoire d'un flirt qui commence par une interview.
Le 13 octobre 2011, Marine Le Pen,
la toute nouvelle patronne du Front National,
accorde un entretien aux commerçantes, un influent quotidien russe.
Je ne cache pas que dans une certaine mesure, j'admire Vladimir Poutine.
Dans les mois qui suivent, le programme politique du Parti évolue.
Dans son chapitre de politique
étrangère, la Russie devient vient l'allier numéro un.
Nous proposons ici 11 axes de politique
étrangère qui modifieront en profondeur le destin de notre pays.
L'offre faite à la Russie d'une alliance stratégique poussée,
former une alliance tri-latérale Paris, Berlin, Moscou.
La formation d'une union paneuropéenne incluant la Russie.
Pourquoi ce rapprochement avec Moscou ?
Nous avons sollicité Marine Le Pen
à plusieurs reprises, mais elle ne parle pas à Canal+.
Alors, nous avons pris rendez-vous avec le seul frontiste qui a accepté une entrevue.
Bonjour.
Oui, Bonjour, on vient pour l'interview de monsieur Le Pen.
Merci.
La porte est ouverte.
Il nous reçoit dans sa demeure, sur les hauteurs de Saint-Cloud.
Au moment de notre tournage,
Jean-Marie Le Pen est président d'honneur du FN.
Nous installons notre matériel.
Son directeur de cabinet nous annonce qu'il n'a que 30 minutes à nous consacrer.
Le président part en voyage.
Pendant un mois, il est rarement là.
S'il parlait à l'étranger ce soir, il revient mardi.
Il va où à l'étranger ?
Je ne sais pas, vous avez eu la question.
Il va à l'étranger.
Monsieur Le Pen, bonjour. Merci de nous recevoir.
Très bien. Très bien et vous ?
Ça va. Merci.
c'est moi.
Ce rapprochement avec Vladimir Poutine, Jean-Marie Le Pen n'en pense que du bien.
Vladimir Vladimirovitch Poutine.
Le président Poutine.
J'ai de l'admiration pour cet homme.
Je Je pense que c'est une chance pour la paix du monde que ce soit un homme
équilibré, compétent, d'expérience
et patriote qui soit à la tête de ce pays. Je le pense.
Nous avons un grand bout de chemin à faire ensemble.
Après quelques questions, nous abordons son voyage du jour.
Il coupe court.
Je vais comprendre que vous partiez à l'étranger.
Oui, c'est ça Où allez-vous ?
Je m'en vais.
Bon, bah écoutez... En tout cas, j'ai l'impression que c'est
un voyage où vous voulez pas trop en parler.
J'ai l'impression. Non, non, je veux pas en parler.
C'est pas le motif de votre interview qui comporte de...
Beaucoup plus de matière que vous n'en retiendrez.
Et si sa destination était la Russie ?
Nous décidons de le suivre.
Il se dirige vers l'aéroport de Paris.
Mais quelle est sa destination ?
Pour la connaître, Nous dégaineons notre botte secrète.
Deux collègues journalistes en mode groupie.
Bonjour Monsieur. Bonjour Monsieur.
Bonjour. Vous allez bien ?
Pas mal. Vous partez en vacances ?
Oui, on est Je vais loin. Vous allez où ?
Non, je vais à Moscou.
D'accord.
À Moscou.
Jean-marie Le Pen va donc bien en Russie.
Serait-ce un voyage politique ?
Le premier soir, difficile de le savoir.
Le séjour Moscovite de Jean-Marie Le Pen
commence par une séance dans les tribunes VIP d'un combat de boxe.
À ses côtés, son épouse Janie
et son assistant parlementaire, un ancien militaire, fan de la Russie de Poutine.
Sur le ring, deux poids lourds, un Russe contre un Franco-camerounais.
Le combat se conclut par un KO.
La Grande Russie peut dormir tranquille.
24 heures plus tard,
le voyage de Jean-Marie Le Pen va prendre une tournure politique.
Nous sommes devant son hôtel.
L'assistant parlementaire de Jean-Marie Le Pen est en pleine discussion.
L'homme avec lequel il parle nous intrigue.
Nous nous rapprochons.
Il s'agit d'Aleksandr Dugin, un proche de Vladimir Poutine.
Ce nostalgique de l'Union soviétique est l'un des architectes du virage
ultra-nationaliste pris par le président russe.
Depuis fin 2014, il est interdit d'entrer
aux États-Unis pour son rôle joué dans la crise ukrainienne.
Nous sommes différents aujourd'hui.
Nous sommes la Grande Russie.
Oui, la Grande Russie.
Notre pays redevient puissant.
Souvenez-vous de la puissance qu'était
notre pays à l'époque soviétique, mais aussi à l'époque des Tsars.
Son entretien avec Jean-Marie Le Pen se
fera dans un petit salon discret, à l'abri des regards.
Pourquoi Jean-Marie Le Pen rencontre-t-il l'idéologue du Kremlin ?
Pour le savoir, nous attendons Aleksandr Dugin à la sortie de son QG.
Mais pour parler avec ce ras Poutine du XXIème
siècle, il faut mettre la main au portefeuille.
Je suis à la condition.
Je ne donne pas les entretiens sans payer, jamais.
Pour une demi-heure d'interview, c'est 200 euros.
Pour une heure, 400.
Pas question de monnayer un témoignage, nous insistons.
Monsieur Duguin.
Monsieur Duguin ?
Monsieur Duguin ?
Pourquoi vous voyez les Le Pen, monsieur Duguin ?
Vous avez vu monsieur Le Pen, monsieur Duguin ?
Le lendemain, nous retrouvons Jean-Marie Le Pen devant son hôtel.
Ce jour-là, son équipe a sorti le costume
des grands jours et la mallette qui va avec.
Nous les suivons à travers à Moscou.
Mais ils vont où là ?
Ils prennent la voie de bus.
Ils s'arrêtent devant cet immeuble.
Le siège de le Marshall Group, un puits sans fonds d'investissement.
Son propriétaire est l'un des oligarques
les plus riches de Russie, un certain Konstantin Malofeïev.
Lui aussi est un proche de Vladimir Poutine.
Ultra-religieux, il est à la tête
de la Fondation Saint-Basile-le-Grand, la plus grande structure orthodoxe du monde.
Son rêve: reconstruire la Grande Russie.
Je pense qu'une personne qui est patriote
et qui croit en Dieu, et c'est ça que nous voulons faire avec
ces enfants, peut faire beaucoup pour la Grande Russie et pour sa splendeur.
Konstantin Malofeïev, un homme d'affaires,
lui aussi dans la ligne de mire des services de renseignement occidentaux.
Dans ce document du Conseil de l'Union
européenne que nous nous sommes procuré, voici sa fiche descriptive.
Monsieur Malofeyev est connecté
au séparatiste pro-russe dans l'Est de l'Ukraine et en Crimée.
Le gouvernement ukrainien a ouvert une enquête criminelle sur son apport
matériel et son soutien financier aux séparatistes.
Monsieur Malofeïev pratique des actions de déstabilisation dans l'Est de l'Ukraine.
Depuis septembre 2014, il est interdit de sols en Europe.
Konstantin Malofeïev, Aleksandr Dugin, deux hommes mandatés par Vladimir Poutine
avec un objectif: organiser un putsch géopolitique en Europe.
Pour comprendre les dessous de cette révolution, direction Vienne, en Autriche.
Nous avons rendez-vous dans le centre
de la ville, devant ce somptueux palais viennois.
Bernhard Odehnal est un journaliste spécialiste de l'extrême droite.
Fin mai 2014, une source le contacte.
C'était ici.
C'était le 31 mai.
Le soir, on m'a informé qu'une étrange réunion avait lieu.
Je suis monté sur mon vélo et je suis venu voir ce qui se passait.
Dans le plus grand des secrets, Aleksandr Dugin et Constantin Malofeyev
ont invité à Vienne les principaux partis européens d'Extrême droite.
À votre avis, pourquoi autant de mystère autour de cet événement ?
Parce que c'était le début d'un tout nouveau mouvement.
Oui, c'était un nouveau mouvement et ils
ne voulaient surtout pas que ça s'ébruite à ce moment-là.
Ce jour-là, les émissaires du Kremlin vont
passer un pacte avec l'Extrême droite européenne.
L'objectif des Russes est de pouvoir
s'adosser sur des parties sur lesquelles ils peuvent compter en Europe de l'Ouest.
Parce qu'ils pensent avoir une mission.
Leur mission, c'est reconstruire l'Europe,
pas seulement la Russie, mais toute l'Europe.
Cette idée C'est-à-dire que l'écologie découle des orthodoxes Russes.
Pour eux, la vision est la suivante: la première Rome a été détruite,
la seconde Rome, c'était Constantinople, et elle a aussi été détruite.
La Renaissance viendrait d'une troisième Rome, et ce serait Moscou.
Oui, pour eux, Moscou, c'est le centre de la Renaissance européenne.
Et ils y croient vraiment ?
Bien sûr, bien sûr qu'ils y croient.
Le 31 mai 2014, dans l'un des salons de ce
palais, une trentaine de représentants de l'extrême droite européenne.
Des hommes du Vatican,
du clergeur orthodoxe et des leaders politiques comme Heinz-Christian Strahre,
du FPO, un parti fondé par d'anciens SS autrichiens, mais aussi Volaine Syderow,
président d'Ataka, une formation bulgare, antisémite et xénophobe.
Pour représenter le FN, l'étoile montante du parti, Marion Maréchal-Le Pen.
Pourquoi la Benjamin des Le Pen était-elle présente à cette étrange réunion ?
Nous sommes allés à sa rencontre.
Mais Marion Maréchal-Le Pen prétend ne pas y avoir participé.
Ça fait très peur.
On estQu'est-ce qui s'est décidé à cette
réunion de Vienne, Marion Maréchal-Le Pen ?
On dit que c'est une réunion secrète.
Mais moi, je n'ai pas assisté à cette réunion.
Il y a des sources qui nous disent que vous y étiez.
Les ondes, ils vous ont absolument éteints.
C'est des très bonnes sources.
Alors, qu'est-ce qui s'est décidé lors de cette réunion ?
Non, je ne sais pas comment répondre. Non, vous n'y étiez absolument pas.
Marion Maréchal-Le Pen réfute.
À Vienne, nous avons réussi à rencontrer l'un des invités de cette réunion.
Après plusieurs semaines de négociations, il a accepté de nous parler.
Seule condition: préserver son anonymat.
Alors, Marion Maréchal-Le Pen était-elle présente à cette réunion ?
Est-ce que cette personne, vous l'avez vue ?
Oui, c'est Marion Maréchal-Le Pen.
Elle était là.
Elle n'est pas venue comme ça par hasard.
Elle était invitée.
Il y avait même un carton sur la table avec écrit Maréchal-Le Pen.
Elle est arrivée en retard et tout le monde était très content qu'elle soit là.
Notre témoin nous décrit l'ambiance un brin parano qui régnait ce jour-là.
C'était une très belle salle avec de très
belles et très grandes fenêtres, mais les volets étaient fermés.
La lumière du jour n'entrait pas.
On ne pouvait même pas nous voir de l'extérieur.
Personne n'avait le droit de prendre des photos.
Il y avait des gens de la sécurité partout.
C'était ultra protégé.
Ils faisaient attention à nos moindres faits et gestes.
Par exemple, on n'avait pas le droit d'aller dans les autres salles.
Un autre exemple.
Je ne pouvais pas prendre de notes.
Dès que j'ai essayé,
un homme de la sécurité est venu pour me dire que c'était interdit.
Il était habillé en noir et m'a dit très fermement: Stop.
Est Est-ce que toutes les personnes
qui étaient là ce jour-là ont parlé de Vladimir Poutine ?
Il a été évoqué à plusieurs reprises.
On a comparé Poutine au tsar Alexandre Ier.
En disant que c'était l'homme fort de son époque, il était perçu comme le sauveur.
Je peux dire que l'esprit de Poutine était là.
Marion Maréchal-Le Pen n'était pas la seule frontiste présente.
Avec elle, le parlementaire européen est Aymeric Chauprade.
Oui, c'était Aymeric Chauprade.
Oui, il était là.
Qu'est-ce qu'a dit Aymeric Chauprade ?
Il a pris la parole à un moment ?
Oui, lui aussi, il a pris la parole.
Il a dit qu'il voulait s'investir au sein du Parlement européen pour former un Bloc,
un Bloc fort, un bloc fondé sur leurs valeurs.
C'est ce qu'il a dit: On doit faire bloc au sein de l'Union européenne, c'est ça ?
Oui, oui.
Aymeric Chauprade est l'éminence grise
de Marine Le Pen sur les questions internationales.
Sa présence à Vienne est un message fort.
Aymeric Chauprade, nous l'avions rencontré au Congrès du Front National à Lyon.
Il était alors en pleine séance de dédicaces.
Alors votre prénom ? Anne-sophie.
Je le lis.
Son livre, Chronique du choc des civilisations.
Un ouvrage référence pour toute une génération de frontistes.
J'espère. Il en reste combien finalement ?
Parce qu'on en a vendu pas mal hier.
On en a vendu pas mal plus que je ne pensais.
Vous en avez vendu combien d'exemplaires, maintenant ?
Je n'ai pas les chiffres en tête,
mais je crois que c'est la troisième édition, on doit être à 35 000.
Et l'éditeur m'a demandé une réactualisation pour 2015.
Donc, c'est que ça marche.
Ça ne marche pas aussi bien que Zemmour, quand même.
Il ne faut pas exagérer.
Un livre pour le moins orienté.
Les musulmans y sont presque toujours dépeints comme des islamistes radicaux.
5 chapitres sur 10
pointent l'islam comme une menace.
Selon Aymeric Chaudprade, l'Europe blanche et chrétienne est en danger.
Seul rempart à cette islamisation supposée
du continent, une alliance avec la Russie de Vladimir Poutine.
Je t'ai vu toi, tout à l'heure, déjà.
T'as déjà eu un bisou avec la part de Dieu.
Aymeric.
Si Marine Le Pen est élue présidente en 2017,
il est pressenti pour être son ministre des Affaires étrangères.
Il est l'homme le plus russo-compatible du parti.
Monsieur Shaprade, bonjour.
Merci
beaucoupDepuis 2011, Aymeric Chauprade joue l'agent de liaison entre Paris et Moscou.
Il s'y rend une à deux fois par mois avec un objectif:
démontrer que les valeurs du FN sont en accord avec celle de Vladimir Poutine.
Je viens dire que nous sommes avec
la Russie qui a une politique d'État pour défendre ses valeurs.
Une bonne parole prêchée comme ici
dans les allées du Kremlin et à la Douma, le Parlement russe.
13 juin 2013, Aymeric Chauprade y est l'invité d'honneur.
Ce jour-là, pas de caméras, mais voici ses propos.
Les patriotes du monde entier tournent en ce moment leur regard vers Moscou.
La Russie est devenue l'espoir du monde contre le nouveau totalitarisme.
Aujourd'hui, Aymeric Chaud Prade est devenue indispensable à Marine Le Pen.
Elle ne peut pas s'en séparer, ce malgré quelques écarts.
Janvier 2015,
quelques heures après les attentats de Charlie Hebdo et de l'hyper cachère
de Vincennes, sur son site internet, Aymeric Chaud Prade crée la polémique.
La France est en guerre avec des musulmans.
Elle n'est pas en guerre avec les musulmans, mais avec des musulmans.
On nous dit qu'une majorité de musulmans est pacifique.
Certes, mais une majorité d'Allemands
l'étaient avant 1933 et le Nationalsozialisme allemand.
Des propos qui valent d'ordinaire
une exclusion dans le FN dédiabolisé de Marine Le Pen.
Deux jours après les attentats, elle tient une conférence de presse.
Nous en profitons pour nous y inviter.
Est-ce qu'Aymeric Chaud prêtre a été trop
loin que la vidéo qu'il a postée il y a deux jours ?
Mais Aymeric Chaud prêtre fait ce qu'il veut, c'est la liberté d'expression.
À partir du moment où il parle en son nom,
il parle en tant que géopoliticien en son nom.
Il a le droit de faire des analyses
comme n'importe qui d'autre, mais je me sens pas tenu par ces analyses.
Il vous conseille toujours ?
Oui, il arrive de me conseiller comme d'autres.
Pourquoi le FN cherche-il à ce point un rapprochement avec la Russie.
Retour au Congrès de Lyon.
Ce week-end-là, la plupart des nationalistes présents
à la Réunion de Vienne étaient les invités de Marine Le Pen.
Vive la France, vive la Grande Nation, vive le Fonds National, chaîne la France.
Parmi eux, Heinz-Christian Strah,
patron du FPO, le parti d'extrême droite autrichien.
Bonjour.
J'aimerais éclaircir un point avec vous. Pas maintenant.
Pas maintenant ?
Nous l'attendons toujours, notre interview.
Heureusement, certains nationalistes sont plus bavards que d'autres.
Selon nos infos, un représentant de la Ligue du Nord Or,
un parti populiste italien, était aussi présent à Vienne.
Nous nous mettons dans la roue de son patron, Matteo Salvini.
Mon T-shirt Stop à l'euro, le peine de que je lui offre.
T'en as pas d'autres ?
Non, j'ai que celui-là.
Je lui donnerai celui que j'ai sur moi.
C'est super d'être ici.
Il y a une envergure internationale.
Pour certains, ici, aujourd'hui, il y a le pire du pire.
Des Russophiles, des populistes, des xénophobes, des racistes, des affreux.
Mais pour moi, c'est le socle d'une Europe positive.
Ouais, positive.
Il y a eu cette réunion à Vienne où était
présente la Ligue du Nord, le FPO et le FN.
Vous y étiez, vous aussi ?
Non, c'était pas moi.
C'était l'un de nos parlementaires, Lorenzo Fontana.
Lorenzo Fontana, le numéro deux de la Ligue du Nord.
Et coup de chance. Le voilà.
Tiens, c'est lui qui était à Vienne.
C'est lui, l'honorable Fontana.
Ah, c'est vous.
Comment ça fonctionne avec les Russes ?
Il y a toujours des contacts ?
Oui, oui, il y a un contact continu.
Ils nous ont dit qu'ils voulaient poser les bases d'une nouvelle société.
Et forcément, ils aident les forces qui combattent dans ce sens.
Quelle est la nature de cette aide ?
C'est une information tomber en marche du Congrès qui va nous mettre sur la piste.
Le gros saou encore à la une de Médiapart.
Le prêt russe du Front National,
le site d'information, donne un peu plus d'ampleur à la faire.
Les millions avancés ne seraient
que la première tranche d'un prêt beaucoup plus vaste.
Plus de 10 millions d'euros de crédits ont été accordés au Front National.
Plus de 10 millions en provenance de Russie.
La polémique enfle.
Très vite, Marine Le Pen organise une opération désamorçage.
Son parti a besoin d'argent et elle est prête à aller le chercher là où il faut.
Ça va ? Ça va ?
Bonjour tout le monde.
Si une banque française,
européenne et même, après tout, pourquoi pas, américaine,
veut prêter au Front National et reprendre notre crédit, nous signerons demain matin.
Ça ne changera pas, entendez-moi bien,
un iota de la vision que le Front National a en matière géopolitique.
Mais si vous avez un petit nom à me donner
de quelqu'un qui veut prêter, encore une fois, je Je suis preneur.
Marine Le Pen assume, son père aussi.
Monsieur Le Pen, quand on prend des crédits, on donne des garanties.
Qu'est-ce que vous avez donné comme garantie ?
Moi. Enfin, le FN.
Moi. C'est vous la garantie ?
Ma garantie, c'est moi.
Au total, deux crédits ont été accordés au Front National.
Deux crédits sur lesquels planerait l'ombre du Kremlin.
Le premier crédit de 2 millions d'euros a
été accordé à la Cotélec, la structure financière du FN.
Un crédit octroyé
par la Vernandcia Holding, une structure qui est une culture tenue
par Yuri Koudimow, un ancien du KGB, reconverti dans la finance.
C'est un proche de Constantin Malofeyev,
l'homme de Poutine et co-organisateur de la Réunion de Vienne.
Alors, Constantin Malofeyev est-il l'homme
qui a donné l'ordre de prêter au Front National ?
Nous reprenons rendez-vous avec Jean-Marie Le Pen.
La dernière fois que nous sommes venus
ici, quand nous avons fait une interview avec vous, vous partiez en voyage.
Oui, c'est possible, oui.
Vous avez rencontré Constantin Malofeyef. Oui, je crois.
Oui, oui, oui, oui, oui,
à avoir avec le crédit
qui vous a été accordé ? Je n'en sais rien.
Peut-être. C'est possible.
Peut-être qu'il connaît du monde.
Il m'a peut-être recommandé. C'est possible, oui.
Pourquoi pas ? À quoi vont vous servir ces millions ?
Vous pensez que c'est à m'acheter des cigares ou des escort girls ?
Non.
Ils m'ont servi à ce pour quoi ils étaient empruntés,
c'est-à-dire à faire des prêts aux candidats du Front National.
Jean-marie Le Pen ne nous en dira pas plus
sur le rôle de Constantin Malofeyev dans l'octroie de ces 2 millions d'euros.
Alors, nous repartons pour la Russie.
À notre arrivée, ambiance
tendue dans les rues de Moscou.
Quelques heures plus tôt, Boris Nemzov L'opposant numéro
un à Vladimir Poutine, a été abattu en pleine rue, sous les fenêtres du Kremlin.
Le lendemain,
la Russie anti-Poutine s'est donnée
rendez-vous sur les lieux du meurtre.
Des oppositions faisant qui crient leur
colère devant le Kremlin, rarissime dans la Russie actuelle.
Derrière le mégaphone, Mikhaïl Kassianow Némzow,
l'ancien Premier ministre de Vladimir Poutine, aujourd'hui dans l'opposition.
Ces criminels détestaient Boris Némzow parce qu'ils les dénonçaient ouvertement.
Ils ont décidé de l'assassiner.
Qui sont ces gens.
On sait bien qui ils sont.
Dans la manif, des opposants nous repèrent.
Ils nous alertent sur les dangers
du rapprochement entre Vladimir Poutine et le FN.
S'allier au patron du Kremlin, un jeu risqué, selon eux.
J'ai entendu parler du crédit qui a été
accordé à votre partie d'extrême droite en France.
Sans vouloir vous vexer,
je pense que ceux qui ont touché l'argent de Poutine en France
vont devoir travailler très dur pour rembourser ce crédit.
Et je peux vous le dire, ça finira mal.
Le lendemain, nous reprenons notre enquête.
Et tentons de rencontrer Constantin Malofeyev.
Nous entrons en contact avec son homme de confiance.
Le prince Zourab Shaf Shavats.
Allô ? Allô,bonjour Prince.
Oui, bonjour.
C'est Raphaël Cozanini à l'appareil.
Lors du dernier voyage de Jean-Marie Le Pen à Moscou,
c'est lui qui l'a cueillé avant sa rencontre avec Konstantin Malofeïev.
Un personnage central.
Il est le directeur financier du milliardaire.
Je viens de lui parler.
Il repart demain matin,
demain dans l'après-midi en Égypte, mais cette fois-ci pour deux semaines.
D'accord.
Impossible de rencontrer Constantin Malofeyev.
Non, mais du coup, moi, je suis en train de me poser une question, mais...
Trin, c'est que nous, on peut peut-être se rencontrer, nous, en tout cas, demain.
Mais après demain, après demain.
Le rendez-vous nous est donné au monastère où Vladimir Poutine vient se confesser.
Un haut lieu de l'Orthodoxie financé
par Constantin Malofeyev, à hauteur de plusieurs millions d'euros par an.
Ce jour-là,
celui qui signe les chèques pour l'oligarque va jouer son porte-parole.
Je crois que c'est lui devant, là.
C'est lui qui nous attend devant.
Il arrive tout de suite.
Voici les Français dont je vous parlais.
Ils ne parlent pas un mot de russe.
Qu'est-ce qu'on pourrait leur montrer ?
Vous allez rester avec eux ?
Oui, oui, oui, bien sûr.
Allons-y, allons-y.
Merci.
Visite guidée dans la fabrique des petits soldats de l'Orthodoxie.
Cours théologiques rigouristes et écrans tactiles sur les murs,
la recette gagnante d'une Russie en pleine renaissance religieuse.
Il y a le monde de la création des hommes
à ne pas confondre avec la création animale.
Ça peut vous paraître un peu déplacé, mais ce qui est de vrai, c'est de l'or.
Ah oui, c'est de l'or.
C'est de l'or.
Nous abordons le cas des Le Pen.
Je voulais savoir si Malofef finance la famille Le Pen.
Ecoutez, on est très proche de...
On se connaît.
Moi aussi, je connais très bien Marine.
Et je connais Jean-Marie Le Pen depuis 20 ans.
Marine Le Pen et Malofef, ils se connaissent ?
Oui. Ils sont rencontrés où ici, à Moscou ?
À Paris.
On a déjà été là.
Et de quoi parle-t-il ?
Il parle un peu de la situation politique.
Pas spécialement politique, plutôt de ce qui se passe, de mariage gay, etc.
Parce qu'on est révolté ici.
Ceux qui sont des gens de tradition, les Français, ils sont devenus fous.
Il a financé les campagnes de Le Pen, c'est vrai ça, non ?
Non, mais il C'est-à-dire que...
Ce sont des accusations.
Donc, il n'y a pas de financement, vous me le garantissez, ça ?
Mais personne...
Mais c'est-à-dire que vous ne pourrez jamais le démontrer.
Impossible à démontrer.
Mais pour ceux qui connaissent le dossier, pas de doute,
c'est bien Constantin Malofeyev qui est derrière ces 2 millions d'euros.
Il aurait agi en service commandé.
Nous avons rendez-vous dans le Centre
de Moscou, à No vaya Gazeta, le seul journal indépendant de la ville.
Allô ? Allô, Françoise Télévésio ?
Le journaliste Andrei Lipski.
Oh la caméra.
Enquête depuis des années sur Constantin Malofeyev et ses liens avec le Kremlin.
On peut s'installer là, si vous voulez.
Disons qu'en Russie,
le pouvoir et les services secrets utilisent assez activement à leur avantage
des businessmen, des hommes à faire des politiques qui
ont des soucis avec la loi ou qui en ont eu par le passé.
Konstantin Malofeïev, lui, a eu des problèmes avec la loi.
Alors, Poutine ne téléphone pas directement, il téléphone pas lui-même.
Mais il y a un grand nombre de personnes
qui travaillent pour lui, qui participent au le pouvoir de la Russie d'aujourd'hui.
Ici, on appelle ça la sphère de services du Kremlin.
Une sphère de services qui serait aussi
derrière le deuxième prêt accordé au FN, celui de neuf millions d'euros.
Un prêt débloqué par la First Czech Russian Bank.
Quels sont les liens entre cette banque et le Kremlin ?
La First Check Russian Bank
est détenue à 94 pour cent par Stroï Transgaz, une filiale de Gazprom.
Gazprom, c'est l'une des plus importantes machines à cash du Kremlin.
L'état russe en est l'actionnaire principal.
Et surprise, l'ancien directeur financier de la filiale Stroytrans Gaz est
aujourd'hui le patron de la First Check Russian Bank.
Il s'appelle Roman Popoff.
Nous allons tenter de le rencontrer.
Dans la capitale russe,
le siège des grandes banques se situe ici, dans le quartier des affaires.
Mais étrangement, pour trouver celle qui a prêté au FN, nous devons nous éloigner
du centre-ville et rouler pendant une heure,
avant d'arriver dans un quartier populaire où se trouve le siège de la banque.
Nous avons fait une demande d'interview à son directeur, Roman Popoff.
Pas de réponse.
Alors, nous avons créé un faux site Internet: Paris-Moscou-Convergence.
Un blog qui ferait la promotion du FN
de Vladimir Poutine, et qui serait à la recherche de financement.
Curieusement, cette fois-ci, nous obtenons un rendez-vous dans la foulée.
Nous entrons avec une caméra discrète.
Roman Popov est absent.
C'est son bras droit qui va nous recevoir.
Merci de nous recevoir aussi rapidement.
Donc, vous êtes venus pour un financement.
Mais nous, on n'est pas une organisation politique.
Si vos idées sont politiques, vous n'êtes pas au bon endroit.
Alors moi, ce que je ne comprends pas,
c'est que le Front National, ça n'est pas un business commercial.
Pourtant, vous leur avez prêté de l'argent.
Ça vous dérange d'en parler ?
On est une banque commerciale.
Si vous avez des questions politiques,
ce n'est C'est pas à nous qu'il faut s'adresser.
Je n'ai aucun rapport avec le Front National et je ne veux pas en parler.
Une banque qui prétend ne pas avoir
de lien avec le FN, mais qui lui a pourtant prêté 9 millions d'euros.
La First Czech Russian Bank est placée
717ème dans le classement des banques russes.
Une toute petite banque, donc.
Ce qui n'empêche pas son patron de se retrouver en photo,
aux côtés du Premier ministre russe, Dimitri du Medvedev et même du président
de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine.
Travailler avec des petites banques
discrètes, une technique habituelle au Kremlin.
Pour le pouvoir, ce serait vraiment trop risqué d'impliquer une grande banque,
une banque reconnue, une banque qui fait partie du système.
Par contre, utiliser les services d'une petite banque,
une banque moins réputée, où se croisent des intérêts financiers
et politiques, évidemment sans lien direct avec Poutine.
Ça, franchement, pour eux, c'est facile à trouver, ce genre d'opérateur.
À ce jour,
11 millions d'euros venus de Russie sont tombés dans l'escarcelle du FN.
De tels prêts accordés par une puissance
étrangère, du jamais vu sous la Vᵉ République.
Y a-t-il eu des contreparties demandées à Marine Le Pen ?
Malgré nos relances, le Front National n'a jamais voulu répondre à cette question.
Ce qui est sûr,
c'est que pour obtenir cet argent, la patronne du front n'a pas chômé.
Marine Le Pen, elle est l'une des plus belles politiques de France.
Depuis qu'elle a déclaré sa flamme à Vladimir Poutine fin 2011,
Marine Le Pen squatte les télévisions russes.
Là-bas, elle est la politique française la plus présente à l'antenne.
La Russie est présentée sous des traits qui sont des traits diabolisés.
En 2014, le journal Novaya Gazeta l'a élue meilleur propagandiste de Russie.
Je pense que les Russes qui aiment
regarder la télévision ont une bonne opinion à son sujet.
C'est de la propagande clairement orchestrée par le Kremlin.
Progressivement, Marine Le Pen devient un partenaire fiable aux yeux du Kremlin.
Le point d'orgue dans cet échange de bons procédés: l'Ukraine.
Fin février 2014,
des séparatistes pro-russes quadrillent la Crimée dans le sud-est de l'Ukraine.
Une guerre qui ne dit pas son nom.
Quelques semaines plus tard, un référendum va être organisé
pour pour établir l'annexion de la Crimée à la Russie.
La
totalité des organisations internationales condamnent cette ingérence.
Isolée, Vladimir Poutine va alors demander son soutien à Marine Le Pen.
C'est une discussion SMS qui nous permet de l'affirmer.
Au cours de notre enquête, nous sommes entrés en contact avec
le Shaltaï l'entail, un groupe de hackers russes.
Leur maîtrise des réseaux,
ils l'utilisent pour surveiller ce qui se passe au Kremlin.
11 mars 2014, soit cinq jours avant
le référendum sur la Crimée, ils réussissent à extraire
une conversation entre deux collaborateurs de Vladimir Poutine.
L'un d'eux est son directeur de cabinet.
Voici leurs échanges.
À propos de Marine, c'est la campagne électorale pour les municipales.
Elle est en tournée.
Aujourd'hui ou le Front national prendra officiellement position sur la Crimée.
Ok, super.
On peut les convaincre.
Quelqu'un du fond t'a contacté pour les financements ?
Oui, le vice-ministre des Affaires étrangères lui téléphonera.
16 mars 2014, près de 97 pour cent des votants se
prononcent pour leur attachement de la Crimée à la Russie.
Un score digne de l'Union soviétique.
Le même jour, Marine Le Pen tient une conférence de presse dans le Gard.
Le FN va être le seul parti politique
français à reconnaître cette annexion déguisée.
À mon sens, les résultats du référendum sont sans contestation possible.
Le même jour, nouvel échange entre les assistants de Vladimir Poutine.
Marine Le Pen a officiellement reconnu les résultats du référendum en Crimée.
Elle n'a pas trahi nos attentes.
Il faudra d'une d'une autre remercier les Français.
C'est important.
Quelques semaines plus tard, la First Check Russian Bank accorde
officiellement son crédit de neuf millions d'euros au Front National.
Le FN est-il manipulé par le Kremlin ?
Pour le savoir, direction le Parlement européen à Bruxelles.
L'union européenne, c'est l'organisation la plus critique à l'égard de la Russie.
C'est ici qu'ont été votées les sanctions les plus dures contre Moscou.
Mais pour les contrer, la Russie a mis en place une stratégie.
Une stratégie imaginée par le théoricien du Kremlin, Aleksandr Dugin.
Nous devons envahir l'Europe la conquérir et l'annexer.
Notre Parti communiste faisait de très
bons résultats d'infiltration chez les parlementaires européens.
C'était d'ailleurs un très bon instrument de notre politique extérieure.
Vous vous rendez compte ?
Annexer l'Europe, ça, c'est russe.
En clair, le pouvoir russe compte utiliser
certains Europarlementaires frontistes comme cheval de Troie.
Un plan d'attaque dont nous nous sommes procuré une copie.
Nos hackeurs russes ont fait encore plus fort.
Ils nous ont envoyé des centaines de mails
capturés dans la boîte mail d'Alexand Duguil.
Parmi ces documents,
une classification des relais d'influence a été utilisée, pays par pays.
Pour la France, celui qui est tout en haut
de la liste, c'est Aymeric Chaudprade, le conseiller international de Marine Le Pen.
Après plusieurs demandes d'interviews restées sans réponse,
nous l'attendons avant une séance plénière.
Bonjour, monsieur Chaudprade.
Comment allez-vous ? Ça va ?
Très bien.
On est venu jusqu'à Bruxelles pour parler avec vous, vous voyez.
Avec moi ? Absolument.
Aymeric Chaudprade a-t-il conscience
d'être considéré comme un agent d'influence du Kremlin.
Nous lui montrons la liste établie par Aleksandr Dugin.
Côté français, le premier nom qui sort, c'est le vôtre.
Aymeric Chaudeprade. Il y a toutes vos qualités.
Vous êtes géopolitologue, etc.
Voilà, on ne sait Cyrilique.
Duguin publie des listes maintenant ?
Absolument.
Un politique français qui va souvent en Russie.
Vous êtes quasiment l'un des seuls en France qui a cette position-là.
Vous êtes parlementaire européen. Vous allez souvent,
vous êtes reçu à Douma, vous êtes reçu par la garde rapprochée
de la Le Mire Poutine, c'est pas rien quand même.
And so what ?
Comme il y a un tropisme américain dans un certain nombre de parties,
il y a un tropisme russe chez nous parce qu'on pense que...
C'est pas que on soit dans le lobbying ou qu'on soit dans la confusion des intérêts.
Nous sommes profondément français, patriotes, mais nous pensons
qu'il faut travailler dans le sens d'un partenariat stratégique avec la Russie.
Donc, aimer la Russie,
vouloir pratiquer sa langue, voyager, la découvrir, aimer sa civilisation.
Moi, je trouve que c'est très bien.
Aymeric Chauprade réfute toute manipulation avec les Russes.
Mais ici, au Parlement européen,
cette liaison dangereuse entre le FN et le Kremlin, ça inquiète.
Ce parti est l'otage des banques russes et de la maison Poutine.
Leurs finances viennent d'un endroit qui,
naturellement, le jour où il y aurait un conflit, leur rappellera qui les paye.
Mais c'est quand même très important que d'être prisonnier de ces créanciers
étrangers, lesquels sont en conflit avec l'Union.
Une inquiétude partagée jusque dans les rangs des parlementaires frontistes.
Nous retrouvons Aymeric Chauprade dans l'un des hémicycles du Parlement.
Je te laisse ta place.
Oui, c'est parce que tu... Non, non, mais reste.
Je ne reviendrai pas en avec une aide plus, c'était un support faible.
Moi, ça ne tiendra rien.
Celui qui lui parle est un autre parlementaire FN, lui aussi, Russophile.
Il revient justement de Moscou et il a de mauvaises nouvelles.
Mais fous-toi de la maloffièce.
L'imperquisition.
Mais bon, tu sais, ils sont tous un peu comme ça.
Oui, je suis d'accord.
Je te dis quand même, s'il vous plaît.
Il a foutu un de mes amis
dans la merde complète, au profit d'Olive, parce qu'il lui a fait confiance.
Un Français ?
Qu'est-ce qu'il a voulu faire avec ?
Il a hérité un certain nombre de ses affaires, qui était complètement mafieuse.
Il risque sa vie de malade.
C'est pas bon, ça.
C'était un pourri, non ?
De toute façon, je suis prenant, t'inquiètes pas.
Constantin Malofeyev,
un pourri, un mafieux, selon ce collègue d'Aymeric Chauprade.
Et à l'entendre, les émissaires de Vladimir Poutine n'ont
qu'une idée: manipuler la patronne du front.
Il faut prendre tout le monde parce
que les autres aussi, ils veulent la phagocité.
Alors comme elle ne sait pas qui est qui, c'est facile de phagociter.
Ça, c'est vrai.
Phagociter, d'après le dictionnaire, c'est détruire progressivement quelqu'un
en le privant de toute autonomie en s'en rendant maître de l'intérieur.
Pas très rassurant.
Qu'en pense la principale intéressée ?
Nous avons tenté une énième fois d'obtenir une réponse.
Allez, c'est maintenant.
Mais comme d'habitude, avec nous, c'est no comment.
Bonjour Marine Le Pen.
Certains de vos collaborateurs,
Marine Le Pen, craignent que les Russes ne vous phagocytent.
Qu'est-ce que vous allez répondre à ça Madame Le Pen ?
Vous n'aurez des réponses sur rien,
monsieur, je ne parle pas à connaître plus.
À chaque fois qu'on tente de vous poser
des questions sur la Russie, vous ne répondez jamais.
En juillet dernier,
Marine Le Pen réussissait à monter un groupe au Parlement européen.
Parmi ses alliés,
des partis amis comme la Ligue du Nord italienne ou le FPO autrichien,
mais aussi des expurgés de UKIP, une formation britannique ultra-europhobe.
Tous regardent à l'Est et tous rêvent de faire imploser l'Union
européenne pour la reconstruire autour d'un nouveau pilier: Vladimir Poutine.