La privation de sommeil est un supplice que tous les jeunes parents connaissent grosso modo jusqu’aux un an du bébé. Mais pour certains, cela prend plus de temps, beaucoup plus de temps… Julie est la maman de Lila 4 ans et demi et d’Ulysse 2 ans. Réussir à faire dormir Lila a été un véritable calvaire…À tel point que sa fille a fait démissionner tous les experts en sommeil.
Présentée par Agathe Lecaron, La Maison des Maternelles est le rendez-vous quotidien consacré à la parentalité et petite enfance. Dans ce magazine, l’animatrice et les spécialistes qui l’entourent ont pour ambition de répondre aux interrogations des jeunes parents, proposant ainsi une émission de service. En toute liberté, de façon positive et décomplexée !
C'est le cas de Julie, qui va nous raconter son histoire.
On en parle avec légèreté, mais ce n'est pas si marrant.
Bonjour. Merci d'être sur notre canapé.
Votre histoire est malheureusement assez fréquente.
Beaucoup de parents la vivent.
Quand même, ça va mieux.
Ca va donner un peu d'espoir chez tous les parents qui vivent
la même chose.
Vous êtes la maman de Lila, 4 ans et demi, et d'Ulysse, 2 ans.
Lila ne dormait pas du tout.
Ca a été un calvaire pour la faire dormir.
Elle a fait démissionner tous les experts du sommeil.
A quel moment ont commencé les problèmes de Lila?
- Julie: Dès le début.
Elle est née dans un contexte particulier.
J'ai décidé de donner naissance le 1er jour du confinement.
Ce n'était pas top.
- A.Lecaron: Un peu de stress?
- Julie: Le stress, le chaos...
J'ai pu accoucher avec mon conjoint, mais après,
j'étais toute seule la nuit pour m'occuper d'elle.
Elle se réveillait beaucoup.
J'ai eu une césarienne d'urgence.
L'accouchement ne s'est pas bien passé.
Elle est née avec de la fièvre.
Elle avait besoin de contact physique.
J'avais trop mal pour, la nuit, l'attraper.
J'avais bricolé un petit truc avec un coussin d'allaitement
pour la caler contre moi, comme MacGyver.
C'était le début...
- A.Lecaron: Même la 1re nuit, ça a été compliqué?
- Julie: Oui. Je pensais que c'était normal.
- A.Lecaron: Quand on dit compliqué...
Elle se réveillait combien de fois?
- Julie: Honnêtement, je ne sais pas.
J'ai l'impression que c'était surtout la nuit de Java.
J'ai allaité.
Je suis incapable de dire.
J'étais réveillée tout le temps.
- A.Lecaron: Vous ne dormiez jamais?
Ca a duré pendant 5 mois.
- Julie: C'était à la maternité.
Après, on est rentrés à la maison.
On a vu qu'elle était gênée.
On l'a vu assez vite.
Elle avait beaucoup le hoquet.
J'avais vu une vidéo sur les RGO.
- A.Lecaron: Le reflux gastro-oesophagien.
C'est une cause fréquente des problèmes de sommeil
pour les bébés.
Ca leur fait mal.
- Julie: Il y en a qui sont un peu subtils.
Il y a des RGO internes.
Ils font comme s'ils avaient un chewing-gum dans la bouche.
Il a fallu trouver un médecin qui sache voir que c'était un RGO
et qu'elle avait un torticolis.
Elle est née avec un torticolis.
C'était le confinement.
Il n'y avait pas de kinés.
On a fait des visio où on nous disait qu'il fallait
lui faire faire tel mouvement...
On a trouvé
des gens super
qui nous ont aidés à distance.
Mais pendant des mois, on mettait de 2 heures à 7 heures, une nuit,
pour l'endormir.
- A.Lecaron: 7 heures pour l'endormir?
- Julie: J'ai essayé de l'hypnotiser...
Ca n'a pas fonctionné.
- A.Lecaron: J'imagine que la fatigue commence
à se faire ressentir pour vous.
Ca commence à avoir des effets dans votre couple?
- Julie: Oui.
Ca a été compliqué.
On passe notre temps en copilotes, à se relayer, à essayer
de trouver des solutions, d'être dans ce stress,
de se demander ce qu'on peut faire...
On commence à mal se parler.
On n'a pas de soirées.
On met 3 heures à l'endormir chaque soir.
Quand c'est fini, on est fatigués, on est sur nos téléphones...
Chacun Netflix de notre côté, et il n'y a plus de couple.
- A.Lecaron: Vous êtes en mode survie.
Qu'avez-vous mis en place pour faire dormir Lila?
- Julie: Il a fallu explorer les causes médicales.
Les RGO, le torticolis, voir si elle faisait
de l'apnée du sommeil...
Elle n'en fait pas.
Ensuite, il a fallu se renseigner sur le sommeil.
Je n'y connaissais rien.
On avait plusieurs coachs.
On a même été suivis par une équipe de chercheurs en sommeil.
Elle faisait des consultations gratuites.
En échange, il fallait fournir des données.
- A.Lecaron: Lila a été leur petit cobaye?
- Julie: Oui. Justement, ils ont lâché l'affaire.
Elle était tout le temps malade.
Elle chopait tous les virus.
Pieds-mains-bouche, elle perdait les ongles...
Elle a été hospitalisée plusieurs fois
pour de l'asthme.
Ils ne pouvaient pas travailler sur le sommeil
parce qu'elle était tout le temps malade.
Grâce à ces experts, on s'est beaucoup renseignés.
Grâce à Instagram aussi.
Pas mal d'astuces sont disponibles.
On a compris qu'il y avait des fenêtres d'éveil,
un rythme à respecter...
- A.Lecaron: On est en train de parler d'un cas extrême.
Ca ne marche pas à tous les coups.
Si vous voyez que votre bébé commence à se frotter les yeux,
au moindre signe,
il faut le mettre au lit.
- Julie: Il y a la dette de sommeil.
Il faut faire une routine.
Il faut voir ce qui fonctionne avec elle...
Il y a des trucs qui fonctionnent avec des enfants
et pas avec d'autres.
Elle aimait beaucoup dire au revoir aux peluches avant de dormir.
Trop mignonne!
- A.Lecaron: Elle est quand même trop mignonne.
Vous avez déménagé.
- Julie: Oui, à Nantes.
- A.Lecaron: Ca a eu un effet positif ou négatif?
- Julie: Ca a été dur.
A Paris, on avait vraiment nos repères, nos amis,
le petit boulanger du coin.
Là, on ne connaissait personne.
C'était un gros pari.
- A.Lecaron: Elle avait un an et demi.
- Julie: Aucun relais.
On n'a jamais eu de relais.
Il y a eu le confinement et après, on était tout seuls.
On se retrouve tout seuls, avec mon conjoint,
à devoir gérer ça.
Ce n'était pas facile, cet isolement.
- A.Lecaron: Ca a été cauchemardesque.
Ca fait un an et demi
que Lila ne dort plus du tout, que vous mettez entre 3 et 7 heures
pour l'endormir, que vous êtes dans un état de fatigue
pas possible.
Comment avez-vous fait pour tenir?
Les réseaux étaient une échappatoire?
- Julie: A la base, j'avais créé un compte Instagram
sur la maternité car j'étais curieuse du post-partum
et je voulais le documenter.
C'est devenu mon journal intime.
La nuit, je faisais des story en disant qu'elle ne dormait
toujours pas...
Je voyais d'autres nanas qui me disaient: "Moi non plus,
je ne dors pas."
C'était rigolo.
- A.Lecaron: Ca fait du bien de se dire qu'on n'est pas seul.
- Julie: Enormément de bien.
Elles m'ont donné beaucoup d'idées.
"Est-ce que tu as essayé ça?"
Parfois, ça peut être étouffant d'avoir trop de conseils.
Moi, j'avais mis en place un système de filtre.
Je prenais toutes les infos et je prenais ce que je voulais.
C'était génial d'avoir cette solidarité, de sentir
qu'on n'était pas seuls et de rire.
Quand on est impuissant, on ne peut rien faire d'autre.
- A.Lecaron: Vous vous sentiez isolée quelque temps avant.
- Julie: C'était ma seule vie sociale.
Je m'occupais beaucoup des enfants, même en journée...
Elle était beaucoup malade.
- A.Lecaron: Il fallait un petit moment de légèreté.
Là, vous êtes une héroine.
Malgré le manque de sommeil, vous décidez de faire un 2e enfant.
Ulysse n'a pas eu les mêmes difficultés
que sa grande soeur, rassurez-moi?
- Julie: Ouais...
- A.Lecaron: Pas à ce point?
- Julie: Non, mais ça a été pas mal.
Quand j'ai dit que j'étais enceinte, les gens
se sont dit qu'on était zinzins.
"Qu'est-ce qu'ils font?"
Je me suis dit que ça ne pouvait pas être pire.
Ca a quand même été pas mal.
Le 1er mois, parfait, il dormait.
On le posait et il dormait.
Lila, on n'a pas pu la poser une seule fois les 1ers mois.
- A.Lecaron: Elle ne voulait jamais aller en dehors de vos bras?
- Julie: Non. Elle ne dormait que sur nous.
C'était compliqué.
Lui dormait. C'était parfait.
On s'est dit que c'était ça, la vraie vie avec un bébé qui dort.
Mais au bout d'un mois, tout est parti en cacahuètes.
Coliques, RGO...
On m'avait parlé des allergies aux protéines de lait de vache.
On a exploré la piste de l'intolérance.
On a fait une éviction.
On a vu qu'il était asthmatique.
On a mis en place un traitement.
Ca a amélioré les choses.
Mais il commence à faire ses nuits que depuis ses 18 mois.
- A.Lecaron: Quand même.
Vous en aviez deux qui ne dormaient pas.
- Julie: C'était horrible.
L'un réveillait l'autre...
Ca a été dur, quand Ulysse est né.
Autant, pour Lila, j'étais fraîche, donc j'avais un stock d'énergie,
autant pour Ulysse, je n'en avais pas.
- A.Lecaron: Après 2 ans sans sommeil...
Je ne sais pas comment vous avez tenu.
Qu'avez-vous trouvé comme solution pour Lila?
- Julie: On a vu différents spécialistes.
Ca nous a pas mal aidés.
En tant que parents, ça a aidé d'être suivis par des psys,
nous aussi.
On a fait pas mal d'haptonomie.
L'haptothérapeute nous a suivi en post-natal sur la posture,
se connecter...
Ca fait cucul, mais se connecter à l'amour
qu'on avait pour notre fille...
- A.Lecaron: C'est ça qui vous a fait tenir,
l'amour pour cette petite fille.
- Julie: Elle est tellement extraordinaire...
Se connecter à ça et à la joie de l'avoir...
- A.Lecaron: Quand elle a commencé à aller à l'école,
ça commençait à se voir.
On parle des parents qui sont crevés,
mais les enfants aussi.
Ils sont crevés, à force de ne pas dormir.
On vous l'a fait remarquer à l'école?
- Julie: On a une application où on voyait
des photos de la classe.
Il y avait beaucoup de photos où elle était par terre.
Elle était très fatiguée.
Elle avait un retard de langage.