Les jeunes passent aujourd’hui dix fois plus de temps devant un écran que devant un livre. Ce constat soulève un véritable enjeu éducatif et culturel : comment démocratiser la lecture à l’heure du numérique ?
Dans cette vidéo, nous faisons le point avec : 📚 Sylvie Vassallo, directrice du Salon du livre et de la presse jeunesse, 📖 Régine Hatchondo, présidente du Centre National du Livre, ✍️ Laetitia Veniat, éditrice et maître de conférences associée en littérature de jeunesse (Le Mans Université).
Ouvrez, ouvrez les livres aux enfants.
Comment redémocratiser la lecture ?
Bienvenue dans L'Etre et Savoir, le magazine de l'éducation de France Culture.
Produit avec la collaboration d'Avril Ventura, réalisé par Perré-Legras,
Marie-Claire Oumabadi en assure la prise de son.
Et donc dans cet épisode, nous allons réfléchir à la démocratisation de la lecture,
un enjeu éducatif et culturel.
Et nous allons d'ailleurs tenter de le redéfinir,
cet enjeu qui mobilise de nombreux acteurs et actrices du monde du livre,
maisons d'édition, bibliothèques, librairies.
Nous en parlerons à l'occasion du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse en Seine-Saint-Denis,
le grand événement de la littérature enfantine qui souffle ses 40 bougies en novembre 2024.
L'occasion aussi de nous demander, avec sa directrice Sylvie Vassalo,
bonsoir, de nous demander comment défendre la lecture
quand le temps consacré aux écrans est dix fois supérieur à celui passé dans les livres.
Nous passerons en revue d'autres données et chiffres sur les jeunes lecteurs.
Avec vous, Réchy Natchondo, bonsoir.
Vous êtes présidente du Centre National du Livre à l'origine de plein d'initiatives
pour promouvoir la lecture et pas qu'avec les jeunes.
Ensemble, nous évoquons aussi les nouvelles pistes pour lire.
Je le disais, nous sommes tous concernés à faire relire les enfants
qui lisent peut-être un petit peu moins, mais on en tient des chemins.
Vous les tracez, vous Laëtitia Veignates, bonsoir.
Vous êtes éditrice et pas seulement.
On va décrire votre puissant CV dans un instant.
Je reconnais que nous ne sommes pas avare d'anniversaire
par les temps qui courent dans les trésors.
Je voulais commencer avec un centenaire, figurez-vous,
le centenaire de la première bibliothèque jeunesse.
Car ouvrir la lecture aux enfants, à tous les enfants,
fut une grande conquête portée par des bibliothécaires dans les années 20 du XXe siècle.
On en a parlé avec Hélène Vallotto, conservatrice en chef et responsable
du pôle jeunesse et patrimoine de la magnifique médiathèque.
Il y a beaucoup de magnifiques médiathèques en France,
mais c'est vrai que la médiathèque Françoise Sagan est très belle à Paris,
où l'on célèbre les 100 ans de l'heure joyeuse.
Première bibliothèque pour enfants et on célèbre ces 100 ans
à travers une exposition qui se tient jusqu'au 23 mars 2025.
À quoi bon lire ? L'occasion de se poser plein de bonnes questions.
Si vous allez voir cette expo, vous rencontrerez sûrement Cécile Chagnon,
la très sympathique et pédagogue bibliothécaire qui m'a ouvert la visite de l'expo
et avec qui j'ai commencé ce reportage.
Déjà, la première chose qu'on voit, c'est la banque de prêts
avec laquelle l'heure joyeuse a ouvert il y a 100 ans.
Nous, on a toujours, au premier étage de la médiathèque,
les tables et les chaises du mobilier initial.
Avec les petits tiroirs et les petites fiches par ordre alphabétique.
On a aussi les petites fiches, c'était le classement par ordre alphabétique.
C'est quoi le coffre derrière ?
Le petit coffre, c'est un coffre qui a été envoyé juste après la Seconde Guerre mondiale.
Plein de petits livres que les enfants états-uniens ont envoyés aux enfants français.
Et la fiche-là derrière nous, elle a 100 ans ?
Oui, c'était celle qui a annoncé l'ouverture de l'heure joyeuse.
Alors, c'est la première bibliothèque pour enfants en France au sens strict.
C'est-à-dire qu'il y avait déjà des sections enfantines, un petit peu,
c'est-à-dire un coin ou une table dans un coin avec quelques collections pour enfants.
Mais il n'y avait pas de bibliothèque dédiée à l'enfance et il n'y avait pas de lieu pensé pour eux.
Néanmoins, ça existait déjà dans les pays anglo-saxons, aux Etats-Unis, en Angleterre.
C'est ce modèle-là que les comités américains,
donc le nôtre, c'est le Book Committee on Children's Libraries,
qui est présidé par Caroline Griffiths, dont on a un portrait à l'entrée de l'exposition,
qui propose à la France et à la Belgique, au sortir de la Première Guerre mondiale,
dès l'armistice signé quasiment, d'aider à créer une bibliothèque pour enfants.
Le contrat est assez clair.
Les Américains apportent le mobilier à taille d'enfant,
grosse révolution parce que nous, on n'avait pas eu l'idée de faire ça,
donc on n'avait pas de mobilier à taille d'enfant
et c'est quand même plus pratique pour intéresser les enfants d'avoir des choses à leur taille.
Ils assurent la formation des premières bibliothécaires puisque c'est un métier à inventer.
Ils assurent la première dotation en livres.
L'heure joyeuse de Paris ouvre avec 2000 livres.
Et la ville de Paris fournit un local et s'engage à prendre le relais
pour payer les bibliothécaires au bout d'un an de fonctionnement.
Les Américains payent un an de fonctionnement et après,
ça permet à la bibliothèque de devenir totalement municipale et d'être intégrée au réseau.
Et donc c'est ça qui assure finalement sa pérennité dans le temps.
C'est vraiment le modèle de la bibliothèque moderne, c'est parce qu'on a du libre accès.
Ce qui semble évident aujourd'hui, c'est que les enfants peuvent aller se servir tout seuls en rayon
et le fait aussi qu'il y a une classification américaine, la classification d'UA, qu'on utilise toujours,
qui permet de regrouper les collections documentaires par grands domaines du savoir
et d'apprendre aux enfants à utiliser ces classifications.
Il n'y a pas d'informatique évidemment, donc il y a les fameux fichiers.
Et comme ça peut sembler un peu rébarbatif et que le modèle américain c'est
« more homes than a school », donc plus comme à la maison qu'à l'école,
on veut s'éloigner du contexte un peu obligatoire de l'école
et du côté qui peut être rébarbatif.
Il faut que ce soit un lieu agréable, donc fleuri, lumineux, décoré avec des cadres mûrs.
Et les Françaises vont ajouter le modèle français.
On est en pleine pédagogie nouvelle dans l'entre-deux-guerres
et donc elles apportent le fait que les enfants participent au fonctionnement de la bibliothèque.
On est dans un lieu public plus qu'éducatif, c'est-à-dire que c'est un lieu de rencontre et de sociabilité enfantine.
Un lieu mixte dans tous les sens du terme, c'est-à-dire les filles et les garçons se rendent compte.
On vient sans papa-maman puisqu'on vient à partir de 5-6 ans quand on est capable de lire et de signer son nom.
Et les adultes, c'est seulement trois bibliothécaires dans la salle
et les enfants sont un peu en autogestion, mais ils ont leur petite vie à eux,
ils sont libres de se parler, de se rencontrer.
L'école n'est obligatoire que jusqu'à 12 ans au début de leur joyeuse
et donc il y a énormément d'enfants après 12 ans qui fréquentent la bibliothèque
mais qui sont déjà dans la vie active.
Donc ils viennent pendant leur pause entre deux services d'apprentis pâtissiers,
après avoir fait leur journée d'apprentis typographes, comme garçons bouchés.
Et donc on a plein de petits témoignages collectés là-dessus
où en fait ils sont là, ils sont pris par les trois mousquetaires,
ils veulent absolument savoir la fin, mais zut, le temps est écoulé, il faut qu'ils retournent travailler.
Vraiment, le temps libre c'est le jeudi, le jour où il y a l'heure du compte.
On a du coup des photos de Charles Aznavour qui était élève à l'école du spectacle,
toute proche, et qui venait jouer des spectacles à leur joyeuse.
Paul Fauché, le père Castor, vient tester ses albums sur les petits lecteurs de leur joyeuse
et les enfants rencontrent des grands écrivains et voire communiquent avec eux via les bibliothécaires.
Ils leur écrivent des lettres pour demander la suite d'un livre.
Donc dans l'exposition on a une affiche qui s'appelle « Les bonheurs d'un livre »
et qui raconte tout ce qu'il faut faire pour qu'un livre se porte bien et vive le plus longtemps possible à la bibliothèque.
On a un protège-livre dessiné par Pierre Belves pour le père Castor qui dit « La joie de créer, le bonheur de lire ».
Cette idée joyeuse, elle est très présente et c'est vraiment une image de la bibliothèque moderne
qui va avec ce nom finalement et ça fait partie aussi des quelques bibliothèques qui n'ont pas été rebaptisées
par la Ville de Paris et leurs joyeuses, elles s'appellent toujours leurs joyeuses et on ne peut pas changer ce nom-là.
Sylvie Vassalo, est-ce que le Salon du livre et de la presse jeunesse qui s'ouvre le 27 novembre,
c'est aussi une façon de faire vivre une heure joyeuse ou plusieurs heures joyeuses ?
Est-ce que c'est un espace comme le décrivait Hélène Vallotto, bibliothécaire, de rencontre mais aussi de liberté ?
En écoutant, je me disais qu'il y a 100 ans et on a gardé cette philosophie beaucoup dans le monde du livre de jeunesse,
cette idée de joie, cette idée de jeu aussi autour de la littérature de jeunesse, l'idée de faire du moment de lecture
un moment de plaisir, un moment de partage, un moment de rencontre, un moment convivial.
On est très loin de la lecture silencieuse à la maison ou aussi très loin des difficultés scolaires pour certains enfants.
Oui, c'est bien, mais je pense que quand on est enfant, bien sûr, c'est important aussi de savoir se concentrer dans la lecture,
on en parlera peut-être, c'est quelque chose qui est en jeu aujourd'hui, la capacité de concentration des enfants avec les livres
dans le monde actuel, le fait de savoir faire des pauses, de créer des bulles de lecture autour d'eux.
Mais pour aller vers la lecture, un salon comme le nôtre a une dimension événementielle qui permet aux enfants de se sentir en amitié
avec les livres, en proximité, en complicité avec les livres, avec les héros, avec les auteurs.
Je crois que cette dimension spectaculaire et joyeuse est très importante pour construire des parcours de lecteur.
Cela ne fait pas tout, mais c'est un bout du parcours de lecteur.
Parce que ce salon, c'est un événement, d'ailleurs il y a toujours énormément de presse autour du salon du livre et de la presse jeunesse.
La presse jeunesse, ce n'est pas pour qu'on fasse de la presse, c'est parce qu'il y a aussi cette lecture qui est très importante,
des journaux, des magazines destinés à la jeunesse.
Aussi, une lecture, cette année, il est gratuit, c'est une optique de démocratisation ?
Oui, il était pas mal gratuit, mais pas pour les classes, pour les groupes, pour les personnes qui habitent en Seine-Saint-Denis
puisque le département de Seine-Saint-Denis est coproducteur de l'événement.
Mais on a voulu enlever un obstacle symbolique.
Il y a beaucoup de personnes pour qui, d'une part, l'idée de payer et parfois le fait de payer est vraiment très compliqué.
Pour nous, le premier pas, c'est celui de se sentir accueilli, de montrer que ce salon est ouvert et qu'il est ouvert à toutes et à tous.
On s'est dit que la gratuité était une dimension vraiment importante.
On a ajouté une deuxième dimension qui est le fait que ce salon progresse vers l'accessibilité universelle,
c'est-à-dire de dire à toutes les personnes qui, d'une manière ou d'une autre, sont en difficulté ou en situation de handicap
que ce salon est aussi ouvert pour eux.
On a mis en place une série de dispositifs pour les y accueillir.
A l'inclusion, c'est un des grands sujets aujourd'hui de la lecture et on va tout à fait y revenir.
Régine Hachondeau, je vous ai déjà saluée, je redis que vous êtes présidente du Centre National du Livre, le CNL.
Chaque année, vous publiez une étude sur la lecture et les jeunes avec des chiffres assez frappants.
J'en ai cité un dix fois plus de temps.
C'est toujours un peu paniquant d'ailleurs de les lire ces chiffres dix fois plus de temps sur les écrans que dans les livres.
Je ne vais pas tous les donner.
Peut-être aurez-vous envie d'ailleurs d'en citer d'autres.
Mais comment ne pas paniquer à la lecture de ces données ?
Lorsqu'on communique sur notre étude des jeunes et la lecture qui a lieu tous les deux ans,
et l'année où nous n'avons pas d'étude sur les jeunes et la lecture, on réalise une étude sur les Français et la lecture,
donc c'est à partir de 15 ans,
on constate effectivement tous les deux ans le déclin des jeunes et de la lecture et d'ailleurs des adultes aussi.
C'est pour ça que c'est intéressant d'avoir aussi les adultes,
sachant que les adultes sont aussi des modèles lorsque les enfants sont petits
et que d'ailleurs les enfants se plaignent parfois d'une certaine solitude
lorsque les parents passent beaucoup trop de temps sur eux-mêmes, leurs smartphones ou leurs écrans.
C'est des études qui effectivement sont toujours un peu glaçantes,
en tous les cas la dernière l'été,
puisqu'effectivement, comme vous l'avez dit très justement,
on constatait que les enfants passaient dix fois plus de temps sur leurs écrans que du temps à lire.
L'étude précédente, qui était donc il y a deux ans…
Le temps de lecture, on peut préciser pour les 16-19 ans, c'est 12 minutes en moyenne par jour.
C'est plus chez les filles que chez les garçons, avec une énorme différence,
parce qu'on parle de 12 minutes, mais c'est 17 minutes pour les filles et pour les garçons.
Ces différences sont anciennes, on les retrouve étude après étude,
donc le genre, la catégorie sociale aussi.
Oui, les filles ont toujours plus lu que les garçons.
Aujourd'hui d'ailleurs, les grandes lectrices sont aussi chez les adultes des femmes plus que des hommes.
Les genres littéraires ne sont pas les mêmes.
Et ce que l'on constate d'année en année, c'est aussi le rapport à la lecture qui n'est plus du tout le rapport refuge.
Et notamment, nous avons beaucoup dans notre étude…
Pardon, j'ai une canne de tout.
Alors, toussez tranquillement.
Moi, je vous propose de reprendre votre souffle, mais ça peut arriver.
Laetitia Veigna, du coup, vous n'avez pas encore parlé,
et c'est une occasion comme une autre de vous donner la parole.
Vous êtes éditrice, vous êtes maître de conférences associée en littérature de jeunesse par Comité du Livre à l'Université du Mans,
chargée de projet à Voulsup avec Sciences Po Lille, et on va y revenir.
Vous êtes très mobilisée pour démocratiser, redémocratiser, je ne sais plus comment le dire, la lecture qui perd du terrain.
Comment vous vous analysez les chiffres qu'on vient de donner ?
Peut-être pour commencer en complétant les propos de Régine Achondo,
qui revient sur la baisse de la lecture.
Et comme elle le disait, en fait, ce n'est pas quelque chose de nouveau.
La baisse de la lecture, on la constate depuis les années 70, est aussi bien chez les adultes que chez les enfants.
Pourquoi ? Parce qu'en fait, la société a énormément évolué en proposant d'autres formes de frictions,
d'autres formes de récits qui ne sont plus cantonnés au livre lui-même.
Donc les enfants, au lieu de se réfugier finalement dans le livre, de pouvoir s'y évader.
Alors il y a une étude, une étude CEDRE, qui a eu lieu il y a deux ans,
qui montre en fait que la valeur refuge, elle existe encore chez les enfants.
La première, c'est quand je lis, j'apprends.
La deuxième, c'est quand je lis, c'est pour m'évader.
Mais ça, c'est surtout dans les classes sociales moyennes et les plus élevées.
Et puis la troisième, c'est pour m'informer.
Donc on en vient à ça, on parle en fait du temps qui est passé sur les écrans,
aussi bien par les parents que par les enfants.
Les enfants, ce n'est pas qu'ils ne lisent pas sur les écrans,
mais c'est qu'ils ne lisent plus la même chose et qu'ils ne lisent plus de la même façon.
On est dans une société qui est très informationnelle.
C'est le rapport à la fiction qui a changé, c'est ça que vous êtes en train de m'expliquer.
C'est qu'au départ, il y avait plus de fiction, donc y compris le cinéma, la télévision
et ces supports en images qui sont très importants.
Mais aujourd'hui, avec les écrans, ça ne veut un peu rien dire,
mais on comprend qu'on se détourne des histoires, des récits.
Parce qu'on les retrouve sur les écrans.
C'est-à-dire que quand on regarde tous les best-sellers qui sortent,
on va prendre des livres comme Labyrinthe, Divergente, Harry Potter, etc.
Soit c'est dérivé en films, soit c'est dérivé en séries.
Il y en a même qui sont dérivés en animes.
Et puis il y a aussi toutes les écritures de fan-fiction qui sont énormément lues.
Il y a des chercheurs qui travaillent dessus, mais on n'a pas encore forcément tous les éléments.
On a pu déjà en parler dans cette émission.
C'est un grand secteur de l'édition, avec finalement des lecteurs qui écrivent.
Ce qui est assez intéressant.
Également, Régine Hachande, vous avez pu retrouver votre souffle ?
Je suis désolé.
Non mais tout va bien pour moi.
Est-ce que d'autres chiffres vous frappent ?
D'ailleurs, faire la promotion de la lecture, est-ce que c'est devenu plus compliqué dans un environnement ?
Oui, on parle des jeunes.
Ici, à Etre Savoir, on parle d'éducation.
Mais les adultes sont les premiers à lâcher l'objet livre,
et le fait de lire et aussi de se plonger dans les fictions.
Oui, le fait aussi de lire à leurs enfants.
On reste toujours quand même dans une perspective où tous les jeunes qui ont encore une lecture du soir
par un des parents, deviennent des lecteurs.
Donc ça, c'est la bonne méthode.
Si on cherche une piste, là on la connaît, on sait qu'elle existe.
Même constat, Sylvie Vassalo ?
En fait, quand on décortique un petit peu, si on essaye de sortir,
enfin pas de sortir des chiffres, mais de s'appuyer sur les chiffres et de s'appuyer sur les enquêtes
qui montrent des tendances de long terme,
puisqu'en gros, on sait que par exemple à l'adolescence, il y a une rupture par rapport à la lecture,
vous l'avez dit, les garçons, les filles, etc.
On a des tendances de long terme qui apparaissent depuis un certain temps.
Quand on essaye de décortiquer les raisons pour lesquelles des enfants ne seraient pas lecteurs,
il y a des raisons, il y a une dimension genrée.
Il y a des grosses questions sociales qu'on ne voit pas très bien
et sur lesquelles je vais revenir parce que la question que posait Régine sur le rapport des parents aux enfants,
c'est vrai que toutes les enquêtes sociologiques montrent, mais depuis des dizaines d'années,
que la lecture se transmet par mimétisme et que le temps de lecture entre les parents...
Mais c'est bien pour ça qu'on parlait des adultes !
Exactement, et que le temps de lecture des parents aux enfants, avec les enfants,
c'est un temps de partage, d'émotion, de plaisir,
qui va bien au-delà de la question de la lecture et du livre lui-même,
qui a un temps de sociabilité familiale.
Et en fait, quand on décortique et qu'on voit ça par exemple,
nous on a mis en place un projet qui s'appelle « Des livres à soi »,
qui est un projet d'inscription de la lecture dans la parentalité,
c'est-à-dire qu'on donne confiance aux parents dans leur capacité à lire des livres,
même quand ils ne sont pas en capacité de les lire réellement,
c'est-à-dire de lire le texte en s'appuyant par la corporalité et la lecture de l'image.
Donc en fait, quand on décortique, on voit qu'il y a des solutions pour aller vers la lecture.
Mais je voudrais décomposer un petit peu cette problématique de l'adulte et de l'enfant.
Est-ce que ce qui fonctionne le plus, c'est de lire des livres à son enfant ?
Ou de lire soi-même ? Evidemment, le mieux c'est les deux.
Mais est-ce que lire soi-même, par exemple, si on n'est pas passionné par le fait de lire des histoires le soir,
je ne parle pas du tout pour moi.
L'exemple suffit ?
En tout cas, l'exemple compte.
Je vais dire une chose qui peut paraître d'une évidence absolue, mais qui n'est pas tant que ça.
Si vous n'avez pas de livres à la maison, vous avez moins de chances d'en rencontrer que si vous en avez.
Ne serait-ce que d'avoir des bibliothèques à la maison, c'est quelque chose d'important.
De lire soi-même, c'est important.
Tout à l'heure, quand on parlait du temps passé sur les écrans,
quand on voit le temps que les parents passent sur un écran,
en fait, eux-mêmes transmettent ce mimétisme de l'écran.
Est-ce que votre salon du livre et de la presse jeunesse doit s'adresser aux parents ?
Il s'adresse aux parents, absolument.
On s'adresse aux enfants directement et on s'adresse aux parents.
On les invite à venir, on les accompagne si c'est difficile pour eux.
Par exemple, on a une opération nouvelle cette année qui s'appelle Opération Solidarité.
On a levé des fonds pour avoir des chèques lire pour les familles et les enfants,
les enfants et les parents, qui viennent accompagnés par des structures de lutte contre la grande pauvreté,
comme la tête des carbons, la fondation de l'armée du salut, le secours populaire.
On reçoit des familles, on les conduit dans le salon, on achète des livres avec eux.
Parce que le fait d'acheter des livres, d'avoir des livres à soi,
d'avoir des livres qu'on amène à la maison, d'avoir des livres qu'on a choisis,
c'est aussi le début d'un parcours de lecteur.
Alors oui, il faut absolument s'adresser aux parents, faire bouger aussi les parents.
Et puis peut-être sur la question du numérique, on a encore beaucoup de travail à faire tous ensemble
pour repérer ce qui, dans les écrans, peut être aussi un acte de lecture.
Moi, ce que j'ai trouvé le plus inquiétant dans l'enquête du CNL,
c'est le fait que quand les jeunes sont sur des écrans,
ils déclarent faire plusieurs choses en même temps. Ça ne m'étonne pas.
Et c'est un vrai sujet parce que la lecture, en fait, en quoi la lecture permet de se construire ?
Elle permet de développer des imaginaires, d'ouvrir d'autres mondes, etc.
C'est pour ça qu'on a choisi le thème de Rêve Général, nous, cette année.
Mais la lecture, elle permet aussi de construire une pensée linéaire,
de construire une pensée. Et quand on fait plusieurs choses en même temps,
ça développe certaines compétences, mais en tout cas, pas cette linéarité-là
qui est utile à beaucoup d'endroits dans la vie pour un enfant,
dans la vie d'enfant et après dans la vie d'adulte.
Voilà, c'est exactement ce que je voulais dire.
Excusez-moi pour ma peine de tout, mais sur les chiffres,
sans donner trop trop de chiffres, on a un adolescent entre 16 et 19 ans sur 3
qui déclare ne pas aimer lire. Donc là, c'est quand même un chiffre aussi
qui ne cesse de croître. Et puis, comme le disait très justement Sylvie,
dans l'étude, ce qui était le plus, je pense, inquiétant,
c'était cette absence totale de concentration, avec le fait à la fois
de lire un livre, mais de faire plein de choses en même temps.
Et le plein de choses, c'est les réseaux sociaux et les vidéos sur YouTube
en grande majorité, ce qui retire de la concentration et qui empêche
de se laisser embarquer dans le récit, donc dans l'imaginaire.
C'est aussi un frein à la compréhension, donc ça multiplie les risques d'ennui.
Parce que si vous comprenez moins bien l'histoire que vous lisez,
parce que le vocabulaire vous échappe et que vous êtes en permanence
en train de regarder une vidéo sur YouTube, de répondre sur des réseaux sociaux,
par essence, vous n'êtes pas dans cet état qui fait que vous puissiez apprécier
le livre, le récit et aussi enrichir votre vocabulaire,
donc votre capacité de compréhension. Et au fond, ce sont là, je pense,
les chiffres les plus inquiétants. C'était 1 sur 3 entre 16 et 19 ans
qui déclarent ne pas y lire. Et c'était la question de la multi-activité
alors qu'on est supposé lire un livre.
Oui, et je pense que cette question ne se pose pas seulement aux enfants
et aux ados, évidemment. Laetitia Veignatte, je me tourne vers vous,
mais la question est un petit peu ardue, peut-être, enfin peut-être pas,
qu'advient-il des causes un peu molles ? On est tous d'accord sur le fait
que les enfants devraient plus lire, que les ados devraient plus lire
et c'est peut-être ça le drame, c'est-à-dire que c'est très consensuel,
on sait que ça baisse, mais après c'est difficile de se mobiliser tout le temps,
c'est peut-être difficile aussi pour les enseignants, pour les parents,
de maintenir quelque part le combat, là où il n'y a ni adversaire,
et même pour les ados, finalement, lire, bah oui, tout le monde est pauvre.
Peut-être qu'il faudrait en fait décentrer la problématique,
c'est-à-dire que moi, là, quand j'entends mes voisines,
quand je vois la problématique de l'émission, j'ai l'impression qu'on a le livre
et les ados autour. Est-ce qu'on ne devrait pas mettre l'ado au centre
et les livres autour ? Et la question du lire autour.
Dans le cadre de mes missions à Sciences Po-Lille,
Sciences Po-Lille a une histoire avec la démocratisation de l'accès aux études supérieures
depuis assez longtemps, depuis 17 ans.
Oui, avec des programmes de démocratisation, avec l'éducation prioritaire.
Voilà, avec les REP, les REP+, les zones rurales isolées.
Chaque année, on va accompagner à peu près 1 000, 1 100 jeunes à la préparation des concours.
Et moi, en fait, avec la branche Avoussup, qui est portée aussi par l'université de Lille,
on m'a demandé d'aller plus me confronter au terrain.
Et j'ai eu la chance, en fait, quand je suis arrivée à Sciences Po-Lille,
que le directeur de l'époque me demande « Laetitia, à quoi rêvez-vous ? »
Et en fait, moi, je lui ai dit deux choses.
Je rêve de répondre aux besoins du terrain et je rêve de me mettre à la hauteur des élèves.
Je voulais retrouver du sens, en fait, à ce que je faisais.
Et ça m'a amenée à créer certains projets, à les expérimenter autour de la lecture, évidemment.
Et puis, à un moment, on voit que ça prend, mais ça ne prend pas comme on le souhaitait.
Et du coup, je me pose avec l'IUT de métier du livre de Tourcoing, Florence Rio, Romain Orioli, Céline Tellier.
Je me pose avec des partenaires, parce que des libraires, des documentalistes, des enseignants en français, des profs-docs.
Je contacte Tom et Nathan Lévesque, qui ont déjà travaillé sur un projet.
Donc, j'ouvre les horizons. Je contacte l'Agence régionale du livre et de la lecture.
Je contacte l'Association des éditeurs des Hauts-de-France.
Je contacte la DSDEN, parce qu'il y a un besoin de réfléchir.
Qu'est-ce qu'on fait pour ces ados, en fait ?
Et ce dont je me suis rendue compte, c'est que j'avais un très mauvais point de départ.
C'est-à-dire que je prenais tous ces ados comme les mêmes lecteurs que moi, les mêmes lecteurs que mes enfants,
que les enfants de mes copains qui ont des vies quand même un peu sympas, qui ont des livres chez eux à la maison.
Et en fait, je ne me mettais pas à hauteur d'un enfant qui rentre à la maison et qui n'a pas de parents qui va lui lire une histoire,
parce qu'il n'a pas de livre à la maison, parce que la seule rencontre qu'il fait avec le livre, c'est dans le cadre de la scolarité obligatoire.
Et comme disait un collègue il n'y a pas très longtemps, là, mercredi, il y avait les journées européennes de la lecture adolescente au Parlement européen,
menées par Livret Jeunet, où on se questionnait sur la démocratisation de la lecture.
Je me rends compte qu'en fait, il n'y a rien pour ces élèves qui sont éloignés du livre.
On n'avait pas de livre qui faisait moins de 300 pages.
Donc comment, en fait, autoriser des élèves qui sont déjà méfiants vis-à-vis du livre, qui ne voient que comme un objet sacré, à aller rencontrer le livre ?
Pas de livre de moins de 300 pages, vous êtes un peu dure avec les professeurs de français, parce que les propositions sont quand même un peu plus variées aujourd'hui.
Là, je vous parlais vraiment de ce que nous avons proposé dans la malle de Cartolivre, qui est un projet développé avec Avoutsup.
Et en se remettant à hauteur des élèves, on leur a proposé des petites collections poche, comme Petite Poche de Thierry Mémanier,
on leur a proposé des livres de chez Actes Sud, je crois que la collection s'est fait en un souffle.
On leur a proposé aussi de la BD, d'une seule voix, merci.
Il y a quand même pas mal d'éditeurs jeunesse qui ont pris en compte la diversité.
Il y a beaucoup de propositions, il y a aussi des livres en grand caractère, il y a aussi des livres en falke, il y a aussi des livres audio, et donc on a aussi repensé les formats.
C'est-à-dire que quand on prend l'adolescent face au livre, on a de multiples propositions à lui faire.
La difficulté pour l'ado, c'est la foison de livres qu'il y a, c'est les lieux dans lesquels il ne va pas,
et de toute façon quand on voit l'engouement qu'il y a sur Instagram autour des books Instagram,
c'est-à-dire tous ces influenceurs du livre, et que c'est majoritairement des adolescents qui publient,
c'est qu'il y a quelque chose qui se passe quand même au niveau de la démocratisation de la lecture, du droit à la lecture.
Vous confirmez la vie nationale ?
Oui, et je pense d'ailleurs que l'utilisation des réseaux sociaux pour atteindre ces jeunes qui ne sont pas forcément enclins naturellement à lire,
est une très très bonne chose, c'est-à-dire que la question ce n'est pas de considérer que le numérique n'est que le diable,
mais en revanche c'est d'arriver à faire en sorte qu'on utilise au maximum le numérique,
pour donner envie comme une passerelle à ces enfants qui sont peut-être par rapport à d'autres plus éloignés de la fréquentation des livres,
Moi je pense qu'on devrait lancer une grande campagne auprès des adultes, tous les adultes d'ailleurs, pas uniquement les parents,
et puis une campagne qui ne soit pas une campagne qui cherche à culpabiliser les parents,
on sait combien c'est complexe d'élever des enfants aujourd'hui, à fortiori pour beaucoup d'entre elles,
pour des femmes qui peuvent être seules avec plusieurs enfants, donc il ne s'agit pas de juger,
je pense en revanche que les parents ont généralement plutôt envie que leurs enfants s'en sortent bien,
et faire une campagne qui serait non pas culpabilisatrice et dans le jugement,
mais une campagne qui dirait quelles sont les vertus de la lecture,
je pense que ça pourrait aussi modifier la relation qu'on peut entretenir au livre quand on n'est pas naturellement porté à lire.
Naturellement ou socialement, quelle est la place des auteurs ?
On sait qu'il y aura beaucoup d'auteurs au salon du livre et la presse jeunesse,
est-ce que ça marche d'emmener, on sait qu'on en emmène aussi beaucoup dans les établissements scolaires,
est-ce que c'est ça une bonne politique d'incitation à la lecture ?
C'est une des actions importantes, bien sûr ce n'est jamais un élément tout seul qui va déclencher la résolution d'une problématique sur laquelle on se penche,
il est évident que nous on a choisi en tous les cas, lorsque la lecture a été déclarée grande cause nationale par le Président de la République,
notre premier réflexe a été de nouer un partenariat avec l'éducation nationale, que nous avons renouvelé il y a quelques mois,
qui se passe très très bien, aujourd'hui on est à plus de 3200 masterclass,
donc rencontre d'auteurs dans les collèges et les lycées en partenariat avec le pass culture,
et il est absolument évident, à la fois les enseignants le disent et les enfants, les adolescents lorsqu'ils ont l'occasion de s'exprimer,
que ça change beaucoup de choses, ils se rendent compte que l'auteur est vivant,
que l'auteur partage le même monde qu'eux, il s'intéresse à la manière dont l'auteur écrit,
quel est son imaginaire, combien il gagne, c'est une question qui revient systématiquement, voire la première.
Généralement l'enseignant a préparé la rencontre, donc c'est l'occasion de lire un livre,
en se disant qu'on va rencontrer l'auteur du livre ou l'autrice, mais qu'en aucun cas on va être jugé,
puisque ce n'est pas un devoir de classe ou une fiche de lecture que l'on doit rendre,
c'est juste organiser au mieux la rencontre avec l'auteur, donc oui, ça change beaucoup de choses,
et c'est ce pourquoi nous on le développe énormément, on est à plus de 1500-1600 masterclass par an,
enfin rencontres d'auteurs d'ailleurs, pourquoi dire masterclass,
nous organisons aussi des résidences d'auteurs dans les établissements scolaires,
à la fois pour les plus petits et les adolescents au collège,
et là c'est sur six demi-journées que l'auteur va se consacrer à un atelier,
qui peut être un atelier d'écriture, un atelier de lecture à voix haute,
ça peut être aussi un atelier de mise en lecture d'une pièce de théâtre pour la jeunesse,
là ça fonctionne très très bien, et donner aussi l'occasion aux enfants d'écrire,
les auteurs souvent lorsqu'ils sont en atelier aiment bien demander aux enfants d'écrire,
pour beaucoup d'entre eux ils aiment les faire travailler sur leurs émotions,
ou sur quelque chose de l'ordre de l'intime, que plus beaucoup s'autorisent à cet âge-là d'exprimer,
et c'est aussi, je pense, l'écriture un moyen de donner le goût de la lecture aux enfants
qui ne l'ont pas, une fois de plus, complètement intégrée dans leur vie.
Mais cette question du lien, du lien réel dans la vraie vie, Sylvie Vassalo,
est-ce que c'est ça qui va sauver la lecture ? On a parlé de bookstagram,
on a déjà parlé dans cette émission, pourquoi pas des bookstagrammeuses, en particulier des filles,
mais ce lien vivant ?
Oui, ce lien vivant à la littérature, c'est quelque chose d'extrêmement important,
et ce n'est pas par hasard qu'on a tous fait la même expérience d'enfants ou de jeunes
qui sont surpris de voir que les auteurs ne sont pas morts,
c'est un peu l'idée de la manière dont on apprend aussi la littérature à l'école,
je pense, qui amène cette dimension, et le fait de rencontrer des auteurs de chair et d'os,
en fait, c'est le fait que ça soit vivant, c'est le fait que ça soit concret,
c'est le fait que ça soit proche, et c'est le fait qu'il y ait réellement une rencontre,
c'est-à-dire que l'enfant ou les jeunes qui rencontrent l'auteur soient reconnus aussi dans cette rencontre,
c'est-à-dire que là, il n'y a pas juste une histoire de transmission et de nécessité de lecture,
il y a une histoire de rencontre humaine qui va se faire autour des histoires.
Et je pense que ce que la littérature de jeunesse apporte, avec ses auteurs,
avec ses autrices, avec ses dessinateurs et dessinatrices, parce que la dimension du dessin,
c'est quelque chose qui est très important en littérature de jeunesse aussi,
pour aller vers la lecture, en fait, c'est une connexion qui se fait
et qui leur permet de voir que d'autres histoires sont possibles, d'autres mondes, d'autres formats, d'autres langues.
La rencontre avec un auteur, par exemple, c'est quelque chose de très important.
Moi, j'ai un souvenir du salon incroyable, on avait invité les littératures africaines
et on avait invité Amadou Kourouma et on avait fait avec des comédiens
des lectures du livre d'Amadou Kourouma dans les classes.
Et les classes étaient ensuite venues au salon le rencontrer.
Et les questions que posaient les enfants, en dehors de savoir si son histoire d'enfant-soldat,
c'était son histoire, il y a cette question-là aussi qui est très importante.
Et là, on apprend la question de la fiction et du décalage, ce n'est pas rien d'apprendre ça.
Mais la chose qui les avait le plus surpris, c'est qu'en cours de français,
on était venus dire une langue où on disait des gros mots.
Et on apprend comme ça la diversité de la langue.
Donc l'auteur est important dans la rencontre parce que l'auteur apporte la sensibilité de son monde
et cette sensibilité de l'auteur, elle va autoriser la sensibilité de l'enfant.
Donc oui, pour moi, la rencontre, elle est décisive et le salon, il est basé sur la rencontre.
C'est bien pour ça que je vous en parle.
Il est basé sur la rencontre avec les auteurs, mais aussi les dédicaces,
mais aussi tous les moments où on va être ensemble autour du livre et de la lecture.
Régine Hachondeau, le CNL, Centre National du Livre, soutient le livre et les auteurs.
C'est un nouveau travail, pas vraiment nouveau, mais il se développe.
Des auteurs et autrices de passer autant de temps avec le public,
parce qu'entre la concentration de l'écriture et toutes ces rencontres qui prennent énormément de temps
et je pense qu'ils auront aussi un coût, je ne sais pas si c'est un coût,
mais en tout cas, c'est du temps passé avec les gens, du lien, de l'émotion,
donc voilà, ça occupe l'esprit.
Ce n'est pas du tout la même chose que d'écrire.
Il y a un coût, évidemment, un coût humain, comme vous dites, sur le temps passé,
un coût financier.
Mais pour notre plus grande satisfaction, on a pu le développer
et ça préexistait à mon arrivée, mais c'était un peu le maillon faible.
Or, je pense qu'on ne peut pas s'occuper d'une industrie culturelle, quelle qu'elle soit,
sans se préoccuper de celui qui achète et consomme,
pour utiliser un mot qui peut apparaître vulgaire dans une émission, être et savoir.
Mais en l'occurrence, je trouvais que les lecteurs,
tant ceux qui fréquentent les bibliothèques que ceux qui sont susceptibles d'acheter des livres,
doivent être pris en considération dans toute la chaîne du livre,
à la fois pour des raisons économiques évidentes,
mais aussi pour des raisons culturelles,
et j'allais dire presque, sans utiliser trop de mots un peu grandiloquents,
c'est civilisationnel la lecture.
C'est quand même la lecture, le langage, la maîtrise de la langue,
c'est quand même le premier facteur qui nous permet d'avoir accès à notre propre...
Mais c'est aussi ce qui explique la panique qui nous saisit
quand on lit des statistiques sur la lecture,
quand on apprend, comme dernièrement avec la publication des évaluations nationales
des élèves, qu'un tiers des élèves de CM2 ne sont pas très à l'aise.
Ça ne veut pas dire qu'ils ne savent pas tous lire,
mais ça veut dire que parmi les élèves, un tiers ne sont franchement pas bien
pour comprendre un texte, pas forcément très long,
et que ce travail ne sera pas forcément réglé à la fin de l'année de CM2,
parce qu'on sait qu'au collège, ça continue,
pas forcément dans les mêmes proportions, et c'est la fin de la civilisation.
Qu'est-ce qu'on fait avec ces histoires de mauvais lecteurs ou faibles lecteurs,
en termes de technique de lecture ?
Bien sûr, on peut très bien donner l'impression de lire à voix haute un texte
et ne pas le comprendre, c'est toute la difficulté.
Il faut arriver à être pénétré par les mots pour vraiment s'emparer d'un texte.
Je pense que vos invités ne vont pas me contredire.
Je pense qu'il y a vraiment un travail absolument énorme à faire,
et comme je le disais, je pense qu'il dépasse largement la seule problématique du livre
au sens de l'industrie culturelle.
Je pense que c'est vraiment un facteur très important de santé publique, de santé psychique,
et beaucoup de chercheurs, dans certains cas, ont tendance à montrer les apports du numérique,
et évidemment, comme je le disais tout à l'heure, il ne s'agit pas de ne pas considérer
que le numérique peut être un apport énorme, mais en revanche, pour aussi pouvoir profiter
intelligemment des écrans de son smartphone et d'Internet et de tout ce qu'il offre,
il faut aussi quand même avoir des fondamentaux sur le plan de l'éducation.
Et là encore, de la maîtrise de la langue, de la compréhension,
et d'être capable de naviguer en s'enchantant très bien
quand on est en train de se laisser enfermer par un algorithme,
et le moment où on perd complètement notre liberté, donc notre libre arbitre.
Et ça, je pense que c'est vraiment toute la question, toute la subtilité.
Il ne s'agit pas de céder à la panique morale, mais je pense en revanche qu'il ne faut pas nier
qu'il y a dans la consultation, la fréquentation des écrans, là aussi, une inégalité sociale qui est majeure.
Parce qu'on ne consulte pas forcément les mêmes contenus.
En préparant l'émission depuis quelques jours, je suis tombée sur une actualité
qui concerne une influenceuse, Léna Situation, qui a, comme d'autres influenceurs,
arrêté les écrans, elle s'est filmée.
La pause de moi.
Voilà, une grande pause.
Et du coup, on la filme en train de faire quoi ?
De lire.
Après, c'est un peu le tout ou rien.
Je ne sais pas si c'est une solution pour tout le monde.
Je voulais absolument parler de l'inclusivité.
On a commencé à évoquer cette question en début d'émission.
Laetitia Vignates, qu'est-ce qu'une maison d'édition inclusive ?
Une maison d'édition inclusive, c'est une maison d'édition qui va vouloir
ouvrir les pages de ses livres en grand pour que les différentes communautés
de lecteurs et de lectrices puissent s'y retrouver.
Alors précisément, qu'est-ce que ça veut vouloir dire ?
Ça veut dire qu'on va travailler sur une mise en forme du livre,
où on va faire attention à la police d'écriture qu'on choisit,
à l'interlignage, aux marges, au fait d'isoler les numéros de pages,
des lignes de texte.
On va faire attention à ce qu'il n'y ait pas de texte sur les images.
On va faire attention à ce que ces images puissent être occultées
pour renforcer la concentration sur le texte.
On va pouvoir venir...
Vous vous adressez aux dyslexiques ?
Nous, on s'adresse vraiment à des lecteurs qui veulent optimiser
leur expérience de lecture.
Les meilleurs retours qu'on a, c'est les grands-parents
qui reprennent du plaisir à lire nos livres à leurs petits-enfants.
Parce que ça fait moins mal aux yeux, c'est plus reposant, tout simplement.
Donc ça peut étonner, mais c'est la vérité.
Notre propos, c'est vraiment le dialogue.
On a une collection de théâtre, on a une collection philo,
on a une collection fiction, qui n'est pas des adaptations,
qui sont en gros caractère.
Et vraiment, le mot d'ordre dans la maison d'édition,
c'est lire pour grandir ensemble,
c'est favoriser les lectures partagées.
On peut penser un peu contre soi-même et contre vous,
en l'occurrence, Laetitia Venette,
mais jusqu'où on va aller ?
On va écrire des livres en caractère 24,
avec un vocabulaire simplifié,
parce que les ados ne veulent plus lire ?
C'est une proposition qu'on peut leur faire parmi tout ce qui existe.
Est-ce que ça peut représenter pour certaines personnes
l'idée d'une baisse de niveau ?
Je pense que quand on parle de la question
de la démocratisation de la lecture,
on est encore sur nos classiques du XIXe siècle,
et c'est une super grosse erreur.
Il y a les listes de l'éducation nationale
qui ont introduit de la littérature contemporaine
depuis 2002 dans les œuvres,
mais nos représentations que l'on a,
je crois qu'elles sont encore un peu élitistes
par rapport à ce que c'est la lecture.
C'est ça aussi qu'il faut faire bouger,
c'est ces lignes en fait.
C'est qu'est-ce qu'on lit ?
Comment on le lit ?
Dans quel lieu on le lit ?
Avec qui on le lit ?
Ça, c'est revenu plusieurs fois dans les propos
de mes deux comparses sur le plateau.
J'ai beaucoup aimé une phrase de Samuel Pinto,
il y a quelques temps, qui disait
« Le plaisir de lire, ça ne se décrète pas,
ça se construit. »
Dans quelle maison ça se construit ?
Et ça, c'est dans notre maison d'édition, bel et bien.
On essaie de construire ce plaisir.
Pour penser un peu avec vous,
les romans du XIXe siècle et leurs lectrices
n'étaient pas forcément très bien considérés
à leur époque non plus.
C'est toujours intéressant de voir
le prestige très paradoxal des objets littéraires.
Ce livre, il est très lié à l'école.
Est-ce que, parce que vous l'avez dit,
il faut lire pour réussir,
est-ce que, quelque part, ça n'affaiblit pas
la lecture d'avoir autant partilié
cette question que j'ai déjà posée
à d'autres invités au cours
des nombreuses années de l'émission ?
Est-ce que ça n'affaiblit pas un peu
le désir de lire et de liberté
qui traversent les adolescents ?
Je parle surtout du désir de liberté.
En tout cas, ça pose la question
de la lecture du côté de l'obligation
et du côté du résultat.
C'est vrai que ce n'est pas donné
forcément à tout le monde et tout le temps.
Dans l'expérience des livres à soi
dont je vous parlais tout à l'heure,
on se rend compte, on commence,
les formations qu'on fait pour les professionnels
dans ce domaine, on commence par leur demander
qu'est-ce qu'ils pourraient faire
qu'un parent ne lit pas à son enfant
la lecture le soir, tout le monde sait
que c'est important, donc qu'est-ce qu'il fait
que parfois ça n'arrive pas ?
Les deux premières choses qui arrivent,
c'est le temps. Ce n'est pas forcément
la chose à laquelle on pense en premier.
Et la seconde chose, c'est l'expérience scolaire.
C'est-à-dire la mauvaise expérience scolaire
de parents qui, du coup,
se sentent en incapacité
de lire pour leurs enfants.
Je pense que l'idée qu'on a,
l'idée que la société a
ou donne de la lecture,
elle est très liée à l'école.
Et c'est normal, parce qu'apprendre
à lire, c'est évidemment
important pour accéder
à la littérature, donc on est dans un rapport
qui ne peut pas s'extraire complètement
de l'école. Sans doute
que la lecture à l'école
ou la littérature à l'école peut peut-être prendre
plus de place, justement pour que
dans sa grande diversité d'histoires,
elle puisse être reconnue
par les enfants. Et puis
je voudrais dire une chose, parce qu'on a beaucoup parlé des ados,
je pense qu'il y a une dimension dont on a parlé
sur la lecture, qui est l'action de l'écriture.
Et qui peut aussi concerner
l'école, parce qu'il y a une part
des ados qui arrivent à la lecture
par l'écriture. Et peut-être qu'à l'école,
vous en avez toutes les deux
parlé à deux moments différents,
mais peut-être qu'à l'école, cette question
de l'écriture littéraire
peut être un axe
par lequel on entre en lecture.
Sachant qu'on n'écrit pas forcément
beaucoup aujourd'hui à l'école, en tout cas
c'est un point d'attention pour
certaines recherches.
Et puis aussi, on écrit moins
pour le bac français, parce qu'il n'y a plus d'écriture d'invention.
Alors ça ne va pas
vraiment...
Non mais ça a
complètement régressé.
Alors Régine Atchondo,
pourtant vous passez par les écoles
pour par exemple des opérations telles que
le quart d'heure de lecture.
Donc ça reste une bonne entrée, ou pas ?
Si. J'allais justement parler de cette
expérience
que l'éducation nationale suit
depuis plusieurs années maintenant.
Et qui est très probante.
Parce que là, il y a justement le sentiment de liberté
dont vous parliez. Pendant le quart
en atteignant le pratics, il peut être quotidien
ou hebdomadaire, généralement
il est en tout début d'après-midi,
après le déjeuner, et représente
un temps de calme,
une pause, avant de reprendre
les cours.
Et il y a la liberté de choix
des élèves
sur le livre qu'ils vont lire,
qu'ils peuvent soit emprunter
à la bibliothèque de l'établissement scolaire,
soit
prendre avec eux de leur domicile.
Et là, cette liberté
et le fait que c'est une lecture
que tout le monde fait au même moment,
qui peut donner lieu à des débats
et à des conseils de lecture,
comme un club de lecture de classe
fonctionne très bien,
et l'ensemble des enseignants qui le pratiquent
disent à quel point, en 3-4 mois,
pour certains élèves
qui pouvaient être vraiment
très à distance de la lecture,
la familiarité quotidienne
ou hebdomadaire les a réconciliés.
Donc je pense qu'il y a des petites choses
qui sont parfois simples. Et d'ailleurs, l'idée du quart d'heure de lecture,
développée par l'éducation nationale,
on s'en est emparé en partenariat
avec l'éducation nationale pour créer
un quart d'heure de lecture nationale
un jour par an.
Ce sera le 11 mars prochain.
On l'annonce à l'avance, mais c'est très bien.
Voilà.
Et qui a aussi pour objectif
de dire à tous les Français
prenez un quart d'heure aujourd'hui pour lire.
On a des tas de slogans
éteignez votre portable,
allumez votre cerveau,
lisez, bougez, mangez.
Et on se rend compte que
pour ceux qui s'en emparent,
on met à disposition des listes de conseils de lecture,
on sensibilise les entreprises
pour un retour aussi du livre
dans l'entreprise. Là, on a signé
avec plusieurs grosses entreprises et des plus petites
pour avoir des bibliothèques,
une charte lire en entreprise
où on peut donner des conseils
et accompagner les entreprises
pour la création d'une petite bibliothèque,
la création d'un club de lecture,
pourquoi pas la création du prix
des salariés de l'entreprise,
de leur entrée littéraire ou à tout autre moment.
Et on se rend compte qu'on a des entreprises
qui sont très partantes parce qu'elles ont aussi
besoin de redonner le goût
à leurs salariés de venir sur le lieu du travail
et elles considèrent
que le livre peut justement
être un objet de partage, de débat
et de réflexion
interne dans le cadre
de la politique RSE de l'entreprise.
Le quart d'heure de lecture nationale
nous permet d'ouvrir
plein de portes, plein de fenêtres
sur des univers
auxquels on ne se serait pas
intéressé spontanément et qui nous semblent
être extrêmement importants
pour faire en sorte
que le livre se faufile partout,
qu'il arrive à se glisser
à un moment dans la journée
de toute personne
qui travaille dans l'entreprise
ou qui est chez elle
ou un enfant qui est à l'école.
Je pense que l'idée, ce serait vraiment
comme fil rouge de faire en sorte
qu'on puisse toujours avoir un livre
tout près de chez soi.
Laetitia Vignatte.
Je voudrais vous partager
des retours d'expérience par rapport
au quart d'heure de lecture.
Figurez-vous que j'ai été professeure
des écoles pendant 21 ans, donc ce quart d'heure
de lecture, je l'ai vu arriver dans
les établissements scolaires où j'ai pu
enseigner. Ce que j'ai observé,
c'est que déjà, en fait, il fallait être engagé
soi-même dans un parcours de lecture.
Et ensuite, quand on faisait
ce quart d'heure de lecture, si on voulait
que ça fonctionne, il fallait
lire soi-même. C'est-à-dire que si
l'enseignant il corrige ses copies,
si lui aussi il se consulte son smartphone,
il n'y en a pas beaucoup qui le font, soyons très honnêtes,
mais en tout cas, si l'enseignant
n'est pas lui-même plongé dans le livre,
ça ne va pas fonctionner.
La seconde chose, c'est que quand, en fait,
le quart d'heure de lecture est apparu,
je sais que les choses ont évolué, mais vous allez voir
comment moi je suis arrivée à venir
faire mes propositions à Voulsup,
j'apportais les livres de chez moi.
Dans le premier degré, il n'y a pas nécessairement
de bibliothèque scolaire, surtout si on est
en REP et REP+, même si la ville
de Lille fait un magnifique
plan lecture chaque année.
On n'a pas tous la bonne
dotation au bon moment,
et on se retrouve avec des livres
qui sont issus de désherbage, par exemple.
Qu'est-ce que ça signifie ?
Le désherbage, c'est quand, en fait,
on va retirer
du fond de la bibliothèque des livres
qui sont soit trop vieux, soit très abîmés.
Et donc on les donne aux classes ?
Ça peut être les classes, mais sinon ça peut aller aux pylons
aussi, ce genre de choses.
Quand je suis arrivée sur le plan,
sur le projet
à Voulsup, et qu'on m'a donné
carte blanche en me disant, vous prenez appui sur le livre,
je me suis dit, c'était quoi mes besoins
de terrain ? Qu'est-ce que j'ai pu observer ? C'est qu'il n'y avait pas
assez de livres, en fait, dans les établissements scolaires
et notamment dans les collèges.
Du coup, c'est pour ça qu'on a mis en place
des mâles avec Libroscope,
avec ICO, qui sont des
mâles où on va trouver des livres récents
qui répondent à des problématiques
d'orientation,
d'environnement, de santé,
etc. Mais c'est avec
l'offre actuelle qu'on a.
Et ces mâles, on les laisse à disposition
des enseignants qui peuvent
les utiliser à chaque fois que les élèves
en ont besoin, pour le fameux
quart d'heure de lecture.
Et c'est encore
à mon avis quelque chose qui doit
progresser, en fait, ce quart d'heure
de lecture. Et puis soyons honnêtes,
quand vous lisez un livre, vous lisez un quart d'heure
par semaine ? Donc c'est pareil, il y a encore
toute une progression à faire
parce que sinon la rencontre, elle est anecdotique.
Moi, j'aimais beaucoup, en fait,
quand Régine Alchondo
et Sylvie Vassalo, elles ont employé le mot
rencontre. C'est revenu plusieurs fois,
rencontre avec les auteurs, mais aussi
rencontre dans les salons. C'est vraiment
en fait ce qui va animer
les enfants, et parfois c'est le
fait du hasard. J'ai la chance
de participer au Salon du Livre
depuis plusieurs années,
et ce qu'on voit, c'est que quand les
enfants arrivent sur le stand,
c'est une ébullition,
un émerveillement. Ils touchent tout, ils regardent
tous les livres, ils osent nous parler, alors
qu'un éditeur, pour eux, c'est
très très loin de leur réalité.
Quand on a travaillé aussi
avec des auteurs, ce qui
a été très beau dans les rencontres
qui ont pu se faire, c'était qu'un auteur
ça entend et ça valorise la parole.
Et la notion de dialogue, elle est
vraiment importante. Mais tout de même, cette
présence du livre physique, puisque
c'est un objet, et cette
vraie rencontre, parce que si on
lit, et moi je lis, on sait très
bien que ce n'est pas si facile
de se concentrer,
de rencontrer un livre qu'on aime et qu'on a envie de lire
tous les jours. Enfin, ce n'est pas si difficile
non plus, mais ce n'est pas tous les livres.
Donc il faut qu'il y ait quand même
une masse à disposition
suffisante pour avoir
un choix et pour pouvoir trouver
son livre,
le livre avec
lequel on va passer du temps et faire cette rencontre.
Oui, là aussi, il y a une rencontre
avec l'auteur, comme on le disait,
et il y a la rencontre avec
le livre, et c'est pour ça qu'on travaille
avec, vous les connaissez
toutes, Raphaël Botte
et Anne-Sophie von Linden,
on travaille avec elles pour que
elles réfléchissent avec nous aux meilleures
offres que l'on peut faire
sur les thèmes, comme vous disiez, les thèmes très
actuels. Ce sont des spécialistes de la lecture jeunesse
universitaire. Voilà,
exactement, et c'est
elles qui souvent sont nos
conseillères pour trouver
les bons livres qui puissent
s'adresser aux enfants
de différents âges et
sur les thématiques contemporaines
qui sont celles qui aujourd'hui
traversent la vie de tous ces
jeunes gens, qu'ils soient tout petits ou plus grands.
Je pense qu'il y a une dimension qui est importante,
vous l'avez un petit peu soulignée,
c'est pour des enfants
qui sont en difficulté par rapport à la lecture
et pour qui cet acte,
parce que vous avez raison de dire que ce n'est pas si facile,
ce n'est pas si facile d'ouvrir un livre, il y a parfois des
enfants qui ont vraiment peur de ce qu'ils vont trouver
à l'intérieur et la lecture
peut être difficile, c'est un
effort aussi d'aller vers la lecture.
Il y a un média
qui peut être intéressant, c'est la voix,
la voix des enseignants, la voix
de comédiens, nous on fait beaucoup de
lectures à voix haute.
Ça peut être une façon bien sûr
pour les tout-petits, entre les parents et les enfants
d'aller vers la lecture, mais ça peut être aussi
une façon pour les plus grands.
Je crois qu'on est beaucoup à utiliser
ce type d'idées,
c'est des idées qu'on peut diffuser.
Et c'est ce qui se passe aussi dans
les bibliobus ou les
médiabus, on en a parlé avec
Thibault Conti qui est conservateur
en chef et directeur des bibliothèques
de Martigues, il possède un poids lourd,
enfin la ville de Martigues possède
un vrai poids lourd, qui est un médiabus
dont la mission est d'aller à la rencontre, on a beaucoup parlé
de rencontre, de tous les habitants de la ville.
Ça fait bien longtemps que
les bibliothécaires se sont aperçus
qu'il y a, en tout cas
il y aurait une espèce de
plafond vert sur les fréquentants
de bibliothèques. La moyenne en France
de l'impact, ce qu'on appelle le taux de pénétration,
l'impact des bibliothèques sur leurs
habitants, ça donne environ
14% à peu près.
A Martigues, nous on se porte plutôt bien puisqu'on a
20% des habitants de la ville
qui sont inscrits à la médiathèque, mais vous voyez que
même dans une situation très favorable,
vous vous retrouvez avec de fait
80% de vos usagers potentiels
qui ne bénéficient pas des services
de la bibliothèque. Donc ça fait évidemment
depuis bien longtemps aussi que les bibliothécaires
ont mis en place toute une série
de dispositifs pour aller haut devant
des publics faibles lecteurs
ou tout simplement de publics
qui méconnaissent,
méestiment l'offre que peut représenter
la bibliothèque,
ou qui pour d'autres raisons,
qui peuvent être très multiples, s'en tiennent
éloignés ou en tout cas
considèrent de prime abord que c'est
pas une offre qui est faite pour eux.
Donc le Bibliobus qui est intéressant
c'est que c'est l'un des outils
au service de cette démocratisation culturelle,
c'est-à-dire que c'est vraiment dans nos pratiques
d'aller haut devant des publics qui ne sont pas inscrits,
d'ailleurs la finalité c'est pas nécessairement
de les amener à la bibliothèque
ou ça peut être après, dans un autre temps,
mais c'est surtout de les
faire bénéficier de...
ça peut être vraiment des choses très différentes,
c'est des ateliers de poésie,
c'est des résidences d'artistes, des ateliers d'écriture,
ce sont des séances de racontage,
c'est un petit lieu,
c'est un lieu très étroit nécessairement,
le Bibliobus, donc c'est une porte
qui se déplie avec un petit escalier
qui est amovible et qui permet
l'accès, donc du coup c'est aussi
un lieu d'échange,
c'est ça qui est intéressant, le Bibliobus
il a évidemment cette fonction d'accessibilité
culturelle, on va vers des populations
qui sont parfois éloignées
géographiquement, il faut savoir que certaines villes
et c'est le cas de Martigues, peuvent être très très très
étendues, donc là c'est un service basique
qu'on rend, mais c'est aussi évidemment
un outil
de lien social, c'est une création de points de rencontre,
le passage du Bibliobus
c'est un événement régulier,
ça peut créer une dynamique sociale parfois
dans certains quartiers isolés,
et puis par définition, ça s'adresse
à tous les publics, donc les
enfants, les personnes âgées,
les personnes en situation de handicap,
qui peuvent se retrouver parfois dans des
quartiers excentrés
et y trouver, voilà,
aussi un lieu de rencontre,
un point de service public. Et puis c'est
vraiment, voilà, un
outil d'accès aux œuvres de l'art
et de l'esprit, un des derniers
lieux de vraie mixité sociale
où tout le monde peut se retrouver,
ce qui devient de plus en plus rare,
et ça peut répondre aussi à toutes sortes
de demandes, de besoins
qui sont essentiels.
Est-ce qu'il y a de la mixité sociale au Salon du
Livre et de la Presse Jeunesse, Sylvie Vassalo,
et de la mixité aussi de
contenu ? Je pense que oui, on parle
du livre, mais on ne se limite pas
à un type de livre.
Le Salon, c'est une ébullition, une ruche,
un grand monde de la diversité.
Je pense que c'est l'événement
pour les enfants qui est le plus
populaire de loin en Ile-de-France
et même à l'échelle nationale. Donc oui, la mixité
est là. Je me reconnais
beaucoup dans ce qui vient d'être dit sur le fait
d'aller très proche des
familles. C'est vraiment quelque chose qu'on fait en permanence
puisqu'on est une association qui travaille
toute l'année. Le Salon, c'est le moment où
tout ça se voit et où tous ces publics
se retrouvent. Oui, la mixité,
aucun problème au Salon du Livre de Jeunesse.
Avec des bandes dessinées, des mangas,
des textes plus longs...
Diversité de genre, et peut-être ça peut être
le sujet d'une prochaine émission,
mais il y a dans les pratiques de lecture des jeunes
des sujets qu'on n'a pas
abordés. La bande dessinée, qui est vraiment
un mode d'entrée en lecture et en écriture
pour les enfants, et la poésie
qui revient avec le slam,
avec le rap...
On va parler de la poésie,
on va parler des BD, je vous le promets, Sylvie Bessalo,
et on va parler des bibliothécaires
très prochainement. Je vous souhaite un excellent
Salon du Livre et de la presse
Jeunesse. Bonne lecture à toutes.
Merci beaucoup. Et pardon.
Merci Louise.