C’est sans aucun doute le nouveau fléau du siècle… Télé, tablettes, smartphones ou consoles… Les écrans occupent de plus en plus de place dans la vie de nos enfants au point de rendre certains totalement accros, comme on peut devenir dépendant à l’alcool ou à la drogue ! Laetitia est la maman de Wil, qui a 15 ans et d’Ally, qui a 10 ans. Son fils est devenu addict aux écrans à l’âge de seulement 10 ans ! Elle nous raconte comment cette maladie a bouleversé la vie de sa famille… et comment elle a réussi à y mettre fin !
Présentée par Agathe Lecaron, La Maison des Maternelles est le rendez-vous quotidien consacré à la parentalité et petite enfance. Dans ce magazine, l’animatrice et les spécialistes qui l’entourent ont pour ambition de répondre aux interrogations des jeunes parents, proposant ainsi une émission de service. En toute liberté, de façon positive et décomplexée !
Bonjour Laetitia, bienvenue dans la maison des maternelles.
Merci.
Alors déjà, merci d'être là, parce que c'est vrai qu'on est très culpabilisés quand même par les médias,
très souvent quand on est parent et qu'on laisse nos enfants avoir des écrans dans la main.
Donc le fait que vous soyez là aujourd'hui pour raconter votre histoire, c'est aussi pour aider les gens.
Tout à fait.
Et pour vous dire, ben voilà, moi je suis une maman totalement lambda et ça m'est arrivé, donc ça peut arriver à tout le monde.
Vous êtes la maman de Will, qui a 15 ans aujourd'hui, et d'Ali, qui a 10 ans.
Et donc votre fils Will, il est devenu accro aux écrans à l'âge de 10 ans seulement.
Vous allez nous raconter comment cette maladie, vous vous appelez ça une maladie carrément ?
Oui, on peut apporter ça comme une maladie en effet.
Donc vous avez vraiment ressenti ça comme ça.
Vous allez surtout nous dire comment vous avez réussi à y mettre fin.
C'est difficile aujourd'hui.
D'abord, dites-nous, de manière générale, quelle place occupaient les écrans dans votre famille quand les enfants étaient petits ?
On avait très peu d'écrans.
On avait une télé, mais qui était plus souvent éteinte qu'allumée.
On avait aussi une console de jeu, mais on n'y jouait pas énormément.
Pour tout ce qui est téléphone, il était plutôt posé sur une table plutôt que dans mes mains ou dans ma poche.
Donc on ne peut pas dire que c'est à cause de vous et de votre addiction à vous que votre fils est devenu accro après.
A quel âge est-ce que vous avez donné des écrans à votre fils ?
On a commencé par une tablette éducative à 6 ans.
Il aimait ça, mais il n'était pas non plus énormément dessus.
Au fur et à mesure des années, on lui a mis en place la console, une Switch, mais qui de base était pour moi,
et puis une tablette normale, non éducative.
C'est à l'âge de 9 ans qu'on a mis le téléphone et la PS4.
C'est vrai que c'est deux écrans qu'il a énormément aimés.
Là, il y a eu une bascule.
Vous avez senti qu'avant, il s'en fichait un petit peu.
Mais le téléphone et la PS4, là, ça a tout changé.
Oui, tout à fait.
Pourquoi vous lui avez donné un téléphone à l'âge de 9 ans ?
Parce qu'il sortait tout seul ?
Non, on venait de se séparer avec le papa.
Du coup, c'était important d'avoir un téléphone pour s'y besoin quand il était chez l'un ou chez l'autre.
Voilà, pour que vous puissiez le joindre quand il était chez son papa et inversement.
A quel moment est-ce que vous avez senti que Will commençait à montrer des signes d'accoutumance ?
Est-ce qu'il y a eu un moment de bascule ?
Quelques mois après l'apport de cette PS4 et de ce téléphone, au début, je n'y prêtais pas trop attention.
Mais on se rend compte qu'en effet, il s'est mis de plus en plus à être dessus, à jouer et à se mettre dans sa bulle.
Il s'enferme dans sa chambre.
Il est un peu moins présent avec nous et avec sa sœur.
Il ne parle que de ça.
Il est vraiment dans son petit cocon.
Et comment vous réguliez à l'époque ?
Vous le laissiez faire du moment qu'il faisait ses devoirs ?
Oui, tout à fait.
Je m'étais dit qu'avec l'école, les tâches quotidiennes, le téléphone n'allait pas prendre un temps immense au quotidien.
Que ça allait vraiment bien s'amener avec notre quotidien.
Et c'est vraiment au moment des week-ends, des mercredis où il n'avait pas école ou pendant les vacances scolaires
où là, on se rendait compte que ça lui prenait une place énorme au quotidien.
Vous essayez de mettre des limites à ce moment-là quand vous avez senti que ça commençait à basculer ou pas ?
Non, je n'ai pas prêté attention tout de suite que l'écran prenait autant de temps et que ça le rendait dans cette situation.
Alors là, je vais décrire une situation que vous nous avez racontée en préparant cette émission
et que tous les parents d'enfants qui se servent de tablettes ont vécu.
C'est le moment où on dit maintenant, ça suffit, non, arrête, je dois finir mon jeu !
Et où ils deviennent dingues parce qu'à un moment, pour eux, l'enjeu est énorme
parce qu'ils vont peut-être être premiers pour la première fois.
Et là, c'est la crise. Vous, vous avez vécu ça de plus en plus.
Énormément de crise, de colère, ça partait sur des insultes, ils se mettaient dans des états pas possibles,
ils balançaient les objets, ils se mettaient vraiment à mal.
Je me sentais démunie à ce moment-là, je ne savais pas trop comment faire.
Mais il était aussi en période de préadolescence, donc on se dit peut-être que c'est normal,
peut-être que c'est la préadolescence et on se dit, ça va passer.
Vous arriviez à lui parler quand ça retombait un petit peu ? Est-ce que vous arriviez à échanger avec lui ?
Oui, quand il redemandait, quand il s'était calme, quand on avait passé ce moment de feu,
j'étais avec lui, on discutait et c'est vrai qu'il n'avait pas cette impression de partir comme ça en crise.
Il était même étonné du comportement que je lui parlais.
Oui, c'est ça, lui-même, en fait, il ne se reconnaissait pas.
Tout à fait.
C'est ça qui est très intéressant, c'est que ce n'est pas un sentiment agréable pour eux aussi, quand même, d'être comme ça, il faut bien le dire.
Est-ce que vous avez senti un changement de comportement à l'école ?
Oui, à l'école, ça a été pareil, avec les camarades surtout.
Il était toujours autant respectueux avec les adultes, mais avec ses camarades, il partait très rapidement.
Il était sur le qui-vive tout le temps et donc ça partait les insultes et ça a mis du coup, malheureusement, un point sur ses notes.
Et la vie scolaire m'avait dit, attention, ça serait dommage qu'il oublie son aller.
C'est quand même un élève qui est bien, qui sait, donc ça serait dommage d'en arriver là.
Oui, c'est un bon élève, donc il faut arriver à trouver ce qui ne va pas.
Mais vous n'étiez pas encore sur les écrans à ce moment-là.
À quel moment est-ce que vous avez fait le lien entre son comportement et les écrans ?
Eh bien, c'est le jour où je me suis rendu compte qu'il passait le virtuel avant le réel.
C'est vraiment là où il y a eu une fois exactement où malheureusement il s'est fait pipi dessus.
Ça veut dire qu'il avait oublié, c'est les premières choses de base de la vie, manger, boire et aller aux toilettes.
Donc il a essayé de me le cacher et finalement il est venu vers moi un peu gêné.
Voilà, c'est arrivé et c'est là que ça m'a fait le déclic.
Oui, c'est-à-dire qu'en fait, si on décortique, il est en train de faire son jeu.
C'est exactement ce qu'on a décrit il y a quelques minutes.
Le plus important, c'est qu'il finisse son jeu.
Tant pis, si on a envie de faire pipi, on fait sur soi, mais il faut finir le jeu.
Là, effectivement, chez vous, ça a créé un déclic et une vraie prise de conscience.
Qu'est-ce que vous avez fait à ce moment-là ? Qu'est-ce que vous avez mis en place ?
Eh bien, j'ai mis en place le contrôle parental.
Il faut savoir qu'il existe et qu'il peut être gratuit.
C'est surtout ça le plus important.
Je pense que c'est vraiment ce qui m'a aidé au quotidien à pouvoir réguler et mettre des règles.
Expliquez-nous alors le contrôle parental.
Vous pouvez sur la tablette anticiper le nombre de minutes de jeu, c'est ça ?
Vous mettez en place l'application sur le téléphone de l'enfant, puis sur le téléphone de l'adulte.
Et à distance, vous pouvez tout régler.
Le temps d'écran, quelle application.
Vous pouvez aussi bloquer les applications qui ne sont pas correctes par rapport à l'âge.
Vous avez aussi le détail de ce qu'il regarde et combien de temps ?
Tout à fait.
On a le temps, par exemple, sur YouTube, le temps sur n'importe quelle application.
Ça nous permet de mettre un temps, de réguler ce temps à la journée.
Là, ça peut couper en plein milieu de son jeu ?
Tout à fait.
Il est temps d'arrêter.
C'est un peu la frustration, mais en même temps, pour nous en tant que parents, c'est l'objectif.
C'est pas mal, parce qu'en plus, c'est pas le parent qui demande.
Ça passe directement par l'écran lui-même, c'est comme s'il lui parlait.
Comment est-ce qu'il a réagi Will face à ces nouvelles règles ?
Il a compris ?
Comme il a l'air très intelligent, je pense qu'il avait conscience du fait qu'il y avait quelque chose qui clochait.
Tout à fait.
Il a commencé à prendre conscience que si je mettais ça en place, c'était pour son bien.
Au début, ça a été difficile.
Il me reprochait.
Pourquoi tu me fais ça ?
Mes copains ont le droit de jouer.
Moi, j'ai pas le droit.
Pourquoi j'ai un temps ?
On a commencé à mettre en place une discussion pour qu'il puisse comprendre le pourquoi du comment,
afin qu'il puisse mieux vivre sa vie d'adolescent.
Ce qui est terrible, c'est que ça a remplacé tout ce qu'il aimait avant.
Tout à fait.
C'est vrai que quand on a un enfant qui crée des mondes, a des petites figurines, des animaux,
là, tout à coup, ça a remplacé tout ce qu'il faisait avant.
Il a dû réapprendre à jouer.
Il a dû réapprendre à aller dehors, à aller voir ses camarades, à reprendre la vie tout simplement.
Et puis, surtout, découvrir des choses qui étaient bien mieux que l'écran.
On va en parler justement de la façon dont il est aujourd'hui.
Vous, une fois, vous avez explosé.
Vous avez tout cassé.
Ah oui, on s'en souvient tous les deux.
Je pense que c'est la fois de trop.
Je suis arrivée, j'ai débranché la console et je l'ai balancée par terre.
Voilà.
Ça a été les cas trop.
C'était très difficile pour lui autant que pour moi.
C'était quand même un achat assez cher.
Mais je pense que c'est ce qui nous a débloqués.
C'est ce qui a fait que ça nous a fait du bien et ça a un peu débloqué toute cette situation.
Puisqu'il n'y avait plus de console.
Il n'y avait plus cette envie.
Il n'y avait plus cette attraction.
On ne le voyait plus.
Et donc, ça l'a aidé.
Solution radicale.
Tout à fait.
Mais qui a porté ses fruits.
Qu'est-ce que vous avez pu voir ?
Déjà, au bout de combien de temps vous avez vu des changements de comportement ?
Au bout de quelques semaines déjà.
On voyait le changement.
Il ne parlait plus du tout de tout ce qui était gaming.
Il parlait d'autres choses.
De ce qu'il faisait avec ses copains.
Il réapprenait à jouer.
Il était dehors.
Il jouait au vélo.
Et puis, il a commencé à apprendre d'autres choses.
Des wheelings, etc.
On voyait vraiment un petit garçon qui avait changé du tout au tout.
Et qui réapprenait à vivre correctement.
Et vous n'entendiez plus les « attends, je suis en pleine partie ».
Ah oui.
Ça, ça fait du bien.
Donc, il a commencé aussi à recréer le lien avec vous.
C'est-à-dire, à parler de sa vie.
De ce qu'il faisait à l'école.
Tout à fait.
Même à l'école, c'était beaucoup mieux.
Les notes étaient remontées.
Il était plus apaisé.
Il parlait moins de gaming.
Et il se sentait beaucoup mieux.
Mais même avec sa sœur qui, du coup, était beaucoup plus petite de 5 ans.
Qui avait eu peur de cette situation.
Malgré tout, pour elle.
Il a pu réapprendre à parler avec elle.
À tisser un lien avec nous.
Pour être mieux.