Pr Philippe Deruelle est le chef du service de gynéco-obstétrique du CHU de Montpellier. Il est à l’origine de l’ouverture d’une structure en partenariat avec l'association de lutte contre l’hyperémèse gravidique. Il a de bonnes nouvelles à nous annoncer, notamment pour les femmes enceintes.
Présentée par Agathe Lecaron, La Maison des Maternelles est le rendez-vous quotidien consacré à la parentalité et petite enfance. Dans ce magazine, l’animatrice et les spécialistes qui l’entourent ont pour ambition de répondre aux interrogations des jeunes parents, proposant ainsi une émission de service. En toute liberté, de façon positive et décomplexée !
Bonjour professeur, très heureux de vous revoir.
Très heureux d'être là.
Vous avez l'habitude des émissions à distance ?
C'est la phobie.
Oui, parce qu'on n'a fait qu'à distance.
C'était folklore.
Vous savez que je lui posais des questions et il faisait
Et moi j'étais comme ça.
Professeur d'obstétrique et de gynécologie à la maternité Arnaud de Villeneuve,
du CHU de Montpellier,
à la faculté de médecine de Montpellier Nîmes.
On vous reçoit, je le disais, pour parler de l'hypérémèse gravidique.
Vous avez monté une structure en partenariat avec l'association de lutte contre l'hypérémèse gravidique.
Le synthé en bas de l'écran avec le site internet de l'association.
C'est une première en France.
On va détailler cela dans quelques minutes.
Mais tout d'abord, qu'est-ce qui diffère de simple nausée et l'hypérémèse gravidique ?
Comment on peut faire le distinguo entre les deux ?
On fait le distinguo entre les deux en raison de la gravité, de la sévérité d'abord des nausées.
On définit l'hypérémèse comme étant des nausées sévères qui apparaissent au premier trimestre de la grossesse.
Très récemment, c'était d'ailleurs pendant la crise Covid,
on s'est réunis avec des chercheurs internationaux, des associations de patientes, des médecins,
et on est allé au-delà de cette définition.
On a juste dit que c'était toute altération de la qualité de vie,
qu'elle soit personnelle ou professionnelle,
qui est à ce moment-là la définition de l'hypérémèse gravidique.
Ça veut dire que si une femme est enceinte dans son premier trimestre,
qu'elle a des nausées, des vomissements,
si elle ne peut pas aller travailler, c'est de l'hypérémèse gravidique ?
Exactement.
Altération de la vie quotidienne.
Pourquoi cette maladie, elle est très peu connue ?
Pourquoi il y a un tabou autour ?
C'est les femmes qui ne veulent pas en parler, les femmes enceintes ?
Ou c'est parce qu'elle est méconnue ?
C'est compliqué.
C'est une maladie de femmes déjà, et on sait que les maladies de femmes,
ça a toujours été moins bien traité par la médecine.
Si on remonte au début du XXe siècle à la fin du XIXe,
est apparue la question de l'hystérie,
du fait que les femmes pouvaient simuler des symptômes
en raison de plein de choses, de leur utérus,
de la relation à leur mère, à leur père, etc.
Finalement, ça a tracé l'hypérémèse en disant que c'est dans la tête des femmes,
c'est vraiment une maladie psychique,
et ça a créé un vrai tabou, une mauvaise prise en charge,
et puis aussi parce qu'on a du mal à bien s'occuper de ces femmes.
Parlons-en tout de suite du soin.
Comment on soigne les femmes atteintes d'hypérémèse gravidique ?
C'est un soin psychique, physiologique ?
En fait, il y a quatre piliers.
Le premier pilier, c'est le pilier médical.
Il faut bien s'occuper de ces femmes en donnant des traitements,
en les associant, en essayant de faire cette petite cuisine
en fonction de leurs symptômes.
Ensuite, il y a trois autres piliers.
Le premier pilier, c'est le pilier socioprofessionnel.
Il faut être capable d'abandonner l'idée que la femme est une warrior,
qu'elle continue à tout soutenir.
À l'inverse, il faut être en capacité d'abandonner
pendant quelques semaines, voire quelques mois, une situation,
parce que ça n'est pas possible.
Le soutien familial est très important.
C'est le troisième pilier.
Et puis, le quatrième pilier.
Moi, je milite beaucoup pour que nos ambassadrices de l'association
puissent interagir avec ces femmes en disant
« Moi aussi, je suis passée par là.
Moi aussi, j'ai vécu cette maladie. »
Et ça, c'est très aidant pour les femmes d'une façon générale.
Est-ce que cette maladie touche toutes les femmes enceintes ?
Est-ce qu'elle peut toucher toutes les femmes enceintes ?
Est-ce qu'il faut avoir un terrain ? Est-ce qu'il y a un terrain ?
Les nausées et vomissements, c'est 50 à 80 % des femmes.
Mais l'hyperhémèse, au sens très large,
c'est environ entre 20 et 30 % des femmes.
Les formes sévères, là, très clairement,
elles sont beaucoup plus rares.
C'est un petit peu en dessous de 5 %.
Qu'est-ce que vous considérez comme les formes sévères ?
Les formes sévères, c'est les formes qui vont aller
de 10 à 200 vomissements par jour.
La nausée, 24 heures sur 24,
comme si on sortait sans arrêt d'un grand huit.
24 heures sur 24, avec des femmes qui sont incapables
de sortir du lit, qui ne peuvent plus rien faire.
Quel cauchemar !
C'est terrible.
Vous avez donc monté une structure à Montpellier.
En quoi elle consiste, cette structure ?
Comment ça se passe, déjà ?
Très simplement, est-ce qu'une femme qui est atteinte
d'hyperhémèse gravidique doit vous contacter
via téléphone, via une plateforme Internet ?
Comment ça se passe ?
Cette structure est venue d'un besoin,
qui était un besoin de l'association,
pour les situations les plus difficiles,
de trouver un médecin ou des médecins qui s'investissent
et qui essayent de trouver des solutions.
Parce que c'est un vrai investissement au quotidien.
Comment les femmes peuvent nous contacter ?
On a créé un mail générique, grâce au CHU de Montpellier,
où il y avait vraiment le terrain pour développer cette structure.
Ce mail, c'est mieuxvivremonhg
arroba CHU-montpellier.fr
Il s'affiche en bas de l'écran.
Les femmes nous écrivent, ma secrétaire leur envoie
un peu de documents à remplir,
un score qui va m'aider à les prendre en charge.
Vous dites un score.
C'est le score HELP, c'est un score qui évalue
la déshydratation, l'état d'alimentation,
les nausées, les vomissements, le nombre de traitements.
C'est une petite dizaine de questions.
Ça va très vite à remplir.
Pour moi, c'est très utile.
Ça me permet de situer la femme.
Est-ce qu'à urgence, il faut que je la contacte
tout de suite dans la journée ?
Ou est-ce que la situation peut attendre 24-48 heures ?
24-48 heures, ça veut dire que la situation n'est pas si grave ?
24-48 heures, c'est vraiment le grand maximum
pour les situations de femmes que j'ai la chance de m'occuper.
Il ne faut pas aller au-delà de 48 heures
parce que celles dont je m'occupe sont des formes sévères.
Parfois, elles me contactent dans la journée.
À peine le temps de les contacter.
Elles sont sur la mauvaise pente.
Elles se retrouvent hospitalisées le soir-même.
Est-ce que la consultation téléphonique que vous offrez
est suffisante parce que vous êtes à Montpellier
et on imagine que les femmes subissent cette maladie
dans tout le territoire français ?
Comment ça se passe ?
Vous les orientez vers d'autres professionnels autour d'elles ?
J'interagis avec elles en visio, en téléconsultation,
avec une très bonne connexion.
Je fais une petite fiche de transmission
qui leur permet de s'appuyer sur les praticiens locaux de terrain
qui peuvent aussi me contacter.
Ils ont mes coordonnées.
On essaye de créer un village qui soutient ces femmes
qui souffrent d'hyper-MS gravidique autour d'elles
avec les sages-femmes, le médecin traitant, les pharmaciens
et puis on a surtout une structure de coordination.
Ce sont des boîtes privées qui se trouvent partout en France
qui coordonnent les infirmières libérales,
qui surveillent et qui me renvoient des informations.
Ça, c'est très important.
Ce qui me permet d'ajuster les traitements.
Vous parlez de traitements.
Est-ce qu'il y a une voie médicamenteuse précise
pour l'hyper-MS gravidique ?
Non, il y en a plusieurs.
La difficulté, c'est de trouver pour chaque femme
le médicament qui va fonctionner.
Parfois, ça peut être des associations de médicaments.
Classiquement, on utilise les anti-hémétiques.
Il y a l'association doxylamine-péridoxine
que nous n'avions pas en France,
qui existait au Canada et aux Etats-Unis.
Heureusement, ça guérit à peu près 60 %.
Enfin, ça soutient ou ça atténue 60 % des cas d'hyper-MS.
Ensuite, de temps en temps, on est obligé de passer
sur des anti-hémétiques qu'on va utiliser
dans la cancérologie, dans les chimiothérapies.
Ça, c'est pour les cas les plus avancés, les plus graves.
Parfois, de l'hydratation 1 litre tous les jours
pendant 12 heures à domicile,
comme si les femmes étaient hospitalisées.
Professeur Philippe Deruel, merci beaucoup.
Pour les femmes qui ont besoin,
vous avez parlé d'une adresse mail tout à l'heure.
On va la remettre en bas de l'écran.
mieuxvivremonthg.chu-montpellier.fr
Professeur, merci beaucoup pour cette précision.
Merci au nom de toutes ces femmes,
parce que c'est vrai que quand on a démarré
la Maison des Maternelles il y a 9 ans maintenant,
je me souviens qu'elles n'étaient pas entendues.
On leur disait encore « ça va, c'est normal, c'est des nausées ».
Je pense que ça a beaucoup les aidé d'être prise en charge.