Facteur Humain
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26 Vues de vidéo·4 déc. 2024
1962: La Crise des missiles cubains. Au bord de l'apocalypse nucléaire, le monde retient son souffle. Un officier soviétique défie les ordres et évite le pire.
Il existe différentes façons de faire un film, surtout un documentaire.
La plus courante, c'est de se fier à un scénario bien ficelé, sans tenir aux scènes qu'on a imaginées,
avec des témoins contemporains sur un enjeu de société ou encore sur un sujet historique, peu importe.
Mais j'amorce ce travail sur un registre un peu différent.
Ce film repose en grande partie sur des entrevues réalisées il y a une quinzaine d'années
avec de vieux commandants de sous-marins soviétiques.
Entrevue effectuée à Moscou et Saint-Pétersbourg par le réalisateur Oleg Gerstag,
un confrère avec qui je travaillais à l'époque dans le cadre du tournage d'une série documentaire qui s'appelait «Terre arctique».
Quelques extraits avaient été retenus, mais trop peu dans le cadre de cette production.
Des entrevues ont donc dormi sagement sur les tablettes pendant toutes ces années,
sans révéler jusqu'à maintenant leur véritable teneur.
Des documents uniques sur un moment tragique de notre histoire récente
et qui aurait pu nous précipiter dans l'anéantissement total.
Voici l'envers du décor d'une crise que les gens de ma génération ne sont pas prêts d'oublier,
la crise des missiles de Cuba à l'automne 1962.
Alors qu'on l'a échappé belle au cours d'une guerre qui n'avait de froid que le nom,
parce qu'on a eu chaud, très chaud.
Les médailles pèsent lourds sur la poitrine du vieillon,
pas autant peut-être que les traits du visage qui trahissent la lourdeur d'une vie qui s'achève.
Dans l'appartement qu'il occupe à Moscou, le commandant Nikolai Shounkov se sait condamné.
Le prix à payer au terme d'une vie consacrée à la marine soviétique à bord de sous-marins nucléaires.
Une fatalité pour celui qui a joué un rôle essentiel pour son pays.
Beaucoup de souvenirs enfouis sous des couches de vernis qui brillent.
Le premier, c'est qu'il n'y avait pas de tests.
Et ce que les gens ont reçu, ils sont partis avec eux, et personne ne le sait.
Et le deuxième, étant déjà le commandant d'une bateau atomique,
ils nous ont donné des crayons dosimétriques pour tester la radiation obtenue.
Mais l'attitude à cela était, je dirais, pleine.
Parmi toutes ces médailles, l'ordre de Lénine,
décerné pour acte de bravoure et de courage envers son pays.
Il est devenu le premier commandant de sous-marins
à avoir lancé une torpille nucléaire lors de Naissin en 1961.
Au cours de ces événements qui ont amené le monde au bord de sa destruction,
il était aux premières loges.
C'est le moins que l'on puisse dire.
Nikolai Choumkov et trois autres commandants de sous-marins d'attaque soviétique de classe Foxtrot,
Alexei Dubivko, Ryori Ketov et Valentin Savitsky,
ont bien failli déclencher la fin de notre monde.
Cet épisode de notre histoire récente est bien connu,
peut-être pas dans tous ses détails,
mais au plan diplomatique, après bien des sueurs froides,
Khrushchev et Kennedy vont calmer le jeu.
Les sous-marins soviétiques vont se retirer.
Les missiles à Cuba orientés vers les villes américaines seront démantelés.
Le monde entier va pousser un immense soupir de soulagement.
La guerre froide va devenir un petit peu plus tiède
en espérant que l'irréparable ne se produise jamais.
Le vieil homme se demande peut-être ce qu'il faisait dans cette galère.
Son devoir, certes, mais jusqu'où se rendre avant de franchir la ligne?
Ce qu'on ne savait pas à l'époque, et surtout ce que les Américains ignoraient,
c'est que les sous-marins soviétiques étaient dotés de torpilles nucléaires
et qu'ils avaient ordre de s'en servir.
Le vieux capitaine n'a rien oublié,
et ce sera peut-être la dernière fois qu'il reviendra sur cette histoire
qui l'aura marquée pour la vie.
La guerre froide a été considérée comme une guerre militaire.
Nous avons fait un examen d'équipement,
nous avons emprunté nos armes,
et chaque sous-marine a été empruntée par une torpille nucléaire.
L'équipage, à cette époque, sur mon bateau, sur la Buk-130,
c'était principalement celui avec lequel je suis venu de Kamchatka.
Ce sont des garçons très forts,
des enfants de chasseurs, de pêcheurs,
des pomers, des garçons confiants.
On faillit nous plonger en pleine catastrophe nucléaire.
Ces images ont été tournées en 2007.
Les sous-marins de la flotte du Nord ont toujours leur base
près de Murmansk, dans la baie qui s'ouvre sur le golfe de Kola
et la mer de Barents, dans le nord de la Russie.
Les documents déclassifiés de l'ancienne Union soviétique
révèlent que les plans secrets appelés Opération Kama et Anadyr
devaient s'effectuer en trois états.
Tout d'abord, rejoindre les eaux chaudes au sud des Bermudes,
faire la jonction avec des navires de combat soviétiques
et atteindre par la suite les îles de Puba pour y établir
une base de sous-marins dans le port de Marielle.
Les quatre sous-marins soviétiques devaient naviguer
en immersion le jour pour ne pas se faire repérer
et en surface la nuit.
Chaque sous-marin transportait 22 torpilles,
dont une à tête nucléaire, d'une puissance de 11 kilotonnes,
du même type que celle qu'avait testée le commandant Choubkov
l'année précédente.
La veille de leur départ, en présence du premier chef adjoint
de la marine, l'amiral Vitaly Fokin, et du chef d'état-major
de la flotte du Nord, le vice-amiral Rachoska,
les quatre commandants de l'escadre n'avaient qu'une seule
véritable question à poser avant de prendre la mer.
Il m'a demandé d'enregistrer un journal.
Nous avons enregistré quatre commandants.
Quand pouvons-nous utiliser ce type d'armes ?
D'abord, si un ennemi, un possible ennemi,
fait un tir dans un corps solide,
quand il y aura de l'eau, nous avons le droit
d'utiliser l'arme sous l'eau.
S'il y a de l'eau, quand il y aura des tirs,
et quand nous aurons un tir,
nous avons le droit d'utiliser l'arme.
Et la troisième, c'est par ordre de Moscou,
par radio.
Dans ces trois cas, nous avons enregistré
un journal.
Il n'y avait aucun mot qui disait
qu'il allait se battre.
Il n'y avait rien d'autre.
Il disait simplement qu'il allait
se battre dans le port de Montréal.
Et le passage devait être secret.
En fait, c'est ça.
Les commandants n'ont que peu
d'informations sur la crise
qui prend de l'ampleur
d'heure en heure.
Les Américains vont décréter
l'embargo de Cuba, alors que
les équipages de l'armée
sont maintenus dans l'ignorance.
Les contacts radios sont rares,
puisqu'ils doivent s'établir en surface.
La hantise de chaque commandant
est de se faire repérer, ce qui les rendrait indignes
en tant qu'officiers de la flotte soviétique.
Puisque contrairement aux sous-marins nucléaires,
ceux de la classe Foxtrot doivent tout de même
faire surface régulièrement pour recharger
leurs batteries à leurs risques et périodes.
Il faut dire qu'en octobre,
l'Atlantique nous a rencontrés
avec de bons tempéraments.
L'un d'entre eux, le tempérament
Rose-Marie, était particulièrement
sévère à ce moment-là.
La température des vagues
était de 17 mètres.
La hauteur de la vague.
La flotte, bien sûr,
allait très vite.
Mauvais temps, navire en péril,
les Russes doivent suivre les ordres
et ne pas se faire remarquer
au milieu d'une mer en furie.
Les pêcheurs, qui étaient
à la banque de Newfoundland,
criaient tous les jours
à tous les langues.
Mais nous n'avions pas le droit
d'approcher et d'aider.
Et puis, comment aider
lorsqu'on avait ce type d'objet ?
Qu'est-ce qu'il faut dire ?
Bien sûr, c'était difficile
d'apprendre l'Atlantique,
d'apprendre la température
et tout le reste.
Mais avant tout,
le plus important,
c'était Newfoundland
et les îles d'Azur.
C'est ici.
Cette période des années 60
et la suite
appartiennent au début
de la guerre froide.
L'Atlantique, les îles d'Azur,
la Norvège, l'Islande,
les îles Faroe,
les îles d'Azur,
les îles d'Atlantique,
c'est-à-dire les frontières
contre les bateaux
et les bateaux sous-marins.
En sortant de l'océan,
nous avons forcé
tous ces frontières
sans découverte.
C'est ce que nous avons fait
grâce à la température.
La température était incroyable,
jusqu'à 12 degrés.
C'était incroyable.
Les gens ont vécu
cette éclatement physique
de l'équipage.
Nous avons donc approché
les bords de la Côte d'Ivoire.
La température s'est baissée
et nous avons vu
des combats américains
Les Américains sont à leur trousse.
La tension monte de plus en plus
à bord des sous-marins.
Les parois des submersibles vibrent
sous le choc des charges explosives
lancées par les bâtiments de guerre
de la flotte américaine.
Quatre porte-avions,
40 destroyers
et plus de 350 avions sont déployés.
Des grenades antisous-marines d'entraînement
sont utilisées pour les obliger à faire surface.
Les Soviétiques ne sont pas au bout de leur peine.
Le jeu du chat et de la souris
se corse de plus en plus.
Habitués à opérer dans des eaux
beaucoup plus froides,
les équipages supportent mal la chaleur intense
qui envahit les compartiments.
Pour certains, la situation devient intenable.
Les sous-marins russes naviguent en eaux troubles.
Les communiquants de la France
Pour déployer leurs antennes,
les sous-marins doivent remonter presque à la surface,
ce qui les rend vulnérables
au milieu de l'armada de guerre américaine.
Ils réussissent cependant à capter les radios
et le flot ininterrompu de communication
entre les stations côtières américaines
et les navires de guerre
Socoués de tous bords,
ils comprennent qu'ils sont en guerre
et se préparent à défendre chèrement leur vie.
Dans ce sens,
quand tu ne comprends pas
et que la guerre se prépare,
quand quelque chose de terrible va se développer,
c'est quelque chose qu'il faut vivre.
Et toi, tu as des armes nucléaires à bord.
Qu'est-ce qu'il faut faire ?
Comment les utiliser ?
Et nous n'avons pas reçu de demandes
pour aller à Moscou.
Nous n'avons pas réussi.
Et c'est là qu'il fallait prendre la bonne décision.
On est au bord d'un précipice
dont on ne connaît ni la profondeur,
ni les risques de déséquilibre.
Les commandants Ketov et Shumkov arment les torpilles.
Les ordres sont dripostés en cas d'attaque
de ne pas tendre l'autre joue si on les frappait.
C'est bien ce que leur a signifié le choc de la flotte
en quittant leur base de Saïda dans la mer de Barents,
répliquée en cas d'assaut.
En surface, les navires de guerre américains forcent la mesure,
augmentent l'intensité et la fréquence des tirs
dans le but d'obliger les Soviétiques à faire surface.
Nommer un duel,
c'est vraiment comme un duel.
La victoire serait pour celui
qui utilise l'armement d'abord.
Et bien sûr, si les Américains
gardent constamment la connexion
avec leur commandement,
bien sûr qu'ils pourraient utiliser l'armement d'abord.
Et si tu utilises l'armement d'abord,
c'est ta victoire.
C'était notre difficulté.
C'est ce que nous comprenions.
Nous étions convaincus.
Les commandants nous disaient
que s'il s'agissait de quelque chose,
qu'ils entendaient un explosif
ou qu'ils bombaient notre bateau,
qu'il fallait aller vite pour l'aide,
sans attendre les commandements.
Nous nous sommes rendus compte
que la guerre pouvait commencer
à n'importe quelle heure.
La guerre et l'apocalypse nucléaire
reposent entre les mains
de ces hommes maintenant vieillissants
dont les jours sont comptés.
Je n'ai pas d'autres idées.
Si j'ai reçu l'ordre de tirer
avec une torpède atomique,
il n'y a pas de doute,
je tirerai avec une torpède atomique.
En fait, tout s'est passé
de la même manière.
En allant plus près de l'Amérique du Sud,
l'intensification des forces
contre les bateaux est devenue
si concentrée qu'on n'arrive pas
à monter le periscope.
L'avion est en haut,
ou le bateau est près.
Les Américains ont mis en oeuvre
d'amener les bateaux
sous l'eau russe.
C'est la base,
l'avion est en haut,
et la torpède est en bas.
Ce n'est pas le bateau,
c'est l'avion.
C'est l'avion.
Alors, ce n'est pas le bateau,
c'est l'avion.
On doit bien l'exposer.
C'est une grande fieldspout.
Il peut y avoir des façons de le faire.
Il y a un problème avec la visualité
du chef de staff.
Mais on était tous prêts.
En en attendant,
on commençait à préparer
à l'attaque de torpède,
à la préparation de l'apparatus de torpède.
Mais, pour l'instant, ce n'est pas de l'arme atomique.
Alors, nous avions le droit d'utiliser cette arme atomique
selon notre préférence,
comme je vous l'ai déjà dit,
selon notre prospectus dans trois cas.
Un jeu extrêmement dangereux.
Plus que tout autre, le président Kennedy
mesure parfaitement le danger.
Pendant ses heures sombres,
il s'enferme avec sa garde protégée,
avec ses chefs d'état-major et notamment son frère,
Robert Kennedy, secrétaire d'État.
On sait maintenant que les échanges
entre Kennedy et Khrushchev ont permis d'éviter le pire.
L'un et l'autre, en toute connaissance de cause
et en un point douté, portaient le poids,
la lourde responsabilité d'une destruction massive
au moindre faux pas,
et cela tout au long de la chaîne de commandement
qui peut faillir à chaque maillot.
À bord d'un bâtiment de guerre,
comme celui-ci, le facteur humain peut soit éviter le pire
ou le provoquer.
Et Kennedy connaissait parfaitement ce trait.
Dans ce tube d'acier,
16 missiles Polaris à longue portée
capables d'atteindre une cible à plus de 1 700 000 de distance
attendent le signal de départ.
Durant ces heures où tout peut basculer,
le Thomas Edison ainsi que cet autre submersible américain
doté pareillement de missiles balistiques nucléaires
sont déployés vers Cuba.
D'ailleurs, quelques jours avant la crise, le 13 avril,
alors que le ton monte entre les deux superpuissances,
le président américain avait tenu à rendre visite à l'équipage.
Les journalistes n'ont pas été autorisés
à l'accompagner à l'intérieur.
Ces images nous le montrent sur le pont et la passerelle
après sa visite.
Quels ont été les échanges avec les marins?
On ne le saura jamais.
Ce que l'on sait, par contre,
c'est que Kennedy tenait absolument
à voir de ses propres yeux les fameux missiles.
Tellement qu'à cause de ses maux d'eau
l'empêchant de descendre par les coutilles,
on a dû aménager spécialement pour lui un ascenseur
afin de lui permettre d'accéder au compartiment
et de voir de ses propres yeux
ces engins de mort qu'il avait le pouvoir d'utiliser.
Le seul sous-marin doté d'un ascenseur,
Kennedy y tenait vraiment.
Le 22 octobre, le président Kennedy s'adresse à la nation.
Lorsque Shumkov a été élevé,
la question de la présence de nos sous-marins
a été posée sur la surface.
Les Américains savaient que nous étions là-bas,
mais ils ne savaient pas pour quel but.
Ils prétendaient que nous avions toutes des roquettes
avec de l'atomique, des roquettes à l'atome.
Bien sûr, la panique s'est élevée.
C'est ce que nous a annoncé l'administratif de l'armée.
Les Américains sont partis du sud de l'Amérique du Nord vers le nord.
Kennedy a dû s'exprimer.
J'ai entendu le traduction.
Il a dit qu'il n'allait pas lever une seule roquette,
il allait lever toutes les roquettes
et qu'il allait tirer les roquettes de notre mer intérieure.
Les Américains pensent que leur mer intérieure
est la 60e meridienne de la Drogue Ouest.
C'est la moyenne de la mer de Sargasso.
C'est une territoire neutre.
Tout le monde pense que c'est comme ça.
Pendant que le monde retient son souffle en surface,
dans les profondeurs de l'océan,
les équipages des sous-marins rusbibent des moments dramatiques.
Les explosions secouent les bâtiments.
Le bruit est infernal.
Les détonations sont amplifiées jusqu'à devenir insupportables.
Le commandant Ketop va bientôt faire face à une situation
qu'aucun capitaine de navire de guerre
ne désire connaître dans sa carrière.
Il n'y a rien de pire sur une bateau sous-marine,
surtout quand il y a deux commandants sur la bateau.
Il doit y avoir un seul commandant,
et personne n'a plus le droit de s'intervenir à son ordre.
Et quand il y a un conflit,
quand il y a deux pensées,
c'est une guerre, et c'est terrible.
C'est la mort d'une bateau sous-marine.
Cette fois, la menace provient de l'intérieur même du sous-marin.
Ces jeunes hommes ont mis toute leur confiance
envers celui qui reste le seul maître après Dieu.
Cette confiance est indéfectible, et Ketop le sait bien.
Mais outre leur capitaine,
il y a à bord un officier de haut rang,
le commandant de brigade Vitali Numovitch,
qui va poser un geste dramatique au plus fort des attaques.
Devant l'équipage médusé,
celui-ci exige qu'on lui remette le commandement.
Au coeur de l'action, les deux officiers ne s'entendent plus
sur la conduite des opérations.
Les bombes d'études, comme on l'appelle aujourd'hui,
ont dégagé toute l'armature électrique de l'équipage.
J'ai donc pris des lampes d'évacuation supplémentaires.
C'est pour ça que l'arrivée à l'île de Périscope
a été équivalente à ce que tu t'es retrouvé.
Ketov juge donc que le danger est trop grand
pour remonter à la surface.
Mais malgré la menace, le commandant de brigade Numovitch
insiste auprès de lui,
toujours dans l'espoir d'établir une communication avec Moscou,
même si les Américains risquent de les surprendre.
Ketov refuse de se plier à cet ordre.
Ketov ne restera pas longtemps dans sa cabine,
même s'il perd le commandement de son navire.
Avant même que le sous-marin ne fende la surface de l'eau,
il empoigne le Périscope dans le poste central
et découvre ce qu'il craignait le plus.
C'est une panique légère.
On va dire que c'est un choc.
Le commandant crie,
« Allons en bas, à 300 mètres. »
« En bas à 300 mètres ? »
On est arrivés à 100 mètres
et on a cassé les gants,
comment ils s'appellent ?
Les gants de Varys.
Le problème, c'est que,
à température froide,
ces gants de Varys,
ils se gardent.
Et là, ils se sont cassés et ne se gardent plus.
Et là, dans le combat,
c'est comme si c'était à Bréchiteau.
Et il a commencé à s'échapper de l'eau.
Une alarme d'accident.
Vous comprenez, c'est une affaire très sérieuse.
Alors, qu'est-ce qu'on fait ?
Et c'est là qu'on s'est rappelé
le bon mot de nos constructeurs
et tous les autres compagnons.
Mais,
malheureusement, tout s'est passé.
À 90 mètres, on s'est arrêtés,
on a éliminé l'eau.
Le commandant a commencé à s'échapper.
Chaque action,
chaque décision
pouvait mener
à la destruction d'un monde
inachevé.
Quelques heures après le discours de Kennedy,
le 22 octobre,
le B-59 du commandant Savitsky
se retrouve à son tour
dans une fâcheuse position.
À bord, les hommes sont épuisés.
La température atteint plus de 45 degrés.
Le sous-marin doit faire surface.
Ses batteries sont à plat.
C'est un véritable champ de bataille
que découvre le commandant Savitsky dans sa tourelle.
Les grenades sous-marines
explosent tout autour.
Au-dessus de lui, à basse altitude,
les avions survolent son sous-marine.
Savitsky ordonne de plonger en catastrophe
et d'armer la torpille nucléaire.
Il ne fait aucun doute,
dans son esprit,
que la guerre est déclenchée
et que, s'il le faut,
ils mourront en brave pour la gloire
de la flotte et de l'Union soviétique.
Avant que l'irréparable se produise,
le capitaine de deuxième rang
Vassily Arkhipov va s'interposer
et refuse de donner son accord
au tir de la torpille nucléaire.
Les Russes comprennent
que si la guerre avait été réellement déclarée,
les Américains auraient déjà coulé
leurs sous-marins.
La tension baisse,
la torpille nucléaire ne sera pas lancée.
Décédé en 2002,
Arkhipov passera pour celui
qui a sauvé le monde de la catastrophe.
Il faudra attendre près de 40 ans
et la chute de l'Union soviétique
pour que son geste soit reconnu.
Ils ont eu des instructions
ou l'initiative des commandants américains
qui ont tenté de s'enfuir
à notre sous-marine
à la fois.
À la fois.
Il date de la Seconde Guerre,
de la Guerre froide
ou de l'époque actuelle.
Pour le vice-amiral Chernov,
tous les sous-marins se ressemblent
tout est affaire de survie dans un tube d'acier,
hier comme aujourd'hui.
Mais c'était plutôt un pas diplomatique.
À ce moment-là, nos bateaux d'acier
étaient en train de se préparer
pour réaliser une mission
avec plus de bateaux d'acier que 4.
Nos compagnons savent comment se prépare un bateau.
Tout comme les commandants Choumkov et Ketov,
le vice-amiral Chernov croule sous les médailles
dont l'ordre de Lénine pour avoir établi des records
de vitesse et de profondeur
à bord des sous-marins nucléaires,
notamment sous les glaces de l'Arctique.
Jouer au char
et à la souris, un jeu dangereux
dont il est lui aussi passé maître
durant ces années de guerre froide.
Qu'ils soient russes, canadiens, français ou américains,
ces hommes qui s'affrontent toujours
dans cette guerre de l'ombre disposent d'un arsenal
capable d'anéantir la race humaine.
Si le secret et la raison d'état entourent de mystère
le jeu dangereux qui se poursuit,
les zones sombres commencent à sortir de l'ombre.
Certaines missions, rarement,
si donc jamais dévoilées jusqu'à maintenant,
auraient pu très mal se finir nutétées
de ce facteur humain essentiel au jugement de ceux
sur qui repose le poids des conséquences.
Pour la plupart des membres de l'équipage,
c'est des opérations normales
parce que c'était notre travail de faire ça.
Mais juste quand nous étions proches du sous-marin russe,
le niveau de stress a augmenté.
Le commandant Larry Hickey retrouve le sous-marin
dont il a été capitaine durant la guerre froide.
C'est un peu comme s'il revenait chez lui.
Sur le site maritime de la Pointe-aux-Pères,
le nondaga n'a plus rien à cacher,
si ce n'est quelques souvenirs enfouis
qui émergent tranquillement du fond des mémoires.
Contrairement à la croyance populaire,
la flotte de sous-marins canadiens n'a pas servi
qu'à la seule formation des équipages
et la surveillance des côtes canadiennes
dans les derniers moments de la guerre froide, ou non.
Au cours des années 80, de multiples opérations secrètes
ont amené les équipages canadiens
à participer à un jeu dangereux dans l'Atlantique nord.
Entre ce que nous savons de la guerre froide en général
et ce qui s'est passé dans l'esprit de ceux
qui l'ont mené au plus profond des océans,
force est d'admettre que les règles d'armement
et l'engagement n'ont pas toujours préséance
quand vient le temps de choisir
entre ce qu'il est prévu de faire et ce que l'on fait.
En 1987, le commandant Hickey participe à une mission secrète
au large du Groenland.
Son sonore vient de détecter la présence
d'un sous-marin russe de classe Yankee.
À bord de celui-ci, 16 missiles balistiques thermonucléaires
capables d'atteindre une cible à plus de 4 500 km.
Nous avons détecté le sous-marin,
mais les conditions météorologiques
étaient très, très mauvaises.
C'était très difficile de rester en contact.
Mais nous avons détecté le sous-marin
et nous étions en filant, en filant en arrière.
C'est comme le film Hunt for Red October.
Oui, c'est comme ça, mais pas exactement.
À bord de l'Onondaga, la tension monte.
À 29 ans, le commandant Larry Hickey doit prendre
la plus importante décision de toute sa vie.
Le sous-marin russe a été détecté.
Le commandant en seconde et moi, nous avons discuté.
J'ai dit, je ne veux pas commencer
la Troisième Guerre mondiale.
La crise des missiles de Cuba nous aura appris
que la menace d'un hécatombe nucléaire repose avant tout
sur la réaction des témoins de première ligne.
Ceux et celles qui, bien au-delà des manigances
et du jeu politique, se retrouvent au coeur de l'action,
là où le facteur humain pèse lourd
dans la balance du pouvoir ultime.
En 1962, les Américains se sentaient menacés
par les missiles nucléaires installés par les Soviétiques
sur l'île de Cuba, ce qui a conduit à la crise
et amené le monde au bord du désastre.
À leur retour au pays, les équipages
des quatre sous-marins soviétiques s'attendent
à un accueil chaleureux, mais ils vont vite déchanter.
Ce n'était pas juste mon opinion.
C'était l'opinion de l'équipage.
Nous étions éduqués comme ça.
Et c'est ce qui m'a touché.
Quand nous sommes revenus,
quand nous avons été trompés dans la poussière,
nous avons été silencieux pendant 20 ans,
nous avons demandé pourquoi nous n'avons pas utilisé ces armes,
pourquoi nous n'avons pas commencé.
Tout cela...
On se demande pourquoi.
L'année 1963, en janvier,
et nous sommes revenus pour le noël 1962,
en décembre.
Alors, je dois penser à ce que s'était produit
les gens plus élevés.
Ils nous ont pressés, en particulier Khrushchev lui-même.
On a été invité par le ministre, le ministre de la Défense, Gretschko, à s'occuper d'eux-mêmes.
Pourquoi avez-vous lancé ? Vous avez dégagé la Russie.
Pourquoi avez-vous lancé, je vous demande.
Je n'ai pas pu me charger.
La bate n'a pas besoin de charger.
Quelle chargeur j'ai ici ?
J'ai attiré le chef du staff.
La famille a disparu.
Le marshal des Forces armées est venu vers lui.
André Andreevich, les bateaux d'abattants n'étaient pas des atomes, mais des diesel.
Chacun détient sa propre vérité selon ce qu'on retient de l'histoire.
De la manière dont elle nous parle, de la façon dont on l'entend.
Elle repose sur des faits que l'on interprète plutôt que des certitudes.
C'est ainsi qu'elle se transmet de génération en génération,
que ce soit à l'échelle des nations ou à hauteur d'homme.
Le sort de l'humanité dépend des gestes que l'on pose,
des décisions que l'on prend, des ordres que l'on donne ou qu'il faut suivre,
toujours avec l'espoir qu'un doute s'installe, pour le meilleur ou pour le pire.
Action, réaction.
En matière de conflit, les règles n'ont pas changé depuis que le monde est mou.
Avec l'invasion de l'Ukraine, l'extension de l'OTAN aux frontières proches du géant russe
est devenue la caution d'un nouveau conflit dont on ne sait pas jusqu'où il nous mènera.
Soixante ans après la crise de Cuba, la menace d'une guerre nucléaire ressurgit.
Les leçons du passé nous ont appris que pour calmer le jeu,
il fallait un réel désir de dénouer l'impasse,
ce que Kennedy et Khrushchev ont démontré à leur époque,
et ce qui fait cruellement défaut de nos jours.
Kennedy et Khrushchev.
Et Nikolai Cherkashin, l'écrivain, dit que les présidents n'ont pas commencé la guerre.
Les commandants américains ou russes pouvaient commencer la guerre.
Quelqu'un n'a pas retenu les nerfs.
Je dirais que les commandants américains ont agi d'une certaine manière.
Il dit que c'était imprévu, mais pas tout à fait tactique.
Il est arrivé à un point où les nerfs ne pouvaient plus se tenir.
Nous avons été élevés dans une sphère,
nous avons été élevés dans une idéologie complètement différente.
L'idéologie présente aujourd'hui, pour moi par exemple, n'est pas acceptable.
Je vais être honnête.
C'est acceptable pour les jeunes.
Mais ce n'est qu'une partie des jeunes.
Parce que où nous sommes allés depuis les années 90,
et où nous sommes arrivés,
c'est un chemin pour moi, par exemple.
C'est un chemin qui n'est pas acceptable pour le développement du futur.
Nous avons toujours un capitalisme noir.
Quand il s'arrête, nous devons vivre de la manière humaine.
Mais nous ne pouvons pas.
Nous vivons tout de la manière varoreuse.
Tout est décidé par la corruption.
Tout est décidé par l'argent.
Mais où sont les forces spirituelles ?
Avant, surtout dans les années 60, ce n'était pas le cas.
À l'époque, nous avions comme commandant,
un état d'esprit personnel.
Un état d'esprit de l'homme.
Nous n'avons pas vécu en richesse.
Nous avions tout.
Bien sûr, dans l'entreprise, c'était pareil.
Mais nous avons dormi tranquillement et vivons tranquillement.
Des équilibristes sur une corde raide,
c'est peut-être de cette façon qu'on pourrait le mieux définir
le rôle de ces hommes au fond de l'océan.
Le vieux marin garde ses secrets pour lui
et comme bien d'autres de sa génération,
reste discret face aux changements qu'a subis son pays.
Mais un doute demeure dans son esprit,
peut-être même une certitude,
comme si les leçons du passé ne comptaient pas.
Le monde ne peut pas vivre en harmonie sans ça.
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