PAUL BIYA CRÉE LA PANIQUE : VERS UNE DÉVALUATION DU FRANC CFA EN AFRIQUE CENTRALE ?

Le Média
76 abonnés
15 Vues de vidéo·22 déc. 2024
Pour ne rater aucune de nos vidéos, n'oubliez pas de vous abonner et d'activer la cloche.
Bonjour à tous et bienvenue dans Décrypter l'Afrique, le panel, votre rendez-vous hebdomadaire de débats sur l'actualité africaine,
une émission coproduite avec Le Média et Vox Africa diffusée chaque dimanche à 16h GMT, soit 17h à Paris en heure d'été.
Aujourd'hui, je suis en compagnie de Fabrice Huimault, journaliste pour Le Média, Cédric Abba, journaliste, écrivain, chercheur,
associé et président du Centre international d'études et de réflexions sur le Sahel, Geneviève Gutsinger, ancienne journaliste,
présidente d'IMAGE, cabinet de conseil en stratégie politique et communication, Wilfried et Kanga,
essayiste d'analyse politique et militant du mouvement pour la renaissance du Cameroun, parti de l'opposition camerounaise.
Peur sur la CEMAC, la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale, qui réunit les pays de cette région ayant en coma le franc CFA et pour cause.
La situation financière est tellement dramatique qu'elle semble avoir obligé le président camerounais Paul Bia, notoirement absent en général,
à tirer la sonnette d'alarme lors du sommet de l'organisation qui s'est tenue le lundi 16 décembre dernier à Yaoundé.
Nos avoirs extérieurs nets se sont considérablement amoindris.
Cette situation est préoccupante et appelle à une action urgente de notre part pour renverser cette courbe.
Si rien n'est fait, selon diverses expertises, nous pourrions faire face à des conséquences désastreuses,
à la fois pour nos pays et pour notre sous-région.
Il s'agit là, à bon sens, d'une éventualité que nous devons absolument éviter.
Alors le discours de Paul Bia est absolument lunaire sur la forme, en tout cas c'est mon point de vue.
Il se pose en commentateur de l'actualité alors qu'il dirige le plus gros pays de la CEMAC depuis 42 ans.
On se demande comment on en est arrivé là et il doit quand même avoir une idée et pas donner l'impression d'être un chroniqueur économique, Wilfried.
Enfin, si Paul Bia avait une idée de la réalité économique du Cameroun, je ne serais pas membre de l'opposition.
C'est précisément...
C'est le Président.
Oui, c'est le Président et ça ne le dispense pas de la contestation populaire, de la contestation politique.
Et je fais précisément partie de la contestation politique, c'est-à-dire les calculs.
La vision politique du régime RDPC depuis 1982 est exactement le contraire de ce à quoi nous aspirons.
Il y a une incapacité notoire à diversifier l'économie du pays, ce qui fait que la focalisation sur le commerce, l'exportation des matières premières, rien n'a changé à ce niveau.
La problématique avec les matières premières, c'est que ça dépend précisément des cours de ces matières sur le marché international.
Et qu'à un moment donné, quand la conjoncture n'est pas positive, vous vous retrouvez en pénurie de devises, le cas échéant, c'est déjà un problème.
Le problème, c'est que l'auteur de ce marasme économique vous explique qu'il ne sait pas lui-même comment...
Co-auteur, parce qu'il y a plusieurs présidents dans la CEMAC.
Oui, dans le cas du Cameroun, l'auteur, dans le cas de la CEMAC, le co-auteur, si vous voulez.
Maintenant, s'il faut parler justement des responsabilités des uns et des autres, c'est plus ou moins la même réalité.
L'un des mauvais élèves de la CEMAC, c'est précisément le Congo, avec une dette dont on nous dit qu'elle avoisine les 100% du PIB.
Congo-Brazzaville.
Oui, il faut remarquer que le fait d'être endetté n'est pas un problème en soi.
Si vous produisez, si vous faites tourner l'économie, si vous remboursez de temps en temps les crédits, vous restez pertinent aux yeux des agences de notation.
Et vous avez la possibilité de contracter de nouveaux crédits.
Selon la formule, on ne prête qu'aux riches.
Ce n'est pas le cas, malheureusement, pour le Congo.
Et c'est pareil avec le Gabon, dont la FMI nous avait annoncé aussi que la dette allait avoisiner, pour l'année qui vient, les 80% du PIB.
Le Cameroun n'est pas si endetté que ça comparativement, mais le Cameroun souffre de la même problématique au niveau de l'organisation de son économie,
c'est-à-dire le pétrole, le bois, le gaz, bref, la matière brute.
Et beaucoup de ces structures ne sont même pas détenues par des acteurs locaux.
Si on vous parle, je ne sais pas, dans le caoutchouc, prenons comme ça un exemple à tout hasard.
Le caoutchouc, on vous dit, la société qui gère les VIA au Cameroun, c'est EVCAM.
Bon, il y a CAM derrière, mais c'est quand même les Chinois.
Le groupe Sinochem qui le détient.
En fait, le groupe singapourien, d'abord, le GMG Global, qui est lui-même détenu par le groupe chinois Sinochem.
Ce qui fait que, non seulement nous focalisons nos économies sur l'exportation de la matière première,
mais en plus, cette matière première, les rentrées ne nous appartiennent pas à 100%.
Et je ne veux même pas parler de la part de devises que nous devons verser pour maintenir la priorité euro-CIFA au compte des opérations.
Et donc, dans ce bolgui-bolgui économique, dans ce hors-sujet de gouvernance,
vous vous retrouvez, et ce n'est absolument pas une surprise, dans une situation où les devises...
Voilà, et c'est pour ça qu'on a eu cette rencontre de la CEMAG, le 16 septembre,
où la FMI a envoyé comme un général Mme Geneviève, pas vous, Geneviève Verdier,
et le représentant de la FMI Afrique, M. Sélassé.
Et donc, vous avez cette sorte de demande de compte,
de demande de compte rendu où les États africains doivent répondre, justement,
de leurs actes sur les décennies écoulées.
Comment ça se fait qu'il y ait une telle stagnation au niveau des devises ?
On dit qu'il faut un minima de 4 à 5 mois.
Là, nous avons à peine des devises pour 3 mois, et ça pourrait se compliquer à l'avenir.
Donc, ça ne va pas bien du tout.
Et Paul Billa, de mon point de vue, je reviens toujours sur mon rôle d'opposant,
de membre de parti d'opposition au Cameroun.
Il est évident que sur ce point-là, il a dit la vérité.
Il ne sait pas lui-même comment on en est arrivé là, puisqu'il ne sait d'entrée de jeu...
Il parle des experts, enfin.
Je veux dire, la première des choses, Fabrice, quand on fait un constat pareil,
c'est au moins de débarquer en ministre des Finances, voir tout son gouvernement, en fait.
Vous êtes en train d'expliquer que rien ne va,
et comme commentateur de l'actualité économique et politique de son pays,
Paul Billa parle des experts.
Mais comment en est-on arrivé là ?
Moi, je commencerais par dire qu'on ne peut pas être à la fois lanceur d'alerte
et l'une des causes de l'alerte en question, le Cameroun, c'est 13 milliards de dettes publiques,
40 % du PIB de la zone CEMAC.
Je pense que même si, effectivement, Wilfried l'a dit, la dette ne fait pas tout,
il faut quand même faire des comparaisons toutes proportions gardées,
parce que même si la dette d'un pays comme la France atteint à peu près 110 % de son PIB,
la santé économique de la France n'est en rien comparable.
Le patrimoine au-delà de la santé économique, le patrimoine de l'État.
Voilà, le pouvoir d'achat, énormément de choses qui font que les pays occidentaux,
certains pays occidentaux peuvent se permettre d'avoir une dette publique colossale
et quand même arriver à s'en sortir économiquement.
On est dans des gouffres, en fait, on est dans des gouffres financiers avec nos pays d'Afrique centrale.
Et le constat est assez malheureux venant d'un chef d'État qui, pour le coup,
n'agit pas justement pour redonner un peu des codes plus vertueux.
Les codes, déjà, le fonctionnement même du pays en termes de corruption,
de lutte contre la corruption en dehors de tout ce qui a été fait ces dernières années
qui représentait en fait une espèce d'affichage politique.
Il y a des problèmes en termes de lutte contre la corruption.
Il y a, on parlait de la pénurie des devises pour quiconque a été au Cameroun
ou dans n'importe quel autre pays de la zone CEMAC ces dernières années,
constate qu'il y a un vrai problème d'accès à la monnaie, en fait.
Et là, on ne parle pas de théorie, on ne parle pas de croissance, on ne parle pas d'inflation.
On parle clairement de l'économie de base, du commerçant, du chef d'une PME
qui va être impacté directement par l'absence tout simplement de devises.
Il y a eu ce trafic de pièces de monnaie qui avait été démantelé en 2019,
il me semble, en direction de la Chine.
On pensait que c'était l'origine de cette pénurie.
Mais on se rend compte qu'en fait, le mal est encore plus large.
Et en tant que chef d'État, individuellement, lui, le président Paul Billard,
mais collectivement, tous les chefs d'État de la zone CEMAC sont un peu responsables de cette situation.
Il y a un problème politique, il y a un problème de gouvernance en fait aussi,
derrière le problème économique.
Fabrice a touché du doigt la réalité.
En réalité, c'est un problème de gouvernance économique et sociale qui s'oppose.
Lorsqu'on regarde sur le papier a priori,
les six pays de la zone CEMAC sont beaucoup plus riches que les huit pays de la zone UNOA.
Mais la question de la gouvernance de ces pays revient.
Il y a le Cameroun sans doute, puisque le Cameroun est la locomotive de la zone.
Mais quand vous regardez les autres pays, la situation n'est pas meilleure.
On a parlé du Congo où le niveau de dette a dépassé le caractère soutenable.
Le Congo a un niveau d'endettement avec des dettes même qui sont cachées,
avec une gestion, alors que potentiellement le Congo,
avec un maximum de 5-6 millions de personnes, 300 000 barils de pétrole par jour,
aurait pu être un El Dorado pour les citoyens congolais.
Donc quand on regarde un peu la gouvernance dans ces pays-là,
la somme de la mauvaise gouvernance conduit à la situation dans laquelle aujourd'hui se trouve la zone UNOA.
La zone CEMAC.
Il y a eu déjà quelques alertes par le passé sur la situation de la zone
où on avait constaté d'un point de vue économique que le franc CFA d'Afrique de l'Ouest
n'avait pas la même valeur que le franc CFA d'Afrique centrale.
À cause justement des difficultés que les pays ont, à cause du ratio sur les réserves qu'il faut avoir.
Malheureusement, les différentes alertes qui avaient été détectées
n'ont pas amené à un changement de traductoire et de gouvernance.
Et on se retrouve dans la situation d'aujourd'hui.
Et à mon avis, le sommet n'a pas servi à grand-chose,
puisqu'il n'a pas dessiné les voies pour remédier à la situation.
Alors on a l'impression Geneviève que Paul Biya agit comme une sorte d'influenceur au service du FMI.
En réalité, comme s'il voulait montrer qu'il était un bon élève du FMI,
selon une formule d'ailleurs qu'il avait employée il y a quelques décennies.
Mais c'est totalement hors-sol on a envie de dire.
Oui, c'est complètement hors-sol.
À partir du moment où il y a effectivement un vrai problème de gouvernance,
je suis d'accord avec tout ce qui a été dit autour de la table,
je n'ai pas grand-chose à ajouter en fait.
Un problème de gouvernance, un problème de transparence aussi sur les secteurs pétroliers et gaziers, c'est évident.
Au Congo notamment.
Notamment au Congo.
Transfigura, Glencore, c'est vraiment les agents de cette dette publique qui ne fait que s'aggraver.
Ce n'est pas un espace de développement en fait.
Un espace de pillage.
C'est des pays qui vivent sur un endettement qui n'est pas maîtrisé,
sur un endettement qui est libellé dans des devises étrangères.
Donc à partir de là, le remboursement est effectivement très très compliqué.
Avec une partie de la production pétrolière qui est gazée,
qui est quand même gazée auprès de traders suisses notamment.
Donc à partir de là, vous ne pouvez pas vous en sortir.
Il peut toujours commenter sa propre actualité.
Mais oui, effectivement c'est un influenceur.
Le problème, c'est qu'il est quand même à la gouvernance depuis 42 ans de ce pays.
Influenceur senior.
Oui, mais les influenceurs normalement doivent être juniors.
De lui, on n'attend pas qu'il soit un influenceur.
En plus, là, on voit qu'il y a un certain nombre de pays, de l'ASEMA,
qui essayent de prendre de l'argent auprès des compagnies pétrolières.
En fait, l'argent qui avait été mis de côté pour l'entretien des sites pétroliers et gaziers,
des sites d'hydrocarbures, ils voudraient récupérer cet argent
pour manifestement régler les problèmes qu'ils ont.
Les propos sont évasifs sur la manière d'éviter la catastrophe prophétisée par Paul Biya,
parce que c'est vraiment une catastrophe prophétisée.
Moi, j'écoute ça, je ferme tous mes comptes et je fuis le pays.
Mais en réalité, il y a deux moyens de venir à bout de cette catastrophe,
en tout cas de l'éviter.
L'ajustement budgétaire.
Et on sait que les sacrifices ne seront pas faits par l'élite politique,
mais qu'on coupera dans les budgets santé, éducation.
Et l'ajustement monétaire, comme en 1994, avec la fameuse dévaluation.
Car il semble impossible que la France se substitue à la CEMAC
pour abonder les réserves de change.
Non seulement ce serait impossible, mais ce serait illégitime.
D'ailleurs, de toute façon, la France ne le fera pas parce qu'elle ne l'a jamais vraiment fait en réalité,
mais ce serait totalement illégitime que le contribuable d'un pays
vienne au secours des oligarques d'un autre pays.
Ça justifierait des accusations en néocolonialisme.
Et puis, je veux dire, ce serait inacceptable pour les Français.
Alors, est-ce qu'une dévaluation est possible avec un franc CFA à deux vitesses ?
On en avait déjà parlé, un franc CFA de l'Afrique centrale
qui n'a pas la même valeur que le franc CFA de l'Afrique de l'Ouest.
Peut-être qu'à ce moment-là, on parlerait de deux monnaies.
Le franc CFA a toujours été présenté comme étant une monnaie uniforme,
mais on voit qu'il y a des réalités différentes selon qu'on est dans la zone UMOA
ou dans la zone CEMAC, parce que, même sur le caractère de la possibilité
de l'interchangeable de la monnaie, c'est une donnée factice dans cette zone,
parce que vous ne pouvez pas partir d'Afrique centrale avec le franc CFA
pour faire des courses en Afrique de l'Ouest.
C'est-à-dire, parfois, de facto, sur bien des aspects,
il y a une réalité différente d'un côté comme de l'autre.
C'est le marché noir, des fois, une des côtes.
Oui, c'est ça.
Au détriment du franc CFA de la CEMAC.
Oui, et d'une certaine façon, je ne trouverais pas ça impossible en soi,
même si, fondamentalement, les réalités étant sensiblement les mêmes.
S'il devait procéder, enfin, si les gestionnaires du franc CFA à la France,
en premier lieu, devaient procéder à une dévaluation,
je pense que ça embraserait, en tout cas, ça concernerait la zone dans son entièreté.
Pourquoi ?
Parce qu'on aimerait garder, justement, cette structure-là comme une entité homogène,
même si, dans les faits, il y a beaucoup d'hétérogénéité.
C'est ce qui a toujours été présenté.
Mais quand le bateau prend l'eau, il prend l'eau.
Oui, bon, en fait, c'est ce qu'on dit.
Fabrice ?
Oui, je peux aller au bout de l'explication ?
Parce que lorsque Christine Lagarde était arrivée lors du sommeil de la CEMAC de 2016,
le 23 décembre 2016,
elle avait justement déjà mis sur la table cette problématique
de la non-diversification de nos économies.
Et que vous promeniez le Sénégal, le Burkina Faso, le Mali,
enfin, les pays de l'Afrique de l'Ouest.
Vous prenez les pays d'Afrique centrale.
Cette réalité-là est plus ou moins la même au niveau de la balance commerciale,
mise à part la Côte d'Ivoire,
à cause, justement, de ce déficit de diversification et d'attractivité au niveau de la production.
Des pays même comme le Sénégal sont aussi en déficit commercial énorme,
de l'ordre de 2 000 à 2 800 milliards de francs CIFA.
Ça fait que ce n'est pas fondamentalement une réalité différente.
Ce qui fait que, de mon point de vue,
même si actuellement le sommet de la CEMAC se tient
et qu'on constate le caractère malade des économies de la zone CEMAC,
ça ne veut pas dire pour autant que la zone CDAO,
même si elle se porte beaucoup mieux,
de la zone UEMOA,
même si elle se porte beaucoup mieux,
ça ne veut pas dire qu'elle se porte fondamentalement de manière exemplaire.
Encore que l'excédent commercial de la Côte d'Ivoire
réside principalement sur le commerce du cacao
en tant que premier producteur mondial.
Pour conclure, je me dis,
on ne va pas procéder à une dévaluation du franc CFA de la zone CEMAC
dans un avenir à court terme.
On va certainement amener ces pays à un ajustement budgétaire coriace,
serrer la ceinture comme on dit d'habitude.
Peut-être qu'il va y avoir des emprunts supplémentaires,
des prêts supplémentaires
octroyés par le FMI et les organismes extérieurs,
mais à des conditions encore plus rudes que celles qu'on a connues.
Si on aboutit à un chapitre de dévaluation,
je pense que ce sera parce qu'on aura une sorte de point de non-retour
qui concernera en même temps les deux zones.
C'est mon analyse et c'est de là que je tiens la conclusion.
Je crois assez peu à l'hypothèse de la dévaluation
parce que l'objectif d'une dévaluation,
c'est quand même de relancer l'activité économique,
c'est de stimuler...
Si tu n'as plus de réserve de champs, tu fais une dévaluation,
c'est le sauf qui peut.
Mais l'objectif quand même à terme,
c'est d'avoir une meilleure santé économique,
stimuler les exportations, réduire les importations.
Aujourd'hui, on a malheureusement un très gros problème d'attractivité.
Je pense qu'en l'état,
on prendrait plus de risques en termes de tensions sociales.
On prendrait des risques en termes de pertes en pouvoir d'achat,
d'inflation, à procéder à une dévaluation.
À mon avis, de toutes les façons,
vu comment c'est annoncé, le FMI va s'y mêler,
la Banque mondiale aussi.
Donc, on est parti pour une nouvelle cure d'austérité.
En fait, les organismes de Bretton Woods
n'ont pas besoin d'une dévaluation
pour nous infliger une cure d'austérité.
Peut-être que d'ailleurs, les propos de Paul Bial,
c'est pour dire, de toute façon,
il y aura un malheur, attendez.
Peut-être que c'est une stratégie de créer la peur
pour faire accepter la médication de cheval
qui va s'abattre sur les pays de la zone sédique.
Ah oui, c'est une hypothèse envisageable
parce que moi, je suis plus porté, comme les autres,
à la solution, à une autre solution que la dévaluation.
Et quand on dit une autre solution,
ça peut être une cure vraiment d'austérité,
ça peut être vraiment une pullule amère.
Vous savez, les ajustements souvent se font
sur la réduction des salaires ou le gel de salaire,
des choses comme ça peuvent être envisagées.
Mais ça précipiterait les économies plutôt par terre.
Oui, mais ça, à mon avis,
c'est vers ce type de solution que la dévaluation.
Parce que la dévaluation, d'abord,
en plus des arguments qui ont été avancés,
qui me semblent convaincants,
il y a aussi le risque politique lié à la dévaluation.
Dans le contexte d'aujourd'hui,
c'est clair que si on devait dévaluer,
on doit aussi consulter la France,
puisqu'elle est partie prenante quand même de cette idée.
Mais on voit justement que dans cette affaire,
la France se cache.
Le FMI parle plus que la France.
La France continue de surveiller ça comme le lait sur le feu.
Elle continue de surveiller cette situation
puisqu'elle est impliquée.
Si on devait faire une dévaluation du FMI aujourd'hui,
on ne peut le faire qu'en associant la France.
Or, si on associe la France,
il y a quand même des risques politiques à la fois pour elle
et à la fois pour les pays.
Je pense qu'on va vers d'autres solutions
qui peuvent être des solutions plus amères
que par le passé au lieu de faire la dévaluation.
Mais c'est là quand même qu'on voit le truc,
c'est que les pays de la zone CFA,
quand les matières premières vont bien,
même les dirigeants s'y mettent à critiquer le franc CFA,
et là maintenant, en fait,
ce n'est pas touche à mon franc CFA,
parce que le courage peut-être consisterait effectivement
à dévaluer et à transformer le CFA en une monnaie normale,
c'est-à-dire une monnaie qui fluctue
selon la vraie santé d'économie.
Il y a un moment où, de toute façon,
le franc CFA, déjà en zone EMA,
il est quand même en train d'être transformé.
Il y a un moment où l'éco verra le jour.
Il y a un moment où il y a des blocages.
En Afrique centrale, on ne parle pas de ça.
En Afrique de l'Ouest et en Afrique centrale,
forcément, il y a un moment où il y aura une monnaie
adossée à un panier de monnaie.
Ça ne sera plus adossé à l'euro.
C'est quand même la marge de l'histoire.
Donc, il y a un moment où ça se fera, moi, je le crois.
D'évaluation, je ne crois pas non plus pour l'instant,
pour des raisons, oui, techniques,
mais également politiques.
Je suis complètement d'accord avec Cédric.
Je pense que c'est l'intérêt d'aucun des chefs d'État en l'occurrence.
– Imaginez que le marché local ne peut plus avoir de monnaie
pour acheter du riz ou acheter du pétrole.
Donc, l'économie est arrêtée.
Passer la monnaie est en faillite, en mort cérébrale.
Ça, c'est possible.
C'est possible à très court terme.
– Oui, mais il y aura toujours des gens qui vont apporter les devises
à l'échange des mesures radicales,
y compris la diminution du salaire par deux,
qui est une sorte de dévaluation.
Il y aura toujours cette perspective-là.
– C'est exactement ce que je voulais dire.
C'est-à-dire, et d'ailleurs, c'est ce que Paul Biya dit dans son discours,
pour eux, le temps semble figé.
Ils continuent de supplier, de demander l'apport des avoirs externes
auprès du FMI, des organismes internationaux,
pour réparer les pots qu'eux ont cassés, en oubliant que…
– En échange, c'est ça.
Mais il y a un moment où, effectivement,
les instances internationales devraient exiger,
en échange, un minimum de bonnes gouvernements.
C'est une lutte contre la corruption.
De mettre que ce soit effectif, pas juste…
– Mais le problème, c'est que c'est la population qui le ressent
avec la plus grande rudesse,
pendant que les tenants, justement, les tenants du pouvoir politique,
ils le perçoivent moins.
Donc, c'est facile pour eux de dire,
nous avons besoin d'argent supplémentaire, rassurez-vous,
nous allons mettre sur pied les mesures d'austérité que vous avez demandées.
Évidemment, la population paye cher et le cycle recommence une fois.
La raison pour laquelle ils ne veulent pas de la dévaluation,
c'est qu'ils ne veulent pas franchir le pas de la diversification.
Si on se réfère à la Chine, par exemple,
qui, à cause de son énorme potentiel de production,
parvient à concurrencer ses tuteurs d'hier,
les puissances occidentales sur le marché des exportations,
il faut justement, dans les pays africains,
pouvoir sortir de la production de l'EVIA
pour fabriquer soi-même son caoutchouc, ses pneus,
et essayer d'amener le pion à Michelin, par exemple.
Mais quand on s'appelle Paul Biya, c'est trop compliqué.
Et donc, on préfère la solution facile de se dire,
l'international a besoin du cacao, du pétrole, du gaz.
Donc, on va vendre le cacao, le pétrole, le gaz.
Ils en ont besoin de toute manière, de façon permanente.
Donc, on table sur le fait que le cours sera élevé,
et on va renflouer nos caisses avec ça, et c'est tout.
Alors, ce que je pense, parce que là, je vous jette dans le débat,
c'est que les institutions comme le FMI et la Banque mondiale
ne demandent pas tant de la bonne gestion des finances publiques
que de la cession de la souveraineté économique
et des puits de pétrole,
enfin, de toutes les matières premières à des intérêts internationaux,
à des intérêts étrangers.
Et je pense également que la question de la dévaluation en Afrique de l'Ouest,
par exemple, je pense que ce serait une bonne chose pour le Sénégal
ou la Côte d'Ivoire, une dévaluation aujourd'hui.
Ça permettrait de stimuler un peu l'industrie naissante dans ces pays,
parce que ce sont des pays qui sont prêts à profiter de l'aubaine
d'une dévaluation, ce qui n'est pas le cas en Afrique centrale.
C'est ce que je pense aussi, parce qu'on peut jouer sur le taux de change
quand on dévalue pour rendre ses produits plus concurrentiels
que les produits d'entités préétablies, des puissances préétablies.
Mais pour ça, il faut produire, il faut avoir l'envie de produire.
Et pour quand même apporter une précision, Christine Lagarde avait précisé en 2016,
c'était une critique, elle avait dit, sur les trois dernières décennies,
depuis les années 80-90, les économies africaines, malheureusement,
voient leurs réserves stagner du fait de l'absence de diversification
de leurs puissances productives.
Et du coup, c'est une sorte de façon d'indiquer qu'au-delà de la gestion même
des finances publiques, il faut générer davantage de finances
avec davantage de productions, avec la capacité à sortir
de l'engrenage éternel de l'extraction du bois, du manganèse, de l'uranium.
Mais l'hypocrisie dans cela, c'est que le FMI est là pour organiser
la perpétuation de ce système, enfin, c'est mon point de vue.
Merci à vous, Fabrice, Geneviève, Wilfried et Cédric,
et merci à vous d'avoir regardé ce numéro de Décrypter l'Afrique, le panel.
Rendez-vous bientôt pour de futurs décryptages de l'actualité africaine.
