J'ai fait un déni total de grossesse - La Maison des maternelles #LMDM

La Maison des Maternelles
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32 Vues de vidéo·27 déc. 2024
Donner naissance à un bébé sans passer par la case grossesse, découvrir qu'on est enceinte en accouchant, alors ça paraît invraisemblable à chaque fois et pourtant c'est ce qui arrive à environ plus de 300 femmes chaque année en France.
Comment un bébé peut-il grandir en secret dans le ventre de sa mère ? Comment accompagner ses mamans et leurs enfants à la naissance et au retour à la maison ?
Pour en parler, on accueille nos invités ce matin, d'abord Alizée. Bonjour Alizée.
Bonjour.
Alizée, il y a cinq mois, alors que rien ne laissait présager une grossesse, vous êtes devenue du jour au lendemain maman de la petite Athéna, voilà, qui est dans vos bras, qui est absolument adorable.
Merci de venir nous raconter votre histoire. Et puis à vos côtés, il y a Pauline Majolet. Bonjour.
Bonjour.
Vous êtes docteur en psychologie spécialisée en périnatalité, vous exercez en libéral à Boulogne-Biancourt et vous êtes co-auteur du livre « Le déni de grossesse, un trouble de la gestation psychique ».
C'est aux éditions RS. Merci de revenir nous voir. Alizée, on va démarrer avec vous si vous le voulez bien.
Vous et Emile, c'est votre amour de lycée, Emile. Vous êtes ensemble depuis dix ans, vous êtes mariée depuis cinq ans. Est-ce que vous envisagez d'avoir un enfant ? Est-ce que c'était dans les tuyaux ?
Du tout. C'était pas du tout le projet. On était plus projet professionnel. On venait de changer de région. Voilà, donc c'était pas du tout le projet, même à long terme.
On voulait pas forcément avoir d'enfants. On voulait juste profiter des enfants des autres et être libres, nous deux, de faire ce qu'on voulait, quoi. Voilà.
Et pourtant, le 20 octobre dernier, vous vous réveillez en pleine pluie avec des sensations étranges. C'était quoi ces sensations ? Racontez-nous.
J'avais des gros maux de ventre. Je pensais avoir mes règles, justement. C'était censé arriver ce soir-là, cette nuit-là, ce jour-là.
Donc du coup, je suis allée dans la salle de bain prendre un bain comme j'ai l'habitude de faire quand les douleurs des règles sont trop fortes.
Donc après le bain, ça s'est pas passé du tout. Ça a continué, même en empirant. Donc j'ai appelé mon mari parce que pareil, je pensais me faire dessus parce que j'étais toute mouillée, en fait, en sortant de mon lit.
Et ça a continué après la douche. Donc je pensais être incontinente, en fait, avoir un problème au niveau du bas des jambes, j'en sais rien de quelque chose.
Donc j'ai réveillé mon mari en pleurs en lui disant, là, il faut faire quelque chose, emmène-moi aux urgences parce que ça va pas. Je sais pas ce qu'il se passe. J'avais du mal à marcher.
Donc là, j'imagine qu'il vous emmène aux urgences. Vous arrivez devant un médecin. Est-ce qu'il comprend tout de suite, lui ?
Oui, parce qu'en fait, de là, à partir du moment où j'ai été posée sur le brancard, mon ventre a commencé à gonfler.
Donc lui, ni une ni deux, il s'est pas posé de questions. Il a fait une échographie et de là, on m'a annoncé, Madame, vous voyez là sur l'écran, il y a un petit coeur qui bat, une petite tête, un petit corps.
Vous êtes sur le point d'accoucher, ça va arriver là très prochainement.
D'accord, oui, il a pris les formes, pour vous le dire. Il a fait attention.
Oui, quand même.
Parce que vous, vous aviez compris en voyant le ventre qui...
Oui et non, parce que là, j'étais plus dans la douleur. Vraiment, qu'est-ce qui se passe ? Je suis en train de faire quelque chose de grave.
Je n'avais pas du tout à l'esprit d'être enceinte, parce que je prenais ma pilule tous les mois. J'avais mes règles régulièrement.
Oui, vous aviez vos règles les 8 mois précédents.
Oui, oui, oui.
Ça, c'est les joueurs du télétravail. C'est Gaspard qui veut jouer à la console, ça, à mon avis.
Oui, vas-y, tout ce que tu veux, c'est le moment de demander.
Oui, c'est vrai.
Je te crois, je te crois.
Gaspard, je suis en train de travailler.
La porte !
Salut, Gaspard !
La porte, Gaspard !
La porte !
Pauline Minjolet, est-ce que c'est classique, non pas que des enfants arrivent pendant le télétravail ?
Excusez-moi, je ne voulais pas vous interrompre, mais juste, il a une obsession de passer à la télé, en fait.
C'est son nouveau truc.
Donc, on n'a pas fini, quoi.
Bon, bref.
On n'a pas fini.
C'est classique que le ventre sorte d'un coup, au moment où on réalise, en fait, qu'on est enceinte et bien enceinte ?
Oui, alors, en fait, c'est vraiment impressionnant à voir.
Du coup, vous l'avez vécu en direct.
Et c'est impressionnant.
C'est-à-dire, à partir du moment où quelqu'un d'extérieur, ça, c'est très important, il faut que ce soit une personne extérieure à la femme enceinte,
qui lui dit qu'elle est enceinte.
Du coup, il y a une forme de relâchement corporel et le ventre se met à gonfler.
Et en l'espace d'une heure, généralement, le ventre reprend la forme, finalement, d'un ventre de grossesse au terme approprié.
C'est incroyable.
Oui.
Justement, à ce sujet, on a une question de Frédéric.
Comment le bébé arrive-t-il à trouver sa place dans un ventre ?
Comment arrive-t-il à se cacher jusqu'au jour de l'accouchement ?
Parce que là, on imagine bien que si elle n'a pas eu l'idée de la grossesse, c'est que ça ne se voyait pas du tout.
Alors, je reviens juste sur le terme cacher.
C'est-à-dire, ce n'est pas le bébé qui se cache.
C'est-à-dire, c'est vraiment un phénomène psychologique et corporel qui fait que les deux vont s'allier.
Mais ce n'est pas le bébé qui, volontairement en tout cas, se cache.
C'est important de le dire parce que parfois, on peut le penser.
Et alors, ça, c'est incroyable.
Je crois qu'il y a une petite animation.
Oui, tout à fait.
Et donc, c'est assez incroyable.
En fait, dans une grossesse normale, l'utérus gonfle et donc va appuyer sur l'abdomen qui, du coup, le bébé va se mettre en position fétale et va gonfler sur l'avant.
On le voit bien, là, dans la grossesse classique.
Dans le cas d'un déni de grossesse, pour le coup, le bébé va se positionner en longitudinal.
Ce qui fait que l'utérus ne va pas gonfler sur l'avant, mais plutôt en hauteur.
Et généralement, va un peu s'amener vers la colonne vertébrale.
Vers l'arrière.
Plus vers l'arrière.
Ce qui fait que, du coup, ça n'appuie pas sur le ventre.
Ça ne fait pas abaisser les abdominaux.
Et il n'y a pas ce ventre qui gonfle.
Alors, comment ça se fait qu'il n'y ait aucun symptôme ?
Que personne ne remarque rien ?
Non, il n'y a rien.
C'est tout le principe du déni de grossesse.
C'est vraiment la puissance de ce mécanisme de défense.
Parce que c'est un mécanisme de défense.
C'est pour protéger inconsciemment la mère et le fœtus.
Et donc, le principe, c'est qu'il n'y a aucun symptôme.
On peut avoir ces règles pendant 8 ou 9 mois.
On n'a pas les seins qui gonflent comme on a en temps normal.
On n'a pas le ventre qui pousse.
Même le conjoint qui dort à côté de nous toutes les nuits ne se rend compte de rien.
Parce que les éventuels 2 ou 3 kilos qu'on peut prendre éventuellement dans un déni de grossesse
sont assez vite balayés.
C'est-à-dire que la grossesse est vraiment impensable et imperceptible.
Et justement, le conjoint, Emile, il est avec vous au moment de l'échographie, au moment où le médecin vous dit Madame ?
En fait, il avait garé la voiture devant l'entrée des véhicules de désurgence.
Donc, il a dû la déplacer et la garer normalement quand j'ai été prise en charge.
Il est arrivé au moment où le médecin était en train de passer l'échographie et m'a dit
Vous êtes enceinte Madame, vous allez accoucher.
Vous l'avez appris en même temps ?
Oui.
Je l'ai vu arriver sur le côté.
Heureusement qu'il y avait des chaises.
Il s'est assis directement.
Tu vas rire chérie.
On l'a appris au même moment.
Heureusement, ça c'est le mieux.
Là, on le dit en rigolant, mais j'imagine que sur le moment, c'est quoi ?
Qu'est-ce qui se passe ? C'est une tempête ?
Oui, parce que déjà, notamment, ce n'était pas prévu.
On n'avait rien de prêt, clairement.
Que ce soit pour la maternité, les premiers jours, le retour à la maison aussi.
On n'avait pas de siège auto, rien du tout.
Il y a énormément de choses qui passent par la tête à ce moment-là.
Moi, je m'en suis voulue aussi de ne pas avoir su pendant 9 mois qu'elle était là.
Là, tout de suite, sur le moment, vous avez le temps de vous en vouloir.
Oui, complètement.
Et le papa, il s'est relevé de la chaise ou il est toujours affamé ?
Il s'est relevé.
Il a mis 2-3 minutes à réaliser aussi.
C'était assez compliqué.
Les premières minutes après l'annonce, c'est pas mal de choses qui passent par la tête, effectivement.
Forcément, vous n'aviez suivi aucun cours de préparation à l'accouchement.
Comment ça s'est passé ?
Plutôt très bien.
Non, franchement, honnêtement, même très bien.
Je souhaite à toutes les femmes que ça se passe comme ça.
Même pas 5 poussées, elle était là.
On m'a posé la péridurale.
Une heure et demie après que ça fasse son effet, que le col se dilate bien.
5 poussées, elle était là.
Tout s'est très bien passé.
Que demander de plus ?
On a une question de Noémie pour vous, Pauline Mangelec.
Y a-t-il plus souvent des problèmes de santé chez les bébés issus d'un déni de grossesse ?
Puisque j'imagine que pendant 9 mois, on ne fait pas attention à tous les interdits de grossesse.
Vous nous raconterez d'ailleurs si ça vous a impacté également.
Contrairement à ce qu'on pourrait penser, non.
Au contraire, la plupart des bébés qui naissent d'un déni de grossesse sont en bonne santé.
Ils font un bon poids.
Y a pas de séquelles particulières.
Éventuellement, les séquelles peuvent correspondre aux modalités d'accouchement.
Quand on accouche très rapidement, éventuellement, on peut accoucher chez soi,
dans des conditions pas forcément très favorables.
Et là, éventuellement, il peut y avoir des complications.
Mais sinon, la plupart du temps, et c'est ça qui est vraiment étonnant,
et on se rend compte que c'est un mécanisme de défense comme je disais tout à l'heure,
ça protège vraiment le bébé de tout.
Et surtout, en effet, de la vie qu'on peut avoir pendant 9 mois.
On pense tous à l'alcool en fait.
Bien sûr.
On pense à l'alcool, la cigarette, les soirées qu'on peut faire éventuellement.
On mange aussi un peu ce qu'on veut quand on sait pas qu'on est enceinte.
Et généralement, le bébé est protégé de tout ça.
Alors comme vous a lisé, Emilie a eu connaissance de sa grossesse le jour de son accouchement.
On est allé à sa rencontre et celle de son fils surprise, qui s'appelle Kylian.
C'est un reportage de Maria Pasquet.
Moi, je suis Kylian.
J'étais un bébé surprise.
Je suis arrivé d'un coup, dans la nuit de l'anniversaire à mon amant.
J'étais cachée dans son ventre.
C'est une histoire particulière.
Je la garde dans ma tête.
Puis des fois, je le dis à mes meilleurs copains.
La naissance de Kylian, 10 ans, c'est l'histoire d'un déni de grossesse.
Ça va, chérie ?
Tu fais quoi ?
Je joue à l'écho.
Emilie ne s'imaginait pas un seul instant que le soir de ses 23 ans, sa vie allait basculer.
Dans la nuit, réveillée par de fortes douleurs dans le ventre et le dos, elle contacte un médecin.
Pensant à une gastro-entérite, il lui conseille de consulter le lendemain, mais elle n'attendra pas jusque-là.
J'étais en tee-shirt et mon ventre s'est mis à gonfler.
On a appelé les pompiers.
C'était un petit peu la panique.
Ils m'ont directement emmenée à la maternité.
Il n'y avait aucun doute qu'un bébé était en train d'arriver.
Ils m'ont mise directement sur un brancard et on est arrivée directement en salle d'accouchement.
Et là, Kilian est arrivé tout de suite.
Je n'ai même pas conscience d'avoir réellement poussé pendant l'accouchement ou d'avoir réalisé un accouchement.
C'est seulement au moment où Kilian est arrivé et qu'ils me l'ont mis sur le ventre que j'ai pris conscience que je venais d'accoucher et que j'avais mon petit bébé.
Une grossesse restée cachée jusqu'au jour de l'accouchement.
C'est neuf mois totalement passés inaperçus.
J'ai vécu ma vie d'étudiante en fac de sport en plus.
Neuf mois sans ventre rond, sans...
Avec des règles tous les mois, bien réglées.
On n'a pas tous ces petits symptômes qui font qu'on est enceinte finalement.
En couple à l'époque, mais sans projet d'enfant, Emilie n'aurait jamais imaginé être maman.
Ce qui ne l'a pas empêché de nouer un lien immédiat avec son fils.
Depuis sa naissance, elle tente pourtant de rattraper ses moments perdus.
On n'a pas forcément la culpabilité de ne pas avoir vécu la grossesse.
Mais il y a forcément un manque, un petit manque de maman qui dit qu'il manquerait peut-être quelque chose.
Et du coup, certainement, je suis une maman poule, un peu trop poule et protectrice et tout ça.
Mais je pense que ça vient peut-être de là.
Il y a une relation avec Kilian qui est différente.
Je suis très liée à ma maman.
Je l'adore.
Et puis, on essaie de passer beaucoup de moments ensemble.
Aujourd'hui, c'est donc avec beaucoup de sérénité qu'Emilie évoque son déni de grossesse.
On se demande toujours pourquoi un déni de grossesse.
Et au final, en réfléchissant un petit peu, on se dit que le fait de ne pas du tout vouloir d'enfant, ça a certainement dû justement favoriser le déni.
8 ans après, Emilie et Sébastien, son nouveau conjoint, ont eu un enfant valérien.
Une grossesse qu'elle a vécue pleinement.
Deuxième enfant, mais première vraie découverte de la grossesse.
Avec tout ce qui va avec, l'annonce au papa, l'annonce à la famille.
Et j'ai eu les premiers mouvements de bébé dans mon ventre aussi.
Et tous les désagréments de nausée.
Ça a été toutes des premières fois pour un deuxième bébé.
Un déni de grossesse qui n'a donc pas altéré son bonheur d'être mère et de construire une vraie famille.
Voilà, c'est très important ce que dit Maria Pasquet.
Ne pas altérer le bonheur d'être mère, comme vous Alizé et comme Emilie.
Comment ça s'est passé justement, Alizé, la rencontre avec Athéna ?
Parce qu'on se dit, c'est un tel choc psychologique.
Je dirais que c'est presque violent d'arriver.
D'avoir peur d'abord d'avoir une grosse maladie.
Ensuite, d'avoir un petit être.
Tout ce qui va avec.
Déjà qu'après neuf mois, on a du mal à l'assumer.
Est-ce que vous avez tout de suite réussi à tisser le lien avec elle ?
Est-ce que ça a été immédiat ?
Bizarrement, oui.
J'ai toujours l'impression qu'indirectement, on était prêts avec Emilie.
La question s'était déjà posée auparavant qu'on n'en voulait pas.
Mais l'éventualité de tomber enceinte s'était quand même posée.
Le lien s'est fait très vite.
Quand on me l'a posé sur le ventre, j'ai pleuré.
J'ai beaucoup pleuré.
Mais c'était des pleurs de bonheur, de joie.
Déjà de savoir qu'elle était en très bonne santé.
Franchement, le lien s'est fait très vite.
Indirectement, on était prêts.
A la maternité, ça s'est bien passé.
Le retour à la maison, ça s'est passé comment ?
Vos premiers pas de parents que vous n'aviez pas pu préparer ?
Ça s'est très bien passé.
On est très bien entourés.
On a le soutien de toute notre famille, nos amis, etc.
Ça s'est plutôt bien passé.
Les premiers jours, on était assez compliqués.
Le retour à la réalité, après les quatre jours à la maternité,
on était dans notre petite bulle tous les trois ensemble.
Là, on se prend la réalité dans le visage,
avec tous les papiers administratifs à faire, etc.
qu'on avait en retard, qu'on n'a pas pu faire pendant neuf mois.
Neuf mois de papier d'un coup.
Voilà, c'est ça.
C'était sympa.
Le retour à la réalité est difficile,
mais c'était le premier mois compliqué.
Après, ça suit son cours très bien.
J'imagine qu'il y a des questions qui ont dû vous revenir aussi,
parce que, passé l'émotion, les premiers instants,
on essaie peut-être de revenir sur tout ce qui s'est passé.
Pendant les neuf mois, les abus que j'ai pu faire,
enfin, les abus, c'est grossièrement dit,
mais j'ai consommé de l'alcool, j'ai fumé des cigarettes,
j'ai fait la fête, j'ai mangé des choses
qui étaient interdites quand on est enceinte normalement.
Du coup, oui, les questions de se dire
qu'elle va avoir des problèmes de santé,
tout plein de choses, mais au final,
au final, non.
Au final, elle est en pleine forme.
Pauline Marjolais, on a reçu une question de Chloé pour vous.
Bonjour à toute l'équipe. J'ai fait un déni de grossesse
le 4 novembre de mon dernier bébé.
Il est né avec le cordon autour du cou. Il a eu une petite réa.
Du coup, je n'ai pas pu avoir le lien qu'on avait, lui,
pour la têté d'accueil, etc., parce qu'il est parti en néonates.
Pourtant, il pesait 4 kilos, c'était un beau bébé.
J'aurais besoin de savoir si le lien mère-fils
allait embâtir un peu dans le futur
ou pas par rapport à la situation. Merci beaucoup.
Est-ce qu'on a une idée du lien
avec des enfants issus de dénis de grossesse,
que c'est un sujet ou on rattrape ce retard ?
Alors, quand la femme décide
de garder l'enfant, parce qu'il faut le dire aussi,
c'est-à-dire qu'il y a des dénis de grossesse totaux
où la situation est trop compliquée pour la mère
et éventuellement pour le père aussi de garder l'enfant,
et auquel cas, il se dirige vers une remise en adoption.
Mais quand ça se passe très bien, que la situation s'y prête,
généralement, il y a un vrai rattrapage.
Il y a même une forme de surattachement qui se crée.
On essaye de rattraper les 9 mois qu'on a perdus.
Il y a un attachement à l'enfant qui est très important.
Et il y a une forme vraiment de...
Je crois que c'est presque de réparation, on pourrait dire,
qui se met en place.
Il y a un accompagnement psychologique qui est proposé.
Il y a des choses proposées en particulier dans les maternités et à l'hôpital ?
Oui, souvent, à la maternité, on propose un accompagnement psychologique
qui est plus ou moins accepté aussi par la femme
qui a fait un déni de grossesse. Parfois, c'est un peu trop tôt.
Il y a quand même un choc énorme.
Il faut se mettre à la place d'une femme à qui on annonce
du jour au lendemain qu'elle est enceinte et qu'elle va accoucher tout de suite.
Parfois, c'est un peu trop à chaud.
Je vois souvent dans mon cabinet des femmes qui reviennent,
même 5, 6 ans après, en disant « j'ai fait un déni de grossesse
et aujourd'hui, je suis prête à réfléchir à ce qui s'est passé ».
C'est important, j'imagine, d'essayer de comprendre les raisons du déni.
Est-ce qu'on comprend ? Est-ce qu'un jour, on réussira ?
J'espère qu'un jour, on réussira à comprendre.
Pour le moment, c'est une grande complexité psychologique et corporelle.
Pour moi, c'est vraiment l'alliance des deux.
Ce n'est pas que l'un ou que l'autre.
Ce n'est pas la femme qui refuse d'être enceinte. C'est important d'insister dessus.
Mais pour moi, la cause est multifactorielle.
Il n'y a pas qu'une seule cause.
Il y en a plusieurs, notamment le fait que ce n'est pas forcément le moment.
Il n'y a pas forcément de désir de grossesse à ce moment-là.
Parfois, on est pris aussi par plein de choses de la vie.
Finalement, on n'a pas ce retour sur soi où on se dit
« Est-ce que là, je ne serai pas enceinte ? »
Alors qu'il y a quelques petits signes qu'il laisserait percevoir à certains moments que oui.
Cela reste un des plus grands mystères de la nature.
Pour le moment, aujourd'hui, oui.
On a reçu une question de Nathalie.
Le déni de grossesse peut-il toucher toutes les femmes, même celles qui ont déjà eu des enfants ?
On pourrait imaginer que quand on a déjà été enceinte,
on n'est plus à même de reconnaître des symptômes.
Oui, cela peut toucher tout le monde.
Il y a des femmes qui ont déjà eu un, deux, voire trois enfants.
Cela les touche pour ceux d'après.
Ce n'est pas forcément une prime part, comme on dit.
On peut déjà avoir des enfants, peu importe l'âge aussi.
Cela ne touche pas que des adolescentes.
Cela ne touche pas que des femmes en surpoids ou mal dans leur corps.
Parce que parfois, on a aussi ce stéréotype-là en tête.
Cela touche vraiment tout le monde.
Est-ce que vous avez réfléchi aux raisons,
à une hypothèse sur les causes du déni ?
Oui, c'est ce que je vous disais.
On était en train de déménager,
de penser à déménager dans les mois qui viennent.
Reconversion professionnelle due au Covid.
Prise dans le tourbillon de la vie,
dans les questions de la vie courante.
Une année 2020 particulière pour tout le monde.
Du coup, Athéna s'est réveillée.
On va parler d'elle.
Est-ce que vous lui en parlez ?
De quelle manière ?
On lui dit clairement les choses.
Personnellement, j'ai aussi une histoire particulière.
J'ai été adoptée quand j'avais deux mois au Brésil.
Je suis née au Brésil.
Un couple de parents français est venu me chercher
quand j'étais toute petite.
Ils m'ont toujours dit la vérité
depuis que je suis en âge de comprendre.
Je trouve cela très important,
même si elle n'est pas encore en âge de comprendre.
C'est très important pour nous,
même avec Emile,
de commencer à lui en parler.
C'est important d'en parler à son enfant tout de suite.
Comment est-ce qu'on fait ?
C'est vrai que parfois,
on peut être avec un petit bébé un peu maladroit.
Selon moi, c'est très important d'en parler.
Il n'y a pas de raison de poursuivre ce secret, ce déni.
Si on le cache, ça devient un secret.
Cela fait partie de l'histoire de la mère, du père
et aussi de ce bébé.
Il faut se dire qu'en grandissant,
il y a des chances qu'il questionne sur ses origines.
Comme tous les enfants, il y a un âge où on se demande
s'il n'a pas été adopté,
s'il est bien sa maman ou son papa.
Dès la naissance, c'est important de parler à son bébé
dans des mots très simples.
On a vécu une aventure un peu particulière,
tous les deux.
Toi et moi, je suis contente de te retrouver aujourd'hui.
J'espère qu'on va avancer tous les deux.
Des mots très simples suffisent pour parler au bébé.
Merci Alizé d'être revenue témoigner sur ce sujet.
C'est vrai que c'est encore un sujet tabou.
On en parle de plus en plus,
mais c'est mystérieux.
Vous faites une très jolie maman
avec une très jolie petite fille.
Merci Pauline Majolet pour vos réponses claires,
précises, comme d'habitude.
Merci à Clémentine Suquet pour ce dossier.
Benjamin, si on veut aller un peu plus loin...
Rendez-vous sur le site de la Maison des Maternelles.
Vous y trouverez un tas d'articles,
des enquêtes et des témoignages.
On est le 18 décembre 2017.
J'ai des douleurs depuis 2 jours
dans le bas du ventre.
Je vais chez le médecin.
Le médecin me fait passer une échographie en urgence.
L'échographe me dit que je vois une tête.
Elle me dit que je suis à 36 semaines.
Elle me dit que je suis à 8 mois de recesse
et que c'est pour dans un mois.
Incroyable témoignage à retrouver
sur le site de la Maison des Maternelles.
