Dans la vie d’une femme, c’est sans doute l’une des décisions les plus difficiles à prendre et vous allez tout de suite comprendre pourquoi. Laurie est la maman de Rose 14 ans, Théophile 11 ans et d’un petit Maleaume âgé de 5 ans. À la naissance de ce petit dernier, elle apprend qu’elle est porteuse d’une mutation génétique qui augmente considérablement le risque de développer un cancer du sein et des ovaires. Pour échapper à cette menace permanente, elle prend alors la décision de subir une ablation préventive des deux seins et des ovaires, alors qu’elle n’est pas malade.
Présentée par Agathe Lecaron, La Maison des Maternelles est le rendez-vous quotidien consacré à la parentalité et petite enfance. Dans ce magazine, l’animatrice et les spécialistes qui l’entourent ont pour ambition de répondre aux interrogations des jeunes parents, proposant ainsi une émission de service. En toute liberté, de façon positive et décomplexée !
C'est l'heure de Les Yeux dans les yeux.
Laurie va nous raconter son histoire.
...
Bonjour. Bienvenue.
Vous êtes la maman de Rose, Théophile et Maleaume.
A la naissance de votre petit dernier,
vous avez appris que vous étiez porteuse
d'une mutation génétique qui augmente considérablement
votre risque de développer un cancer du sein et des ovaires.
On connaît un peu ce problème grâce à A.Jolie.
On n'en parle pas assez dans "La Maison des Maternelles".
Vous avez pris la décision radicale de faire une ablation préventive
des 2 seins et des ovaires.
Comment vous avez découvert que vous étiez plus à risque
que bien d'autres femmes de développer ces cancers?
Il y en avait beaucoup dans votre famille?
- Laurie: Un seul, mais ça suffit.
Ma maman, en 2007, a développé un 1er cancer du sein.
En 2007, on ne parlait pas des tests génétiques.
Il a été lourd mais bien traité.
Rémission totale.
Il fallait se faire suivre, avec ma soeur, Comme n'importe qui
qui en a dans la famille.
Ce n'était pas très lourd.
A la naissance de mon dernier enfant,
j'ai appris que ma maman était elle-même porteuse
de la mutation génétique.
- A.Lecaron: Son cancer a récidivé.
Elle a demandé à faire un test.
Là, elle a appris qu'elle était porteuse de ce gène.
Comment vous avez réagi à ces résultats?
Ca a dû être horrible pour vous.
- Laurie: C'était une journée particulière.
Tout à fait par hasard, je lui ai demandé,
le jour de la naissance de Maleaume, quand ses résultats
allaient arriver.
Il n'avait que 5 ou 6 heures.
Elle était venue me voir à la maternité.
Il y a eu un blanc.
J'ai senti qu'elle savait depuis un moment.
- A.Lecaron: Elle ne voulait pas vous perturber alors que vous étiez
enceinte.
- Laurie: Ca a été à la fois un choc...
Vous voyez le moment où on est tout à notre joie d'avoir un enfant
en bonne santé...
Je n'ai pas réalisé.
Quand elle est repartie de ma chambre de maternité,
je me suis demandé ce qui s'était passé.
"Ma vie a changé."
Ce n'était pas juste parce que j'avais eu
un autre enfant.
Il venait d'y avoir une information choc.
Je n'ai pas trop réalisé à ce moment-là.
- A.Lecaron: Quand avez-vous pris la décision de vous faire dépister
aussi?
- Laurie: 6 mois plus tard.
C'était à la rentrée 2019.
Je me suis dit: "Moi aussi, il faut que je me fasse tester."
J'ai proposé à ma soeur qu'on y aille ensemble.
On est allées se faire tester toutes les deux.
- A.Lecaron: Vous êtes allée au service d'oncogénétique
de l'hôpital Pompidou, à Paris.
Vous êtes allée avec votre conjoint chercher les résultats.
Vous pouvez nous raconter le moment?
Un vrai trauma?
- Laurie: Je ne me souviens pas très bien de ce rendez-vous.
- A.Lecaron: Tellement ça a été un choc.
- Laurie: Il y a eu l'annonce par une oncogénéticienne.
J'ai entendu des mots...
A part pleurer, je n'ai rien fait.
Quand on m'a dit que j'étais porteuse
et Guillaume qui a posé des questions...
Je ne me rappelle plus quoi.
Il y avait un rendez-vous obligatoire avec une psychologue.
- A.Lecaron: C'est pas mal.
- Laurie: Vachement bien.
Je ne suis pas sûre que j'aurais fait cette démarche.
Elle a été présente pour moi dans tout le parcours.
Je me souviens bien des mots qu'elle a pu poser, de la colère
que j'ai pu exprimer...
Ca a été...
- A.Lecaron: Quand on est porteuse de cette mutation, on a
entre 40 et 85 % de chances supplémentaires
de développer un cancer du sein.
C'est énorme.
La seule solution pour conjurer cette injustice, c'est de se faire
enlever les 2 seins.
Comment vous avez pris cette décision?
Une fois que vous avez les résultats,
il faut "processer", intégrer ce choc.
A quel moment vous vous êtes dit que vous alliez faire le meilleur
pour vous?
- Laurie: Quand on nous explique ce que ça implique...
Ce n'est pas que le cancer du sein.
C'est les ovaires, la prostate pour les hommes, les mélanomes
et le pancréas.
Ca dépend de l'historique familial.
J'ai vécu par procuration le cancer de ma maman,
les cancers de ma maman.
Je sais ce que c'est d'avoir une maman ou un proche
qui combat ça depuis de nombreuses années.
- A.Lecaron: Vous avez vu les chimios, la radiothérapie...
- Laurie: La rémission aussi, la mastectomie...
Ma 1re réaction, c'est: "Ce cancer ne passera pas par moi.
Je ne ferai pas vivre ça à mes enfants, à mon mari,
à mes proches.
Je n'aurai pas la force qu'elle a eue pour subir tout ça,
donc je me fais retirer ma poitrine."
C'était clair pour moi.
- A.Lecaron: Dès le début.
- Laurie: Par contre, je ne suis pas malade.
Je ne fais pas de reconstruction à plat.
Je me fais reconstruire...
Je ne savais pas trop comment.
- A.Lecaron: Vous n'aviez pas envie de faire une opération de chirurgie
esthétique, de vous mettre des faux seins.
- Laurie: Sans aucun jugement, ce n'était pas du tout ma démarche.
Je n'avais pas envie de me faire refaire la poitrine.
Les prothèses, c'était non.
Sauf que, comment on fait?
Il y a eu 2 associations qui ont aidé.
Sur la liste du personnel que je pouvais solliciter
à l'hôpital Pompidou, il y avait un nom qui avait retenu
mon attention, celui du professeur L.Lantieri,
un chirurgien esthétique en reconstruction globale,
pas uniquement mammaire.
Il fait des greffes de visage.
Je me suis dit que j'allais le voir.
- A.Lecaron: Il vous a proposé une méthode alternative?
- Laurie: Il m'a présenté toutes les méthodes: les prothèses,
les reconstructions à plat et toutes les autres techniques
de reconstruction, notamment celle que j'ai choisie, du Diep.
Il y a la partie mastectomie.
On vient ensuite prélever de la graisse au niveau du ventre
et des vaisseaux sanguins, des artères et des veines,
qu'on vient replacer dans la poitrine et remodeler.
- A.Lecaron: Ce n'est pas anodin.
Vous le dites très justement: "Je ne suis pas malade."
Vous allez rentrer dans quelque chose de très lourd
alors que vous n'êtes pas malade.
C'est ce qui est difficile, de se dire qu'on met
toutes les chances de son côté, mais que, si ça se trouve,
on ne va rien développer non plus.
C'est un pari.
Vous en avez parlé à vos enfants?
- Laurie: Oui.
On a fait une erreur à ce moment-là.
On parle beaucoup avec les enfants.
On a toujours essayé d'adapter le discours
en fonction de leur âge.
On a parlé à nos 3 enfants, qui avaient 1 an, 8 ans et 10 ans
à peu près, ensemble, avec un seul vocabulaire
que Maleaume n'a pas pu comprendre.
Il était trop petit.
Après, mes deux grands, c'est différent.
Mes enfants sont très proches de ma maman.
Ils ont vécu tout ça.
Ils ont vu ma mère en maillot de bain, parfois à plat,
parfois avec des prothèses à l'intérieur
de son maillot de bain.
Pour eux, c'était normal.
Les grands ont bien compris.
Pour Maleaume, c'était plus compliqué.
- A.Lecaron: La mastectomie était une opération très costaude.
Est-ce que, à votre réveil, vous étiez soulagée?
- Laurie: Pas tout de suite.
J'ai eu des complications pulmonaires, donc rien à voir
avec l'acte en lui-même.
C'était une opération qui durait 10 heures.
- A.Lecaron: 10 heures?!
- Laurie: J'ai eu des petites complications pulmonaires,
un truc qui arrive assez souvent mais dont je n'ai pas réussi
à me remettre suffisamment vite.
Je me suis dit: "Purée, pourquoi j'ai fait ça?"
Je me suis dit ça pendant 6 mois.
Quand je passais devant un miroir, je ressemblais à Frankenstein.
J'ai 1,13 m de cicatrices.
Dans les quelques semaines qui suivent, c'étaient des soins...
Une fois que j'ai eu l'opération de symétrisation, qui pourrait être
la dernière...
Je me suis dit: "Evidemment."
C'est à ce moment-là que j'ai eu l'impression d'avoir
une 1re épée de Damoclès qui s'enlevait...
- A.Lecaron: C'est un poids très lourd qui s'enlève.