Présentée par Agathe Lecaron, La Maison des Maternelles est le rendez-vous quotidien consacré à la parentalité et petite enfance. Dans ce magazine, l’animatrice et les spécialistes qui l’entourent ont pour ambition de répondre aux interrogations des jeunes parents, proposant ainsi une émission de service. En toute liberté, de façon positive et décomplexée !
Et oui, on va parler de ces fameuses violences éducatives ordinaires.
Alors, cette acronyme, violences éducatives,
c'est parce qu'en fait, elles sont faites sur le comportement de nos enfants
pour qu'ils aient un bon comportement et qu'elles soient ordinaires
puisqu'elles touchent tous les lieux et tous les milieux.
D'où leur petite acronyme.
Alors, qu'est-ce qu'on trouve dans ce qu'on appelle les V E O ?
Alors, il y a les violences physiques, c'est celles qui nous semblent le plus évidentes.
Les fessées, les gifles.
Mettre des petites tapes, vous savez, derrière la nuque,
tirer les oreilles, tirer les cheveux.
Ça, c'est ce qui nous vient en premier à l'esprit quand on parle de violences.
Mais il y a aussi les violences psychologiques.
Donc, punir, culpabiliser.
Culpabiliser l'enfant, faire du chantage, faire des menaces.
Menace d'abandon.
Chantage, moi, c'est ma passion.
Mais il y a chantage et chantage à Gatineau.
La menace d'abandon sur une aire d'autoroute.
Non, ça, je ne fais pas.
Les violences verbales, crier, insulter, se moquer, humilier.
Ce qui m'a frappée, c'est les chiffres.
En fait, il y a eu une enquête qui est assez récente d'ailleurs,
puisqu'elle date de 2022, de l'Observatoire de la petite enfance.
87% des enfants en France subissent quotidiennement
ces violences éducatives ordinaires.
Un enfant sur deux est frappé avant l'âge de deux ans
et les trois quarts avant l'âge de cinq ans.
Et on l'observe tous au quotidien.
On est dans des lieux, il y a une maman qui engueule
parce que la gamine a marché dans une flaque avec ses chaussures.
Putain, tu fais chier !
Excusez-moi pour la vulgarité, mais en tout cas,
il y a bien souvent une violence verbale
qu'on entend dans la rue, n'importe où.
Personne n'intervient et ça ne choque personne.
Bref, elle est interdite en France, cette violence éducative,
depuis le 10 juillet 2019.
C'est écrit dans la loi, l'autorité parentale s'exerce
sans violence physique ou psychologique.
Alors pourquoi est-ce qu'on a recours, nous parents,
aux violences éducatives ordinaires ?
La principale des raisons, c'est qu'on ne sait plus gérer son enfant.
Elles arrivent principalement entre zéro et cinq ans.
Enfin, plutôt entre deux et cinq, six ans,
si je dois vraiment cadrer un petit peu le truc.
Pourquoi ? Parce que ce sont des moments où les enfants
ne savent pas réguler leurs émotions.
C'est-à-dire qu'ils vont se laisser déborder.
On parle de tempête émotionnelle et c'est vraiment ça.
C'est que le gamin vrille.
Voilà, on rigole tous parce que c'est le sac à patate.
Ce sont des reportages que nous avons tous vécus.
On les aime, on les aime.
Alors il y a vraiment deux choses.
Il y a, on ne sait plus gérer l'enfant en crise,
c'est-à-dire la crise au milieu du supermarché,
la crise sur le passage piéton.
Et on ne peut pas émotionnellement, nous, gérer ce qui est en train de se passer.
C'est-à-dire que ça provoque en nous, parents,
quelque chose qui nous submerge.
On ne sait pas pourquoi, mais cette attitude-là de l'enfant,
on ne peut pas.
Ça nous fait vriller.
Donc on a des adultes qui vont utiliser les violences
pour faire obéir, pour dresser l'enfant.
On va lui crier dessus pour qu'il fasse exactement ce qu'on attend de lui.
Et puis il y a ces adultes qui, tout d'un coup,
sont submergés par leurs émotions.
Il y a une gifle qui part, il y a une fessée qui part,
il y a un mot méchant qui part.
On voudrait en fait un enfant calme,
qui se couche à l'heure fixe, qui est très sympa, etc.
Et puis il y a une deuxième raison,
c'est que les parents reproduisent ce qu'ils ont subi, bien évidemment.
Si vous avez été élevé à la gifle,
eh bien c'est ce qui va vous sembler normal.
Et en fait, il ne faut pas vraiment s'en vouloir
parce que c'est quelque chose qu'on a automatisé.
C'est quelque chose qu'on a ancré.
On parlait tout à l'heure de la peur de l'araignée.
C'est presque quelque chose de mécanique.
Si dans notre tête, dès qu'on répondait à notre parent,
il nous disait « dis donc, tu te fous de moi, manque d'autorité »,
clac, ça partait.
Eh bien vous, votre enfant vous répond,
eh bien c'est quelque chose, il vous manque de respect
et vous lui criez dessus.
Donc en fait, c'est vraiment quelque chose qui devient presque atavique.
Alors les conséquences des violences éducatives ordinaires,
on les connaît grâce aux neurosciences.
Ça a été étudié et on le sait.
Évidemment, la première des choses,
l'enfant ne va pas se révolter contre ses parents.
En fait, il va subir, il va se dire
« quel est le bien, quel est le mal ? »
parce que finalement, mon père ou ma mère me fait mal
par les mots ou par les gestes pour mon bien
puisqu'il est en train de m'éduquer.
Donc il y a une espèce de mauvaise distinction
entre le bien et le mal et c'est des enfants
qui vont relancer, reproduire cette violence
sur les frères et sœurs, à l'école, etc.
puisque ça va être un mode de fonctionnement
dont ils vont s'accaparer.
Et puis évidemment, plus tard, ça va être des adultes
qui vont fonctionner sur les mêmes schémas.
Alors on peut lister aussi les impacts
sur le développement cérébral.
Il y a les conduites à risque chez les adolescents,
les troubles alimentaires, etc.
Sur la santé physique également.
Je vous renvoie pour ça au site stopvo.org
qui est extraordinaire,
qui vraiment liste toutes les conséquences
que peuvent avoir les VO sur les enfants
que je vous invite à regarder.
Il y a des vidéos aussi assez chocs
de leur campagne de pub de sensibilisation.
Alors moi, je voulais m'interroger rapidement aussi
sur comment éviter ces violences éducatives
au quotidien déjà sans rendre compte.
Je trouve que c'est la première étape
de savoir et essayer de couper ce schéma-là.
Alors je pense que, en tout cas,
la majorité des violences éducatives,
elles viennent aussi de notre propre histoire
et il faut s'interroger.
Pourquoi ça, ça me bouleverse ?
Pourquoi je ne supporte pas
que mon enfant fasse une colère ?
Qu'est-ce que ça vient révéler chez moi ?
Et ça, c'est la première des interrogations.
Pourquoi j'arrive pas à gérer ça ?
Il y a quelque chose qui se passe
et peut-être la façon dont mes parents réagissent
et peut-être que je ne peux pas le supporter aujourd'hui.
Et donc, au lieu de virer l'enfant dans sa chambre,
au lieu de le punir,
moi, je m'extrais, moi, je m'exfiltre
et là, je prends un temps de pause
et je me dis, voilà,
de quoi mon enfant a besoin ?
Parce qu'on va pas se mentir,
plus un enfant va être relou,
plus il va avoir besoin de nous.
Quel est son besoin à ce moment-là
et comment je peux répondre à ce besoin
sans lui hurler dessus,
sans que mes mots dépassent
exactement ce que je pense ?
En fait, ce qui est vraiment compliqué,
c'est de s'arrêter.
Et dans ces moments-là,
il faut se dire qui est l'adulte.
Est-ce que c'est ce gamin de 4 ans
qui est incapable de réguler ses émotions
ou est-ce que c'est moi l'adulte ?
Et je pense que de s'exfiltrer,
de faire un pas de côté à ce moment-là,
c'est éviter d'avoir des mots qui vont blesser,
d'avoir des gestes qui vont blesser
et puis ça permet vraiment de se recentrer.
Dernière ressource que je voulais partager avec vous,
c'est chez Optoys.
Optoys, c'est un site
où il y a énormément de produits
pour les enfants atypiques
et les enfants classiques.
Et ils font sur leur blog
beaucoup de ressources
qui sont téléchargeables gratuitement.
Et j'ai trouvé cette affiche géniale
qu'on peut afficher.
En fait, ce sont toutes les alternatives
aux violences éducatives ordinaires.
C'est-à-dire que plutôt de réagir de cette façon,
comment je peux réagir
pour couper court un petit peu
à cet accès de violence qui m'arrive ?
Merci beaucoup Marie.
Je vous en prie.
C'est vrai que cette chronique
nous permet de nous interroger nous-mêmes.
Par exemple, sur les « t'es méchant ».
Mais en fait, tout à coup,
c'est on colle une étiquette
et en fait, c'est très extrême
de dire « tu es méchant ».
C'est dans le vocabulaire.
Donc voilà, peut-être dire
« là, cette situation-là,
on ne peut pas faire ça »
ou j'en sais rien, tourner.
C'est pas toi qui as été méchant.
Au contraire, ça me surprend de toi
puisque ce que tu as fait
n'était pas très sympa
alors que toi,
t'es quand même plutôt sympa.
Le problème, c'est qu'il faut l'intégrer
pour le faire.
Quel bazar l'éducation !