Bel-Ami - Partie 2 - Chapitre 2

Audiolude
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16 juin 2024
Narrateur : Alain Couchot
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[Musique]
chapitre 2 les Duroi étaient rentré à
Paris depuis 2 jours et le journaliste
avait repris son ancienne besogne en
attendant qu'il quitta le service des
échos pour s'emparer définitivement des
fonctions de forestiers et se consacré
tout à fait à la politique il remontait
chez lui ce soir-là au log de son
prédécesseur le cœur joyeux pour dîner
avec le désir éveillé d'embrasser tout à
l'heure sa femme dont il subissait
vivement le charme physique et
l'insensible
domination en passant devant une
fleuriste au bas de la rue NotreDame de
Laurette il eut l'idée d'acheter un
bouquet pour Madeleine et il prit une
grosse botte de rose à peine ouverte un
bouquet de bouton parfumé à chaque étage
de son nouvel escalier il se regardait
complaisamment dans cette glace dont la
vue lui rappelait sans cesse sa première
entrée dans la maison il sonna ayant
oublié sa clé et le même domestique
qu'il avait gardé aussi sur le conseil
de sa femme vint ouvrir George demanda
madame est rentrée oui monsieur mais en
traversant la salle à manger il demeura
fort surpris d'apercevoir trois couverts
et la porte du salon étant soulevé il
vit Madeleine qui disposait dans un vase
de la cheminée une botte de rose toute
pareille à la sienne il fut contrarié
mais content comme si on lui eû volé son
idée son attention et tout le plaisir
qu'il en attendait il demanda en entrant
tu as donc invité quelqu'un elle
répondit sans se retourner en continuant
à arranger ses fleurs oui et non c'est
mon vieil ami le comte de Vaudrec qui a
l'habitude de dîner ici tous les lundis
et qui vient comme autrefois George
murmura ah très bien il restait debout
derrière elle son bouquet à la main avec
une envie de le cacher de le jeter il
dit cependant tiens je t'ai apporté des
roses elle se retourna brusquement toute
souriante criant ah que tu es gentil
d'avoir pensé à ça et elle lui tendit
ses bras et s lèvre avec un élan de
plaisir si vrai qu'il se sentit consolé
elle prit les fleurs les respira et avec
une vivacité d'enfant ravi les plaça
dans le vase resté vide en face du
premier puis elle murmura en regardant
les faits que je suis contente voilà ma
cheminée garnie maintenant elle ajouta
presque aussitôt d'un air convaincu tu
sais il est charmant vudrec tu sera tout
de suite intime avec lui un coup de
timbre annonça le compte il entra
tranquille très à l'aise comme chez lui
après avoir baisé galamment les doigts
de la jeune femme il se tourna vers le
mari et lui tendit la main avec
cordialité en demandant ça va bien mon
cher du roi il n'avait plus son air
roide son air gourmé de jadis mais un
air affable révélant bien que la
situation n'était plus la même le
journaliste surpris tâcha de se montrer
gentil pour répondre à ses avances on eû
cru après 5 minutes qu'il se connaissait
et s'adorait depuis 10 ans alors
Madeleine dont le visage était radieux
leur dit je vous laisse ensemble j'ai
besoin de jeter un coup d'œil à ma
cuisine et elle se sauva suivie par le
regard des deux hommes quand elle revint
elle les trouva causant théâtre à propos
d'une pièce nouvelle et si complètement
du même avis qu'une sorte d'amitié
rapide s'éveillait dans leurs yeux à la
découverte de cette absolue parité
d'idées le dîner fut charmant tout
intime et cordial et le comte demeura
fort tard dans la soirée tant il se
sentait bien dans cette maison dans ce
joli nouveau ménage dès qu'il fut parti
Madeleine dit à son mari n'est-ce pas
qu'il est parfait
il gagne du tout au tout à être connu en
voilà un bon ami sûr dévoué fidèle ah
sans lui elle n'acheva point sa pensée
et George répondit
oui je le trouve fort agréable je crois
que nous nous entendrons très bien mais
elle reprit aussitôt tu ne sais pas nous
avons à travailler ce soir avant de nous
coucher je n'ai pas eu le temps de te
parler de ça avant dîner parce que
vaudrek est arrivé tout de suite on m'a
apporté des nouvelles graves tantôt des
nouvelles du Maroc c'est Laroche Mathieu
le député le futur ministre qui me les a
donné il faut que nous fassions un grand
article un article à sensation j'ai des
faits et des chiffres nous allons nous
mettre à la besogne immédiatement tiens
prends la lampe il l' pris et il
passèent dans le cabinet de travail les
mêmes livres s'alignaient dans la
bibliothèque qui portait maintenant sur
son fê les trois vases achetés au golf
juant par forestier la veille de son
dernier jour sous la table la
chancelière du mort attendait les pied
de Duroi qui s'empara après s'être assis
du porte-plume d'ivoir un peu mâché au
bout par la dent de l'autre Madeleine
s'appuya à la cheminée et ayant allumé
une cigarette
elle raconta ses nouvelles puis exposa
ses idées et le plan de l'article
qu'elle rêvait il l'écoutait avec
attention tout en griffonnant des notes
et quand elle eut fini il souleva des
objections reprit la question la grandit
développa à son tour non plus un plan
d'article mais un plan de campagne
contre le ministère actuel cette attaque
serait le début sa femme avait cessé de
fumer tant son intérêt s'éveillait tant
elle voyait large et loin en suivant la
pensée de George elle murmurait de temps
en temps oui oui c'est très bon c'est
excellent c'est très fort et quand il
eut achevé à son tour de parler
maintenant écrivons dit-elle mais il
avait toujours le début difficile et il
cherchait ses mots avec peine alors
elle vint doucement se pencher sur son
épaule et elle se mit à lui souffler ses
phrases tout bas dans l'oreille de temps
en temps elle hésitait et demandait
est-ce bien ça que tu veux dire il
répondait oui
parfaitement elle avait des traits
piquants des traits venimeux de femm
pour blesser le chef du conseil et elle
mêlait des railleries sur son visage à
celle sur sa la politique d'une façon
drôle qui faisait rire et saisissait en
même temps par la justesse de
l'observation du roi parfois ajouter
quelques lignes qui rendaient plus
profonde et plus puissante la portée
d'une attaque il savait en outre l'art
des sous-entendus perfides qu'il avait
appris en aiguisant des échos et quand
un fait donné pour certains par
Madeleine lui paraissait douteux ou
compromettant il excellait à le faire
deviner et à l'imposer à l'esprit avec
plus de force que s'il l'eut affirmé
quand leur article fut terminé George le
relut tout haut en le déclamant ils le
jugèrent admirable d'un commun accord et
il se souriait enchanté et surpris comme
s'il venaient de se révéler l'un à
l'autre il se regardaient au fond des
yeux et mu d'admiration et
d'attendrissement et ils s'embrassèrent
avec élan avec une ardeur d'amour
communiquer de leurs esprits à leur
corps du roi reprit la lampe et
maintenant dodo dit-il avec un regard
allumé elle répondit passez mon maître
puisque vous éclairez la route il passa
et elle le suivit dans leur chambre en
lui chatouillant le cou du bout du doigt
entre le col et les cheveux pour le
faire aller plus vite car il redoutait
cette
caresse l'article parut sous la
signature de georgge du roi de cantelle
et fit grand bruit on s'en émut à la
Chambre le père Walter en félicita
l'auteur et le chargea de la rédaction
politique de la vie française Les Échos
revinrent à bois renard alors commença
dans le journal une campagne habile et
violente contre le minist
qui dirigeait les affaires l'attaque
toujours à droite et nourrie de fait
tantôt ironique tantôt sérieuse parfois
plaisante parfois virulente frappa avec
une sûreté et une continuité dont tout
le monde s'étonnait les autres feuilles
citaient sans cesse la vie française y
coupaient des passages entiers et les
hommes du pouvoir s'informèrent si on ne
pouvait pas bayonner avec une préfecture
cet ennemi inconnu
et
acharné duoi devenait célèbre dans les
groupes politiques il sentait grandir
son influence à la pression des poignées
de mains et à l'allure des coups de
chapeau sa femme d'ailleurs l'emplissait
de stupeur et d'admiration par
l'ingéniosité de son esprit l'habileté
de ses informations et le nombre de ses
connaissances à tout moment il trouvait
dans son salon en rentrant chez lui un
sénateur un député un magistrat un
général qui traitait Madeleine en
vieille amie avec une familiarité
sérieuse où avait-elle connu tous ces
gens dans le monde disait-elle mais
comment avait-elle su capter leur
confiance et leur affection il ne le
comprenait pas ça ferait une rude
diplomate pensait-il
elle rentrait souvent en retard aux
heures des repas et soufflait rouge
frémissante et avant même d'avoir ôté
son voile elle disait j'en ai du Nanon
aujourd'hui figure-toi que le ministre
de la Justice vient de nommer deux
magistrats qui ont fait partie des
commissions mixtes nous allons lui
flanquer un abattage dont il se
souviendra et on flanquait un abattage
au ministre et on lui en reflanqua un
autre le lendemain et un troisième le
jour suivant le député Laroche Mathieu
qui dînit rue Fontaine tous les mardis
après le compte de Vaudrec qui
commençait la semaine serrait
vigoureusement les mains de la femme et
du mari avec des démonstrations de joie
excessivees il ne cessait de répéter
Christi quelle campagne si nous ne
réussissons pas après ça il espérait
bien réussir en effet à décrocher le
portefeuille des Affaires étrangères
qu'il visait depuis longtemps c'était un
de ces hommes politiques à plusieurs
faces
sans conviction sans grands moyens sans
audace et sans connaissances sérieuses
avocat de province joli homme de
cheflieu gardant un équilibre de Finau
entre tous les partis extrêmes sorte de
jésuï républicains et de champignons
libéral de nature douteuse comme il en
pousse par centaines sur le fumier
populaire du suffrage universel son
machiavellisme de village le faisait pas
pour fort parmi ses collègues parmi tous
les déclassés et les avortés dont on
fait des députés il était assez soigné
assez correct assez familier assez
aimable pour réussir il avait des succès
dans le monde dans la société mêlée
trouble et peu fine des haut
fonctionnaires du moment on disait
partout de lui la roche sera ministre et
il pensait aussi plus fermement que tous
les autres que la roche serait ministre
il était un des principaux actionnaires
du journal du père walta son collègue et
son associé en beaucoup d'affaires de
Finances du roi le soutenait avec
confiance et avec des espérances
confuses pour plus tard il ne faisait
que continuer d'ailleurs l'œuvre
commencé par forestier à qui la roche
Mathieu avait promis la croix quand
serait venu le jour du
triomphe la décoration irait sur la
poitrine du nouveau mari de Madeleine
voilà tout rien n'était changé en somme
on sentait si bien que rien n'était
changé que les confrère de Duroi lui
montait une scie dont il commençait à se
fâcher on ne l'appelait plus que
forestier aussitôt qu'il arrivait au
journal quelqu'un criait et dis donc
forestier il faignait de ne pas entendre
et cherchait les lettres dans son casier
la voix reprenait avec plus de force eh
forestier quelques rires étouffés
courait comme du roi gagnait le bureau
du directeur celui qui l'avait appelé
l'arrêta oh pardon c'est à toi que je
veux parler c'est stupide je te confonds
toujours avec ce pauvre Charles cela
tient à ce que tes articles ressembleent
bigrement au sien tout le monde s'y
trompe du roi ne répondait rien mais il
nageait et une colère sourde naissait en
lui contre le mort le père Walter
lui-même avait déclaré alors qu'on
s'étonait de similitudes flagrante de
tournure et d'inspiration entre les
chroniques du nouveau rédacteur
politique et celle de l'ancien oui c'est
du forestier mais du forestier plus
nourri plus nerveux plus virile une
autre fois du roi en ouvrant par hasard
l'armoire bbquet avait trouvé ceux de
son prédécesseur avec un crêpe autour du
manche et le sien dont il se servait
quand il s'exerçait sous la direction de
Saint-Potin était orné d'une faveur
rose tous avaient été rangés sur la même
planche par rang de taille et une
pancarte pareille à celle des musées
porortait écrit ancienne collection
forestier et compagnie forestier du roi
successeur breuveté SGDG articles
inusables pouvant servir en toutes
circonstances même en voyage il referma
l'armoire avec calme en prononçant assez
haut pour être entendu il y a des
imbéciles et des envieux partout mais il
était blessé dans son orgueil blessé
dans sa vanité cette vanité et cet
orgueil ombrageux d'écrivain qui
produisent cette susceptibilité nerveuse
toujours en éveil égale chez le reporter
et chez le poète
génial ce mot forestier déchirait son
oreille il avait peur de l'entendre et
se sentait rougir en l'entendant il
était pour lui ce nom une raillerie
mordante plus qu'une raillerie presque
une insulte il lui criait c'est ta femme
qui fait ta besogne comme elle faisait
celle de l'autre tu ne serais rien sans
elle il admettait parfaitement que
forestier n'ut rien été sans Madeleine
mais quant à lui allons
donc puis rentrer chez lui
l'obsession continuait c'était la maison
toute entière maintenant qui lui
rappelait le mort tout le mobilier tous
les Bibot tout ce qu'il touchait et ne
pensait guère à cela dans les premiers
temps mais la S par ses confrères avait
fait en son esprit une sorte de plaie
qu'un tas de rien inaperçu jusqu'ici en
venimette à présent il ne pouvait plus
prendre un objet sans qu'il crut voir
aussitôt la main de Charles posé dessus
il ne regardait et ne Mania que des
choses lui ayant servies autrefois des
choses qu'il avait acheté aimé et
possédé et Georg commençait à s'irriter
même à la pens des relations anciennes
de son ami et de sa femme il s'étonnait
parfois de cette révolte de son cœur
qu'il ne comprenait point et se
demandait comment diable se fait-il je
ne suis pas jaloux des amis de Madeleine
je ne m'inquiète jamais de ce qu'elle
fait elle rentre et sort à son gré et le
souvenir de cette brute de Charles me
met en
rage il ajoutait
mentalement fond ce n'était qu'un crétin
c'est sans doute ça qui me blesse je me
fâche que Madeleine n'ait pu épouser un
pareil saut et sans cesse il se répétait
comment se fait-il que cette femme-là
est gobé un seul instant un semblable
animal et sa rancune s'augmentait chaque
jour par Mle détails insignifiants qui
le piquait comme des coups d'aiguille
par le rappel incessant de l'autre d'un
mot de Madeleine d'un mot du domestique
ou d'un mot de la femme de chambre un
soir du roi qui aimait les plats sucrés
demanda pourquoi n'avons-nous pas
d'entremet tu n'en fais jamais servir la
jeune femme répondit gaiment c'est vrai
je n'y pense pas cela tient à ce que
Charles les avait en horreur et lui
coupa la parole dans un mouvement
d'impatience dont il ne fut pas maître
ah tu sais Charles commence à m'emb
c'est toujours Charles par-ci Charles
par- là Charles a metci Charles a ça
puisque Charles est crevé qu'on le
laisse tranquille Madeleine regardait
son mari avec stupeur sans rien
comprendre à cette colère subite puis
comme elle était fine elle devina un peu
ce qui se passait en lui ce travail lent
de jalousie Postume grandissant à chaque
seconde par tout ce qui rappelait
l'autre
elle jugea cela pu ile peut-être mais
elle fut flattée et ne répondit rien il
s'en voulut lui de cette irritation
qu'il n'avait pu cacher or comme il
faisait ce soir-là après dîner un
article pour le lendemain il
s'embarrassa dans la chancelière ne
parvenant point à la retourner il la
rejeta d'un coup de pied et demanda en
riant Charles avait donc toujours froid
aux pattes elle répondit riant aussi or
il vivait dans la terreur des rhumes il
n'avait pas la poitrine solide du roi
reprit avec férocité il a bien prouvé
d'ailleurs puis il ajouta avec
galanterie heureusement pour moi et il
baisa la main de sa femme mais en se
couchant toujours hanté par la même
pensée il demanda encore est-ce que
Charles portait des bonnets de coton
pour éviter les courants d'air dans les
oreilles elle se prêta à la plaisanterie
répondit non un Madras noué sur le front
George haussa les épaules et prononça
avec un mépris d'homme supérieur quel
serein dès lors Charles devint pour lui
un sujet d'entretien continuel il
parlait de lui à tout propos ne
l'appelant plus que ce pauvre Charles
d'un air de pitié infini et et quand il
revenait du journal où il s'était
entendu deux ou trois fois interpell
sous le nom de Forestier il se vengeait
en poursuivant le mort de raayerie
haineuse au fond de son tombeau il
rappelait ses défauts ses ridicules ses
petitesses les énumérait avec
complaisance les développant et les
grossissant comme s'il eû voulu
combattre dans le cœur de sa femme
l'influence d'un rival
redouté il répétait dis donc Mad te
rappelles-tu le jour où ce cornisson de
forestiers a prétendu nous prouver que
les gros hommes étaient plus vigoureux
que les
maigres puis il voulut savoir sur le
défunt un tas de détails intimes et
secrets que la jeune femme mal àaise
refusait de dire mais il insistait
s'obstina allons voyons raconte-moi ça
il devait être bien drôle dans ce
moment-là elle murmurait du bout des
lèvres voyons laisse-le tranquille à la
fin il reprenait non dis-moi c'est vrai
qu'il devait être godicholi cet animal
et il finissait toujours par conclure
quel brut
c'était un soir vers la fin de juin
comme il fumait une cigarette à sa
fenêtre la grande chaleur de la soirée
lui donna l'envie de faire une promenade
il demanda ma petite m veux-tu venir
jusqu'au bois mais oui certainement ils
prirent un fiacre découvert gagnèrent
les Champs-Élysées puis l'avenue du bois
de
Boulogne c'était une nuit sans vent une
de ces nuits d'étuves où l'air de Paris
surchauffé entre dans la poitrine comme
une vapeur de four une armée de fiacre
menait sous les arbres tout un peuple
d'amoureux ils allaient ses fiacres l'un
derrière l'autre sans cesse Georg et
Madeleine s'amusait à regarder tous ses
couples enlacés passant dans ses
voitures la femme en robe claire et
l'homme sombre c'était un immense fleuve
d'amant qui coulait vers le bois sous le
ciel étoilé et brûlant on n'entendait
aucun bruit que le sour roulement des
roues sur la terre il passait passait
les deux êtres de chaque fiacre allongés
sur les coussins muets serrés l'un
contre l'autre perdu dans
l'hallucination du désir frémissant dans
l'attente de l'étreinte
prochaine l'ombre chaude semblait pleine
de baiser une sensation de tendresse
flottante d'amour bestial épendu
alourdissait l'air le rendait plus
étouffant tous ces gens g accouplés
grisés de la même pensée de la même
ardeur faisait courir une fièvre autour
d'eux toutes ces voitures chargées
d'amour sur qui semblaent voltigé des
caresses jetaiit sur leur passage une
sorte de souffle sensuel subtile et
troublant George et Madeleine se
sentirentx même gagnés par la contagion
de la tendresse
ils se prirent doucement la main sans
dire un mot un peu oppressé par la
pesanteur de l'atmosphère et par
l'émotion qui les envahissait comme ils
arrivaient au tournant qui suit les
fortifications ils s'embrassèrent et
elle balbutia un peu
confuse nous sommes aussi gamins qu'en
allant à rouan le grand courant des
voitures s'était séparé à l'entrée des
Taï dans le chemin des lacs que su les
jeunes gens les fiacres s'espaçaient un
peu mais la nuit épaisse des arbres
l'air vivifié par les feuilles et par
l'humidité des ruisselets qu'on
entendait couler sous les branches une
sorte de fraîcheur du large espace
nocturne tout Paris d'astre donnait au
baiser des couples roulants un charme
plus pénétrant et une ombre plus
mystérieuse George murmura
oh ma petite m en la serrant contre lui
elle lui dit te rappelles-tu la forêt de
chez toi comme c'était sinistre il me
semblait qu'elle était pleine de bêtes
affreuses et qu'elle n'avait pas de bout
tandis qu'ici c'est charmant on sent des
caresses dans le vent et je sais bien
que Sèvre et de l'autre côté du bois il
répondit oh dans la forêt de chez moi il
n'y avait pas autre chose que des serres
des renards des chevreuils et des
sangliers et par-ci PAR-L une maison de
Forestier ce mot ce nom du mort sortit
de sa bouche le surprit comme si
quelqu'un le lui eû crié du fond d'un
fourret et il se tut brusquement
ressaisi par ce malaise étrange et
persistant par cette irritation jalouse
rongeuse invincible qui lui gâtait la
vie depuis quelqu temps au bout d'une
minute il demanda es-tu venu quelquefois
ici comme ça le soir avec Charles
elle répondit mais oui
souvent et tout à coup il eut envie de
retourner chez eux une envie nerveuse
qui lui serrait le cœur mais l'image de
Forestier était rentrée en son esprit le
possédait l'étraignait il ne pouvait
plus penser qu'à lui parler que de lui
il demanda avec un accent méchant dis
donc Mad quoi mon ami l'as-tu fait coocu
ce pauvre Charles elle murmura
dédagneuse que tu deviens bête avec ta
rangain mais il ne lâchait pas son idée
voyons ma petite m sois bien franche
avoue-le tu l'as fait cocu dit avoue que
tu l'as fait cocu elle se ta
choqué comme toutes les femmes le sont
par ce mot il reprit obstiné sachristi
si quelqu'un en avait la tête c'est bien
lui par exemple oh oui oh oui c'est ça
qui m'amuserait de savoir que forestier
était coocu
hein quelle bonne binette de jaobard il
sentit qu'elle souriait à quelques
souvenir peut-être et il insista voyons
dis-le qu'est-ce que ça fait ce serait
bien drôle au contraire de m'avouer que
tu l'as trompé de m'avouer ça à moi il
frémissait en effet de l'espoir et de
l'envie que Charles l'odieux Charles le
mort détesté le mort exécré e porté ce
ridicule honteux et pourtant pourtant
une autre émotion plus confuse
aiguillonnait son désir de savoir il RP
était m ma petite m je t'en prie dis-le
en voilà un qui ne l'aurait pas volé tu
auras eu joliment tort de ne pas lui
faire porter ça voyons m à vous elle
trouvait plaisante maintenant sans doute
cette insistance car elle riait par
petit rire bref sacadé il avait mis ses
lèvres tout près de l'oreille de sa
femme voyons voyons oule elle s'éloigna
d'un mouvement sec et déclara
brusquement mais tu es stupide est-ce
qu'on répond à des questions pareilles
elle avait dit cela d'un ton si
singulier qu'un frisson de froid courut
dans les veines de son mari et il
demeura interdit effaré un peu essoufflé
comme s'il avait reçu une commotion
morale le fiacre maintenant longeait le
lac où le ciel semblait avoir égrené ses
étoiles de ces vagues nageaient très
lentement à peine visibles dans l'ombre
Georg cria au cocher retournons et la
voiture s'en revint croisant les autres
qui allaient au pas et dont les grosses
lanternes brillaient comme des yeux dans
la nuit du bois comme elle avait dit
cela d'une étrange
façon du roi se demandait est-ce un aveu
et cette presque certitude qu'elle avait
trompé son premier mari la folait de
colère à présent il avait envie de la
battre de l'étrangler de lui arracher
les cheveux oh si elle lui eû répondu
mais mon chéri si j'avais dû le tromper
c'est avec toi que je l'aurais fait
comme il l'aurait embrassé étreinte
adoré il demeurait immobile les bras
croisés les yeux au ciel l'esprit trop
agité pour réfléchir encore il sentait
seulement en lui fermenter cette rancune
et grossir cette colère qui couve au
cœur de tous les mals devant les
caprices du désir
féminin il sentait pour la première fois
cette angoisse confuse de l'époux qui
soupçonne il était jaloux enfin jaloux
pour le mort jaloux pour le compte de
Forestier jaloux du une étrange et
poignante façon ù entrait subitement de
la haine contre Madeleine puisqu'elle
avait trompé l'autre comment pourrait-il
avoir confiance en elle lui puis peu à
peu une espèce de calme se fit en son
esprit et se roidissant contre sa
souffrance il
pensa toutes les femmes sont des filles
il faut s'en servir et ne rien leur
donner de soi l'amertume de son cœur
lui montait aux lèvres en paroes de
mépris et de dégoût il ne les laissa
point s'épendre cependant il se répétait
le monde est au fort il faut être fort
il faut être au-dessus de
tout la voiture allait plus vite elle
repassa les fortifications du roi
regardait devant lui une clarté
rougeâtre dans le ciel pareil à une
lueur de forge démesurée et il entendait
est une rumeur confuse immense continue
faite de bruits innombrables et
différents une rumeur sourde proche
lointaine une vague et énorme
palpitation de vie le souffle de Paris
respirant dans cette nuit d'été comme un
colosse épuisé de
fatigue George
songeait je serais bien bête de me faire
de la bile chacun pour soi la victoire
est aux audacieux tout n'est que de
l'égoïsme l'égoïsme pour l'ambition et
la fortune vaut mieux que l'égoïsme pour
la femme et pour
l'amour l'arc de triomphe de l'Étoile
apparaissait debout à l'entrée de la
ville sur ces deux jambes monstrueuses
sorte de géant informe qui semblaient
prête à se mettre en marche pour
descendre la large avenue ouverte devant
lui Georg et Madeleine se retrouvait là
dans le défilé des voitures ramenant au
logis au lit désiré l'éternel couple
silencieux et
enlacé il semblait que l'humanité toute
entière glissait à côté d'eux grise de
joie de plaisir de
bonheur la jeune femme qui avait bien
pressenti quelque chose de ce qui se
passait en son mari demanda de sa voix
douce à quoi songes-tu mon ami depuis
une demi-heure tu n'as point prononcé
une parole il répondit Henry canon je
songe à tous ces imbéciles qui
s'embrassent et je me dis que vraiment
on a autre chose à faire dans
l'existence
elle murmura oui mais c'est bon
quelquefois c'est bon c'est bon quand on
n'a rien de mieux
la pensée de Georg allait toujours
dévêant la vie de sa robe de poésie dans
une sorte de rage
méchante je serais bien bête de me gêner
de me priver de quoi que ce soit de me
troubler de me tracasser de me ronger
l'âme comme je le fais depuis quelques
temps l'image de Forestier lui traversa
l'esprit sans y faire naître aucune
irritation il lui sembla qu'il venait de
se réconcilier qu'il redevenait ami il
avait envie de lui crier bonsoir vieux
Madeleine que ce silence gênait demanda
si nous allions prendre une glace chez
tortony avant de rentrer et la regarda
de coin son fin profil blond lui apparut
sous l'éclat vif d'une guirlande de gaz
qui annonçait un café chantant il pensa
elle est jolie et tant mieux à bon chat
bon ma camarade mais si on me reprend à
me tourmenter pour toi il fera chaud au
Pôle Nord puis il répondit mais
certainement ma chérie et pour qu'elle
ne devina rien et
l'embrassa il sembla à la jeune femme
que les lèvres de son mari étaient
glacées il souriait cependant de son
sourire ordinaire en lui donnant la main
pour descendre devant les marches du
Cafu I
