Comment gouverner sans majorité claire pour un bloc politique ? C'est la question qui se pose en France depuis les élections législatives anticipées. La réponse est peut-être à chercher chez deux de nos voisins européens : la Belgique et l'Allemagne. Dans un paysage politique très morcelé, la conciliation belge est à l'oeuvre depuis plusieurs mois pour former un exécutif composé de cinq partis. En Allemagne, les coalitions se succèdent depuis 1949 pour faire avancer le pays malgré les divergences entre les partis appelés à gouverner. Culture du compromis, négociations serrées, contrats de coalitions.... LCP Le Mag vous plonge dans les coulisses du Parlement Belge et du Bundestag, où des partis parfois différents tentent de travailler ensemble. Voyage aux pays des coalitions !
Chaque mois, LCP le Mag vous plonge dans l´application des lois, les grands dossiers d´actualité qui font débat à l´Assemblée nationale ou les coulisses des campagnes électorales.
Au siège du journal Le Soir, le plus grand quotidien francophone de Belgique,
Bernard Demonti est le chef du service politique.
Depuis trois mois, le pays n'a pas de gouvernement fédéral
et les tractations pour construire une majorité sont en cours.
Pourtant, au moment de la conférence de rédaction,
quand vient le tour de la rubrique politique...
Rien sur les négociations fédérales, rien ne change en fait,
On est loin de la fébrilité des médias et de l'impatience des Français de cet été
avec pour toile de fond comment gouverner son majorité claire.
Et pour cause, ici, mettre du temps pour nommer un gouvernement,
c'est une pratique ordinaire.
Surtout qu'il y a deux mois d'été.
Et donc vous voyez, on s'intéresse même davantage dans ce journal du week-end
au gouvernement français qui vient d'être annoncé
qu'au gouvernement belge qui nous intéresse moins pour l'instant
parce qu'il est en cours de négociations qui ne se passent pas grand chose
et donc on centre notre attention sur la France.
La Belgique et l'Allemagne, comme presque la totalité des états européens,
sont aujourd'hui gouvernés par des coalitions
car les élections des députés ont lieu au scrutin proportionnel à un tour.
Des pays où le paysage politique est très morcelé,
où il faut s'entendre à plusieurs parties sur un programme.
Je dis toujours cette expression, on fait son lit avec les draps qu'on a.
Donc c'est ça le jeu d'une coalition,
tout le monde met quelque chose dans un grand pot et ça commence à bouillir.
Avec des parties qui ont des perceptions complètement différentes de la mienne,
bien sûr c'est difficile mais après, on est là pour quoi ?
On veut gouverner, on veut changer quelque chose.
Alors, comment fonctionnent ces coalitions ?
Quels sont les enseignements que nous français pouvons tirer de ces modèles ?
Quel regard portent les habitués des coalitions sur la situation en France ?
Voyage en Belgique et en Allemagne,
pays où on applique la culture du compromis et des négociations serrées.
En Belgique, cela fait plus de trois mois qu'on est en train de chercher à composer un gouvernement.
Depuis le 9 juin dernier, la chambre des représentants,
l'équivalent de notre Assemblée nationale, a été renouvelée.
Et Georges-Louis Boucher est plutôt content des résultats.
A la tête du Parti libéral et conservateur, arrivé en deuxième position,
il prend part aux tractations pour former le gouvernement.
Et il se veut rassurant.
On continue à avancer, bien évidemment il y aura quelques questions encore à résoudre dans les prochaines semaines.
J'ai bon espoir que nous ayons un gouvernement assez rapidement.
Mais ici, tout est compliqué et on va le retrouver à l'Assemblée.
Le pays, 21 fois plus petit que la France, est composé de Wallons et de Flamands.
Une frontière communautaire traduite politiquement.
Chacun vote de son côté et pour des partis différents.
Ainsi, sept partis francophones et six partis néerlandophones sont représentés au Parlement.
Et voici le nombre de sièges que chaque parti a obtenu aux législatives.
Pas difficile de comprendre que pour avoir la majorité, il faut s'allier.
La coalition en cours de formation rassemble cinq partis, ici en jaune,
allant des conservateurs flamands, aux libéraux francophones, jusqu'aux socialistes flamands.
Autant dire qu'il faut savoir s'entendre.
Et avant de s'allier en Belgique, on se met d'accord sur le programme, les idées.
Au siège du Parti libéral, Georges-Louis Boucher accepte de nous confier le dessous des cartes de ses pourparlers.
Voici des images exclusives des négociations actuelles qui n'ont jamais été diffusées.
Dans ces réunions, on retrouve les représentants des cinq partis qui veulent former la coalition.
Celui qui mène la danse, c'est lui, Barts de Wever.
C'est le leader du Parti conservateur et nationaliste flamand, le N-VA, arrivé en tête aux élections.
Mais il a aussi un rôle officiel, celui de formateur.
Un rôle qui ne lui a pas été donné par n'importe qui.
Alors, ça, c'est ce que vous n'avez pas fait en France.
C'est-à-dire que nous, en fait, ce qui se passe, c'est qu'au lendemain du scrutin,
le roi désigne un formateur qui, vraisemblablement, est le prochain Premier ministre.
Et ensuite, les différents partis politiques composent des équipes.
Des équipes qui travaillent sur le programme.
En bon libéral et admirateur de Nicolas Sarkozy,
Georges-Louis Boucher veut faire accepter coûte que coûte certaines mesures par ses partenaires.
Faire une réforme en termes de marché du travail,
durcir les règles en matière de droit pénal.
Alors, il y en a d'autres qui disent,
OK, baisser les impôts, ce n'est pas notre tasse de thé,
parce que nous, on veut plutôt renforcer la sécurité sociale.
Qu'est-ce qu'on fait ?
À un moment donné, sur un aspect de sécurité sociale, on peut concéder quelque chose.
Et en contrepartie, ils acceptent une baisse d'impôts,
mais qui est peut-être moins importante ou plus ciblée.
À la fin de la négociation, on laisse les 2-3 éléments de grande divergence,
parce que chacun, normalement, a déjà engrangé dans sa besace une série de choses.
Et donc, là, c'est un choix de se dire,
est-ce que ce que j'ai engrangé est suffisant pour accepter ce niveau-là de compromis ?
Ça, c'est tout le temps...
Oui, ça demande... Il y a un peu de poker là-dedans.
Les discussions sont bien parties pour aboutir prochainement
et former un gouvernement.
Et à cette étape, la politologue Émilie Von Roth
nous décrypte un système beaucoup plus transparent qu'en France.
Une fois que les partenaires ont discuté de programme,
ils vont désigner au sein du gouvernement les différents portefeuilles
et les personnes qui vont occuper ces portefeuilles.
Et là, les partis vont recevoir un nombre de points proportionnel à leur score électoral.
Premier ministre, valent 3 points.
Ministre, 2 points.
Secrétaire d'État, 1 point.
Et puis, les partis font leur choix sur cette base-là.
Et puis, ils choisissent aussi la nature du portefeuille
qu'ils vont occuper en fonction, évidemment,
de leur programme et priorité idéologique.
Émilie Von Roth estime que la façon dont le gouvernement a été nommé en France
est très loin de ce qu'on connaît en Belgique.
Gouverner en coalition, c'est un exercice bien connu
chez un autre de nos voisins, l'Allemagne.
A Berlin, depuis 2021, 3 partis se sont associés pour gouverner.
Leur alliance a un surnom.
Le feu tricolore.
On y trouve des socialistes du SPD,
les libéraux du FDP et les verts écologistes.
Au Bundestag, le Parlement allemand,
nous avons donné rendez-vous à 3 députés issus de ces 3 partis.
Ils vont nous présenter le document qui fonde leur union.
Presque leur contrat de mariage.
Voici le contrat de gouvernement signé en 2021,
après les élections fédérales.
C'est ce qu'on appelle la bible de la coalition
parce que tout le monde s'y réfère et peut s'y retrouver.
Donc ça donne un peu de l'assurance aux acteurs politiques
pour bien savoir ce qu'on peut faire et ce qu'on ne peut pas faire
au cours de la législature.
En fait, ce sont les lignes rouges, je dirais, pour chaque parti.
Ça reste un point de référence pour les idées clés de cette coalition.
Vous le lisez tous les jours, toutes les semaines, à peu près ?
On le connaît par cœur !
Le fameux document fait 177 pages.
Il détaille les mesures que la coalition entend mettre en oeuvre.
Sa rédaction a pris 59 jours.
Des réunions dans des lieux parfois tenus secrets,
des centaines de collaborateurs mobilisés,
une vingtaine de groupes de travail
pour aboutir à une signature arrachée de Haute Lutz.
Il y avait des groupes dans les partis
qui ont écrit tout ce qui était négocié le jour.
Et après, dans la nuit, je dirais presque,
on a remis ça en papier, en dossier,
pour rediscuter le lendemain.
Le but, c'était de voir la base commune, en fait.
Une base commune où chaque parti a placé des mesures.
Augmentation du SMIC pour les socialistes,
sortie du charbon dès 2030 pour les verts,
limitation de l'endettement pour les libéraux.
Mais le document contient aussi des zones grises.
Quand aucun accord n'est trouvé sur un sujet,
il est tout simplement éludé.
Par exemple, la question des hausses d'impôts.
Ce n'était pas jouable avec les libéraux
qui défrontaient la stabilité fiscale.
Nous, vert et SPT, on aurait préféré
augmenter les impôts pour les hauts revenus.
On n'a pas abordé la question dans ce document.
Signer ce contrat pour les députés de la coalition
suppose d'entrer en responsabilité
et d'accepter des compromis.
Dans la logique allemande, mieux vaut même
participer aux décisions que siéger dans l'opposition.
Là, je dois essayer de convaincre
mes partenaires dans la coalition.
Parfois, c'est très difficile de les convaincre,
mais c'est possible.
Et quand je suis dans l'opposition,
c'est plus ou moins impossible de convaincre
quelqu'un de prendre ma position.
On est là pour quoi ? On veut gouverner,
on veut changer quelque chose,
et nous sommes très professionnels, normalement.
Et comme ça, on va trouver des solutions.
Une fois le contrat de gouvernement signé,
les députés de la coalition ont une boussole
qui guidera leur travail législatif.
Mais les discussions entre partenaires
sont loin de s'arrêter là.
La coalition, c'est un travail de fournis,
permanent.
De nouveaux sujets apparaissent chaque jour
et des décisions communes doivent être prises
sur les moindres détails.
Ce jour-là, le socialiste Niels Schmitt,
qui siège à la Commission des affaires étrangères,
doit discuter avec ses homologues du Parti libéral
et des Verts d'une conférence à organiser
sur le colonialisme.
Il faut se mettre d'accord sur le titre
à donner à la conférence.
Et même si cela peut paraître anecdotique,
ce n'est pas rien.
Le passé colonial a plus de 100 ans en Allemagne.
C'est vieux, il y a bien sûr des répercussions,
mais comparé à d'autres pays,
on avait quand même des colonies très petites.
Pour moi, ce n'est pas le sujet.
On ne doit pas parler du cas particulier
de tel ou tel pays, mais bien du colonialisme
en tant que structure globale
qui a des répercussions du passé jusqu'à nos jours.
Oui, pour moi, il est important d'arriver
sur la politique étrangère actuelle de l'Allemagne.
Sincèrement, ce titre à la fin,
ça m'est un peu égal.
Ce n'est pas ça qui va détruire notre coalition.
Bon, on répète,
les répercussions du colonialisme
et du passé colonial allemand sur les relations internationales
et la politique étrangère allemande actuelle.
D'accord.
Ce qu'on vient de faire là tous les 3
a lieu tous les jours sur tous les sujets.
Surtout quand on construit des projets de loi.
On travaille pendant des heures
pour trouver la bonne formulation.
C'est le quotidien dans une coalition.
En fait, c'est comme si on était à la maison.
Ma sœur veut regarder la 1re chaîne,
mais mes parents la 3e et moi, je veux voir la 2e.
Tout le monde va discuter
et on va trouver un compromis.
Le compromis, ça peut être de regarder la 5e
ou alors de regarder une demi-heure la 1re,
une demi-heure la 2e et une demi-heure la 3e.
Les discussions peuvent prendre du temps.
Le record, c'est 16 mois.
Parfois, un partenaire peut bloquer une requête
et ça peut faire monter la pression.
Il faut compter entre 4 semaines et 16 mois
pour s'accorder sur un texte.
La moyenne, c'est 3 mois.
Mais le travail d'une coalition ne se limite pas
à une addition de petits compromis.
Il faut partager une ligne directrice.
Celle de la coalition tricolore,
c'est la modernisation de l'Allemagne après les années Merkel.
Exemple sur le logement.
Les 3 parties en conviennent, l'Allemagne en manque cruellement.
Sandra Wieser, la députée libérale,
voudrait un plan ambitieux de construction de logements neufs.
Mais encore faut-il convaincre les 2 autres parties.
Bonjour Kassem, j'ai fait du café, tout est prêt.
Kassem Taher Saleh est un député vert.
Les 2 élus ont des divergences de fond sur le sujet.
Il va falloir les surmonter.
Il y a une légère amélioration sur le coût des matériaux de construction
qui redevient plus acceptable, je suis confiante.
Mais la question, c'est qu'est-ce que nous pouvons mettre en place
dans les prochains mois, d'ici la fin de la mandature ?
Oui, c'est vrai, il faut plus de logements.
Mais nous, on préfère améliorer l'existant
alors que vous, les libéraux, vous battez pour construire du neuf.
Ah mais non, pas que le neuf.
Mais ce qui compte aussi en définitive pour nous,
c'est l'accès à la propriété.
Oui, alors que nous, on est plus sur la question des locations.
Ca donne parfois des frictions avec vous,
notamment quand on met sur la table l'encadrement des loyers.
Mais le plus important, Sandra, et je pense qu'on est un bon exemple,
c'est de toujours se parler et s'écouter,
même si on n'a pas les mêmes positions.
Ca, c'est sûr, sinon, on serait dans le même parti.
Favoriser l'accès à la propriété sans oublier les locataires,
construire du neuf tout en rénovant l'ancien,
le chemin sera long.
Mais ces discussions préalables sont indispensables
pour que les textes soient ensuite votés,
sans encombre par l'Assemblée de la coalition.
Quand il y a une loi qui va se mettre en route,
on est tout le temps dans des rondes de coalition
en train de discuter qu'est-ce qu'il faut, qu'est-ce qu'il faut pas,
où sont les lignes rouges, qu'est-ce qu'on peut faire.
En fait, c'est une communication éternelle.
Et c'est long, des fois,
mais je pense que c'est très, très important,
et surtout quand vous avez trois partenaires.
Un subtil équilibre,
qui dépend aussi du chef d'équipe,
le chancelier en Allemagne et le Premier ministre en Belgique.
À Bruxelles,
un homme est le symbole d'un gouvernement de compromis,
un homme que nous allons retrouver au sein du Parlement européen,
où il est désormais élu.
Et là aussi, on est au royaume des coalitions.
Ici, il faut faire beaucoup de compromis.
Elio Dirupo a été Premier ministre
d'un gouvernement formé après un an et demi d'atermoiement.
Un homme hostile apprécié,
avant même d'accéder au pouvoir,
il s'excuse auprès des Belges pour la crise interminable.
Avec humilité, nous voulons leur dire merci pour leur patience.
Contre toute attente,
il a tenu la barre durant trois ans
dans un gouvernement composé de six parties,
avec une méthode toute simple.
La condition fondamentale, c'est qu'il faut une relation humaine
entre les leaders de parties
et une confiance entre les leaders de parties.
S'il n'y a pas ce flux humain
et cette confiance,
ça ne peut pas marcher.
Parce qu'alors, c'est l'affrontement
jusqu'à des ruptures.
Mais un autre élément explique aussi
pourquoi un gouvernement de coalition arrive à être stable en Belgique.
Retour à la chambre avec Georges-Louis Boucher,
le leader du Parti libéral et conservateur,
qui négocie le soutien du parti au futur gouvernement.
Après chaque réunion de négociation,
il en réfère à ses 19 parlementaires,
comme Daniel Baclen,
qui, comme les autres, s'engage à respecter une discipline de vote
quand le gouvernement sera formé.
Quand on aura terminé la négociation,
chaque parti qui a participé à cette négociation
devra approuver le programme de gouvernement.
Une fois que le programme de gouvernement a été approuvé par le parti,
ça engage tous les députés du parti.
Une majorité indispensable à obtenir en Belgique,
car le gouvernement ne dispose pas de 49-3,
ce qui exclut tout passage en force.
Si le système des coalitions semble ici bien rodé,
parfois la machine se grippe.
Après trois ans d'exercice du pouvoir,
en Allemagne, la coalition Feu-Tricolore est à la peine.
Selon une enquête de la chaîne de télévision ARD,
seuls 16% des Allemands s'en disent satisfaits.
Traditionnellement, les coalitions allemandes
sont composées de deux parties.
L'actuelle est la première qui en compte trois
et pour beaucoup d'Allemands, c'est trop.
C'est vrai qu'il aurait sans doute été mieux
de n'avoir que deux parties dans la coalition.
Aujourd'hui, on a une situation plus compliquée avec des blocages.
Plus il y a de partis dans une coalition, plus c'est difficile.
Le moins de partenaires, le mieux c'est.
C'est grave ce qu'il se passe.
Ils n'aboutissent à aucune mesure.
Ils sont beaucoup trop nombreux à mener des discussions
et chacun pense avoir la bonne solution.
Moi, j'aime la diversité, mais là, il y en a trop.
Cette impopularité, les trois parties de la coalition
l'ont payée cash lors des dernières élections régionales
avec des résultats très décevants,
notamment pour les Verts.
Les compromis permanents, les difficultés à obtenir
des mesures fortes sur le climat
commencent à provoquer la lassitude de la base militante.
A Berlin, ces adhérents ne cachent pas leur frustration
devant cette coalition à trois.
On est arrivés dans cette coalition avec de grandes ambitions.
Mais finalement, on n'avance que par tout petit pas.
Et c'est dur d'expliquer aux militants
l'écart qui existe entre les intentions
et les résultats concrets.
Plus il y a de partis, plus ça prend du temps.
Et il faut presque le temps d'une législature
pour que la population voie les résultats concrets de notre action.
Même un aveugle peut voir que les trois parties de la coalition
sont très différentes.
Avec les crises qu'il y a eu en plus à gérer
après la formation du gouvernement,
c'est devenu encore plus compliqué.
Déjà qu'au départ, c'était pas gagné.
Les Verts allemands sont entrés dans une période de crise.
La direction du parti
a même démissionné fin septembre.
Pas facile de mener une coalition à trois.
Mais l'effritement des grands partis traditionnels
laisse penser que cette situation va perdurer.
Demain, 4 ou 5 parties seront peut-être nécessaires
pour former une majorité.
Pour Hans-Peter Flick, politologue,
c'est le défi qui attend les futures coalitions.
En Allemagne, on se dirige vers une situation
de plus en plus complexe,
où des coalitions multiparties ou multifractions parlementaires
vont devenir la règle.
Il faut avoir un consensus sur les fondements
de notre démocratie parlementaire.
Et du moment où, aussi bien par une extrême droite
ou par une extrême gauche,
ces fondements sont mis en question,
il doit être clair que dans un très large centre républicain,
si on peut dire,
on peut appliquer la nation en Allemagne,
on peut arriver, on peut faire société.
Il faut garder la conviction
que c'est le meilleur des systèmes gouvernementaux
parmi tous ceux qui sont sans doute pires.
Tous les partis considérés comme républicains
auraient donc vocation à s'allier
pour éviter que les extrêmes ne soient au pouvoir.
Sauf que certains partis,
dits de gouvernement,
refusent parfois de participer à la coalition
pour ne pas laisser le statut d'opposition
aux seuls extrêmes.
Bonjour madame, vous allez bien ?
Je vous donne ma petite carte aussi.
On compte sur vous le 13.
Paul Magnette est le patron des socialistes francophones.
Nous on fait tout pour la jeunesse,
que vous puissiez faire des études,
que vous puissiez acheter une maison à Charleroi.
Ce jour-là, il est en campagne
pour les élections municipales à Charleroi.
Au législatif de juin, son parti a un peu reculé.
Avec ses 16 députés,
trois de moins seulement que les libéraux de Georges-Louis Boucher,
il aurait pu participer aux négociations de coalition,
mais il en a décidé autrement.
Bonne journée, au revoir.
On a fait l'évaluation au lendemain du scrutin
et on reconnaît que même si on n'a pas un énorme recul,
on est toujours à 22%, ce qui pour un parti socialiste européen
est pas mal du tout,
mais face à un bloc de droite largement majoritaire au Parlement.
Dans un contexte comme celui-là,
on sait qu'on peut au mieux être la cinquième roue du carrosse
et ne pas pouvoir peser sur l'action du gouvernement.
Dans ce cas-là, il vaut mieux être dans l'opposition.
Avant de faire de la politique,
Paul Magnette a été dans une autre vie politologue.
Il pose un regard sévère sur la façon
dont le gouvernement français s'est constitué.
Merci à vous, au revoir.
On a le paradoxe d'avoir un gouvernement
qui n'a pas de majorité à l'Assemblée nationale,
mais en plus qui est issu d'éperdants.
Donc ça, c'est forcément un scénario
qui contribue au désenchantement politique.
La jeunesse en particulier s'est beaucoup mobilisée
pour faire barrage à l'extrême droite.
La gauche est parvenue à convaincre beaucoup de jeunes
d'aller s'inscrire et d'aller voter.
Après, ils ont un gouvernement de droite soutenu par l'extrême droite.
S'ils ont voté là pour la 1re fois, le risque,
c'est qu'ils soient à long terme déçus, voire dégoûtés de la politique.
Paul Magnette n'est pas le seul
à s'étonner du processus utilisé en France
pour former un exécutif.
On a d'abord conclu un accord entre personnes
avant de parler du contenu.
Dans une logique de consensus,
c'est vraiment très interpellant
parce qu'on s'engage sans savoir.
C'est un peu un chèque en blanc,
ce qui est exactement l'inverse de ce qui est fait chez nous.
On ne signe pas n'importe quoi, on va d'abord négocier,
on va d'abord s'assurer qu'on est bien d'accord sur ce qu'on va faire ensemble.
Je pense que c'est un élément de fragilité.
On a été extrêmement interpellés de voir
que pour former un gouvernement en France,
on a dû pactiser quelque part avec l'extrême droite,
non pas pour la faire monter au gouvernement,
mais pour pouvoir nommer certains ministres
qui pouvaient être compatibles avec le Rassemblement national.
C'est quelque chose qu'on ne fait pas en Belgique.
On exclut l'extrême droite et on ne va surtout pas leur demander
si on peut former un gouvernement,
si on peut nommer tel ou tel ministre parce qu'il pourrait être compatible,
si on a la possibilité de fonctionner sans qu'il y ait de motion de censure.
C'est un cap qu'on n'a pas passé en Belgique.
Le système des coalitions n'est pas fondamentalement remis en cause,
ni en Allemagne ni en Belgique.
Depuis les années 60, tous les gouvernements de ces deux pays
sont issus de ces alliances.