L'industrie agroalimentaire et ses dérives - Une Course Sans Fin - Documentaire monde - ADN

Notre Monde
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24 Vues de vidéo·16 déc. 2024
Animal Machine raconte l’histoire de la vache Holstein, surnommée « la pisseuse de lait », tant la zootechnie, la science de l’élevage, l’a rendue productive.
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En quelques décennies, son rendement laitier a été multiplié par quatre ! A travers son parcours, se raconte la transformation d’un élevage, devenu dans bon nombre de pays avancés, production industrielle.
Animal machine
Un film de Bernard Bloch
Producteur Les Films de l’œil sauvage
Droits réservés AndanaFilms
L’incision circulaire indolore pratiquée par les vétérinaires de l’INRA dans les années 1970 ouvre
à la connaissance de la machine ruminante que l’on veut toujours plus productive. Aujourd’hui, cette
vache hublot, parfait modèle vivant de l’élevage intéresse toujours la science animale. En un
peu plus d’un siècle, chercheurs, ingénieurs, éleveurs et industriels, dans leur insatiable
quête de rendement, n’ont eu de cesse d’étudier la vache pour comprendre son fonctionnement complexe,
améliorer ses performances. Pourquoi et comment la
science de l’élevage, appelée zootechnie, a-t-elle transformé le corps de la vache?
Au début du XIXème siècle l’élevage industriel nait de la rencontre entre la machine et le corps
vivant de l’animal. Cette rencontre inaugure une nouvelle condition d’exploitation pour
la vache qui perdure encore de nos jours sur les grands principes que sont la nutrition,
la sélection et la reproduction. Tout est affaire de combustible,
il faut nourrir la machine thermodynamique pour augmenter la productivité. Les aliments
sont à la bête ce que le charbon est à la machine à vapeur. Leur efficacité
dépend de la qualité énergétique de la nourriture et du choix de la race.
Eric Baratay Historien : on comprend très bien à l’époque que… pour que ces animaux produisent,
il faut qu’ils soient bien conformés, mais il faut aussi leur donner plus à manger.
Trouver un type de vaches plus aptes à produire. Comment faire qu’une vache accepte de continuer à
produire du lait alors qu’elle n’a plus son veau ? Et on va choisir finalement des vaches qui
collaborent le plus, le mieux avec les hommes, et entre guillemets on pourrait dire ce sont
finalement « les mauvaises mères », celles qui acceptent d’être séparées de leurs veaux,
où qui acceptent de donner une partie de leur lait à quelqu’un d’autre que leurs veaux.
Et il a fallu littéralement, à la fois par la sélection mais aussi
par l’habitude transformer ses mamelles, et pour cela on fait de la sélection.
La race Holstein prend rapidement le titre de championne toute catégorie… Il faut dire qu’elle
transforme tout ce qu’elle mange en bonne graisse, qu’elle grandit en un temps record,
et qu’elle met bas sans encombre. C’est à juste titre qu’on l’a surnommée « la pisseuse de lait ».
Mais qu’y a-t-il à l’intérieur de cette ruminante ? Il y a tout un monde au travail,
de protozoaires, de bactéries et de champignons provenant du broutage
de l’herbe. Tout un monde microscopique qui transforme la matière végétale en molécules
assimilables pour nourrir le corps bovin et lui permettre de donner du lait en abondance.
Eric Baratay Historien : Cette réflexion finalement sur la productivité de l’animal,
elle vient un peu de tous les milieux sociaux, zootechniciens, hommes politiques, certains
éleveurs - souvent de grands éleveurs, parce qu’il y a une espèce de pression sociale, mais aussi une
pression culturelle : on est en pleine révolution industrielle, on produit de
plus en plus et il est nécessaire que la nature entre dans ce moule.
Aux États-Unis, lors d’une visite aux abattoirs de Cincinnati en 1927, Henri Ford est surpris par
l’efficacité du rendement des ouvriers. Il est tellement séduit qu’il conçoit ses chaines de
montage automobile sur ce modèle. Avec l’aide de F.W Taylor, il est convaincu que « le travail est
à ce point stupide et rébarbatif que l’ouvrier en arrive à ressembler dans sa constitution mentale
davantage au boeuf qu’à n’importe quelle autre espèce». Ford intensifie la production avec sa
nouvelle méthode, le taylorisme. Et l’Amérique, ce pays émergent du début du siècle dernier, inaugure
en même temps l’élevage industriel en créant un modèle mondial pour les fermes-usines de demain.
Avec l’insémination artificielle dès les années 1950 s’ouvre en France une
ère nouvelle pour l’amélioration génétique et la sélection des
troupeaux. Véritable révolution biotechnologique celle-ci permet
avec la semence d'un mâle d’excellence de féconder un grand nombre de femelles.
Mais avec l'insémination artificielle, on constata qu'il était possible d'introduire
le sperme jusque dans la matrice. La main gauche repère le col de l'utérus à travers
la paroi du rectum et l'opérateur peut alors, avec de la pratique,
guider un tube à travers l'ouverture du col, jusque dans la matrice et y injecter le sperme.
Ainsi pénètre-t-il dans la matrice autant de sperme que lors de la saillie normale.
Aux États-Unis, les caractéristiques laitières de la Holstein sont exploitées au maximum.
Chaque année les éleveurs règlent sa production en lui faisant faire un veau
pour qu’elle fournisse du lait durant 10 mois. Pour ne pas interrompre son cycle de production
elle est inséminée à nouveau dès le 3ème mois après la mise bas. Dans les années 1940,
elle donne plus de 10 litres par jour avec 2 traites. C’est le début de la Holsteinisation,
un raz de marée unifie les modes de production.
Alors cette Holstein, on s’aperçoit qu’on en fait vraiment la vache industrielle. Alors
la vache industrielle pourquoi ? Parce que c’est celle qui doit être adaptée à un mode
d’élevage en ateliers industriels, qui vient des États-Unis mais qui devient le modèle occidental.
Et la Holstein c'est la première vache mondiale. La première vache hors-sol, hors territoire,
hors nation et avec laquelle on va pouvoir finalement inventer une vache nouvelle.
Cette vache nouvelle répond à une demande industrielle en constante augmentation. Pour
améliorer la productivité, la zootechnie américaine n’hésite pas à mettre à la
question des organes déconnectés du corps de l’animal. Les scientifiques expérimentent sur
une mamelle alimentée par un cœur et un poumon artificiels. En introduisant dans le sang des
nutriments nécessaires à la fabrication du lait, ils augmentent son rendement.
La France est maintenant à la croisée des chemins Si elle s'engage
définitivement dans la voie de la modernisation,
elle peut augmenter très rapidement sa capacité de production et sa productivité.
A la sortie de la seconde guerre mondiale, en France, le pouvoir politique érige les
agriculteurs en force nourricière. La modernisation se fait à marche forcée
contre le monde agricole ancien. Il faut gagner son indépendance alimentaire. Pour l’agriculture
c’est le remembrement et la mécanisation, pour l’élevage c’est le développement de la production
hors sol et intensive. La population est incitée à consommer. L’agriculture et l’élevage ne sont
plus l’art de produire mais une adaptation aux lois du marché. En 1946, on créé l’INRA,
l’Institut National de Recherche Agronomique, fer de lance d’une zootechnie moderne et
expérimentale, organisée afin d’améliorer, entre autres, les races productives.
Le jeune veau est actuellement élevé en batterie grandit en trois mois avec des
régimes artificiels, ou du moins avec des laits reconstitués et avec des farines qui lui permet
de devenir rapidement un veau de boucherie Il est certain qu'une fois de plus c'est
la loi du progrès, de concentrer une production pour éviter tout ce qui
est compliqué quand la production est dispersée. Je veux pas reprendre le mot d’un de mes maîtres
à l’Institut Agronomique Mr. Chribot qui disait qu’il était capable de faire pousser quelque
chose dans du verre pilé Place de Concorde. Mais, enfin, on peut dire maintenant qu'on peut
faire pousser un peu n'importe quoi, n'importe où… 7 millions de vaches sont inséminées et fécondées
par voie artificielle. Les progrès dans ce domaine sont extraordinaires.
C’est la confiance en la toute puissance de la science pour gérer,
comprendre et transformer le monde. Certains chercheurs s’appliquent à étudier le développement
de l’embryon de la vache Holstein. Parmi eux, Jacques Testart, devenu célèbre par
la suite pour avoir participé à la création du premier bébé éprouvette français, Amandine. Il
revient sur sa rencontre avec Raymond Février, directeur de l’INRA dans les années 1970.
On m'avait demandé de trouver un moyen pour accélérer la
multiplication des vaches de haute qualité laitière. Alors j'avais proposé, à ce moment là,
de commencer exactement comme ça : super ovulation, insémination artificielle et
puis les embryons, au lieu de les laisser se développer et en général de crever dans
l'utérus, les ramasser très peu de temps après la fécondation, et de les distribuer dans des
femelles ordinaires, des mères porteuses. Alors ça m'a pris quand même quelques années mais en 72
j'ai obtenu les premiers veaux qui sont nés de mes oeuvres. Par transplantation d'embryons. A
ce moment là j'ai levé un peu la tête de la paillasse et je me suis aperçu que j'avais
fait un boulot stupide, qui était la poursuite déjà de l'insémination artificielle à outrance,
et j'ai été très blessé, dans mon amour propre on peut dire, j'ai eu honte,
je suis allé voir le directeur de l'INRA et je lui ai dit "monsieur, je suis très malheureux,
on m'a demandé de travailler pour multiplier les vaches de haute production laitière,
à ce moment là j'étais jeune, j’ai pas fais attention, mais y’avait des excédents laitiers.
Donc la même Union Européenne demandait aux paysans d'abattre des vaches pour diminuer la
production de lait et moi on me demande..." Et alors, Mr. Fevrier qui était directeur de l'INRA
se met très en colère et me dit "Monsieur vous n'avez rien compris. Il ne s'agit pas
d'augmenter la production laitière, il s'agit d'augmenter la productivité laitière des vaches"
Un de nos chercheurs a étudié la carte du cerveau de ces animaux. Il a trouvé un centre
qui limite l'appétit, le centre de la satiété et en le détruisant on crée des animaux qui
mangent sans arrêt, des animaux hyperphagiques, boulimiques, comme vous voulez. Et à ce moment là,
peut-être que l'on pourrait profiter du moment où les fourrages sont très
importants, très abondants, dont on n’est pas toujours maitres au printemps,
pour faire que les boeufs mangent plus quand il y a plus d'herbe. Pourquoi pas après tout !
Il ne suffit pas de nourrir la bête encore faut-il qu’elle provienne d’une race productive. Pour
sélectionner une race d’excellence, le plus rapide est d’utiliser sur une grande échelle des spermes
de taureaux de qualité, issus de mères laitières présentant des caractéristiques remarquables.
Les coopératives ont pour cela constitué des banques de sperme et sont devenues aujourd’hui
de véritables entreprises commerciales. Un taureau transmet certains de ses gènes
qui déterminent les qualités nécessaires à la productivité laitière de ses filles : longévité,
conformation mamelle, vitesse de traite, facilité de vêlage.
On collecte les informations sur les descendances pendant une dizaine d’années. On les vérifie. On
les analyse. Cette observation s’appelle le testage sur descendance. En attendant
de savoir si le taureau est un bon candidat à la reproduction, on congèle sa semence.
Ce seigneur de la race bovine dépasse la tonne. Il inséminera jusqu’à un million de
filles de par le monde. Ses performances sont consignées dans le Herd Book,
un énorme recueil généalogique où figurent les stars de la sélection génétique.
Grâce à la congélation, il continuera de faire valoir sa
réputation internationale longtemps après sa mort.
Sur les catalogues des coopératives, figurent les photos de ce reproducteur body buildé,
ainsi que les index de ses performances. Une véritable carte d’identité proposée aux éleveurs.
A trop utiliser les semences d’un même géniteur de prestige, attention,
danger ! Car sans un minimum de diversité génétique, les risques de consanguinité et
d’infertilité sont très élevés. Un éjaculat permet de préparer
jusqu’à 400 paillettes de semence. Celles-ci seront congelées dans de l’azote liquide.
Les États-Unis et les pays émergents, avec en tête le Brésil et l’Inde, sont les géants de
la production bovine de viande et de lait. La vache est devenue un minerai et voit son
prix fluctuer sur le marché hyper spéculatif des matières premières. Ces trente dernières années,
la production de la Holstein a été multipliée par 4. Elle peut produire jusqu’à 12 000 litres
de lait par an soit des moyennes de 40 litres par jour. Certaines fermes usines concentrent
jusqu’à 30 000 bêtes hors sol. Dans cette alliance de l’agrobusiness avec la science,
les gains financiers sont énormes, mais aussi les risques environnementaux et sanitaires.
Ceux-ci ne sont pas sans conséquences pour les consommateurs : emploi massif d’hormones,
d’antibiotiques pour un lait bon marché, de qualité médiocre.
Une vache peut naturellement vivre jusqu’à 20 ans. Manger, mettre au monde, donner du lait,
c’est le cycle répétitif de sa condition animale de vache laitière. Après 4 à 5 ans de bons et
loyaux services, la Holstein est envoyée à la réforme, c’est à dire à l’abattoir,
pour finir en bas morceaux.
On compare souvent la Holstein à une Formule 1, mais ses performances excessives l’ont fragilisée.
Trop souvent sollicité aurait-elle atteint ses limites ? Avec la sélection,
la race industrielle a perdu son aptitude à se reproduire naturellement, sa fertilité a diminué.
Depuis la découverte de l’ADN, les scientifiques s’intéressent à l’exploitation de la cellule et
du gène. Dés les années 1980, une nouvelle ère commence : celle des technosciences,
alliance de la science, des ingénieurs et de l’industrie.
En 2006, le séquençage des 20 000 gènes du bovin permet d’identifier des marqueurs génétiques,
c’est-à-dire des séquences précises d’ADN.
Les progrès de la génétique, c'est celle qui ne vient pas des généticiens mais des informaticiens,
c'est le big data, c'est à dire d'enregistrer un maximum de données, de les corréler avec
des caractères du génome et de dire : si on a telle configuration dans le génome,
alors on a une probabilité plus grande d'avoir tel caractère de l'individu que si
le génome était conformé comme ça. Et c'est une vérité statistique. On n’a rien compris,
on sait pas comment on passe de l'ADN au caractère qu'on étudie,
mais il se trouve que sur un échantillon assez important ça fonctionne.
En 2009, la révolution génomique est en marche. A côté de grands pays producteurs,
la France avec l’INRA publient les premiers indices génétiques officiels sur les bovins
laitiers. Ceux-ci mettent en relation informations génétiques et performances.
Désormais, l’animal n’est plus une machine thermodynamique mais un programme d’ordinateur.
Dorénavant, sans attendre le test sur descendance, la sélection d’un taureau améliorateur
ou d’une bonne vache se fait en quelques jours. La génomique prédit ses performances.
Une innovation. Grâce à un modèle mathématique, un algorithme, les bio informaticiens mettent
en rapport les informations portées par le génome d’un animal avec les références
d’une large population dont on connaît à la fois les caractéristiques génétiques et productives.
Ces données sont contenues dans le Big data du système national d’information génétique. Dans
ce Big data se trouvent répertoriés 18 000 taureaux Holstein avec leurs
19 millions de filles. Plus les données sont nombreuses, plus les prédictions sont fiables.
A partir d’un échantillon de sang, on extrait l’ADN, on repère les marqueurs génétiques
intéressants, c’est-à-dire ceux qu’on a pu corréler à des critères de production,
de fonctionnalité, de morphologie. Ces données indiquent à l’éleveur
les potentialités de son futur géniteur ou de sa future vache.
Au jour d'aujourd'hui, on a à peu près une quarantaine de caractères qui sont mesurés
tout à fait régulièrement et pour lesquels on a des estimations de valeur génétique.
Du coup, on peut faire un screening extrêmement large de la population,
deuxième chose, on peut mettre sur le marché beaucoup plus d’individus très intéressants,
donc on quitte une sorte de star system qu’on avait auparavant,
où un catalogue contenait quelques taureaux, maintenant un catalogue il va contenir des
dizaines de taureaux, il va être remis à jour deux à trois fois par an parce que le flux de
taureaux intéressants est extrêmement important donc du coup, chaque taureau
va être beaucoup moins utilisé et on a accès à une diversité bien plus grande. Et donc,
on peut augmenter très sensiblement le progrès génétique qu'on va faire.
On peut tout à fait imaginer qu'un éleveur définisse lui-même son objectif de sélection
et soit efficace dans ce choix alors qu'il ne pouvait pas l'être avec la sélection classique.
On est dans la techno-science. C'est-à-dire développer des outils, des innovations pour être
plus efficace, mais pas pour comprendre. Dans 10, 15 ans on va se trouver en peine parce qu’on aura
pas les éléments de base acquis en recherche fondamentale, étant donné que maintenant y’a
plus rien, y’a plus que des techniques.
toutes les conditions sont réunies pour répondre à « l’optique managériale du
gagnant gagnant » vantée par les producteurs. Guide Delaval : Jusqu'à présent on a vu des
fermes qui frôlaient les milles vaches laitières, c'était pas mal… n'est-ce pas ? Donc là je vous
annonce qu'on va aller sur un site qui compte 2000 têtes… C'est un procédé assez particulier,
qui répond bien, on va dire, à une vision… plutôt productiviste on va dire, là c’est des éleveurs
qui cherchent au maximum à optimiser l'utilisation du robot… Et c'est une solution qui est vraiment
bénéfique, encore une fois, pour la vache d'une part mais aussi pour les capacités du robot.
L’échange est-il vraiment tenu entre le gain de productivité et le bien être de l’animal ?
Les systèmes intensifs et hors sols sont confrontés à de nouveaux défis auxquels les
zootechniciens essayent d’apporter des réponses. Il y a les contraintes économiques liées à la
fluctuation des prix du maïs, du soja et autres concentrés avec leurs répercussions sur le prix
du lait et les contraintes climatiques dues au gaz à effet de serre émis par les vaches.
En France, dans une station expérimentale de l’INRA, on règle la machine ruminante
pour trouver un équilibre entre la production animale et les exigences environnementales.
Dans les pays développés, plus de 120 kg de ces effluves de méthane sont produits
en moyenne en une année par une vache élevée en système intensif.
Si l’on multiplie cette quantité par les millions de Holstein de par le monde, la menace est réelle.
Même s'il y a effectivement des pets de vaches ça serait plutôt des rots
qui en fait produisent, on va dire, les 90 % des émissions de méthane.
Alors on teste la voie génétique, pour savoir s'il y a une possibilité également par la génétique
de réduire ses émissions de méthane. Il y a eu quelques pistes qui semblaient
prometteuses en moutons, pour l'instant en bovin, c'est un petit peu moins net.
Avec un troupeau modèle de 170 vaches de type génétique proche de celui du troupeau des
éleveurs, les chercheurs observent la Holstein au travail. Celle-ci comme une ouvrière fait
les trois huit, broute, rumine et se repose. Elle se fait tirer le lait au roto de traite
pour que soit surveillée, la valeur des indices à maintenir comme les taux butyreux et protéiques,
c’est-à-dire en langage marchand, une promesse de beurre et de fromage.
Tout est affaire, de dosage énergétique. La Holstein a accès à l’herbe pour réduire
les aliments importés. On examine les bouses au champ pour constater ce qui
n’a pas été assimilé et avoir ainsi la mesure exacte de la quantité consommée.
Chaque vache ayant reçu un menu différent,
les chercheurs pourront ainsi comparer les résultats pour définir les meilleures
rations productives pour moins polluer avec les émanations de gaz méthane.
La seule chose qu'il faut, c'est être capable de mesurer cette quantité de fècès... de bouses. On
peut, par exemple, ramasser toutes les bouses, donc ce qu'on en fait, et les peser ça serait
trop compliqué, il faudrait vraiment un grand sac sous la vache même si dans le temps ça se faisait,
et donc ce qu'on fait, c'est qu'on utilise un marqueur qui a une signature chimique
très particulière, et que l'on va retrouver dans les bouses parce qu'il est totalement
indigestible. Et après, on associe à ce marqueur chimique à un marqueur,
qui est un marqueur coloré, pour savoir à qui appartient la bouse.
Certains chercheurs de l’INRA tenant compte des nouveaux défis environnementaux veulent
parvenir à produire plus et mieux mais avec moins de dépenses en aliments importés. Avec
un système d’élevage construit exclusivement autour de la Holstein, c’est un pari risqué.
C’est pourquoi depuis plusieurs années, dans une autre station, l’INRA compare le comportement à la
pâture de deux troupeaux différents, Holstein et Normande, afin de sélectionner les animaux
capables de répondre aux contraintes de coût de l’alimentation animale et de l’impact écologique.
il arrivera de plus en plus souvent des étés secs qui vont fragiliser les systèmes et c'est
la raison pour laquelle on va proposer des adaptations, alors la première des adaptations,
c'est de choisir des plantes qui vont mieux tolérer les températures
élevées et la pénurie en eau. Et puis le deuxième volet,
c'est de faire en sorte que la demande alimentaire du troupeau en période estivale soit diminuée…
Et c'est comme ça qu'on a développé tout un travail de recherche avec l'institut
de l'élevage il y a deux ans maintenant, autour de la flexi-sécurité qui est une idée qui est arrivée
des pays du Nord et des entreprises du nord de l'Europe et l'idée ça été de voir si on pouvait
appliquer cette flexi-sécurité au système laitier. C'est-à-dire comment être flexible, répondre à la
demande quand y’a besoin mais aussi être capable de réduire la production laitière quand les cours
sont insuffisants, tout en sécurisant et en garantissant la pérennité du système.
L’avenir de la Holstein, si elle ne peut s’adapter, ne serait-il
pas dans le croisement avec d’autres races ?
le premier producteur mondial de viande. Aujourd’hui, certains grands propriétaires
terriens et groupes de l’agrobusiness ont soif de lait. Ils veulent conquérir les marchés
mondiaux. Leurs atouts : une main d’œuvre à bas prix, de vastes territoires. A terme,
le poids économique du Brésil orientera les cours des prix du lait et sera très concurrentiel.
Au sud, dans l’état du Minas Gerais,
la Fazenda Santa Luzia inaugure un nouveau cycle de la zootechnie laitière,
reproduisant en quelques années ce que la zootechnie européenne a fait en un demi-siècle.
Nous avons, du coté gauche un élevage porcin de 10.000 animaux qui génère environ 150.000 Litres
de lisier par jour. Ces déjections passe par le bio digesteur pour les stabiliser et générer
du gaz. Ce gaz est actuellement utilisé pour la production d’énergie. À l’avenir,
les résidus liquides seront additionnés aux déjections bovines près du centre de traite.
Après filtration, l’ensemble sera dispersé par l’arroseur central monté sur un pivot.
Du point de vue de la fertilisation, ce projet sera autosuffisant. Nous n’aurons
pas besoin d’engrais chimique. Les engrais organiques générés par l’élevage porcin et par
l’élevage bovin seront suffisants pour entretenir 15 vaches à l'hectare.
La Fazenda Santa Luzia fait partie des 10 meilleures fermes laitières du Brésil.
Elle possède plus de 1500 bêtes et Mauricio Coelho y élève la Girolando. Une façon pour la
Holstein de renaitre sous une forme hybride dans un croisement avec une race rustique parfaitement
adaptée au climat tropical, la Gir, un zébu.
diffèrent de la race Hollandaise. Avec la sélection, la Hollandaise a perdu son
caractère maternel, elle ne se préoccupe plus de son veau. Elle est insensible. La vache Zébu au
contraire a besoin du veau pour libérer son lait.
Dans la Girolando, il y a ce caractère hérité de la race GiR qui demande encore à être
domestiqué. Les femmes ont la lourde tâche de remplacer les mères. Dés la naissance
elles caressent les veaux et les nourrissent pour faciliter leur
apprentissage et leur autonomie. Les cycles de reproduction sont
programmés. La dernière naissance groupée a rempli la nurserie avec plus de 500 veaux.
Le Brésil est entré de plain-pied dans l’industrie de la biotechnologie pour
se positionner sur le marché de la semence des taureaux d’excellence. Le groupe international
CRV Lagoa, d’origine hollandaise et belge, a pour partenaire le laboratoire pharmaceutique
américain Pfizer… Il produit plus de 1 million 600 000 paillettes de sperme par an.
CRV Lagoa a son propre studio de télévision et envoie par satellite ses programmes à Canal Do
Boi et Canal Rural, deux chaines de télévision consacrées à la vache. Elles émettent 24h
sur 24 sur l’ensemble du pays, proposent des services aux éleveurs, vantent les
derniers produits phytosanitaires, font part des fluctuations du marché.
Avec Farrock, un taureau Gir à la semence
prometteuse Mauricio Coelho s’est associé à CRV Lagoa.
Les bijoux de famille du jeune taureau Farrock sont une promesse pour inséminer
des milliers de vaches. Mauricio Coelho compte sur les bénéfices de la vente de
sa semence congelée s’il réussi son test sur descendance. La concurrence sera rude.
Devant la caméra on met en scène le reproducteur pour un passage à la télévision.
Le présentateur : Ce taureau a passé la présélection des Girolandos. Farrock est
le fils de Torpedo Bolton de la ferme Santa Luzia. Il a la ligne haute de la variété Bolton.
Le désir du taureau ne serait-il ramené qu’à une simple excitation réflexe ? On
stimule la libido plusieurs fois par semaine pour faire tourner la machine reproductrice.
Avant la congélation de la semence,
chaque échantillon de sperme est analysé pour comptabiliser les spermatozoïdes défaillants
à partir d’une estimation et établir une statistique de bonne conformité.
CRV Lagoa congèle la semence de Farrock. Dans quelques années,
quand le géniteur aura fait ses preuves de bonnes performances sur ses multiples descendances,
la ferme Santa Luzia pourra alors commercialiser les paillettes. Dans le cas contraire, le destin
de Farrock sera de finir à l’abattoir. Et les paillettes iront au rebus.
La société américaine Sexing propose de trier les spermatozoïdes fournis pour
l’insémination artificielle et la Fécondation In Vitro. L’éleveur peut ainsi avoir le choix
d’obtenir des descendants mâles ou femelles.
appareil de chromatométrie de flux que nous utilisons pour le sexage de semence bovine.
Dans ce processus, on utilise comme base la différence entre les chromosomes X ou
Y présents dans le spermatozoïde. Le spermatozoïde porteur de X contient 4%
en plus d’ADN que celui porteur de Y. Sur cette base, nous arrivons à les séparer.
Sexing garantit à 90% le sexe de l’animal à naitre. Le sperme sexé intéresse particulièrement
l’élevage laitier, insatiable demandeur de femelles. Cependant,
le talon d’Achille du sexage est une baisse de réussite de l’insémination artificielle.
Certains spermatozoïdes sont en effet altérés pendant le processus de tri.
A Santa Luzia, le transfert embryonnaire après fécondation in vitro est devenu un
processus standardisé sur une grande échelle pour renouveler le troupeau. Le prélèvement d’ovocytes
est une opération délicate et douloureuse qui nécessite une anesthésie péridurale. Après un
traitement hormonal qui provoque une super ovulation le vétérinaire
prélève un maximum de 20 ovocytes par vache pour fabriquer des embryons.
Avec l’évolution de notre cheptel, nous avons trié nos animaux en fonction de
leurs qualités. Nous avons commencé à exploiter la génétique des vaches laitières mais aussi des
donneuses d'ovocytes pour obtenir de meilleurs taureaux et faire évoluer génétiquement la race
Girolando. C’est une bonne opportunité de marché pour Santa Luzia, avoir de bonnes
laitières qui donnent aussi la possibilité d’effectuer des transferts embryonnaires.
Chaque année la fazenda organise une vente prestige de ses meilleurs éléments.
Conquista a été championne de tournoi laitier à plusieurs reprises... Elle a des pics de
production au-dessus de 65kg de lait par jour, une lactation annuelle de 11.600 kg : une
option intéressante pour celui qui cherche une continuité de génétique dans la race Girolando.
La vache du futur pour Mauricio Coelho se développe grâce à une exigence de
sélection génétique des spermatozoïdes et des ovocytes qui permettent le transfert
embryonnaire. Pour le moment une réussite de l’ordre de 50% de gestation lui suffit.
Aujourd'hui c'est très clair. Santa Luzia a un Cheptel de 1500 vaches dont 5% sont
des donneuses et toutes les autres sont des vaches de production laitière et des vaches
porteuses pour augmenter cette génétique différenciée que nous voulons sélectionner.
Les ovocytes sont acheminés pour une fécondation en éprouvette vers le laboratoire In Vitro Brasil.
Les ressources cellulaires de l’animal machine sont désormais exploitées sur une
grande échelle. Le mariage entre le spermatozoïde et l’ovocyte se conclut en laboratoire.
Dans la grande majorité des cas, ces spermatozoïdes sont congelés.
On les met dans un autre milieu de culture avec les ovules et la fécondation à lieu
dans ce milieu. Ces spermatozoïdes restent en présence des ovules entre 18 et 20h.
Tout se passe dans une éprouvette. L’embryon issu
de cette fécondation in vitro sera transplanté dans une vache porteuse.
C'est l'embryon qui est vraiment la clé. C'est-à-dire quand l'être est déjà constitué.
Et à ce moment-là, on peut décider on le garde ou on le jette, et peut-être un jour
on le modifie. Pour le moment, on en est pas là, on en est à trier et ça c’est pas seulement
chez la vache c’est dans l’espèce humaine, on fait ça depuis 20 ans. Alors à petites
doses évidemment, c’est pas de la productivité, c’est pour éviter des
pathologies et on voit bien que progressivement, ça s’élargit et ça ne peut que s’élargir… ça peut
pas faire autrement. Donc je crois que la maitrise de l’embryon, c’est vraiment
la clef dans la procréation.
Ce sont des vaches receveuses de races communes qui portent des embryons Girolando. Les
receveuses n'ont aucune influence sur les embryons mâles ou femelles provenant de notre laboratoire.
Avec l’américain ABS Global, leader mondial de la génétique Holstein, In Vitro Brasil
peut maintenant faire de la prévision génomique,
sélectionner les futurs bovins à partir d’un prélèvement ADN fait sur l’embryon.
A cette biotechnologie, il ajoute aussi la commercialisation du clonage.
Voici le clone du taureau Samson. Samson était le taureau le plus
important de la race Gire au Brésil. Pendant 9 ans de suite, il a été le taureau numéro 1
pour la production de lait dans le test sur descendance de l’EMBRAPA, l’INRA
brésilien. taureau est décédé il y a deux ans, le propriétaire avait fait des biopsies de peau pour
nous commander son clone. Aujourd'hui nous avons ici le clone Samson,
âgé de 20 mois et presque prêt pour la production de semence.
Avec le clonage, on est dans la caricature de la mystique génétique.
Une dose de semence sexé peut coûter 1000 $. Un taureau comme celui-ci a un intérêt économique
très important, la demande est très grande.
la recette paraît facile, mais la technique est difficile. On prend l’ovocyte d’une vache et on
retire son noyau. On introduit dans cet ovocyte le noyau d’une cellule de peau,
par exemple, provenant du taureau que l’on veut cloner. Grâce à un choc électrique,
on provoque une fusion cellulaire. Le noyau de la cellule est intégré dans l’ovocyte.
La cellule œuf obtenue donnera un embryon qu’on déposera ensuite dans l’utérus d’une receveuse.
9 mois plus tard, comme pour la femme, si tout se passe bien, la receveuse mettra au monde un veau
presque identique à l’original. Aujourd’hui, le taux de réussite pour fabriquer un clone
est de l’ordre de 8%. Malgré les très faibles résultats, certains n’hésitent pas à tenter le
retour sur investissement. La routine du clonage reproductif est encore hésitante.
On veut reproduire à l'identique ! Mais qu'est ce qu'on appelle identique ? C'est
de l'ADN identique. Or si on admet qu'un individu ça n'est pas que de l'ADN, au niveau informatique,
information biologique, et bien il y a d'autres paramètres qui
échappent et ce que l'on multiplie c'est finalement seulement la molécule,
la molécule ADN. Mais il y a des différences,
les animaux clonés ne sont pas exactement identiques à l’animal d’origine.
Sur certaines enchères des biopsies de peaux sont commercialisées et donnent le droit de cloner un
animal. Le propriétaire garde l'animal et vend le droit d'avoir un clone. Si dans un premier
temps le propriétaire ne souhaite pas faire de clone, il peut stocker la lignée cellulaire
et le matériel génétique dans une bonbonne d’azote jusqu'au moment propice du clonage.
C'est une assurance biologique sur cet animal.
je souhaiterais vraiment que les gens jettent un œil sur ce qui se passe du
côté de la biotechnique animale et n’en soit pas effrayé. Vous pouvez l’apprécier
comme une meilleure sélection d’élevage. Au lieu d’attendre 20 générations, vous pouvez
le faire en une seule, ça peut améliorer la vie de l’animal concernant son bien-être.
Je suis pas contre l'artifice, de façon systématique, mais je crois qu'il faut le
faire avec lenteur. Comme l'évolution a fait. L'évolution elle a pas fabriqué des bêtes
complètement différentes à toute vitesse, comme ça dans la même génération. Il faut
des millénaires, des dizaines de millénaires pour qu'apparaissent je sais pas, des cornes,
des queues, des machins... Tout ça c'est très très long. Alors aujourd'hui on veut
faire ça dans l'heure. On va modifier. Mais là, c'est vraiment l'apprenti sorcier.
Jean Yves Penn, éleveur de 45 vaches, est un chercheur de solution alternative. Avec sa
femme Babette, ils ont mis en œuvre un système d’élevage basé exclusivement sur la pâture,
contrairement au système de production hors sol qui s’adapte à la productivité
de la Holstein. Ici, la vache produit essentiellement dans un système herbager.
Une solution déjà expérimentée par des pays comme la Nouvelle-Zélande ou l’Irlande.
La pâture, c’est d’abord l’aliment le moins cher possible pour les vaches. C’est-à-dire
qu’une vache comme vous le voyez au champ là, elle vient chercher sa nourriture toute seule.
Elle broute, elle défèque et pisse sur place donc elle auto fertilise aussi
la prairie et de toutes les façons qu’il y a d’alimenter
une vache laitière, c’est le modèle le moins coûteux pour fabriquer du lait.
Sous l’autorité des vaches dominantes, le troupeau collabore au travail de l’éleveur. Chaque jour,
les vaches changent de parcelles, le temps de la repousse de l’herbe. Résistantes et rustiques,
elles vivent toute l’année en plein air, se réfugiant en cas
de mauvais temps à l’abri des forêts et des haies.
Il a fallu avoir un parcellaire, des nombres d’animaux qui soient adapter à
ce parcellaire pour ne pas en avoir de trop, en avoir suffisamment pour tout consommer,
bref adapter la croissance de l’herbe au besoin des animaux et toujours être sur le fil du rasoir
entre la croissance et les besoins. Si je considère l’impact environnemental d’une
exploitation comme celle-ci par rapport à une exploitation classique, ne serait-ce que par
rapport au bilan carbone, une prairie c’est entre 600 et 1 tonne de carbone stocké par
an. Quand on a une planète qui se réchauffe, c’est quand même pas la moindre des choses.
Un système qui cherche à produire plus
et mieux avec moins est-il rentable ? Dans le système d’élevage biologique de
Jean-Yves Penn, la prairie existe depuis 20 ans. Elle se renouvelle naturellement. Le tracteur est
utilisé seulement pour faire les foins. La nature est valorisée en réintroduisant de la biodiversité
et en maintenant un équilibre entre le territoire et le besoin des animaux.
Cette prairie ici sur laquelle on est, elle a été implantée en 1991 et depuis
elle produit toujours. On a jamais intervenu là-dessus, ni chimiquement - et ça bien sûr
puisque l’on est en bio - ni sans avoir besoin de casser la prairie pour ressemer autre chose
et rentrer tout ça dans un cycle, et donc la pérennisation des pâtures fait que,
puisqu’on introduit plus de nouvelle charges dans le cycle de production, et bien la pâture,
elle est capable de produire une certaine quantité, toujours aux coûts les plus bas avec
des animaux adaptés, et puis c’est ça qui permet aujourd’hui d’obtenir un des meilleurs revenus,
ramenés au litre de lait, dans le secteur. Jean-Yves Penn (éleveur) : des animaux comme
celle-ci, là, la rouge, c’est une vache qui est croisée Simmental sur, avant il y avait quoi
?... Du Montbéliard, du Jersiais, bref, que des animaux plutôt peu performants en lait au regard
de ce qu’est la Holstein. Et donc, quand j’ai fait tous ces croisements là, ça a été dans le
but d’adapter des animaux à ce système de production. Petite explication : dans les
systèmes classiques agricoles conventionnels, on a toujours pensé que le modèle le plus intéressant,
c’était l’animal le plus productif. Conséquence pratique, aujourd’hui on a nourri les animaux
très performants avec une ration de plus en plus coûteuse. A l’inverse, ici, j’ai cherché à réduire
le potentiel génétique des animaux, ça veut dire que ce sont des animaux qui ici font entre 3000
et 4000 litres de lait par an contre plutôt 8 à 10 000 litres de lait dans un élevage conventionnel.
Mon entrée vers ce système-là a été la recherche de
l’organisation du temps de travail. Pendant 3 mois de l’année, quand l’herbe ne pousse plus,
les vaches ne sont pas traites. Ce qui fait que pendant ce temps-là, si elles ne sont pas traites,
la charge de travail est vraiment réduite au minimum, c’est-à-dire venir le voir tous les
jours, constater que ça va bien de préférence et puis ça se termine comme ça. Et donc ça, ça me
prend a peu près une demi-heure par jour. Le restant de l’année c’est une traite par
jour… bon ben voilà il est 10h, on a commencé à 9h, Bon ! J’ai fini ma journée… C’est à dire
que ça laisse quand même pas mal de temps au niveau personnel et pour la famille aussi.
L’équilibre trouvé par Jean-Yves et Babette Penn dans les conditions climatiques de la Bretagne
est indicatif non pas d’une recette mais tout au moins d’une méthode. Un exemple d’équilibre
et de mesure certes fragile mais respectueux de la vache et du milieu naturel. Serait-il
une alternative à l’élevage productiviste ? Aujourd’hui, la science animale est-elle
encore sensible au savoir acquis de ces chercheurs éleveurs qui expérimentent au quotidien ?
Les savoirs des paysans sont complètement méprisés par le monde scientifique et c’est dommage ! Moi
j’ai toujours un exemple et c’est sur le végétal, mais c’est quand même extraordinaire.
C’est des chercheurs du CIRAD, un organisme de recherche qui travaille beaucoup en Afrique qui
avait conservé des graines de mil au Burkina Faso dans les années 80. Et c’est un pays où la
sécheresse avance très très vite. Donc ils ont gardé ces graines dans de bonnes conditions et
c’est des graines que les paysans sélectionnent à chaque fois sur leur récolte… ils en gardent
10% pour ressemer… et donc ça faisait partie de celles-là, c’étaient des bonnes graines. Et
ils ont fait ressemer ces graines au début des années 2000 donc plus de 20 ans après.
Et ça poussait pas ! Non pas parce qu’on les a mal conservées, mais parce que le climat a
changé entre temps et que la graine s’adapte tous les ans c’est-à-dire que les plantes et
les bêtes c’est pareil, mais les plantes, ça va plus vite, elle produisent beaucoup plus,
elles génèrent beaucoup plus de variétés. Donc quand les paysans ramassent les beaux épis de mil,
de blé ou de n’importe quoi… ils prennent les plus beaux épis. C’est là-dedans qu’ils vont
garder les graines parce qu’ils se disent cette plante, elle est plus forte que les autres donc
elle a des qualités comme s’ils avaient fait de la génétique, mais ils parlent pas d’ADN et ils
gardent ces graines là et tous les ans ces graines ont modifiées. Le génome se modifie tous les ans,
c’est pas un truc inerte comme celui qu’on veut faire avec des vaches stéréotypées, voire clonées,
c’est le truc le plus dangereux ! Donc c’est une démonstration extraordinaire qu’en 20 ans,
si on a supprimé la sélection paysanne, et on peut essayé de la remplacer par la sélection
industrielle et les OGM ça sera pareil… si on a supprimé la sélection paysanne on va à la
catastrophe, le truc ne pousse plus. Donc la nature, c’est quelque chose qui bouge
tout le temps … et qui bouge en fonction… le vivant bouge en fonction de l’environnement.
Avec son cerveau on fait de la crème anti-âge, avec son sang
de la teinture, des pâtes alimentaires… avec sa peau des sacs et des vêtements…
avec sa graisse des chewing-gums et des bougies… du plastique et du ciment…
des feux d’artifices et des crayons… et puis des enzymes et des hormones…
Avec son fumier des fertilisants et de l’azote avec ses os du sucre raffiné, du charbon de bois…
du verre…
