Chloé Génovési est autrice spécialiste de la parentalité. Son dernier livre « Moi j’aurais pas fait comme ça… », publié aux édition Mango Society, traite des fameux conseils non sollicités que la famille ou les amis donnent quand on devient parents et qui, bien souvent, exaspèrent les jeunes parents mais dont on a tous du mal à échapper.
Présentée par Agathe Lecaron, La Maison des Maternelles est le rendez-vous quotidien consacré à la parentalité et petite enfance. Dans ce magazine, l’animatrice et les spécialistes qui l’entourent ont pour ambition de répondre aux interrogations des jeunes parents, proposant ainsi une émission de service. En toute liberté, de façon positive et décomplexée !
Ce n'est pas ce que vous attendiez, comme le téléphone.
avec les mains pleines, des gâteaux.
- H.Loussaief: Elle nous a ramené des gâteaux à la cannelle
des Pays-Bas.
C'est un super geste.
Mais on ne l'a pas invitée pour ça.
On la reçoit pour parler des injonctions.
Bonjour.
- A.Lecaron: Comment on dit?
Elle parle en néerlandais.
- C.Genovesi Fluitman: Je ne vais pas partir tout de suite,
quand même!
- H.Loussaief: Je n'avais pas la traduction...
- A.Lecaron: Ca ne vous fait rien que je parle néerlandais?
- H.Loussaief: Ca vient d'où?
- A.Lecaron: Je parle toutes les langues, chéri.
- H.Loussaief: Chaque jour son lot de surprises.
C.Genovesi Fluitman, vous êtes autrice, chroniqueuse.
Votre domaine de prédilection, c'est la parentalité.
Vous êtes maman de 2 enfants.
Vous venez nous présenter ce livre, "Moi, j'aurais pas fait
comme ça..."
C'est un mélange de BD et d'informations
qu'on peut retrouver sur les injonctions.
Quelles sont les principales injonctions
que vous avez entendues
et sur lesquelles vous avez travaillé?
- C.Genovesi Fluitman: J'ai entendu des injonctions,
comme tous les parents.
Quand j'ai accouché, on m'a dit: "Faites moins de bruit,
vous allez faire peur au bébé."
Quand on a interrogé des parents pour savoir
quelles étaient les phrases qu'ils avaient entendues,
ils ont tous des petites phrases comme ça.
Ils dénoncent aussi un climat.
C'est pour ça qu'on a fait ce livre avec ma coautrice,
qui a réalisé les BD et les illustrations.
On voulait comprendre le phénomène plus largement.
Ces injonctions symbolisent le mal-être et le clivage
entre les parents et leur entourage.
Ca s'incarne avec ces petites phrases:
"Couvre-le..."
On a entendu des choses horribles du style: "Vous ne l'avez pas
assez couvert.
Vous voulez qu'il meure?"
- H.Loussaief: Vous parlez des parents.
Il y a peut-être aussi un problème générationnel.
Est-ce que vous vous êtes rendu compte
que la société, volontairement ou non, transmettait
ces injonctions?
- C.Genovesi Fluitman: Des injonctions en fonction
de qui s'adresse aux parents, ça vient de partout.
Le dénominateur commun, c'est qu'elles sont
toutes empreintes de biais sociétaux.
La société va influencer consciemment ou inconsciemment
tout ce qu'on pense.
Ca va refléter l'idée de la société...
On retrouve les critiques qu'on va faire aux femmes...
Ca cristallise tout ce qu'il y a...
- A.Lecaron: Cette période, c'est le terreau des injonctions
et des inégalités.
- H.Loussaief: J'ai appris un truc dans le livre.
Les 1res injonctions faites aux femmes et aux parents
de manière générale datent de Napoléon III.
- C.Genovesi Fluitman: Ce n'est pas tout à fait ça.
Je suis persuadée qu'au XVIIe siècle
et au XVIIIe siècle, ils étaient forts
pour faire des injonctions, mais la façon...
Quand nos ancêtres ont perdu la guerre contre la Prusse,
la natalité baissait depuis un moment.
Ils se sont dit qu'il y aurait probablement une prochaine guerre,
qu'il allait falloir trouver un moyen
pour que les femmes fassent plus d'enfants.
C'est de là qu'est né le contrôle du corps des femmes
et le contrôle strict des grossesses.
- H.Loussaief: Ca doit vous hérisser les poils d'entendre ça.
- C.Genovesi Fluitman: Le réarmement démographique
date de Napoléon III.
- H.Loussaief: Pourquoi on n'arrive pas à écouter les injonctions?
Pourquoi ça nous rebute?
Pourquoi il y a un problème avec les injonctions, surtout
quand ça vient de nos parents?
- C.Genovesi Fluitman: En tant que parents, on veut montrer...
On a envie de montrer qu'on sait bien faire, qu'on est devenus
des adultes, qu'on va bien gérer nos enfants.
On va prendre les réflexions de nos parents,
parfois maladroites, comme des critiques de notre façon
de faire alors que le parent essaie de dire
quelque chose d'autre.
"Ce n'est pas parce que je suis né 30 ans avant toi
que je ne sais pas."
En général, ce sont des dialogues de sourds.
On va entendre "tu ne sais pas bien faire"
alors que l'autre veut dire "je veux t'aider".
- A.Lecaron: "Laisse pleurer le bébé."
A chaque période ses modes aussi.
C'est ça qui est fou dans la parentalité.
La mode de nos parents n'est pas la même que pour nous.
- H.Loussaief: Est-ce que les injonctions
sont tout le temps subjectives?
Elles peuvent être objectives?
- C.Genovesi Fluitman: Oui.
"Injonctions", ça ne peut pas faire du bien,
mais des commentaires positifs, il peut y en avoir.
Tout le monde ne va pas prendre mal les commentaires.
Si on a une bonne relation avec ses parents ou que ça arrive
une fois de temps en temps, les gens ne vont pas mal le prendre
alors qu'il peut y avoir une sortie très maladroite.
Si la relation n'est pas bonne, ça va être
beaucoup moins bien pris.
- H.Loussaief: Est-ce qu'il y a une bonne manière
de répondre aux injonctions?
- C.Genovesi Fluitman: Ca dépend qui fait le commentaire.
Si quelqu'un dans la rue se permet de dire quelque chose,
j'encourage les gens à ne pas répondre
ou à faire une vanne, quelque chose comme ça.
Ca n'a pas d'importance.
Quand quelqu'un qui ne vous connaît pas
vous fait des réflexions sur votre bébé, ce n'est pas à vous
qu'il parle.
- H.Loussaief: Il s'adresse à qui, alors?
- C.Genovesi Fluitman: A lui-même, d'une certaine manière.
- A.Lecaron: C'est de l'ego.
Il se valorise.
- C.Genovesi Fluitman: Je ne sais pas.
Je ne suis pas psychologue.
"Ma fille mettait des chaussettes.
Un jour, mon fils n'avait pas de chapeau
et il a chopé une grippe..."
On projette.
Quand c'est quelqu'un qu'on ne connaît pas...
- H.Loussaief: Une petite vanne.
- C.Genovesi Fluitman: Vous pouvez même vous entraîner
sur ces gens-là.
Quand ce sont des gens qu'on aime bien, on peut expliquer
ce qu'on a ressenti.
On a pas mal parlé du choc générationnel.
On peut partir du principe que nos parents ne connaissent rien
mais essayer de les impliquer d'une autre manière.
- H.Loussaief: "Moi, j'aurais pas fait comme ça..."
Si j'ai une injonction à faire, c'est d'acheter ce livre.
- C.Genovesi Fluitman: Ca explique toutes les injonctions
dans tous les domaines.
Dans le domaine professionnel, le couple...
Vous parliez de mode, mais en général, il y a
des phénomènes sociétaux.
Les femmes ont plus le droit d'être auprès de leurs enfants.
- H.Loussaief: Achetez-le.
A.Lecaron parle en néerlandais.
Vous avez encore des restes?