Faux semblant et vérité

KTOTV
37 abonnés
4 déc. 2024
Mieux vaut avoir conscience de la façon dont le consommateur peut se laisser abuser. Gare à l'effet luxe ! Il suffit de voir un objet dans un écrin pour être prêt à l'acheter au plus haut prix.
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Bonjour !
Dans l'enfance, j'ai visité un jour une chaîne d'abattage
et des conditionnements de poulet.
Et j'étais stupéfait de voir que les mêmes volatiles
étaient emballées sous deux marques distinctes,
l'une basique et l'autre pas.
Le poulet le plus cher n'avait qu'un avantage,
un ruban rouge noué entre la tête et le croupion.
Je viens de découvrir un coup marketing génial
qui enfonce ce clou.
En 2018, 80 influenceurs
furent invités à Los Angeles
au lancement d'une marque de chaussures italienne
dénommée Bruno Palessi.
Dans la boutique d'un quartier chic,
les chaussures étaient présentées par des mannequins
et exposées comme des œuvres d'art.
Leur prix était libre.
Grisé, nombre d'influenceurs en achètèrent
en versant jusqu'à 600 dollars la paire.
Or, c'était une fausse marque.
Bruno Palessi n'existe pas.
Mais les chaussures étaient celles d'une vraie marque,
l'enseigne à bas prix Payless,
vendue moins de 50 dollars la paire.
C'est elle qui avait organisé ce canular.
Le tout était filmé
par une agence de publicité.
Payless a pu diffuser sa démonstration imparable.
Nos chaussures bon marché
trompent leur monde et paraissent luxueuses.
Il y a de quoi réfléchir.
Car l'affaire n'est pas si simple.
D'abord, cet effet luxe est connu.
Nous tombons tous plus ou moins dans son panneau.
Reconnaissons que pour offrir
une bonne bouteille de vin,
nous aurons tendance, surtout quand on n'y connaît rien,
à choisir la bouteille qui a de l'allure
et dont le prix est assez élevé.
Il faut en déduire que ce n'est pas de la piquette.
Certes, les sites internet
d'évaluation des crus peuvent aider.
On y trouve d'ailleurs des vins à petit prix,
rivalisant avec de grands crus.
Notons aussi que, selon l'adage
« la façon de donner vaut mieux que ce que l'on donne »,
l'emballage d'un objet,
comme la beauté d'un couvert,
participe à la qualité de leur réception.
Certes, nous n'aimons pas payer l'emballage.
Mais la présentation d'un vêtement en vrac
a quelque chose de rebutant.
Au moins que le vrac table,
à son tour, sur une forme de snobisme.
L'expérience d'achat
est donc à prendre en compte, et pas seulement le produit.
J'ose transposer à la liturgie.
Elle se doit d'honorer le cadeau.
Quand elle est bâclée,
on peut être choqué.
J'ajoute qu'une marque de luxe ne muse pas seulement
sur l'apparence.
Elle vend sa solidité, sa durabilité.
Les contrefaçons ne résistent pas à l'usure.
D'ailleurs, la mode à petit prix
est une catastrophe écologique.
Ces produits sont peu durables,
peu portés, ils s'usent très vite.
Et en plus, ils sont de moins en moins recyclables
à cause de la médiocre qualité
des tissus synthétiques
avec lesquels ils sont faits.
L'événement du faux lancement d'une fausse marque
de chaussures pose d'autres questions.
J'ai lu l'avis de critiques de mode
plus expérimentées que de simples influenceurs.
Ils pensent qu'ils ne se seraient pas laissés
berner par des objets produits en série.
Un commentateur suspecte même
un mensonge dans le mensonge
à propos de ceux qu'on voit s'extasier
devant des chaussures qu'ils croient à 600 dollars
avant d'être confondus en découvrant
leur prix réel.
Étaient-ils de vrais influenceurs
ou des acteurs payés pour la publicité ?
Quoi qu'il en soit, toute mise en exergue
de notre tendance à la crédulité
nous déniez.
C'est la seule bonne nouvelle.
