La Veillée #51 : Le Secret de la Relique, par Nicolas Delestre

Axolot
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2 Vues de vidéo·1 nov. 2024
Après un parcours professionnel surprenant, Nicolas a consacré sa vie à la mort. Devenu un des meilleurs spécialistes en thanatopraxie de France, il vient raconter son expérience dans ce milieu méconnu...
Pour ouvrir cette soirée, c'est pas mon fils qui va venir raconter une histoire,
c'est un garçon que j'ai rencontré il y a quelques années de ça,
à une époque où il était conservateur d'un musée très surprenant à Lyon,
qui était rempli de curiosités anatomiques et d'objets liés à l'histoire de la criminologie.
Et dès cette première rencontre, j'avais senti que ce garçon avait beaucoup de choses intéressantes à raconter.
Et plus les années passent, plus je m'aperçois à quel point cette intuition était juste.
C'est pour ça que je suis très heureux de l'accueillir ce soir à La Veillée.
Merci d'applaudir très fort Nicolas Delestre.
Bonsoir, je m'appelle Nicolas Delestre, je suis spécialiste en préservation de la dépouille humaine,
je dirige le centre de formation AFIT, spécialisé dans la préservation de la dépouille humaine,
et je suis enseignant en médecine égale en quatrième année de médecine.
Donc, j'ai été choisi pour ambiancer la soirée, parce que, en fait, si vous voulez,
à un moment donné, ils se sont dit, par qui on va faire commencer ?
Ok, on va prendre le comique de service.
Voilà.
Alors, la thanatopraxie, c'est l'ensemble des techniques et des produits qui visent à la préservation de la dépouille humaine.
En fait, ce sont les praticiens qui vont réaliser une restauration des corps ou une conservation de ces corps
dans le but de les présenter aux familles.
La thanatopraxie, ça vise donc à faciliter le deuil.
Donc, je vais vous expliquer un tout petit peu comment je suis arrivé dans ce milieu très particulier.
Et vous avez vu, quand je parle comme ça, je prends un petit peu des intonations de Patrick,
comme ça, face à ce milieu très particulier, avec la petite pause qui va bien.
Et du coup, voilà.
Alors, à la base, j'étais parfaitement destiné à la thanatopraxie, puisque j'ai fait des études d'informatique.
Donc, le hasard a fait que j'ai réalisé ma formation thanatopraxie à la faculté de médecine de Lyon.
Et j'ai rencontré ma compagne dans cette formation.
Petit à petit, les choses se sont construites.
J'ai complètement adhéré à la thanatopraxie.
Ça faisait pas mal d'années que je faisais des recherches historiques sur celle-ci.
Et j'ai eu une chance innommable, quelque chose d'assez particulier.
Facebook, qui n'apporte que des malheurs à tout le monde, m'a apporté la chance de rencontrer un homme exceptionnel,
un thanatopracteur de génie qui s'appelait Michel Guénantel,
qui m'a un jour convoqué à Paris en me disant, écoute, viens, il faut qu'on discute.
Bon, il faut savoir que Michel Guénantel avait une réputation d'excellence.
C'était un des plus grands thanatopracteurs existants.
Et quand un monsieur comme ça vous dit, viens et ne discute pas, il y a deux solutions.
Soit on festille, on appelle le message.
Soit on y va en se disant, qu'est-ce qui va m'arriver ?
Et je me retrouve donc à Saint-Ouen, dans un espèce de traquenard infernal
entre un restaurant qui s'appelle le Restaurant de l'Avenir et un hôtel qui s'appelle l'Hôtel de l'Avenir,
sur une place dirigée par la même famille et avec un homme qui m'avait donné rendez-vous,
qui ne vient pas tout de suite.
Donc du coup, le retard se fait, le retard se fait et on se retrouve dans le Restaurant de l'Avenir.
Et quand on commence à dîner, donc pas de souci, d'un coup, le restaurant ferme les grilles
et vous vous retrouvez prisonnier à l'intérieur.
Et là, vous vous dites, c'est la fin.
Mais vraiment, c'est la fin.
Vous vous dites, personne ne sait où je suis, je suis à Saint-Ouen,
je vais finir en cabinet de curiosité, ça ne va pas traîner en fait.
Et vu que j'ai une sorte de carrure physique qui est propre à l'exposition du cabinet de curiosité,
je me suis dit, là, tu vaux 500 balles maximum.
Donc, en fait, non, pas du tout.
C'était juste parce qu'il était extrêmement ami avec ces personnes.
On est sortis, nous étions passablement éméchés, mais c'était de bonheur,
uniquement et d'un peu d'alcool.
Et du coup, comme ça se passait souvent avec cette personne exceptionnelle,
ça se passait en, je te tape dans la main et c'est bon.
Et du coup, je suis devenu enseignant dans son école au démarrage,
comme ça, juste en se tapant dans les mains.
Et au fur et à mesure, j'ai pu découvrir cet homme d'exception
qui était un thanatopracteur, je le répète encore une fois,
qui était un thanatopracteur de génie,
qui est décédé maintenant depuis quelques années malheureusement,
et qui a révélé toute sa philosophie et toute son éthique de la thanatopraxie
et qui a fait que ce monde de la mort est devenu un peu plus propre à son contact.
Et c'était quelque chose d'assez improbable.
Et le truc avec cette personne, c'était que quand vous rencontriez Michel Guénantène,
vous adhériez de base, un peu comme les contrats France Télécom,
où vous prenez le forfait mobile avec le forfait internet, etc.
et vous adhériez de base à la famille Michel Guénantène, à la famille affite.
Et ça m'a permis de rencontrer des gens exceptionnels comme Michel.
Parce qu'il avait cette faculté de rassembler énormément de monde autour de lui,
mais tous avec une petite part de lui-même, donc une petite part de génie.
J'ai pu rencontrer des thanatopracteurs d'exception,
j'ai pu rencontrer des médecins légistes d'exception,
j'ai pu me faire des amis différents.
Et tout ça m'amène à vous expliquer deux, trois petites choses.
Alors vous allez trouver que c'est décousu, c'est décousu.
Mais en même temps, parler de thanatopraxie, en parlant de choses décousues,
ça peut se refaire en deux deux, un peu de fil d'une aiguille, c'est bon, c'est réglé.
En fait, je suis spécialiste en préservation de la dépouille humaine,
mais également en analyse de reliques.
Et je vais vous expliquer une petite aventure qui m'est arrivée sur une analyse de reliques.
Tonton Nico, raconte-nous une histoire.
Il était une fois un archevêché, en France,
qui me demande de venir analyser une relique qui avait subi un dommage lors d'une chute.
Cette relique était officiellement référencée comme un cœur.
Donc il y avait des chevrons sur le reliquaire,
et un des chevrons avait été tordu et avait abîmé une partie de la relique.
Donc l'archevêché me demande de venir pour voir si la relique en question peut partir,
parce qu'elle devait partir aux Etats-Unis, pour être présentée.
Donc je rassemble toutes mes petites affaires,
et d'habitude je travaille avec un photographe particulier,
pour avoir des traces et pour prendre des micro-photographies.
Et là, mon photographe n'est pas disponible.
Donc j'ai un très bon ami boucher,
qui également dirige un restaurant à Lyon,
qui me dit « tu sais, moi je fais de la photo, ok, pas de problème,
ramène ton matos, ça va le faire, physiquement tu ressembles exactement à ce qu'il s'attend d'avoir,
il est tatoué des pieds à la tête, ok, c'est bon.
Donc on y va tous ensemble, pas de problème. »
Et on arrive devant cette fabuleuse relique,
on s'équipe des pieds à la tête, on se prépare,
il prend plein de petites photos super sympas,
aucune n'est exploitable, faut le savoir, à la sortie j'ai rien lu, c'est rien, ma cache.
Et du coup, je sors la relique,
et la relique, elle était quand même très douteuse.
Quand je dis douteuse, c'est qu'elle ressemblait exactement à ce qu'on s'attend d'avoir pour un cœur.
Or un cœur humain, ça ne ressemble pas du tout à ce qu'on s'attend d'avoir.
Donc je me dis « là il y a peut-être un petit problème. »
L'archevêché hyper confiant me dit « mais il n'y a pas de problème. »
Ok, je lui dis « alors s'il n'y a pas de problème, est-ce qu'on peut le scanner ? »
« Ah oui, oui, pas de souci. »
Et là, par la magie du scanner, qu'est-ce qu'on voit apparaître ?
Un artefact parfaitement symétrique.
Et il faut savoir que le cœur humain, c'est tout sauf parfaitement symétrique.
Donc on commence à observer le truc, et on se dit « là il y a vraiment un souci. »
Donc on demande un temps pour faire des recherches historiques sur la préparation du corps.
Et on découvre, par un hasard miraculeux dans les archives de l'archevêché,
le rapport d'embaumement de cette relique.
Ce n'était pas une relique très ancienne, elle datait du XIXe siècle.
Et en découvrant le rapport d'embaumement, on s'aperçoit que la technique utilisée
était parfaitement inefficace, voire au contraire, qu'elle cramait carrément les tissus.
Du coup, on avait des gros doutes sur le fait que ce qu'on avait sous les yeux
avait été pratiqué avec cette technique.
Donc on commence à investiguer, et là on s'aperçoit que finalement,
cet artefact, cette relique, avait été fabriquée de toute pièce.
Et on se dit « bon, ça reste quand même un muscle strié ».
Il faut savoir que c'est une catégorie de muscles dans le corps humain.
Et on se dit « mais qu'est-ce qu'il y a pu avoir comme muscle strié,
qui a pu servir à être coupé, replié sur lui-même,
en vue de faire quelque chose qui ressemble à un cœur ? »
On cherche, on cherche, on cherche.
On cherche, on cherche encore un peu.
À un moment donné, on va boire des coups parce qu'il faut quand même se reposer.
Et là on se dit « mais il n'y a que le grand fessier ».
Donc on est parti de base sur une analyse de relique cardiaque.
Et on en arrive à une relique constituée d'un grand fessier replié.
Autant vous dire que la relation avec l'archevesté est devenue légèrement tendue.
Vraiment légèrement tendue.
Bon, on a remis notre rapport, pas de problème.
Il a servi à caler un meuble, pas de problème.
Et la relique est toujours un cœur officiellement.
Mais c'est des choses qui arrivent.
C'est un contexte particulier.
Ce sont des jolies histoires qui arrivent quasiment exclusivement dans le milieu de la mort.
Du coup, il était très intéressant de vous raconter.
Je suis sûr que ça vous a rendu un peu plus guiré.
Mais dans le doute, je vais quand même vous expliquer une petite théorie de médecine légale
qui va vous remettre du baume au cœur.
Est-ce que vous connaissez la théorie de l'homme sain ?
Non ?
Le corps humain est une merveilleuse machine
qui est faite pour s'adapter de façon exceptionnelle.
La preuve, quand vous pétez un truc, ça se remet, etc.
Il faut savoir que lorsque vous faites des petites conneries,
quand je dis des petites conneries, c'est pas se taper des rails de coke dans les boîtes de night à Paris.
Là, c'est simplement vous fumez un peu, vous buvez un peu,
vous regardez la fin de Game of Thrones et vous la racontez à votre compagnon avant.
Ce genre de trucs qui peuvent causer la mort normalement.
À un moment donné, votre corps va s'adapter.
Il va créer des petites dérivations, des choses assez importantes,
des petites veines, des petites artérioles qui vont s'observer assez facilement en autopsie.
Et un jour, pas de bol, la mort frappe à votre porte.
C'est le moment.
Ça y est, un gros caillot déboule.
Et en fait, vous survivez grâce à vos conneries. Pourquoi ?
Parce que le caillot va bloquer la voie principale,
mais les dérivations vont entrer en action.
Et vous allez survivre.
Par contre, un sportif, un vrai...
Vous savez, ceux qui font chier tous les dimanches à courir, à passer à côté de vous,
qui vous jugent du point de vue de regard quand vous êtes en train de bouffer votre Twix.
Vous savez, ce genre de personnes qui ne font jamais la rentrée de la honte le matin à 6h
quand vous avez perdu une chaussure.
Eh bien celui-là, il y a un caillot.
Ça va tout boucher.
Et lui, c'est le concept.
Donc voilà, en fait, le principe est assez simple.
Buvez.
Fumez.
Mais ne racontez jamais la fin de Game of Thrones à quelqu'un qui n'a pas vu la fin.
Jamais.
Sinon, c'est comme ça qu'on a du don de corps à la science.
Est-ce que vous savez pourquoi Makeup Forever s'appelle Makeup Forever ?
Est-ce que vous savez ce que c'est que Makeup Forever ?
C'est une sorte de truc de maquillage trop mortel.
Eh bien, pourquoi trop mortel ?
Parce qu'à la base, Makeup Forever,
c'est pas pour rien que ça s'appelle Makeup Forever.
Eh ouais.
Et là, d'un coup, vous regardez votre salle de bain différemment.
Eh ouais.
Parce que 50 % du catalogue Makeup Forever,
c'est pour les mecs qui vont s'occuper de vous après.
Eh ouais, messieurs-dames.
Donc Makeup Forever, c'est différent.
Maintenant, vous passerez cela.
Passez une très bonne soirée.
Et merci de m'avoir accueilli.
