Communément, nous parlons de familles nombreuses à partir du troisième enfant, ce qui parait peu comparé à la famille XXL de Caroline. Caroline a 44 ans et elle maman de 13 enfants, 7 filles et 6 garçons âgés de 3 à 24 ans et petite précision, ils sont tous du même papa ! Venu de Suisse, elle nous raconte le quotidien de cheffe de tribu.
Présentée par Agathe Lecaron, La Maison des Maternelles est le rendez-vous quotidien consacré à la parentalité et petite enfance. Dans ce magazine, l’animatrice et les spécialistes qui l’entourent ont pour ambition de répondre aux interrogations des jeunes parents, proposant ainsi une émission de service. En toute liberté, de façon positive et décomplexée !
- A.Lecaron: C'était l'homme de mes rêves, J.Depp...
"21 Jump Street"...
Vous étiez trop jeunes.
J'aurais peut-être fait 13 enfants si ça avait été avec le J.Depp
de ce film.
En parlant de grande famille, Caroline va parler
de sa belle famille tout de suite.
Vous savez à partir de quand on dit que les familles sont nombreuses?
A partir du 3e enfant.
Là, votre famille XXXXL...
On est contents que vous soyez là, Caroline.
Vous avez 44 ans et vous êtes la maman
de 13 enfants.
- Caroline: J'en ai presque 46.
- A.Lecaron: On vous avait rajeunie sur ma fiche.
Vous êtes maman de 13 enfants.
Il y a 7 filles et 6 garçons.
Il y a un papa, et ce n'est pas J.Depp.
J'ai l'impression qu'il est super.
Avant de vous entendre, je vais tous les citer.
Ce n'est pas parce qu'ils sont nombreux
qui n'ont pas une individualité: Nicolas, l'aîné,
Vincent, 23 ans, Jeanne, 21 ans, 1re fille.
Maxime, 19 ans.
Romane, 17 ans.
Elia, 15 ans, Jules, 12 ans, Rosalie, 10 ans et demi.
Arno, 6 ans, Victoria, 5 ans, et Emilio, 3 ans.
Vous avez été vachement inspirés au niveau des prénoms.
Déjà que c'est compliqué quand il y en a 2...
- Caroline: Au moment où j'ai accouché, on n'avait pas
de prénom.
"On verra bien la tête qu'il a."
- A.Lecaron: Ca vous paraissait évident, quand vous l'aviez
dans vos bras?
- Caroline: Nos enfants nous ont parfois
soufflé la réponse.
- A.Lecaron: On retourne un peu en arrière, si vous êtes
d'accord.
On est en 1997, année de votre terminale.
Vous tombez amoureuse de votre J.Depp,
qui s'appelle Olivier.
Qui est-il?
- Caroline: C'est le plus drôle, le plus intelligent, le plus beau.
C'est l'homme de ma vie.
- A.Lecaron: Il fait du basket?
- Caroline: Oui.
C'est pour échapper à une option de sport...
J'avais un prof que je n'aimais pas trop.
Je voulais échapper à l'option de sport.
A l'époque, il y avait encore des options réservées
aux garçons uniquement.
"Je peux faire du basket garçons, il n'y a pas de raison."
Ils ont accepté.
Quand je me suis retrouvée dans cette option de basket,
j'y ai participé très activement.
J'étais très motivée.
- A.Lecaron: Vous avez le bac en poche.
Vous démarrez votre relation avec Olivier.
Au début, vous n'étiez pas bien du tout.
- Caroline: Non.
Je ne trouvais pas ma place.
Je ne trouvais pas de sens à ce que je faisais.
Je tombe en dépression.
Je suis hospitalisée.
Olivier est toujours avec moi dans ces moments difficiles.
J'ai un retard de règles.
Je fais un test de grossesse sans trop y croire.
Le test est positif.
Je le refais une 2e fois.
- A.Lecaron: Vous êtes toute jeune et vous n'êtes pas bien.
Il faut se remettre dans le contexte.
- Caroline: J'ai été hospitalisée 2 jours après mes 20 ans
en psychiatrie.
Ce n'est pas le moment idéal.
Je n'y crois tellement pas que je vais chez le gynéco
pour faire une prise de sang.
Ma seule appréhension, c'était de savoir
comment Olivier allait réagir.
Il est l'homme le plus heureux du monde.
On y va naivement en se disant que l'amour...
On se lance dans cette aventure très naivement tous les deux.
On se rend compte que l'amour ne peut pas tout, finalement.
- A.Lecaron: C'est compliqué, quand on a juste le bac
et qu'on est toute jeune...
Nouvelle relation...
- Caroline: Olivier est étudiant.
Des questions logistiques vont se poser.
On a toujours fonctionné en équipe.
- A.Lecaron: On sent qu'il y a un socle très fort.
On va le comprendre le long de votre récit.
Nicolas est né en 2000.
Malgré le contexte, vous vous êtes sentie maman
tout de suite.
Quand on sort d'une dépression et qu'on ne s'attend pas à tomber
enceinte...
Ca peut être difficile.
- Caroline: C'est quelque chose de tellement fort, la rencontre
avec son enfant...
J'ai eu la chance de le vivre 13 fois de façon vraiment forte.
L'odorat, tout...
Il y a cet attachement.
Il n'y a pas de mots pour le décrire.
J'ai tellement besoin d'Olivier...
Il y a quelque chose qui se passe.
C'est indescriptible.
- A.Lecaron: Vous étiez un peu seule, à l'époque?
Vous n'aviez pas d'amis?
- Caroline: J'étais un peu seule.
Il y avait une amie qui avait une vie à peu près du même âge.
Je ne me sens pas légitime dans ce rôle de maman.
Au fond de moi, je sais que c'est ce que je veux.
Je suis heureuse en étant maman.
Je n'arrive pas à me déterminer par moi-même.
Il y a tellement d'injonctions sociétales
sur le fait de la carrière, de l'accomplissement personnel...
Je suis perdue avec tout ça.
Je n'arrive pas à m'affirmer dans ce que je veux vraiment.
Ca prendra du temps.
Encore maintenant, des fois, on doute.
C'est un travail de toute une vie, d'être aligné avec soi-même,
d'essayer de trouver sa place et de ne pas obéir
à des injonctions extérieures.
A cette époque, je suis fragile.
Il y aura des hauts, des bas.
Je me suis toujours sentie maman.
- A.Lecaron: On a l'impression que là où vous êtes
vraiment heureuse, c'est avec vos enfants.
Après votre 5e enfant, vous vous dites que vous êtes
au complet.
5, c'est bien.
- Caroline: On est plutôt dans quelque chose où on se dit:
"Il faut être raisonnable."
C'est une injonction aussi.
C'est une sacrée charge matérielle, aussi.
C'est un investissement de temps.
Une copine me rappelle souvent cette histoire...
Dès qu'il y en a un qui se dit qu'on arrête, avec Olivier...
On se laisse 1 ou 2 mois.
Je retombe facilement enceinte.
On n'a pas vraiment envie de prendre la décision.
La vie nous donne cette chance.
On est tellement heureux...
- A.Lecaron: En plus de 20 ans, vous allez donner naissance
à 13 enfants.
Vous avez fait 6 fausses couches.
Ca n'a pas non plus été un parcours totalement idyllique.
Les 5 dernières ont eu lieu après la naissance d'Emilio.
Il y en a une qui est assez récente.
Vous vous êtes sentie soutenue dans ces moments?
Quand on a une pulsion de maternité si forte,
est-ce que les fausses couches sont proportionnelles
à cette pulsion?
- Caroline: Dès que je sais que je suis enceinte,
je me sens maman.
C'est une grosse déception.
- A.Lecaron: Même pour les femmes qui n'ont pas d'enfants...
Si elles ont eu une fausse couche, elles sont déjà mères.
Le sentiment est déjà là.
- Caroline: Quoi qu'il y ait comme entourage,
on est quand même très seule.
Le plus mauvais souvenirs, c'était la 1re fausse couche.
C'était entre mon 8e et mon 9e enfant.
Je suis à 8 semaines de grossesse.
Je n'ai pas eu de 1er contrôle.
J'appelle pour dire que je me mets à saigner.
On me dit que c'est courant.
Je n'ose pas rappeler.
Je suis seule à la maison.
J'ai tellement d'animation autour de moi que le quotidien
prend un peu le dessus.
Il y a ces longs moments à traverser, jusqu'à ce que tout
soit derrière.
Quand, à l'échographie, on voit qu'il n'y a pas de coeur qui bat,
il faut attendre l'expulsion...
Ce n'est pas évident.
Ma gynécologue, c'est quelqu'un qui n'a pas de jugement.
Elle connaît mon âge et le nombre d'enfants que j'ai.
Peu importe le nombre...