Présentée par Agathe Lecaron, La Maison des Maternelles est le rendez-vous quotidien consacré à la parentalité et petite enfance. Dans ce magazine, l’animatrice et les spécialistes qui l’entourent ont pour ambition de répondre aux interrogations des jeunes parents, proposant ainsi une émission de service. En toute liberté, de façon positive et décomplexée !
Bon, Anna, moi, quand j'étais enceinte, on me disait
« Ouh là là, attention, warning warning, la sexualité après l'accouchement,
c'est pas folichon folichon, on fait comme ça et on attend que ça passe »
en se disant « ok, ça va pas mal, mais on attend ».
Oui, ça c'est vraiment ce qui circule partout.
Mais on dit ça à tous les parents, on les angoisse,
et du coup tous les parents pendant l'adolescence sont là
« Ah d'accord, ma vie sexuelle est finie », etc.
Et puis il y a ce mythe tenace de la maman et la pute,
je ne sais pas si vous avez ça en tête.
Bien sûr.
Il y a des hommes surtout qui ont des blocages après.
Mais alors que pas du tout.
En réalité, on peut même avoir une vie sexuelle
beaucoup plus épanouissante après un accouchement
parce qu'il y a plein de tabous, de partage d'intimité,
qui sont plus forts, donc c'est pas du tout désespéré.
Mais sans pénétration ?
Ah non, pourquoi ? On en parlait, pourquoi ?
Parce que ça fait mal ?
Alors après, par contre, il y a plein de décailles,
il y a plein de dangers, ça c'est sûr.
Et le premier, je dirais, c'est la question du manque de sommeil
et la question de l'augmentation.
En fait, vous savez, vous ne savez peut-être pas,
mais avoir un enfant de moins de 3 ans,
c'est 8 heures de travail supplémentaire par jour.
3 heures de temps domestique, 3 heures de temps parental,
2 heures de charge mentale, ce n'est pas moi qui dis ça,
c'est des sociologues très sérieux.
Et donc, entre le manque de sommeil et cet harassement qu'on éprouve,
on peut être crevé et la première chose qui saute
quand on est dans cet état-là, c'est la libido.
Le corps, il n'est pas fou, c'est « struggle for life »,
il se dit « ah non, je suis épuisé »,
évidemment qu'il ne va pas se tordre.
Parce qu'il y a énormément de parents qui me disent
« ah non, moi, je n'ai plus du tout envie de faire l'amour,
ça y est, c'est parce qu'il est devenu père,
c'est parce qu'elle est devenue mère, on n'a plus tout le désir.
Il me laisse complètement. »
Et en fait, c'est juste des gens qui ne dorment pas assez
et qui n'ont pas assez de temps pour se reposer.
Oui, il faut peut-être se dire que rien n'est figé.
Non, mais vraiment.
Vous avez quelques conseils quand même pour lancer le petit bazar ?
Beaucoup.
Il faut aussi être très réaliste sur sa vie d'avant.
Parce que souvent, les couples, ils me disent
« ah Anna, c'était extraordinaire, on avait une vie sexuelle
quand on n'était pas parents, etc. »
Et en fait, on s'aperçoit, on est là.
Alors, je leur dis « franchement, ce n'était pas non plus... »
« Pas incroyable. »
« Vous l'apprenez à ça ? »
« Vous dites donc, votre vie sexuelle, c'était vraiment naze-naze. »
Non, mais c'est-à-dire qu'en fait, on s'aperçoit
parce que souvent, on fantasme.
Donc déjà, reprenez un espace de tableur Excel
et puis faites vos comptes pour la vie d'avant.
Vous vous apercevrez que certainement...
Tableur Excel, vraiment.
Non, mais limite.
Voilà.
Troisième chose, il ne faut pas se forcer.
Il y a beaucoup de couples qui se forcent et qui se précipitent.
Parce qu'ils se disent « il faut reprendre, il faut reprendre, il faut reprendre. »
Attention, quand on se force, vous apprenez au cerveau
quand on n'a pas envie de faire l'amour, qu'on se force à faire l'amour.
En fait, vous apprenez au cerveau « je fais l'amour, ce n'est pas agréable. »
Parce que, voilà.
Donc, ne jamais se forcer.
C'est-à-dire attendre que le désir revienne, etc.
Ça, c'est hyper important.
Beaucoup de femmes...
On ne se pousse pas un petit peu.
Alors, ce n'est pas comme l'appétit, il vient en mangeant.
C'est...
Des fois, on n'a pas envie de prendre un bain,
C'est comme le sport.
On n'a pas envie d'y aller, mais après, qu'est-ce qu'on est content ?
Oui, mais pas au point de dire « allez, vas-y, passe sur mon corps. »
Ou « allez, je t'embrasse. »
Non, mais vraiment, parce qu'après, il y a des blocages secondaires qui apparaissent.
Non, il faut essayer de se laisser aller.
C'est ça.
C'est pas mal de commencer un peu par la caresse et tout, sans aller...
De reconnecter, parce qu'on est quand même très maternante et tout ça.
Donc, commencer à caresser...
Qu'est-ce qu'il se passe ?
J'ai été coupée, parce qu'il me parle dans mon oreillette.
Forcément, ça le motive.
Enchaînons.
Alors ça, les gens n'aiment pas trop que je dise ça,
mais je pense que la masturbation a bien des vertus aussi.
Souvent, ça choque beaucoup les gens, mais pourtant, je pense que...
Les femmes, souvent, elles s'imaginent mon corps après l'accouchement,
c'est n'importe quoi, plus rien, ne marche, tout est foutu en l'air.
Ma chihuahua, comme dit Agathe, ne ressemble plus à rien, etc.
Alors qu'en fait, quand on se reconnecte à soi-même,
qu'on peut passer par la masturbation, les caresses, les soins corporels, etc.
On s'aperçoit qu'en fait, son corps n'a pas du tout changé.
Enfin, ou très peu, en réalité.
Et puis, n'hésitez pas aussi à regarder en bas avec un miroir,
parce que là, pareil, les gens s'imaginent que c'est devenu...
Un champ de bataille.
Un champ de bataille, alors qu'en fait, elles sont là...
Oh, ben non, en fait, c'est complètement normal.
Donc, penser à soi, c'est hyper important.
Parler aussi des conséquences de l'allaitement, ça, c'est très tabou.
Moi, je suis très pro-allaitement, c'est pas le sujet.
Mais l'allaitement, il se trouve que ça peut faire une sécheresse vaginale,
et ça peut freiner les libido.
C'est pas grave, mais c'est bon à savoir.
Comme certains contraceptifs qu'on donne en postpartum,
pareil, ça peut faire une sécheresse vaginale et freiner la libido.
C'est bon à savoir, parce que du coup, on ne fait pas de raccourci rapide,
genre je ne l'aime plus, etc., j'ai plus de libido.
Alors en fait, c'est juste parfois un peu l'allaitement, un peu les contraceptifs.
Il faut bien sûr discuter.
Et il y a un dernier truc qui est très très important, me semble-t-il,
c'est que parfois, l'accouchement laisse des douleurs, des séquelles physiques.
C'est rare, heureusement.
Mais ça, il faut vraiment les traiter.
Il ne faut pas accepter que des professionnels de la santé,
des sages-femmes, des médecins vous disent
« Madame, c'est dans la tête, vous avez accouché, c'est un peu compliqué, etc. »
Non, une douleur physique doit être prise en charge.
Et là, il y a une association super qui s'appelle Périnée Bien-Aimée.
C'est une association de sages-femmes qui spécialise des douleurs vulvaires et périnéales.
Il faut absolument trouver une solution.
Pour répliquer son périnée avant de refaire l'amour ?
Non, pas besoin de le faire.
Mais par contre, c'est intéressant, parce que ça permet de retrouver des sensations.
Et là encore, s'apercevoir que tout va bien.
Donc vraiment, voilà.
Il y a des questions ?
Il y en a plein.
Il y en a énormément.
Juste un dernier truc pour finir.
C'est que vraiment, il ne faut pas hésiter à faire rentrer un tiers dans sa relation quand ça ne va pas.
Alors, je ne dis pas un tiers.
Mais là, ça devient vraiment un peu simple.
Pas un tiers dans son lit, mais un tiers professionnel.
C'est-à-dire que quand on sent qu'on ne s'en sort pas, qu'on n'aide pas.
Allez-y, allez-y, expliquez.
Vous faites rentrer une sage-femme, un médecin, un sexologue.
Ah oui, il faut qu'il ait en plus un métier spécifique.
C'est bien compliqué.
N'hésitez pas.
C'est bien très compliqué.
Allez, une petite question quand même, parce qu'on n'a plus beaucoup de temps.
Suite à ça, j'aimerais savoir si c'est normal de faire du vaginisme suite à un accouchement.
Non, ce n'est pas du tout normal.
C'est assez fréquent.
On s'appelle un vaginisme secondaire.
Donc le vaginisme, c'est quand vraiment on ne peut plus supporter la...
C'est une contracture.
C'est des contractures involontaires qui rendent l'intromission d'un pénis ou d'un objet absolument impossible.
Ça peut arriver après un accouchement.
Et là, il faut absolument le régler.
Et ça se règle bien.
Oui.
C'est secondaire.
Il faut absolument s'en occuper.
Une question de Juliette Anna.
Très bonne question.
Absolument, quand on veut, c'est vous la chef.
Mais moi, j'aurais quand même un peu de bon sens.
Tant qu'il y a des fils et des points, moi, je suis assez contre.
Mais en réalité, les études scientifiques disent que vous faites comme vous voulez.
Pour avoir des chiffres, à 50% des couples ont repris une activité sexuelle pénétrative 3 mois après l'accouchement.
1 sur 2.
Il faut attendre un an pour que 100% des couples aient repris.
En tout cas, quand vos enfants seront ados, ils seront dans leur chambre, eux-mêmes en train de gérer ces petits problèmes-là.
Donc, je vais vous dire, vous aurez tout le temps de reprendre une vie sexuelle formidable et débridée.
Rien n'est fouillé.
Dites-vous que la vie est longue.
Youhou.
Wouah.