Les Mots de la Paix : Mercenaires
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2 Vues de vidéo·3 janv. 2025
Les Affreux, Bob Denard, Executive Outcomes, Wagner, Africa corps... et si on faisait le point sur les mercenaires ?
Ils sont à l'origine de bien des fantasmes.
On parle d'eux quand on évoque les questions de sécurité en Afrique : les mercenaires.
Quelles différences avec les sociétés militaires privées ?
Qui sont ces acteurs non étatiques toujours plus nombreux sur le continent africain ?
Où interviennent-ils ? Dans quel cadre ? On décrypte ensemble.
Mais d'abord qu'est-ce qu'un mercenaire ?
Trois textes internationaux définissent le mercenariat :
- le protocole additionnel aux Conventions de Genève, c'est le socle de référence du droit international humanitaire,
autrement dit le droit de la guerre ;
- la Convention sur l'élimination du mercenariat en Afrique adoptée en 1977 par l'Organisation de l'Unité africaine ;
- et la convention internationale contre le recrutement, l'utilisation, le financement et l'instruction de mercenaires,
adoptée par l'Assemblée générale des Nations Unies en 1989.
À partir de ces textes, on peut définir un mercenaire comme
un individu qui s'enrôle volontairement, pour combattre dans un État dont il n'est pas le ressortissant,
afin d'obtenir un profit personnel notamment d'ordre financier.
L'OUA et l'ONU considèrent le mercenariat comme une activité criminelle.
Depuis quand voit-on des mercenaires intervenir en Afrique ?
Et bien depuis les indépendances des États africains, avec d'abord ceux qu'on a surnommés
les Affreux. Ils ont sévi dans la province congolaise du Katanga au début des années 1960.
Il y a également eu les faiseurs de rois. Le plus célèbre, le Français Bob Denard a été impliqué dans
des coups d'État successifs aux Comores dans les années 1970 et 1980, avant de prendre lui-même le
contrôle du pays pendant quelques jours à la fin de l'année 1995.
Mais à partir des années 1990 sont apparus de nouveaux acteurs : les SMP, les sociétés militaires privées.
Le cas le plus emblématique est celui de la société sud-africaine Executive Outcomes,
présente dans une trentaine de pays à son apogée.
Ses activités considérées comme subversives ont mené à sa dissolution
et au vote d'une loi anti-mercenariat en Afrique du Sud.
Et depuis 2018, c'est bien entendu le groupe Wagner présenté par
les autorités russes comme une société militaire privée qui n'a cessé de s'étendre sur le continent africain,
de la République centrafricaine à la Libye en passant par le Soudan, le Mali,
le Mozambique et Madagascar.
"Wagner mène des actions de reconnaissance et de recherche
rendant la Russie encore plus grande sur tous les continents
et l'Afrique plus libre. Justice et bonheur pour le peuple africain !
Nous faisons de la vie un cauchemar pour l'État islamique, Al-Qaïda et les autres bandits."
Cette déclaration de son chef Evgueni Prigojine montre à quel point le statut légal du groupe est ambigu.
Pendant longtemps il était même impossible de savoir si Wagner relevait d'entités publiques ou privées.
D'ailleurs, après la rébellion avortée et la mort de son fondateur en Russie en 2023,
les activités de Wagner ont été en partie fondues dans une nouvelle structure appelée Africa corps,
officiellement liée à l'État russe.
Mais il n'y a pas que Wagner ou Africa corps.
Parmi les sociétés privées présentes sur le continent, on soulignera notamment Agemira,
de droit bulgare, dont la filiale en RDC est dirigée par un Français,
Congo protection, dirigée par un Roumain,
la firme turque Sadat,
l'américaine Bancroft ou encore les SMP rwandaises.
Les États africains recourent au service de sociétés militaires privées pour mener des activités
très variées telles que l'accompagnement ou la participation à des missions de combat,
la formation des forces armées locales, le soutien logistique, la protection du régime, la protection de sites d'extraction minière.
Certains contrats sont signés dans le cadre d'accord de coopération militaire entre des États africains
et des pays étrangers qui utilisent leurs SMP comme sous-traitantes.
Ces sociétés recherchent des clients pour s'enrichir, mais elles sont aussi des moyens,
pour les pays dont elles sont issues, de soutenir leurs alliés et d'accroître leur influence en Afrique.
"Non à tout ce qui est campagne de dénigrement contre nos FACA et contre nos Russes,
surtout par la presse internationale qui qualifie les Russes de mercenaires.
Ils ont été sur le terrain. Ils se sont battus contre les forces du mal
pour libérer la paisible population qui se trouve dans l'arrière-pays."
Soyons très clairs.
Toutes les sociétés militaires privées présentes en Afrique ne mènent pas des activités illégales ou subversives.
Il est très difficile d'avoir des informations sur le nombre de SMP réellement actives, leurs missions exactes,
leurs clients, leur lieux d'intervention, et plus encore leurs effectifs.
Ces entreprises sont souvent des entités au statut juridique flou,
avec une imbrication des sphères publiques et privées.
Leur nationalité est parfois incertaine en raison de montages juridiques complexes.
Une véritable opacité entoure donc leurs activités et leurs responsables
avec des risques d'exaction et d'abus commis contre les populations.
Alors comment encadrer les sociétés militaires privées ?
Depuis 2008, le document de Montreux sur les entreprises militaires et de sécurité privée encourage
les États et les sociétés avec lesquelles ils travaillent à respecter le droit international humanitaire
et les droits de l'homme. Mais ce texte n'est pas contraignant.
Et seulement 59 États dans le monde l'ont signé. Parmi eux, seulement cinq États africains :
l'Afrique du Sud, l'Angola, la Sierra-Leone, l'Ouganda et Madagascar.
"Il faudrait un instrument juridiquement contraignant au niveau international.
C'est une nécessité et c'est une urgence.
Les États réalisent aujourd'hui que le contrôle sur ces acteurs SMP leur échappe à présent,
puisque ce n'est plus les États qui sont les principaux clients de ces sociétés
et que ces sociétés opèrent pas seulement dans les conflits armés, mais beaucoup dans l'industrie extractive.
Donc il y a tout un travail non seulement sur les crimes et les violations des droits de l'homme,
mais aussi sur les crimes économiques, le trafic, le blanchiment d'argent, la corruption.
Donc les États montrent plus de volonté de participer, en tout cas à faire des compromis.
Est-ce que ça va aboutir ? Et quand ? Ça reste à voir.
Le recours à ces sociétés privées fait débat.
Certains affirment qu'elles permettent de soutenir la stabilisation de zones touchées par des conflits.
D'autres, au contraire, émettent l'hypothèse que certaines firmes pourraient parfois
prolonger volontairement la durée des hostilités pour maximiser leurs bénéfices.
Des experts les accusent aussi de créer uniquement des îlots de sécurité,
de renforcer les dysfonctionnements dans les pays dotés de gouvernements défaillants,
voire même d'empêcher le développement d'institutions étatiques durables.
Voilà, j'espère vous avoir apporté des clés de compréhension
sur les mercenaires et les sociétés militaires privées.
Si vous voulez aller plus loin, rendez-vous dans notre rubrique "en savoir plus" sur le site de TV5MONDE.
